" La diffusion des lumières n'exige autre chose que la liberté, et encore la plus inoffensive de toutes les libertés, celle de faire publiquement usage de sa raison en toutes choses."

 KantQu’est-ce que les lumières ?, 1784

 

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 " Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ;

c’est celui qui pose les vraies questions. "

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d'après Samuel Beckett

Sciences

Je propose ici un petit parcours - très personnel - au coeur de l'aventure scientifique qui, de Sapiens et Néandertal vous conduira aux nanosciences, à la biologie synthétique, à la chimie du vivant ou encore à l'intelligence artificielle...

Un non scientifique curieux pourra tirer profit de ces quelques pages sans équations et sans le jargon des initiés.

 

Voir

" Derrière la vitre qu’est la nature, apparaît lentement l’espèce d’une seconde, un fantôme d’éternité. De ce fantôme nous nous satisfaisons. Il devrait nous désespérer, (…). A ces moments le monde paraît laisser échapper comme par mégarde, un peu de son secret."

 A. Camus

 aussi: https://www.jeanpierrelavergne.fr/                                 


800 ans d'histoire...

La Faculté de médecine de Montpellier

 En 1220, le Cardinal Conrad d'Urach Légat du pape Honorius III, concède à l'« Universitas medicorum » ses premiers statuts. En fondant officiellement la Faculté de médecine de  Montpellier, il  consacre une activité de pratique et d’enseignement médical connue depuis près d'un siècle. 

 

L'Université sera créée le 26 octobre 1289, quand le pape Nicolas IV adresse, depuis Rome, la constitution apostolique « Quia Sapientia », à tous les docteurs et étudiants de la ville de Montpellier. Elle regroupe alors le droit, la médecine, les lettres et la théologie.

 

 

Le 17 août prochain, Montpellier fêtera en grande pompe le huitième centenaire de sa Faculté.

 

Voici un petit aperçu des hommes, des lieux, des idées, qui habitèrent cette belle institution du Moyen-âge à la Révolution.

 

L'école de médecine du Moyen âge

Montpellier est une ville neuve, sans substrat antique. Elle est fondée en 985, quand le comte de Melgueil (Mauguio) confie, pour services rendus, une manse aux Guillaume (Guilhem en occitan), descendants de saint Guilhem, membres de la grande aristocratie carolingienne, implantés dans la moyenne vallée de l’Hérault.

 

La situation géographique, sur l'ancienne via Domitia, près de l'évêché  de Maguelone, est idéale et la ville se développe très vite.

 

Ainsi, Montpellier apparaît comme un centre scolaire important dès la seconde moitié du XIIe siècle. A partir des années 1130, un enseignement "médical" semble avoir existé. Saint Bernard, dans une de ses lettres, raconte comment à cette époque l’archevêque de Lyon "se ruina à cause des médecins de Montpellier". Il est dit également que le fils du comte de Sarrebruck, Adalbert,  étudiait la médecine à Montpellier en 1153.

 

Dès 1181, le seigneur de Montpellier, Guilhem VIII (†1202), accorda l’entière liberté d'enseignement à tout médecin qui voudrait ouvrir une école à Montpellier.

La consécration viendra donc en 1220, et la devise  des praticiens de Montpellier proclame fièrement "Olim Cous nunc Monspeliensis Hippocrates" ("Jadis Hippocrate était de Cos, maintenant il est de Montpellier").

 

A cette époque, c'est Salerne qui tient le haut du pavé ("source et la fontaine de la médecine" selon Pétrarque). Son rayonnement est exceptionnel et ses élèves vont porter la bonne parole dans l'Europe entière, en particulier à Montpellier. Mais dès le XIII ème siècle, l'école de Salerne décline, supplantée par Bologne en Italie et Montpellier en Europe. Elle finira par disparaître au XIXème siècle.

 

Montpellier est donc la plus ancienne Faculté de médecine au monde encore en exercice.

 

"Jusqu'au début du XIVe siècle, les cours sont dispensés au domicile des Régents, qui étaient rétribué directement par ses élèves; seuls les actes sont réalisés dans l'église Saint-Firmin (détruite en 1562 par les Réformés, elle ne fut jamais reconstruite).

