Conscience

 " Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ;

c’est celui qui pose les vraies questions. "

C. Levi-Strauss, Le cru et le cuit

 

" Pourquoi craindre pour le dompteur, sa cage le protège des hommes' 

d'après Samuel Beckett

Sciences

Je propose ici un petit parcours - très personnel - au coeur de l'aventure scientifique qui, de Sapiens et Néandertal vous conduira aux nanosciences, à la biologie synthétique, à la chimie du vivant ou encore à l'intelligence artificielle...

Un non scientifique curieux pourra tirer profit de ces quelques pages sans équations et sans le jargon des initiés.

 

Voir

" Derrière la vitre qu’est la nature, apparaît lentement l’espèce d’une seconde, un fantôme d’éternité. De ce fantôme nous nous satisfaisons. Il devrait nous désespérer, (…). A ces moments le monde paraît laisser échapper comme par mégarde, un peu de son secret."

 A. Camus

 aussi: https://www.jeanpierrelavergne.fr/                                 


Blog

 

Billets d'humeur -depuis janvier 2009 - classés, pour simplifier, en six rubriques : arts, histoire, philosophie, politique, société, sciences.

Rappel : philosophie = aime la sagesse !

 

Planète vivante

Ressources pillées, biodiversité gravement altérée, pollutions majeures, climat déréglé... l'avenir de l'homme sur la Terre s'avère très sombre !

 


Science et politique

"Hold up" : défense et illustration du complotisme...

... ou la pandémie façon Trump

Qui n'a pas entendu parler de ce docu canular qui fait se pâmer l'extrême-droite, les anti-vaccins, les fans de Raoult et toute la fachosphère !

 

Dans ce pamphlet hautement fantaisiste, bourré de mensonges, les auteurs affirment que "le but de cette pandémie pour les élites mondiales, est à la fois de détruire une partie de l’humanité inutile... mais aussi de faciliter le déploiement de la 5G pour mieux contrôler les finances mondiales..."

 

Par exemple on a distribué en France, dans les maisons de retraite, une puissante benzodiazépine - le rivotril - pour euthanasier les vieux ! C'est pas le COVID qui a sévi dans les EPHAD, mais le gouvernement qui s'est débarrassé des bouches inutiles !

 

 Je ne vais pas analyser toutes les falsifications de ce film, je vous donne quelques liens, qui démontent une partie du flot de mensonges qui soutiennent une thèse débile :

 

Les contre-vérités de « Hold-up » - Le Monde 

"Hold-up", le documentaire sur le Covid-19 confronté aux faits scientifiques, HUFFPOST

Covid-19 : dix contre-vérités véhiculées par «Hold-up», Libération

Hold-Up' : "A partir de faits, le documentaire est bâti comme une vraie entreprise de désinformation", France Culture

Hold-Up : "Ce documentaire coche tous les critères du complotisme", LCI 

 

La thèse complotiste : supprimons les "élites" et nous vivrons heureux et en paix !

Remplacer "élites" par "juifs", faire un flash back dans les années 1930 et comprendre que les mêmes crises suscitent les mêmes vocations...

 

Aujourd'hui le bouc émissaire, c'est celui, qui du haut de son savoir, nous dit que le monde est infiniment complexe (et parfois dangereux)... alors que tout est si simple  !

 

Regardez les virus, cela fait des millénaires qu'ils sont parmi nous, pourquoi s'en protéger ?

Les vaccins ? Une invention diabolique des hommes pour nous affaiblir et enrichir l'industrie pharmaceutique...

Les médicaments... absurde d'utiliser des produits chimiques quand la nature nous offre tant de panacées.

Des masques, un confinement... c'est pour vous asservir.

 

On vous le dit : le COVID, c'est une pure invention des élites pour confisquer le pouvoir !

 

Il y a donc une solution : supprimons les "élites" !

 

NB : au fait, c'est quoi, c'est qui ... les "élites" ? Sont-ce ceux qui font vivre la science, la culture, l'éducation... pour des salaires ridicules ?

Trump et les dommages faits à la science

La plus prestigieuse revue scientifique au monde - Nature - dresse le bilan catastrophique des 4 années de la présidence Trump, sur le plan scientifique :

 

"Les actions du président américain ont exacerbé la pandémie qui a tué plus de 200 000 personnes aux États-Unis, fait reculer les réglementations environnementales et de santé publique et sapé la science et les institutions scientifiques. Certains des dommages pourraient être permanents."

