" La diffusion des lumières n'exige autre chose que la liberté, et encore la plus inoffensive de toutes les libertés, celle de faire publiquement usage de sa raison en toutes choses."

 KantQu’est-ce que les lumières ?, 1784

 

Blog

 

Billets d'humeur -depuis janvier 2009 - classés, pour simplifier, en six rubriques : arts, histoire, philosophie, politique, société, sciences.

Rappel : philosophie = aime la sagesse !

 

Planète vivante

Ressources pillées, biodiversité gravement altérée, pollutions majeures, climat déréglé... l'avenir de l'homme sur la Terre s'avère très sombre !

 


Conscience

 " Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ;

c’est celui qui pose les vraies questions. "

C. Levi-Strauss, Le cru et le cuit

 

" Pourquoi craindre pour le dompteur, sa cage le protège des hommes' 

d'après Samuel Beckett

Sciences

Je propose ici un petit parcours - très personnel - au coeur de l'aventure scientifique qui, de Sapiens et Néandertal vous conduira aux nanosciences, à la biologie synthétique, à la chimie du vivant ou encore à l'intelligence artificielle...

Un non scientifique curieux pourra tirer profit de ces quelques pages sans équations et sans le jargon des initiés.

 

Voir

" Derrière la vitre qu’est la nature, apparaît lentement l’espèce d’une seconde, un fantôme d’éternité. De ce fantôme nous nous satisfaisons. Il devrait nous désespérer, (…). A ces moments le monde paraît laisser échapper comme par mégarde, un peu de son secret."

 A. Camus

 aussi: https://www.jeanpierrelavergne.fr/                                 


L'exposition Léonard de Vinci au Louvre

Photos du 6 février 2020

Portrait par Francesco Melzi (1516)
Portrait par Francesco Melzi (1516)

 

La plus grande exposition jamais consacrée au génie de Vinci. 175 pièces :

 

- les plus beaux tableaux,

- leur analyse en réflectographie infrarouge(*)

- cartons, croquis, travaux préparatoires,

- quelques carnets et extraits des Codex détenus par l'Institut de France.

 

Les photographies ci-dessous - enregistrées difficilement au milieu d'une foule compacte - se passent de commentaires.

 

 

Léonard de Vinci, génie polymathe

 

 

Les oeuvres originales

Analyse en réflectographie infrarouge

La science permet aujourd'hui de mieux comprendre les techniques utilisés par les grands peintres, notamment par les grands maîtres de la renaissance.

 

Le laboratoire du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) a soumis la Joconde, Sainte-Anne, La Belle Ferronnière, Saint Jean-Baptiste et quelques autres œuvres majeures de Léonard de Vinci, à des techniques non invasives comme la spectrométrie de fluorescence X 2D, la réflectographie infrarouge, la photographie par fluorescences d'ultraviolets et la radiographie RX. Léonard aurait aimé !

 

La réflectographie IR permet d'accéder aux premières couches de l'œuvre en traversant les pigments : « Sous ce type d'infrarouge, les couches colorées deviennent transparentes, à l'exception des pigments noirs, à base de carbone. Léonard faisait sa première esquisse, la plupart du temps, avec du noir de carbone. "

Cartons, travaux préparatoires

Codex

La Cène (copie)

 

Enfin le Louvre expose une copie restaurée de la Cène (réfectoire de l'église Santa Maria delle Grazie, à Milan ) de Léonard de Vinci, réalisée par un de ses élèves : Marco d’Oggiono. Une très pale copie selon moi... on peut le vérifier en comparant avec l'original filmé sur place.

 

De l'amour (II)

Je reviens sur cette belle et très pédagogique exposition du Palais de la Découverte consacrée aux sciences de l’amour.

 

J'ai déjà évoqué cette présentation que j'ai pu découvrir récemment... cerné par une multitude de collégiens ! Je veux croire que tous les ados de la région parisienne auront l'occasion d'admirer ce beau travail, à la fois sérieux et poétique.

 

De l'amour interroge ce mystérieux sentiment en s'appuyant sur des travaux scientifiques et artistiques.

