Jean-Pierre Lavergne

Autour du vivant

Enseigner : la didactique une science utile ?

 

      C'est certes un métier d'apprendre... mais est-ce un métier qui s'apprend ?!

 

J'ai toujours eu peu de goût pour la didactique. Les laboratoires de didactique au sein d'universités scientifiques sont d'ailleurs rarement considérés (parfois à tort), leurs chercheurs un peu méprisés. Chaque universitaire, avec son vécu, fait de son mieux, avec ses trucs et ses tics (parfois ses TOCs !).

 

Personnellement j'ai toujours utilisé le même outil ; le raisonnement hypothético-déductif, tel que les professeurs de mathématiques nous l'inculquaient au lycée :

 

Un fonctionnaire, entassé parmi d'autres dans un autobus à l'heure de pointe, étouffe. Il souhaite rapidement sortir. Il voudrait de l'espace, un siège où s'asseoir. À ses côtés, un jeune homme coiffé d'un large chapeau prend nonchalamment ses aises. Le pousse-crayon imagine éloigner son voisin en le bousculant. «Enfin, un peu de place!» Mais il pense aussi à la réaction de l'autre: il hurlera à l'intolérance, il revendiquera sa place dans la société, il demandera justice. Alors, le fonctionnaire sourit à l'encombrant: à défaut d'espace, au moins, il conservera la paix.

 

Le champ des hypothèses s'inscrit dans le cours de l'apprenant. Le cours doit donc être construit avec la plus grande logique possible. La présentation orale et écrite doit être rigoureuse, structurée de façon homogène de façon à  donner un maximum de repères.

 

L'analyse de la question posée, de son contenu, de sa formulation, est évidemment essentielle pour pouvoir y répondre ! L'expérience montre qu'une des principales causes de l'échec réside dans l'incapacité à traduire correctement un énoncé de problème !

 

Il m'est souvent arrivé, en première et deuxième année d'université, de demander à mes étudiants de recenser dans un sujet d'examen de sessions précédentes, toutes les informations fournies par le texte. La  déperdition est édifiante !

 

A partir de cette analyse, le contenu du cours permet de formuler des hypothèses, de les valider ou de les réfuter, et donc de déduire la solution.

 

Malheureusement à 18, 19 ans, il est bien tard pour acquérir une méthode de travail. Faire comprendre que la progression par l'utilisation irréfléchie du processus "essais-erreurs" atteint très vite ses limites, n'est pas simple.

 

Le manque de rigueur, les années lycée qui se résument trop souvent à l'acquisition de recettes destinées à décrocher le bac (qui n'est pas une fin mais un moyen !) sont également des obstacles qu'il faut vaincre quand on enseigne à l'université. Cela ne va pas sans grosses difficultés !

 

Néanmoins il m'arrive de jeter un oeil sur des travaux de didactique. Récemment j'ai découvert le "modèle allostérique", ce qui m'a interpellé puisque l'allostérie (du grec ἄλλως, allos : autre et στερεός, stereós : forme) est un concept développé en biologie moléculaire par Jacques Monod, Jean-Pierre Changeux et Jeffries Wyman en 1965 dans le Journal of Molecular Biology

 

 

http://www.chups.jussieu.fr/polys/biochimie/EEbioch/EE_42_PICT.jpg

 

C'est le LEDS de Genève qui de façon métaphorique a appliqué ce concept à un nouveau modèle didactique.

L’importance de l’idée de déconstruction – reconstruction des idées (ou structures de pensée) préexistantes est particulièrement soulignée dans ce modèle.

 

Francine Pellaud, R-E Eastes et A. Giordan écrivent dans "Un modèle pour comprendre l'apprendre : le modèle allostérique" (mars 2007)

"Tout comme le chimiste fonde sa description de la structure de la matière sur le concept de molécule, nous considérons le savoir comme résultant de la juxtaposition de conceptions. Les conceptions constitutives du savoir étant par nature intégrées dans des structures mentales dynamiques enchevêtrées et liées par des liens de forces très variables, elles peuvent être comparées aux acides aminés des protéines. A ce titre, la biologie moléculaire fournit un exemple de protéines particulièrement adaptées à cette métaphore : les protéines allostériques, dont la structure et la fonctionnalité changent sous l’influence de leur environnement. D’où la dénomination du modèle développé ici : le modèle allostérique de l’apprendre."

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Didactique : le modèle allostérique
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