 

Dans un article détaillé, le journal décrit l'ampleur des dégâts :

 

- pandémie non contrôlée ("contrôler le message pas le virus" !),

- ingérence catastrophique dans la politique de santé,

- climat détérioré,

- guerre contre l'environnement,

- agences et institutions scientifiques démantelées ou à l'abandon,

- isolationnisme scientifique, qui ne peut que porter un énorme préjudice aux grands instituts américains qui attiraient les meilleurs jeunes du monde entier,

- mise en cause permanente du discours scientifique, avec la mise en avant de vérités subjectives, de théories fumeuses, au gré de ses humeurs et des avis de quelques gourous qui l'entourent.

 

En fait, en leader classique de l'extrême-droite,  Donald Trump s'est fait le héraut du complotisme international, sur à peu près tous les sujets touchant à la science et à la santé.

 

Les scientifiques doivent réagir face à l'ingérence des politiciens

Albert Einstein, un scientifique qui résistait aux politiciens
Albert Einstein, un scientifique qui résistait aux politiciens

Face à ces attaques tous azimuts, les scientifiques doivent-ils courber l'échine et attendre des jours meilleurs ?

 

Alors que certains dommages semblent déjà irréparables, il est évident que 4 nouvelles années sous ce régime, entraîneraient la science américaine - mais pas que -  dans une spirale négative désastreuse.

 

C'est pourquoi "Nature" a décidé de prendre le taureau par les cornes en publiant un éditorial (en ligne le 6 octobre 2020) où il annonce à ses lecteurs :

 

Nous prévoyons d'étendre la couverture politique du monde entier et de publier davantage de recherches primaires en science politique et dans des domaines connexes." 

 

En effet :

 

" La science et la politique ont toujours dépendu l'une de l'autre. Les décisions et les actions des politiciens affectent le financement de la recherche et les priorités de la politique de recherche. En même temps, la science et la recherche informent et façonnent un éventail de politiques publiques, de la protection de l'environnement à l'éthique des données. Les actions des politiciens affectent également l'environnement de l'enseignement supérieur. Ils peuvent garantir le respect de la liberté académique et engager les institutions à travailler plus dur pour protéger l'égalité, la diversité et l'inclusion, et à donner plus d'espace aux voix de communautés auparavant marginalisées. Cependant, les politiciens ont également le pouvoir d'adopter des lois qui font le contraire ."

 

L'autonomie scientifique menacée : 

 

"Peut-être encore plus troublant sont les signes que les politiciens repoussent le principe de la protection de l'autonomie scientifique ou de la liberté académique. Ce principe, qui existe depuis des siècles - y compris dans les civilisations précédentes - est au cœur de la science moderne."

 

Enfin :

 

" Lorsque les politiciens et les fonctionnaires recherchent des conseils ou des informations auprès des chercheurs, c'est à condition qu'ils ne puissent pas dicter les réponses. C'est la base de l'alliance d'aujourd'hui entre la science et la politique, et elle s'applique à un large éventail de domaines de recherche, d'éducation, de politique publique et de réglementation."

 

En conclusion :

 

"Le principe selon lequel l'État respectera l'indépendance des chercheurs est l'un des fondements de la recherche moderne, et son érosion comporte de graves risques pour les normes de qualité et d'intégrité de la recherche et de l'élaboration des politiques. Lorsque les politiciens rompent cette alliance, ils mettent en danger la santé des personnes, l'environnement et les sociétés."

 

Voila une prise de position qui mettra du baume au coeur des scientifiques du monde entier !

 

Sciences et histoire

 

Dans les recherches historiques, les sciences occupent une place qui ne cesse de croître

 J'ai évoqué ICI le travail sur le génome ancien qui a révolutionné nos connaissances sur Néandertal et la préhistoire.

 J'ai présenté aussi le travail magnifique réalisé dans le cadre du projet Venice Time Machine, qui met l'intelligence artificielle au service de la construction, à partir d'archives, "d'un modèle multidimensionnel de la Sérenissime  et de son évolution couvrant une période de plus de 1000 ans".

J'ai montré comment l'histoire avec un grand H s'inscrit dans les glaciers...

 Ce ne sont que des exemples parmi des centaines d'autres.