 

 

" Deux galeries  sont proposées pour explorer ces territoires amoureux :

 La galerie des attachements 

Qu’est-ce que l’amour ? L’empathie ? L’attachement ?

Là où le français n'utilise que le terme "amour", le grec utilise quatre mots : érōs, le désir, la passion charnelle ; storgê, l’amour familial ; agapē, l’amour désintéressé et philía, l’amitié, le lien social.

Une approche par quatre entrées qui vous permettra de percer un peu plus ce mystère et de découvrir les dernières recherches scientifiques (les sciences affectives) sur l'amour.

 

La galerie des sciences

 Certes il n’y a pas de théorie scientifique globale sur l’amour. Pourtant, l’affection, l’attachement, la sexualité et l’empathie sont véhiculés par les mêmes molécules, déclenchent la sécrétion des mêmes hormones et empruntent les mêmes circuits neuronaux.

La galerie des sciences vous permettra d'aborder le sujet en sept questions, explorées en détails par des neuroscientifiques, sociologues, sexologues, psychanalystes et philosophes."

 Le Palais de la Découverte

L'attachement

L'attachement est primordial pour l'évolution psychologique de l'enfant. Cette théorie a été formalisée par le psychiatre et psychanalyste John Bowlby.

 

Pour Bowlby, l'attachement est un instinct de protection satisfaisant un besoin de sécurité à travers la relation à autrui, et notamment sa figure d’attachement.

 

C’est à partir de l’observation des réactions des enfants au retour de la mère que Mary Ainsworth, à la suite de Bowlby, a établi la classification de l’attachement des bébés en trois catégories :

-  l’attachement insécure ambivalent/anxieux,

-  l’attachement insécure évitant,

-  l’attachement sécure.

Je donne ci-dessous un aperçu de l'exposition du Palais de la Découverte sous forme d'un mur de photos que j'ai prises sur place. JPL

 

L'amour

Les mots, les maux

Mais que dit la science ?

Pandémies...

Face à l'épidémie actuelle liée à la propagation du Coronavirus 2019-nCoV, il faut savoir raison gardée !

 

Certes si la vitesse de diffusion en Chine ne faiblit pas, on observe qu'à l'extérieur des frontières chinoises la diffusion est particulièrement modeste, comme le montre le recensement effectué en temps réel par la Johns Hopkins University's à Baltimore :

 

https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6.

 

Au moment où j'écris ces lignes (04 02 2020), sur les 20 624 cas signalés, 20 434 sont chinois (dont 13 522 à Hubei- Wuhan).

La létalité reste - si l'on peut s'exprimer ainsi - modeste : 427 morts dont 414 dans la province de Hubei et un seul hors de Chine.

 

Certes, il ne faut pas préjuger de l'avenir ; l'épidémie pourrait durer des mois, voire des années... mais la peur - la panique chez certains - pourrait avoir des conséquences économiques et sociétales, bien plus graves que la maladie.

 

Nous sommes en effet très loin des grandes pandémies, de peste par exemple, qui mettaient en péril l'existence même de villes entières.

La peste noire (black death) : 1347 - 1352

" Le Triomphe de la Mort" par Pieter Brueghel l'Ancien, 1562
" Le Triomphe de la Mort" par Pieter Brueghel l'Ancien, 1562

 

«Les gardiens et les ministres de la loi étaient tous morts, malades, ou si démunis d’auxiliaires que toute activité leur était interdite. N’importe qui avait donc licence d’agir au gré de son caprice».

Bocacce - Decameron

 

La grande peste provoqua une hécatombe en Eurasie au XIVème siècle. On cite parfois le chiffre de 200 millions de morts. En Europe on dénombra au moins 30 millions de morts.

 

Au Moyen Age, la peste bubonique sévissait de façon endémique en Asie centrale.

 

En 1346, les Mongols de la Horde d'or assiégèrent Caffa (Théodosie), comptoir et port génois des bords de la mer Noire, en Crimée. L’épidémie, qui sévissait dans leurs rangs, toucha rapidement les assiégés.

 

Bientôt, le siège fut levé, faute de combattants.