Une subvention royale (Charles VIII et Louis XII) permit à l’Université d’établir un budget régulier. Les méthodes et le matériel d’enseignement étaient analogues à ceux dont Salerne avait propagé l’usage. Après avoir accompli une scolarité de trois ans, le philiatre pouvait postuler le baccalauréat en médecine. Venait ensuite la licence; celle-ci comportait plusieurs épreuves soutenues en présence de l’ensemble des professeurs à l’église Saint-Firmin ou à Notre-Dame-des-Tables : des “disputationes per intentionem” suivies du développement des deux “points rigoureux” extraits de l’Ars Parva de Galien et des Aphorismes d’Hippocrate." Medarus

 

 

Ecole de médecine de Salerne - Copie du Canon de la médecine d'Avicenne
Ecole de médecine de Salerne - Copie du Canon de la médecine d'Avicenne

La solide réputation de l'école de médecine de Montpellier est attestée dès le début sur XIIIème siècle. Elle bénéficie de l'apport salernitain, mais aussi du savoir des savants arabes (Ibn Sina/Avicenne, Rhazès...) et juifs transmis par leurs disciples.

 

VOIR sur le SITE : Al Kimiya

 

C'est évidemment l'église qui a la haute main sur l'institution : « l’université des médecins, tant docteurs qu’étudiants » est placée sous l’autorité de l'évêque de Maguelone qui désigne parmi les professeurs un chancelier pour la diriger.

 

C'est le pape Urbain V un grand Pape languedocien qui fit un séjour de trois mois à Montpellier en 1367 et ordonna la construction  - au frais du Saint-Siège - du monastère des Saints-Benoît-et-Germain, qui deviendra la Faculté de médecine. La chapelle préfigure la cathédrale Saint-Pierre de Montpellier

 

Les premiers maîtres de Montpellier

Durant les trois premiers siècles de son existence, l’école de Montpellier fut quelque peu cosmopolite : Languedociens du terroir, Juifs exilés d’Espagne et de France - déjà installés à Lunel - Espagnols et Salernitains de la première vague...

 

Voici quelques grandes figures des premiers temps.

 

Arnaud de Villeneuve  - 1240(?) - 1311

 

 Arnau de Vilanova, illustre personnage, médecin de trois rois d'Aragon et de trois papes, mais aussi théologien radical et alchimiste célèbre, est né en Aragon vers 1240.

Il fit ses études de médecine à Montpellier (placée sous la tutelle des rois d'Aragon et de Majorque après le mariage de Pierre II d'Aragon, roi d'Aragon et comte de Barcelone, avec Marie de Montpellier, le 15 juin 1204).

 

" La médecine d’Arnaud de Villeneuve se caractérise par la recherche de théories donnant une structure mentale à cette discipline qu’il envisage comme une science à part entière ; de là vient qu’il s’inspire des travaux de Galien et d’auteurs arabes comme Ibn Sina (Avicenne), Al-Kindi ou encore Ar-Râzî. Cependant, il ne méconnaît pas l’importance de la médecine comme pratique et il sera même tenté de privilégier une médecine instrumentale parfois sans rapport ou contredisant la théorie, si l’intérêt du patient l’exige. L’influence d’Arnaud de Villeneuve ne s’arrête pas à la médecine. La guérison du pape Boniface lui confère une renommée extraordinaire qui explique en partie pourquoi son nom est attaché à de nombreux ouvrages d’alchimie, d’astrologie mais aussi de magie que, pourtant, il dénonce dans un texte.

Arnaud est aussi un mystique d’action. Formé par les dominicains de Toulouse et par Ramon Martí qui l’initie aux études hébraïques, il adopte les idées de Pierre de Jean Olieu (Olivi), soutient la cause des franciscains spirituels (querelle de la pauvreté) et il commet un opuscule sur la venue et l’acmé de l’Antéchrist. Il connaît alors la prison et la disgrâce. Ses tribulations le rangent un peu plus dans le camp des contestataires. Il prend ouvertement le parti des « spirituels » ; et dans des écrits latins et surtout catalans destinés à la divulgation, il professe un christianisme intégral, nourri par des lectures et une inspiration prophétiques, éclairé par une réflexion sur le nom de Dieu proche de la Kabbale."

 

Guy de Chauliac (1298-1368)

 

Guy ou Guido de Chauliac, né vers 1298 à Chaulhac dans le diocèse de Mende, est le père de la chirurgie médicale, une profession exercée alors par les barbiers. Durant ses études qu’il effectue à Toulouse (?), Montpellier, Bologne et Paris, il découvre les travaux d’anatomie des médecins grecs et judéo-arabes.

 

Il eut comme maître à Montpellier, Henri de Mondeville, (1260 - 1320), célèbre chirurgien des rois de France Philippe le Bel et Louis le Hutin, qui fût le premier écrivain français en chirurgie. Mondeville avait fait une partie de ses études à Montpellier.