Aujourd'hui, les historiens s'appuient sur des cohortes de scientifiques venus de divers horizons : archéologues, géologues, sismologues, glaciologues, chimistes, informaticiens, physiciens... pour cerner au plus près une vérité qui ne se dévoile que sous les assauts répétés de technologies de plus en plus pointues et la mise en commun de multiples savoir. L'archéoscience est une (pluri) discipline... d'avenir !

Ides de Mars, soleil noir et volcans

Un éruption en Alaska a-t-elle précipité la fin de la République romaine ?

" César, enveloppé de toutes parts, ne voit en face de lui, de quelque côté qu’il se tourne, que des glaives acharnés à le frapper au visage et aux yeux ; ballotté entre les mains de tous, il se débat comme un fauve. Tous doivent prendre part au sacrifice et goûter au meurtre ; aussi Brutus lui porte-t-il un coup dans l’aine. Certains disent que César se défendait contre les autres, en se jetant de tout côté et en criant, mais que, lorsqu’il vit Brutus lever son épée nue, il tira sa gorge sur sa tête et se laissa tomber, poussé par le hasard ou par ses meurtriers, près du piédestal sur lequel se dressait la statue de Pompée."

Plutarque, Vies Parallèles, « César », LXIII, 5 – LXVI, 14

 

 

En 44 avant JC, Jules César est parvenu au sommet de la République romaine. Il s'est même fait proclamer dictateur à vie.

Son attitude ambiguë et sa confiscation du pouvoir, provoquent le mécontentement d'une partie de l'aristocratie romaine qui craint (à juste titre) que César n'abolisse la République.

 

 Une soixantaine d'optimates prennent la décision de l'assassiner. Il sera exécuté lors d'une séance du sénat qui se tient aux ides de mars, le 15 du mois. Son fils adoptif, Brutus, lui donnera le coup de grâce.

 

Loin de sauver la République, le complot aboutira à la prise du pouvoir par Octave (fils adoptif de César) qui se fit couronner empereur sous le nom d'Auguste.

 

De nombreux historiens anciens ont rapporté la mystérieuse disparition du soleil, en 44, juste après la mort du dictateur romain. On pense aujourd'hui qu'elle était liée à une éruption de l'Etna.

 

Cependant, une équipe de scientifiques et d'historiens vient de découvrir que l'une des plus grandes éruptions connues de l'histoire, s'est produite en 43 avant notre ère - provoquant pendant deux ans de très inhabituelles conditions météorologiques, conduisant probablement à la disette et à la famine.

Ils pensent que ce sont ces événements qui ont précipité la chute de la République romaine et l'avènement de l'Empire.

 

Okmok en éruption
Okmok en éruption

Ces chercheurs ont donc mis en évidence, qu'au début de l'année 43, le volcan Okmok, en Alaska, dans les îles Aléoutiennes, a explosé, formant un cratère géant de 10 kilomètres de large.

Des particules bloquant la lumière du soleil ont pu s'élever dans la stratosphère arctique, d'où elles se seraient répandues facilement dans tout l'hémisphère Nord.

 

Dans leur publication (dans les Actes de l'Académie Nationale des Sciences des Etats-Unis, PNAS), ils affirment que cette éruption volcanique "a généré un climat extrême".

 

 

Bilan thermique et forçage radiatif : différence entre l'énergie radiative reçue et l'énergie radiative émise par un système climatique donné.
Bilan thermique et forçage radiatif : différence entre l'énergie radiative reçue et l'énergie radiative émise par un système climatique donné.

Leurs conclusions sont étayées par l'analyse de cendres volcaniques (tephra) emprisonnées dans six carottes de glace prélevées dans l’Arctique.

 

Elles confirment que l'une des plus grandes éruptions volcaniques des 2500 dernières années s'est produite au début de 43 avant notre ère, au niveau du volcan Okmok en Alaska.

 

Les enregistrements des variables climatiques montrent que 43 et 42 avant notre ère ont été parmi les années les plus froides des derniers millénaires dans l'hémisphère Nord.

 

La modélisation du système terrestre suggère que le forçage radiatif négatif de cette éruption massive à haute latitude, a entraîné des changements prononcés dans l'hydroclimat pendant la période de 2 ans suivant l'éruption. Des températures saisonnières, dans certaines régions méditerranéennes, jusqu'à 7 ° C sous la normale, et des conditions exceptionnellement humides. 