 

Les bateaux génois, quittèrent Caffa, avec leurs pestiférés, qui, de port en port, disséminèrent le  bacille Yersinia pestis qui se répandit comme une traînée de poudre.

 

Constantinople fut la première ville touchée en 1347, puis la maladie atteignit Gênes et Marseille en novembre de la même année. 

 

Elle gagna rapidement Avignon, en janvier 1348, alors cité papale et carrefour du monde chrétien : les fidèles, présents en grand nombre, contribuèrent à sa diffusion. Début février, la peste atteignit Montpellier, puis Béziers. Le 16 février 1348, elle est à Narbonne, début mars à Carcassonne, fin mars à Perpignan...

 

En un an, la peste noire se répandit sur tout le pourtour méditerranéen. Elle progressa ensuite vers le nord.

 

Le bilan fut catastrophique : en France, en 1348, le taux de mortalité est de plus de 40% ; en Europe, selon les pays et les sources, il se situe entre 30 et 60%.

 

Article de fond : 

Network theory may explain the vulnerability of medieval human settlements to the Black Death pandemic

 

La grande peste de Londres - 1665

Un chariot de la mort à Londres en 1665 - Edmund Evans
Un chariot de la mort à Londres en 1665 - Edmund Evans

La peste noire a touché Londres vers l'automne 1348, causant la mort de près de 40% de la population.

 La peste reviendra 18 fois entre 1369 et 1485  puis ensuite, selon un rythme décennal, au XVI siècle avec des pics vers 1610 et 1630.

 

On pense que la Grande Peste est arrivée à Londres fin 1664, probablement transmise par des expéditions de coton en provenance d'Amsterdam où la maladie s'était établie en 1663-1664, causant 50 000 décès.

 

En avril 1665, on comptait 400 décès par semaine. Pendant l'été, la maladie flambait. Le roi et son Conseil privé prennent les premières mesures pour limiter la contagion, mais si la maladie était assez bien connue à l'époque, les nombreux médecins et guérisseurs en place étaient totalement démunis.

 

En juillet 1665 les plus riches désertent Londres, les pauvres "meurent comme des mouches".

Il y avait tellement de morts à enterrer que "les cimetières étaient surpeuplés". Les croque-morts erraient dans la ville avec de grandes charrettes en criant «Sortez vos morts».

 

Lire l'ouvrage du grand scientifique Robert BoyleThe Plague of London from the Hand of God (1665).

 

 

Dès lors la panique s'installe à Londres. Les corps commencent à s'entasser à l'extérieur des maisons, les rues sont jonchés de cadavres.

Ordre est donné d'abattre chiens et chats. De grands feux sont allumés dans les rues, la fumée étant censée éliminer la maladie.

 Le célèbre diariste Samuel Pepys écrit :

 

"Seigneur ! Comme les rues sont vides et mélancoliques, tant de pauvres malades dans les rues pleines de plaies… à Westminster, il n'y a pas de médecin et il ne reste qu'un apothicaire, tous sont morts. » 

 

En septembre 1665, on compte officiellement  7 000 morts par semaine. En réalité certainement beaucoup plus.

 

Avec l'arrivée d'un temps plus froid à l'automne et à l'hiver 1665, la peste a lentement commencé à refluer.

 

Cependant, la vie à Londres n'a repris son cours normal qu'en 1666. En septembre de la même année, la ville a connu une autre tragédie : le grand incendie de Londres. On pense qu'il a aidé à débarrasser Londres de la peste une fois pour toutes.

 

 

 

Le grand incendie de Londres (1666)
Le grand incendie de Londres (1666)

Les séquelles

 

Selon le London Bill of Mortality, 68 596 personnes étaient mortes de la peste en 1665. Encore une fois, on pense également que ce nombre était largement sous-estimé. 

 

À la suite de la grande peste et du grand incendie, la ville de Londres a été en grande partie reconstruite.

 

La ville a été assainie. Les rues ont été élargies, des chaussées et des égouts ont été installés et les bâtiments ont été reconstruits à l'aide de matériaux plus sûrs.

 

 

 

 

 

 

La grande peste de Londres selon Daniel Defoe

En 1722, Daniel Defoe publie le Journal de l’Année de la Peste (A Journal of The Plague Year).