 

A Bologne, il est l’élève de Mondino et d’Alberto Zancari qui le forment à la chirurgie. Vers 1344, il devient chanoine au monastère Saint-Just à Lyon. Sa proximité avec les papes avignonnais, Clément VI (1342-1352) et Urbain V (1362-1370), contribuera à sa notoriété. En 1353, il est nommé chanoine avec prébende de Reims, et en 1359 il sera Prévost du Chapitre de Saint-Just, c’est là qu’il décède en 1368.

 

"Il rédige la Chirurgia Magna dite aussi « Le Guidon » – en référence à son prénom – en 1363. Le manuscrit original écrit en latin connait très vite une large diffusion et sera traduit dans différentes langues à travers l’Europe. 

La Chirurgia Magna est composée de plusieurs livres qui traitent : de l’anatomie, des apostèmes, des plaies, des ulcères, des fractures, de diverses maladies (la goutte, la peste, la teigne, les hernies…), le dernier traité est un recueil de recettes de médicaments.

L’ouvrage débute par le « Chapitre singulier » une partie introductive dans laquelle Guy de Chauliac définit la chirurgie comme une partie de la médecine guérissant les hommes par des incisions et des cautérisations, remettant les os en place et effectuant « […] d’autres opérations de la main ».  Il énumère également les quatre qualités indispensables pour être un bon chirurgien: il convient tout d’abord d’être savant, il faut avoir de l’expérience, être ingénieux et inventif et enfin être sage et modéré.

La Grande Chirurgie est conçue sur le modèle appris par Chauliac à l’université de Bologne, avec une bipartition de la médecine en theorica et practica, le fondement de l’acte chirurgical étant l’étude de l’anatomie. Une des qualités remarquables du « Guidon » est l’importance des références bibliographiques citées dans l’ouvrage. Elles témoignent des nombreuses lectures et recherches effectuées par Guy de Chauliac et de sa rigueur intellectuelle. Cette modernité scientifique, associée à la clarté et à la précision de ses propos expliquent le succès de son œuvre. L’ouvrage servira de référence pour l’enseignement de la chirurgie jusqu’au XVIIIème siècle."

La Grande Chirurgie de Guy de Chauliac, BU Lyon 1

 

A noter que Pétrarque, qui fit des études de droit à Montpellier à partir de 1316 :

Je me rendis à Montpellier, où je consacrai quatre années à l'étude des lois"

 

apprécia beaucoup la ville et l'université :

« Là-bas aussi, quelle tranquillité avions-nous, quelle paix, quelle abondance, quelle affluence d'étudiants, quels maîtres ! »

— PétrarqueLettres familières aux amis

 

On lui attribue par contre une haine féroce contre Guy de Chauliac, qui ne put sauver sa muse, Laure de Sade, emportée par la peste noire qui sévissait à Avignon (120 000 morts dans le Comtat Venaissain).

 

Il s'emporte contre "un viel édenté des montagnes" dans "Invectives contre un médecin" (1352).

Pour André Thevenet, ces diatribes concernaient plutôt Jean d'Alais, très vieux médecin de Clément VI.

En fait, Pétrarque détestait les médecins :

 

"La vie en soi est assez courte mais les médecins, avec leur art, savent la rendre encore plus courte..." !

 

 Il faut noter qu’au XIVe siècle, la proximité d’Avignon et de la cour pontificale qui s’y était établie, fut pour Montpellier  le gage d’un certain dynamisme ; c’est d’ailleurs à un pape d’Avignon, Urbain V (v. 1310-1370), que Montpellier doit de s’être vue dotée de deux collèges, dont celui des Douze Médecins.

 

 

 

Le Collège Royal de médecine

De la Renaissance à la fin de l'Ancien Régime, à Montpellier l'enseignement est marqué par la perte progressive de la tutelle cléricale au profit de l'État avec une faculté qui acquiert ses propres locaux vers 1450 : le « Collège royal de Médecine », et de nouvelles règles édictées par le décret royal de Louis XII le 29 août 1498. Cet édifice était situé près de l'actuelle église Saint-Matthieu.

 

En 1556, la faculté est la première de France à se doter d'un amphithéâtre consacré à l'examen des cadavres.

 

L’Anathomia de Mondino de’ Liuzzi nous offre, en 1316 ou 1317, le premier témoignage explicite sur la dissection de cadavres humains. Cette pratique avait très probablement cours à Bologne dès les dernières années du XIIIe siècle. Et il est fort possible aussi que des dissections aient été pratiquées à Montpellier au tournant des XIIIe et XIVe siècles. C'est dans l’espoir d’améliorer le savoir médical tenu en échec par l’épidémie de peste à Avignon, que Clément VI, on encouragea les autopsies. Avignon et Montpellier étaient liées et proches à plus d’un titre.