 

Bien qu'il soit difficile d'établir des liens de causalité directs avec des événements historiques peu documentés, les conditions humides et très froides de cette éruption massive de l'autre côté de la Terre ont probablement entraîné des mauvaises récoltes, la famine et des maladies.

 

 

L'empereur Auguste
L'empereur Auguste

 Il faut noter que les lettres de Cicéron, l'homme d'État romain dont la mort en 42 avant notre ère est considérée comme la fin symbolique de la république, mentionnent ce temps froid. 

 

D'autres sources documentent des famines dans le nord de l'Italie en avril et dans le nord de la Grèce l'année suivante.

 Plutarque, le célèbre biographe romain, a écrit que les hommes de l'armée de Marc Antoine avaient dû faire face à une terrible famine en avril 43 avant notre ère. 

 

L'historien Appien, a écrit que Rome avait été dévastée par la famine en 42 avant notre ère.

 

Des famines similaires ont été observées en Égypte, et il est tentant de supposer qu'elles ont affaibli l'Égypte, ce qui aurait aidé Octave, le successeur de César, à la conquérir et à consolider son emprise sur l'Empire naissant.

 

Bref, l'éruption d'un volcan en Alaska aurait donc favorisé la tâche du futur Auguste à Rome !

 

 Certains historiens pensent cependant que c'est pousser le bouchon un peu loin et que bien d'autres facteurs, notamment politiques, auraient eu raison d'une République, déjà mal en point au moment de la mort de César.

 

 

SRAS-CoV-2 - Actualités

 

Depuis le 19 mars 2020, je fais régulièrement le point sur l'avancée des recherches dans le domaine, à partir de sources scientifiques incontestables, citées dans les plus grandes publications scientifiques : Nature, Science, PNAS, Cell, The Lancet, New England Journal of Medicine...

 

 

25 novembre 2020

Le vaccin d'Oxford et d'AstraZeneca : des résultats surprenants...

... une annonce prématurée ?

Ce nouveau vaccin, après deux injections   administrées à un mois d'intervalle, est efficace à 62%. 

Curieusement, les participants qui ont reçu une quantité inférieure du vaccin dans une première dose, puis la quantité totale dans la deuxième dose, étaient 90% moins susceptibles de développer un COVID, par rapport aux participants du groupe placebo.

 

Il n'y a pas d'explication pour ce résultat seulement quelques hypothèses. Certains scientifiques n'écartent pas un biais statistique.

Oxford annonce une efficacité globale de 70%, à partir d'une moyenne pondérée de 62% et 90%, pour les deux schémas posologiques différents. Un calcul qui ferait tiquer de nombreux chercheurs... et qui n'aurait aucune chance d'être accepté dans une revue scientifique sérieuse.

 

En tout cas la disparité dans ces résultats signifie qu'il existe une incertitude considérable sur la manière précise dont le vaccin Oxford protège contre le COVID-19, sans plus de données provenant d'essais d'efficacité en cours.

 

Il est probable qu'AstraZeneca ne voulait pas être en reste avec Moderna et BioNTech et a donné des chiffres qui ne reflètent qu'une premier estimation de l'efficacité de leur vaccin.

 

Ce vaccin repose sur une méthode plus classique que celle à ARNm ;  il utilise un vecteur viral incapable de se reproduire (l'adénovirus AdV du chimpanzé) recombiné pour exprimer l'intégralité de la protéine S(pike) de SARS-CoV-2, y compris son site de clivage. Les adenovirus sont très courant chez l’homme.

Le coût de production est faible et ce vaccin qui se conserve entre 2°C et 5°C pourra être facilement utilisé sur l'ensemble de la planète.

 

La mémoire du système immunitaire du nouveau coronavirus persisterait pendant au moins six mois

C'est une nouvelle étude qui confirme une tendance majoritaire et c'est une excellente nouvelle pour la vaccination.

 

Shane Crotty du La Jolla Institute for Immunology en Californie et ses collègues ont analysé les marqueurs de la réponse immunitaire dans des échantillons sanguins de 185 personnes qui présentaient une gamme de symptômes du COVID-19; 41 participants à l'étude ont été suivis pendant au moins 6 mois.