 

Lorsqu’il publie son Journal le 17 mars 1722, Defoe a à l’esprit la peste qui a ravagé Marseille et sa région, deux ans plus tôt.

 

Auteur de best-sellers comme Robinson Crusoé (1719) et (Heurs et malheurs de la fameuse) Moll Flanders (1722), mais aussi journaliste toujours à l'affût d'une grande affaire, Defoe voit là l'occasion d'un livre qui rappelle le drame de Londres, 55 ans plus tôt.

Réunissant avec une rigueur toute scientifique témoignages et documents, Defoe a laissé de la peste une description digne des grands cliniciens du XIXe siècle. 

 

Il s'agit du récit, relaté par un personnage-narrateur-observateur-témoin-chroniqueur (H. F.) qui vit à Londres durant la grande peste. Il arpente les rues de la ville et reconstruit, par et dans son écriture, l’expérience de la maladie, à laquelle il échappe de façon quasi miraculeuse.

 

La contagion, dans son sens médical, est au cœur du Journal. Elle est à l’origine de la plupart des questions que H. F. pose de façon lancinante : a-t-on plus de chance d’éviter la contagion en restant sur place ou en fuyant ? Est-il efficace, pour éviter que la maladie ne se répande, de fermer les maisons et d’empêcher leurs habitants, même sains, de sortir, dès qu’un cas de peste s’est déclaré dans un foyer ? Que deviennent les rapports entre les gens et quel aspect prend une ville en cas de contagion généralisée ?...

 

 Alors que le discours médical est à l'époque général et théorique, Defoe offre des exemples frappants, plus ou moins détaillés, du processus, où le général est envisagé non comme un tout indifférencié, mais comme une accumulation ou une concentration d’individualités, dont la somme renforce l’effroi du lecteur.

Il raconte notamment l'histoire de cette femme embrassée par un pestiféré :

 

" il la maîtrisa et l’embrassa ; puis, ce qui fut bien pire, quand il l’eut fait, il lui dit qu’il avait la peste et qu’il n’y avait pas de raison pour qu’elle ne l’eût pas aussi bien que lui. Elle était déjà assez terrifiée avant cela… mais quand elle l’entendit déclarer qu’il avait la peste, elle poussa un cri perçant et tomba en pâmoison ou en syncope dont […] elle mourut au bout de quelques jours".

"La certitude de l’infection est aussi mortelle que l’infection elle-même "

 

Et puis progressivement la mort devient si familière que l'on s'y accoutume :

"« En fait, on ne voyait pas par les rues les gens en deuil, car personne ne se mettait en noir ou ne portait officiellement de vêtements funèbres, fût-ce pour les parents les plus proches ; mais on y percevait partout la véritable voix du deuil. Les passants avaient si souvent à entendre les cris des femmes et des enfants aux fenêtres et aux portes des maisons où les êtres les plus chers étaient peut-être mourants ou venaient de mourir, que c’en était assez pour percer le cœur du plus ferme. Dans presque chaque demeure, ce n’étaient que pleurs et lamentations, surtout au début de la calamité ; car vers la fin, les cœurs étaient endurcis, et la mort se trouvait si constamment exposée aux yeux que les gens ne s’émouvaient plus autant de celle des proches, chacun s’attendant à être lui-même appelé dans l’heure suivante ».

 

C’est un document irremplaçable par sa rigueur sociologique, médicale, historique.

 

La grande peste de Marseille - 1720

Le Grand -Saint-Antoine
Le Grand -Saint-Antoine

Marseille a été touchée plusieurs fois par la peste, mais l’épidémie de 1720 est la plus sanglante : 40 000 Marseillais meurent de la maladie, soit la moitié de la population de l’époque.

 

En mai 1720, le Grand Saint-Antoine revient dans la Cité Phocéenne, qu’il a quitté neuf mois plus tôt, après plusieurs escales au Proche-Orient. Sa cargaison, qui appartient à des notables, se compose d’étoffes de soie et de balles de coton, destinées à être vendue à la foire de Beaucaire, au mois de juillet.