 

L'équipe a constaté que les réponses immunitaires des participants variaient considérablement. Mais "plusieurs composants de la mémoire immunitaire du SRAS-CoV-2 avaient tendance à persister pendant au moins 6 mois. Parmi les défenseurs immunitaires persistants figuraient les cellules B mémoire, qui relancent la production d'anticorps lorsqu'un agent pathogène est à nouveau rencontré, et deux classes importantes de cellules T: les cellules T CD4 + mémoire et CD8 + mémoire".

 

Il s'agit d'une prépublication qui doit être validée par des pairs.

 

 

23 novembre 2020

La course au vaccin... une histoire américaine faite par des étrangers !

Stéphane Bancel, directeur général de Moderna,
Stéphane Bancel, directeur général de Moderna,

L'histoire détaillée de la course au vaccin à ARNm est racontée dans le détail par le NYTimes : deux nains (Moderna, BioNTech), un géant (Pfizer), un président débile (Trump), un infectiologue courageux (A. Fauci), et surtout des hommes(femme) hors du commun :

 

- Stéphane Bancel (48 ans), Français, PGG et actionnaire de Moderna Thérapeutics.

Ingénieur de l'Ecole Centrale de Paris, puis MBA à Harvard. Successivement en poste au sein du groupe français BioMérieux au Japon, puis du géant pharmaceutique américain Eli Lilly and Company.

 

Il crée Moderna Therapeutics en 2011 pour développer des médicaments à base d'ARNm. C'est un pari séduisant, mais audacieux. A ce jour aucune molécule de Moderna n'a été validée.

L'histoire de Stéphane Bancel est ICI.

 

Uğur Şahin (55 ans) et sa femme Özlem Türeci (53 ans), d'origine turque, de nationalité allemande, aujourd'hui PDG et directeur médical chez BioNTech, start-up qu'ils ont fondée en 2008. 

 

Leur histoire est exactement la même que celle de Stéphane Bancel : ils ont choisi de lancer des médicaments à ARNm au bon moment et le vaccin anti-COVID est leur premier succès.

Leur histoire est ICI.

 

 

 Uğur Şahin et Özlem Türeci
Uğur Şahin et Özlem Türeci
Albert Bourla
Albert Bourla

Leur parcours diverge quand ils se lancent sur la piste du vaccin contre le COVID-19 :

 

- Stéphane Bancel, décide de poursuivre seul et accepte l'aide de l'état fédéral américain en intégrant l'Opération Warp Speed, un partenariat public-privé, initié par le gouvernement américain pour faciliter et accélérer le développement, la fabrication et la distribution de vaccins COVID-19.

Il reçoit 2,5 milliards de dollars et l'appui sans limite des moyens logistiques fédéraux, contre la promesse de fournir 100 millions de doses.

 

Uğur Şahin choisit de s'appuyer sur le géant Pfizer dirigé par Albert Bourla.

 

- Albert Bourla, Grec né à Thessalonique, vétérinaire, rejoint Pfizer en 1993 comme simple docteur vétérinaire au sein de la division grecque. Il gravira tous les échelons de l'entreprise. En janvier 2016 il est nommé responsable de la division vaccins.  Il devient le président exécutif de l'entreprise en janvier 2020.

 

Albert Bourla, qui se méfie de Trump et de la politique, refuse d'intégrer Warp Speed. Pfizer a les moyens d'assumer le risque industriel. 

Néanmoins, les premiers résultats sont prometteurs et Pfizer signe en juillet un accord de 1,95 milliard de dollars pour fournir au gouvernement fédéral 100 millions de doses de son vaccin, en cas de succès.

Il résistera à toutes les pressions de Trump pour annoncer les résultats positifs de phase III avant l'élection présidentielle américaine

 

On connait la suite... Depuis ce vendredi 20 novembre le dossier d'AMM du vaccin BioNTech est soumis aux experts de la FDA. Celui de Moderna devrait suivre dans les prochains jours.

 

Un Français, deux Allemands d'origine turque, un Grec... elle est belle l'aventure américaine !

Une petite leçon aux ultra nationalistes, façon Trump, Le Pen. La science n'a pas de frontières !

 

19 novembre 2020

Premiers éléments sur les effets secondaires des vaccins à ARNm

Pour ne pas être en reste face à son rival Moderna, Pfizer et BioNTech ont publié hier une mise à jour à propos de leur vaccin COVID-19. Ils rapportent désormais une efficacité de 95% pour leur candidat vaccin, en s'appuyant sur l'analyse finale d'une étude menée auprès de 43 000 personnes. Le taux de réussite chez les plus de 65 ans est de 94%...

 

Ces vaccins à ARNm semblent donc tenir le bon bout.

 

Dans ces communiqués il n'est pas question des effets indésirables. Les deux firmes indiquent simplement que durant leurs essais, aucune pathologie grave, qui pourrait être liée à la vaccination, n'a été décelée.

 

Néanmoins, il semblerait que ces deux vaccins aient provoqué des réactions secondaires désagréables chez une partie non négligeable des cobayes.

 

D'après les experts indépendants, qui suivent les phases d'essai "moins de 2% des receveurs des vaccins Pfizer et Moderna ont développé des fièvres sévères de 39 ° C à 40 ° C."

Pour le vaccin Moderna, ils ont révélé que les effets secondaires sérieux comprenaient la fatigue chez 9,7% des participants, les douleurs musculaires chez 8,9%, les douleurs articulaires chez 5,2% et les maux de tête chez 4,5%.

 Pour le vaccin Pfizer / BioNTech, les chiffres étaient inférieurs: " les effets secondaires sérieux comprenaient la fatigue (3,8%) et les maux de tête (2%)."

Il ne s'agit que de désagréments transitoires ; ce n'est pas catastrophique par rapport aux dégâts causés par le COVID-19, mais néanmoins significatif.

 

Evidemment, il faut attendre l'analyse complète des dossiers de demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour avoir des chiffres vraiment fiables. (*)

C'est un aspect que les experts ne devront pas négliger, s'ils veulent obtenir une adhésion massive à la vaccination.

 

(*) La première réunion de la FDA pourrait avoir lieu dès le 9 décembre,

 

Consensus : le virus est surtout aéroporté

La folie des désinfectants de surface à Hong Kong
La folie des désinfectants de surface à Hong Kong

Bel article du New York Times qui fait le point sur les modes de transmission du virus.

J'ai rapporté dans ce journal la plupart des résultats qu'ils citent.

 

Ainsi, les scientifiques, qui avaient initialement mis en garde contre les surfaces contaminées, savent maintenant que le virus se propage principalement par des gouttelettes inhalées .

Les chercheurs pensent aujourd'hui qu'il y a peu - ou pas - de preuves que les surfaces contaminées peuvent propager le virus. 

 

Au début de la pandémie, des études avaient (trop) rapidement révélé que le virus semblait survivre sur certaines surfaces, notamment le plastique et l'acier, jusqu'à trois jours . En fait, ces résidus de virus ne semblent pas infectieux. 

En juillet, un essai paru dans le journal médical The Lancet a soutenu que certains scientifiques avaient exagéré le risque d'infection à coronavirus à partir de surfaces.

 

Certes cela ne veut pas dire qu'il faut renoncer aux mesures d'hygiènes élémentaires, comme le lavage des mains après tout contact extérieur, mais l'essentiel de l'effort dans les bâtiments doit porter sur la ventilation.

 

 On sait maintenant en effet, que le virus peut rester dans l'air ambiant, pendant des heures, au sein de minuscules gouttelettes,  infectant les gens dans les espaces intérieurs encombrés et mal ventilés. Les responsables de la santé sont invités à se concentrer plutôt sur l'amélioration de la ventilation et de la filtration de l'air intérieur.

 

"Les virus sont émis par des activités qui pulvérisent des gouttelettes respiratoires - parler, respirer, prier, crier, tousser, chanter et éternuer. Et les sprays désinfectants sont souvent fabriqués à partir de produits chimiques toxiques qui peuvent affecter considérablement la qualité de l'air intérieur et la santé humaine".

 

En attendant Procter & Gamble a déclaré que les ventes de ses produits de nettoyage personnels avaient augmenté de plus de 30% au cours du 3ème trimestre , avec une croissance à deux chiffres dans toutes les régions du monde !

 

17 novembre 2020

Le vaccin Moderna : premières informations très positives

Après Pfizer, et son coup de bourse, il était évident que son principal concurrent, Moderna Therapeutics, allait lui-aussi publier des premiers résultats de phase III.

 

Il ne s'agit malheureusement que d'un communiqué de presse. Cependant il donne un peu plus d'infos que celui du géant pharmaceutique.