 

Lors de toutes ses escales, le Grand Saint-Antoine a obtenu des patentes nettes. Pourtant, au cours de son voyage, le navire enregistre neuf décès à bord, dus à une fièvre maligne pestilentielle. Le bateau s’est vu refusé l’entrée au port de Livourne (Italie), juste avant son arrivée à Marseille, à cause de cette fièvre.

 

Cependant, et malgré les informations données par le capitaine,  les marchandises sont débarquées aux infirmeries du Lazaret d’Arenc, après la probable intervention des propriétaires de la cargaison auprès des échevins.

 

François-Xavier de Belsunce, évêque de Marseille pendant la Grande peste
François-Xavier de Belsunce, évêque de Marseille pendant la Grande peste

Il faudra attendre la fin du mois de juin 1720, soit un mois après l’arrivée du Grand Saint-Antoine, pour que le bureau de santé ne prenne de réelles mesures sanitaires. Le navire est brûlé sur l'île de Jarre.

 

Hélas, les tissus issus des cargaisons du bateau ont été sortis en fraude des infirmeries.

Dès le mois de juin, de nombreux cas de peste sont identifiés et l'épidémie flambe très vite.

 Fin juillet la ville est mise en quarantaine, début août on note plus de 100 décès par jour.

 

L'épidémie franchit cependant les limites de la ville. Les communes alentours, Allauch, Aubagne, Cassis notamment, sont atteintes.

La peste va même plus loin : Aix-en-Provence, Arles, Toulon, Alès, Avignon, le Gévaudan… sont touchés.

 

Les médecins de Montpellier et le premier médecin du régent, Pierre Chirac, confirment la nature de l'épidémie.

 

Si l’épidémie recule à partir d’octobre 1720, il faudra toutefois attendre la fin de l’année 1722 pour que s’éteignent les derniers foyers de peste en Provence. Au total, sur une population de 400 000 personnes, entre 90 000 et 120 000 victimes sont à déplorées. A Marseille, on compte entre 30 000 à 40 000 décès sur les 80 000 à 90 000 habitants que comptait la Cité Phocéenne avant la maladie.

Sur le plan économique, le port de Marseille sera durement touché.

La science réécrit l'histoire

Photographie de fouilles à l'Observance à Marseille, France
Photographie de fouilles à l'Observance à Marseille, France

Les scientifiques, qui disposent aujourd'hui des moyens de remonter le temps, se penchent depuis quelques années sur ces grandes épidémies de peste.

 

Une équipe de l'Institut Max-Planck (MPI), en Allemagne est parvenue à reconstituer le génome du bacille Yersinia pestis, à l'origine de l'épidémie de peste qui a ravagé Marseille entre 1720 et 1722.

 

En 2015, des échantillons prélevés sur les dents de cinq personnes décédées de peste lors de la dernière grande épidémie européenne de peste en 1722 à Marseille, ont été analysés.

Les séquences d'ADN de ces échantillons bactériens ont ensuite été comparées aux séquences d'ADN des Y. pestis modernes et à d'autres échantillons historiques de la bactérie. Les résultats ont montré que les bactéries de l'épidémie de Marseille ont probablement évolué à partir de la souche qui a provoqué la peste noire au 14ème siècle.

 

Ces travaux prouvent que le pathogène ne venait pas d'Asie, comme on le croyait jusqu'alors, mais descendait directement du responsable de la première pandémie ayant ravagé l'Europe au 14e siècle, la "peste noire". 

Autrement dit, "le bacille de cette peste noire médiévale a persisté localement pendant plusieurs  siècles avant de resurgir brusquement !"

 

Le Grand-Saint-Antoine,  arrivé à Marseille le 25 mai 1720 en provenance du Levant serait-il donc innocent ?

 

Il reste cependant à comprendre les mécanismes qui ont conduit à la brusque disparition de la peste en Europe et à sa résurgence.

Mémoire de la grande peste de 1720

L'arbre de mai à Cucuron (photo personnelle)
L'arbre de mai à Cucuron (photo personnelle)

Le souvenir de ces événements est resté longtemps ancré dans la mémoire collective.