 

1° Dans cet essai contre placebo, certains des volontaires ont attrapés le Covid-19. Un comité d'experts indépendant a examiné les 95 premiers participants qui sont tombés malades. Quatre-vingt-dix d'entre eux avaient reçu le placebo et seulement cinq avaient reçu le vaccin. Sur la base de ces données, le conseil a estimé que le vaccin était efficace à 94,5%.

 

2° Sur les 95 personnes qui sont tombées malades dans l'étude Moderna, 11 ont souffert d'une maladie grave. Aucune de ces 11 personnes n'a été vaccinée. En d'autres termes, les cinq personnes vaccinées qui sont tombées malades n'ont présenté que des symptômes bénins, et tous les cas graves étaient des participants du groupe placebo.

Cela suggère que le vaccin de Moderna ne bloque pas seulement le virus dans la plupart des cas, mais protège également les personnes qui présentent les pires formes de la maladie.

 

3° Moderna a recruté 30 000 volontaires à travers les États-Unis pour participer à son essai. Un quart des participants ont 65 ans ou plus. Les 95 personnes qui sont tombées malades du Covid-19 reflètent la diversité des volontaires de Moderna: quinze avaient 65 ans ou plus. L'efficacité du vaccin est la même pour tous les sous-groupes, y compris les personnes de plus de 65 ans.

Pfizer n'avait donné aucune information sur son échantillon.

 

4° Le vaccin se fait en deux injections séparées de quatre semaines. Il doit être transporté à -20°C, mais pourra ensuite être stocké décongelé dans un réfrigérateur (2 à 8°C) pendant 30 jours. C'est aussi un avantage sur le vaccin de BioNTech qui doit être conservé à - 80°C.

 

5° Il ne s'agit toujours que de résultats partiels. Il faut attendre le dossier qui sera déposé devant la FDA et les autorités sanitaires européennes et les publications scientifiques détaillées, pour avoir confirmation de cette excellente nouvelle.

 

6° Si ce vaccin est validé, il pourra être utilisé massivement au printemps 2021.

 

 

10 novembre 2020

Des sprays nasaux pour se protéger du COVID ?

Dans le combat contre le COVID, les chercheurs doivent plus que jamais être innovants et ingénieux.

Ainsi l'idée de sprays nasaux, permettant de se protéger lors de la fréquentation d'endroits à risque (espaces confinés par exemple), fait son chemin.

 

La prestigieuse Université de Stanford (Californie) soutient ainsi un essai clinique australien qui teste des gouttes nasales contenant des anticorps de poulet (anti-SRAS-CoV-2), en vue d'une protection temporaire.

La technique, basique, consiste à récupérer des anticorps produits à partir de jaunes d'œufs de poulets immunisés avec Spike, la protéine de surface du SRAS-CoV-2. 

 

L'étude ne fait que commencer, mais elle est prise très au sérieux par d'éminents spécialistes. D'autres chercheurs sont sur cette piste.

Une équipe dirigée par des scientifiques du Columbia University Medical Center a montré, dans une prépublication du 5 novembre, que l'on pouvait protéger des furets du SRAS-CoV-2 avec un spray nasal, contenant un lipopeptide qui se lie à la protéine de pointe et empêche le virus de fusionner avec les cellules.

Rendez-vous dans quelques mois pour une éventuelle mise en application.

 

Quels sont les hotspots COVID ?

Intuitivement on comprend que les lieux exigus, mal ventilés, à forte concentration humaine soient propices à la dissémination du virus.

 

Une étude américaine vient préciser et quantifier ce sentiment.

Pour cela,  des chercheurs ont créé un nouveau modèle utilisant les données de téléphonie mobile pour cartographier les mouvements des personnes dans 10 des plus grandes villes américaines, dont Chicago, New York et Philadelphie.

 

Ils ont analysés la façon dont les gens se déplaçaient dans et hors de 57 000 quartiers de ces villes vers des points d'intérêt, tels que des restaurants, des églises, des gymnases, des hôtels, des concessionnaires automobiles et des magasins d'articles de sport... pendant 2 mois à partir de mars 2020.

 

A partir de certaines simulations, le modèle a fourni un nombre d'infections théorique dans ces quartiers  entre le 8 mars et le 15 avril.

Ce nombre correspondait précisément avec celui des infections officiellement enregistrées dans ces mêmes lieux un mois plus tard.

 

Ils ont notamment constaté que l'ouverture de restaurants à pleine capacité entraînait la plus forte augmentation des infections, suivie des gymnases, des cafés, des hôtels et des motels.