 

Ainsi chaque année, sans interruption depuis 1720, les habitants de Cucuron, petit village du Luberon (Vaucluse) perpétuent une tradition mi-païenne, mi-chrétienne : celle de l’Arbre de mai, en remerciement à leur patronne Sainte Tulle, qui, d’après la légende, stoppa l'épidémie qui avait déjà emporté le tiers des villageois.

Cette tradition, dans laquelle bon nombre de familles cucuronnaises sont investies, consiste  à porter à dos d’hommes un peuplier décoré, sur lequel « l’Enseigne »,  monte à califourchon en brandissant le drapeau national … Après un parcours( toujours difficile) dans les petites rues du village, l’arbre, plus haut que le clocher de l’église (24 m), sera planté sur le parvis de l’église ND de Beaulieu. Il y restera jusqu’au 15 août.

 

La grippe espagnole

A Montréal, au plus fort de l'épidémie, on comptait un mort toutes les neuf minutes
A Montréal, au plus fort de l'épidémie, on comptait un mort toutes les neuf minutes

Fin 1918, la grande guerre se termine et l'épidémie de la grande grippe dite espagnoleappelée ainsi parce qu'elle fut annoncée dans la presse espagnole - dont le pays était exempt (la presse des belligérants était censurée), prend son envol. Il sera foudroyant.

C'était il y a exactement 100 ans.

 

On estime que cette pandémie affecta un tiers de la population mondiale (qui était de 1,83 milliard d'habitants à l'époque) et que plus de 50 millions de personnes en périrent (dont 170 000 en France).

 

 On sait maintenant que le virus responsable de la grippe espagnole est né de la combinaison d'une souche humaine, provenant de la grippe saisonnière H1N8, en circulation entre 1900 et 1917, avec des gènes aviaires de type N1. Ainsi naquit, en 1917 ou 1918, une souche H1N1, ancêtre de la variante qui sema la panique en 2009.

 

Originaire probablement de Chine, la mutation du virus se serait produite au Kansas. Le virus serait passé ensuite du canard à l'humain - directement ou via le porc  -. Le virus a rapidement touché l'ensemble des États-Unis, où il aurait muté, pour donner une nouvelle souche ultra virulente (qui ne tardera pas à nous tomber dessus disent certains virologues),  trente fois plus mortelle que les grippes communes. Elle devint une pandémie, lorsqu'elle passa des États-Unis à l'Europe, puis dans le monde entier, par les échanges entre les métropoles européennes et leurs colonies.

 

VOIR : 

The 1918–19 influenza pandemic revisited

 

L'histoire du nylon : on commence par le bas !

 

 

"En dépit de millénaires de divergences culturelles, ce qui unit le plus profondément les femmes et les hommes d'aujourd'hui, c'est la capacité à se séduire"

 Pascal Picq

 

Une révolution technologique, culturelle, économique... érotique

L'histoire du nylon c'est une extraordinaire aventure industrielle..... qui a pour origine un immigrant français aux USA : Pierre Samuel Dupont de Nemours, ami de Thomas Jeffersontroisième président des Etats-Unis d'Amérique.

 

C'est une page marquante de l'histoire des sciences et des technologies, mais aussi des sociétés et des hommes, qui brasse :

 

 - la saga d'une grande famille d'origine française,

- des événements historiques : la Révolution française, l'avènement des Etats-Unis d'Amérique, la deuxième guerre mondiale,

- des hommes politiques, des entrepreneurs, des scientifiques,

- le développement d'un géant de l'industrie américaine et mondiale,

- une révolution scientifique et technologique avec l'émergence de nouveaux matériaux liés aux énergies fossiles...

 

...  qui aura un formidable impact sur les sociétés occidentales à travers la mode,

 

... qui débouche aujourd'hui sur la prise de conscience des nuisances d'une économie linéaire (produire, consommer, jeter) et de ses déchets et sur la nécessité de définir les bases d'une économie circulaire où " chaque ressource est à préserver, à transmettre, à faire circuler, d'homme à homme, d'usage en usage...

 

La folie des bas nylon

L'avènement du nylon a été annoncé par la Dupont de Nemours dans le Herald Tribune du 27 octobre 1938.

 

Les  premiers bas nylon  ont été testés par les employées du siège de la compagnie, à Wilmington (Delaware), berceau de la famille Dupont, en mars 1939.

 

Le 15 mai 1940 (Nylon-day), lors du lancement national, près de 800 000 paires de bas sont vendues.

 

 

En 1941, le nylon représente déjà 30% du marché de la bonneterie. 

Une progression foudroyante !

 

On peut faire confiance aux Américains pour assurer la promotion de leurs innovations. J'ai relaté ICI comment l'American Tobacco et Edward Bernays s'y étaient pris pour faire fumer la femme américaine.

 

Aussi ce n'est pas un hasard si la DuPont choisit le bas pour lancer son nylon.

 

Dans les années 30/40 le mollet se dévoile, un coup de vent et le genou s'aperçoit.

La jambe de la femme américaine n'avait alors le choix qu'entre la soie, chère et qui filait vite, et la rayonne, opaque et très moche.

Le bas nylon tombe à pic : produit peu cher, solide, transparent, sexy... (et qui consomme peu de matière !)

Les femmes adoreront !

  

Ce fameux 27 octobre 1938, jour où Charles Stine pour la Dupont  s'exprime dans le Herald Tribune, sa compagnie présente les bas nylon à  4 000 femmes de la classe moyenne enthousiastes, sur le futur site de l'Exposition universelle de New York

La distribution locale de  Wilmington, six mois plus tard, fera encore monter la pression.

 

D'où l'apothéose du Nylon-Day, le 15 mai 1940 !

 

Le succès ne se démentira pas, au contraire ! En décembre 1940 l'entreprise met en vente 4 000 000 de paires de bas, ils sont vendus en quatre jours.

 

Après la parenthèse de la guerre, la chasse aux bas repart. C'est une véritable folie qui s'empare des américaines. Des files d'attente de "plus de un mile" (1600 m) sont signalées dans de nombreuses villes.  

 

Le marché noir fonctionne à plein : 20 dollars pour une paire vendue 1 dollar 15 !

On assiste même à de véritables émeutes (Nylon riots) entre août 1945, date à laquelle est annoncée la reprise de la fabrication des bas, et mars 1946 où elle atteint sa vitesse de croisière.

On cite par exemple les émeutes de Pittsburgh où 40 000 femmes se sont affrontées pour 13 000 paires de bas.

 

 

 

Le bas et... l'érotisation du corps féminin


" Le bas ne se laisse qu'entrevoir. et pourtant, sa magie opère toujours aujourd'hui. Objet de culte, source de fantasmes, accessoire élégant, le bas rend hommage à la féminité." Jean Feixas

 

 

Le bas, est l’un des sous-vêtements qui a contribué le plus à érotiser le corps féminin. L'histoire de la DuPont nous le confirme.

 

Et pourtant :

 

"L’ancêtre du bas tel que nous le connaissons aujourd’hui était bien loin d’évoquer charme, plaisir et érotisme. Il y a deux mille ans, ses inventeurs, les Barbares, le portaient sous forme de braies, longs caleçons maintenus par des bandelettes. Plus tard, le Moyen Age sépara l’affaire en deux, distinguant le haut-de-chausse des bas-de-chausses."

Le BasJean Feixas

 

Nous  avons tous en tête le tableau de  Hyacinthe Rigaud où Louis XIV s'exhibe en bas de soie maintenus par des jarretières (1701).

 

Mais au XIXe siècle, les femmes s’approprient le bas, la jarretière laisse la place à la plus confortable jarretelle,  " qui devient un accessoire coquin. Les danseuses de cancan en font une arme de fascination massive, l’assortissant à des bas noirs, aptes à contraster avec la pâleur de la peau."

 

Puis vint le nylon qui démocratisa considérablement le bas. L'érotisme de la jambe féminine fut enfin à la portée de toutes les bourses.