 Si Chicago avait rouvert des restaurants le 1er mai, il y aurait eu près de 600 000 infections supplémentaires ce mois-ci, tandis que l'ouverture de gymnases aurait produit 149 000 infections supplémentaires. Si toutes les salles étaient ouvertes, le modèle prédit qu'il y aurait eu 3,3 millions de cas supplémentaires.

 

Voila donc un outil particulièrement intéressant pour les politiques et leur gestion du confinement. Malheureusement ce n'est pas une bonne nouvelle pour les petits commerces, les restaurants, les lieux de culte, les gymnases... et la culture.

COVID et milieux défavorisés

On sait que la pandémie est particulièrement présente dans les milieux défavorisés. La concentration des personnes dans de petites surfaces, la promiscuité, sont des facteurs de risque évidents.

 

Les données sur la mobilité suggèrent également pourquoi les habitants des quartiers les plus pauvres sont plus susceptibles de contracter le COVID-19: parce qu'ils sont moins capables de travailler à domicile et que les magasins qu'ils visitent pour les fournitures essentielles sont souvent plus encombrés que dans d'autres zones. 

L'épicerie moyenne des quartiers les plus pauvres comptait 59% de visiteurs horaires de plus par mètre carré et les visiteurs restaient en moyenne 17% plus longtemps que dans les magasins situés à l'extérieur de ces zones.

En gros, le shopping dans ces quartiers est deux fois plus risquée que dans une zone aisée.

Vaccin BioNTech : faut-il sabrer le champagne avec Wall Street ?

Génial titre du "Canard enchaîné" sur le sujet :

"Un grand pas pour les Bourses ou un grand pas pour l'immunité"

 

Wall Street, 9 novembre 2020
Wall Street, 9 novembre 2020

L'annonce par le patron de Pfizer, Albert Bourla, de résultats intermédiaires faisant état d'une efficacité de 90% pour prévenir les cas symptomatiques de COVID-19, a été saluée, comme il se doit, par la bourse américaine.

 

Les scientifiques sérieux sont beaucoup plus prudents et attendent, comme il se doit, la fin de cet essai de phase 3 (prévue fin novembre) et les publications scientifiques qui l'accompagneront. Un communiqué de presse n'en tient pas lieu !

 

Néanmoins si cette performance est confirmée, c'est un résultats extraordinaire pour une approche révolutionnaire, qui ouvre des perspectives nouvelles dans de nombreux domaines, y compris l'oncologie.

 

NB : Le PGG de Pfizer a vendu pour 5,6 millions de dollars d'actions le jour où il a annoncé les premiers résultats sur le vaccin !

 

 

Des bémols : pourquoi ?

Tout d'abord, les experts soulignent que, quoi qu'il arrive, la grande majorité du public n'aura pas accès à ce vaccin (ou à tout autre vaccin COVID-19) avant plusieurs mois. Cela ne réglera en rien la crise actuelle.

 

Ensuite, on ne sait rien de la durée de l'immunité déclenchée par le vaccin et s'il peut éviter un COVID-19 grave.

 

Sera-t-il en capacité d'abaisser les taux de transmission s'il est largement utilisé dans une population ?

 

 On ne sait pas aujourd'hui son efficacité chez les personnes âgées, les diabétiques, les obèses... qui souffrent le plus du SRAS-CoV-2, car l'échantillonnage de l'essai n'a pas été communiqué.

 

La mise en oeuvre d'une vaccination massive avec un simple brin d'ARN messager (ARNm), qui doit être conservé à des températures  inférieures à 80 degrés Celsius pour préserver le matériel génétique, est  également un énorme défi !

 

Enfin, si jusqu'à présent, l'essai n'a révélé aucun problème de sécurité majeur, il est clair que les autorités compétentes auront à vérifier de près l'innocuité de cette vaccination (on sait par exemple que l'ARN extracellulaire peut être un facteur favorisant la coagulation sanguine).

 

Rendez-vous est pris auprès de la FDA en décembre pour les deux vaccins à ARNm : celui de BioNTech et celui de Moderna. Verdict avant les fêtes ?

 

Dans ce journal, sur les vaccins à ARNm et autres, voir :

 

- le 1er octobre 2020,

- le 23 juillet 2020,

- le 21 juillet 2020,

- le 15 juillet 2020,

- le 19 mai 2020,

- le 3 avril 2020