 

Les bas des années 40 étaient si solides que les femmes n'achetaient que quelques paires par an... au grand désespoir de la DuPont qui semble-t'il demanda à ses ingénieurs de produire... moins résistant ! C'est en tout cas ce que de nombreuses consommatrices rapportèrent dans les journaux des années 50. Pour se défendre, la DuPont expliquera avoir modifié l’épaisseur de la fibre (30 à 40 deniers en 1940 contre 15 deniers en 1950) évoquant l’évolution du goût des consommatrices.

Aujourd'hui on appelle cela de l'obsolescence programmée.

La vérité sur les bas nylonsGood Housekeeping, septembre 1950

 

La fin du bas nylon (?)

A la Libération on sait le succès en Europe des GI's américain auprès de la gent féminine ; on l'attribue - en partie - aux bas nylon qu'ils distribuaient à leurs conquêtes.

 

En France, la Rhodiaceta avait acheté la licence à la DuPont de Nemours en 1939, les premiers bas nylon français seront commercialisés en 1945.

La prestigieuse maison Cervin est fondée en 1953.

 

En 1955, la Dupont de Nemours investit massivement dans les défilés de mode haute couture à Paris, chez Chanel, Patou et quelques autres. 

Le bas se fait alors sans couture.

 

En 1960, l'arrivée de la mini-jupe sonne le glas du bas et l'avènement du collant. En 1968, les femmes jettent les soutiens-gorge et mettent des pantalons. Coup dur pour le nylon... qui rebondira de multiples façons dans notre garde-robe.

D'ailleurs, la robe et sa cape assortie, créées par Marc Bohan pour la collection haute couture automne-hiver 1968 de Christian Dior, étaient... en nylon Qiana !

 

La fin des matières plastiques (?)

Aujourd'hui, nylons et fibres synthétiques sont partout.

 

Selon les spécialistes, la demande mondiale de monofilaments de nylon  avait atteint 476 400 tonnes en 2015, en croissance annuelle de 5,2% jusqu'en 2020.

 

Entre 2000 et 2016 la production globale de fibres synthétiques a explosé, passant de 28,4 millions de tonnes à 64,8 millions de tonnes !

 

C'est beaucoup... C'est trop pour des produits difficiles à recycler qui encombrent nos terres, nos rivières, nos océans.

 

Les recherches aujourd'hui concernent les polymères biosourcés et biodégradables, plus respectueux de notre environnement.

PS : le bas nylon en musique...

 

Les bas nylons ont inspiré quelques couplets, qui sans doute feront dresser le sourcils des féministes les plus intransigeantes !

Ci-dessous :

-  Fats Waller, Claude Nougaro, Julien Clerc et Vince Edwards.

 

 



L'oubli...

Oublier est aussi essentiel que respirer !

Dans un sac, j'ai mis mes souvenirs

(les siens y étaient déjà).

J'ai éteint la lumière

fermé la porte

jeté la clé et le sac dans la rivière.

Le sac a trouvé son chemin dans les embâcles

puis a sombré dans la cascade.

Il ne reste rien de cette histoire.

 JPL - 2020

 

 

 


"Pour que la mémoire fonctionne correctement, il faut oublier." O. Hardt

L’oubli est un processus moléculaire vital. C’est ce que mettent en évidence plusieurs équipes de chercheurs dans le domaine des neurosciences depuis quelques années.

 La mémoire est régulée par un équilibre entre les mécanismes biologiques de stockage et ceux d’effacement de l’information.

 L’oubli n’est pas le résultat du temps qui passe, c’est un processus biologique à part entière.

 

Tout sur l'oubli... ou presque :

 

Poésie

Psychisme

Neurosciences

Les processus moléculaires de l'oubli

Le fonctionnement de la mémoire

Le devoir de mémoire

...

 

Et si la maladie d'Alzheimer pouvait aussi être envisagée comme un dysfonctionnement de l'oubli plutôt que du souvenir ? 

"Et si ce qui se passe réellement était  un processus d'oubli hyperactif qui efface plus qu'il ne devrait ?"

 

 

"J'existe ? J'ai souffert, j'ai maudit la Lumière.-
Mais tout est oublié, je suis trop bien ici,
Oh ! que c'est bon, n'avoir ni désir ni souci-
Je vais m'éparpiller dans la nature entière-"

Jules Laforgue