 

Guillaume Rondelet ( 1507 - 1566)

 

Fils de marchand, Guillaume Rondelet est né en 1507 à Montpellier où il commença ses études. Il les poursuivit à Paris avant de revenir dans sa ville où il obtint son diplôme de docteur en 1537. Médecin renommé, il y enseigna comme professeur à la faculté de médecine. Condisciple et ami de Rabelais, il fit plusieurs voyages en France, aux Pays-Bas et en Italie. Il mourut de dysenterie le 30 juillet 1566.

 

Homme de la Renaissance, G. Rondelet fut un esprit très ouvert : médecin et naturaliste. Il rédigea plusieurs textes de médecine et de pharmacopée mais il est surtout connu pour son Histoire entière des Poissons. Cette œuvre, d’abord écrite en latin, est constituée de deux livres : Libri de Piscibus Marinis ... (1554) et Universae aquatilium Historiae ... (1555). Ils ont été traduits en français par L. Joubert et regroupés en un seul ouvrage en 1558 : L’histoire entière des poissons  avec leurs portraits au naïf.

Véritable pionnier de l’ichtyologie moderne, G. Rondelet fut un novateur dans sa pratique et dans son iconographie : il a fait de nombreuses observations, des dissections et chaque espèce est représentée par un (ou plusieurs) dessin soigné et précis (490 figures). Dans son livre, G. Rondelet présente d’abord des généralités sur les poissons : morphologie, anatomie, physiologie, mouvement, reproduction,… puis les caractères permettant l’identification des animaux. Il effectue par ailleurs une tentative de classement des poissons soit en s’appuyant sur la forme des animaux, soit en tenant compte de leur milieu de vie, ce qui ouvre sur une véritable systématique préparant les grands progrès des XVIIIe et XIXe siècles dans ce domaine. Il décrit ensuite 440 espèces dont 240 poissons vrais en donnant des éléments d’écologie, en précisant les caractéristiques de leur pêche mais aussi en indiquant les usages thérapeutiques, voire des recettes de cuisine, le tout dans une langue rabelaisienne, sans transiger sur la précision du discours.

 

 Pierre Richer de Belleval (1558 - 1632)

 

Pendant le règne d'Henri IV, en 1593, l'École de médecine de Montpellier est dotée d'un « Jardin des plantes » sur le modèle de Padoue. Volonté du roi, il est l'œuvre du professeur Pierre Richer de Belleval. Premier Jardin Royal de France, antérieur à celui de Paris, il constitue aujourd'hui encore, l'un des plus beaux fleurons de Montpellier.

 

C’est dans une volonté de développer « la santé par les plantes » qu’Henri IV confie, en 1593, à Pierre Richer de Belleval, enseignant en botanique et anatomie, docteur de l'université de Montpellier (1595), la création d’un Jardin Royal. Inspiré du « jardin médical » de Padoue, la référence italienne des jardins. Le Jardin des Plantes de Montpellier devient à son tour un modèle pour celui de Paris.

Lors de sa création, le jardin était destiné à la culture des « simples ». Pourtant le projet de Richer dépasse rapidement les seules plantes médicinales et devient un véritable outil d’étude botanique, inédit à l’époque.

Au début du XVIIe siècle, le Jardin des Plantes de Montpellier est non seulement un jardin scientifique, avec son importante collection de végétaux mais est aussi considéré comme un jardin précurseur dans sa manière d’appréhender la diversité du monde végétal. Pour favoriser cette diversité, il reproduit différents milieux (ombragé, ensoleillé, humide, sablonneux, pierreux…) et consacre des emplacements spéciaux aux plantes exotiques.

 

Dès la fin du XVIème siècle, la faculté fut dotée d'une chaire d'anatomie et de botanique (1593), puis de chirurgie et de pharmacie (1597).

 La chaire de chimie et celle destinée à enseigner aux étudiants à "consulter et à pratiquer" sont instituées en 1673 et 1715, respectivement.

 

La chimie resta longtemps rattachée à la médecine. J'en dirai un mot plus loin.

 

Parmi "les célébrités" qui fréquentèrent la faculté de médecine de Montpellier au début de la Renaissance, on peut citer :

Gabriel et François Miron (début du XVIème siècle), médecins de Charles VIII et Anne de Bretagne,

- le fameux Nostradamus (1529-1533), Laurent Joubert (il succéda à Guillaume Rondelet en 1566), médecin du roi Henri III de Navarre (le futur Henri IV),

- Sylvius (Jacques Dubois), célèbre anatomiste, docteur de Montpellier en 1530. 

Théophraste Renaudot, le fondateur de la Gazette de France, qui obtint son doctorat de médecine en 1606 à Montpellier (il fut médecin "ordinaire" de Louis XIII). 

 

Liste non exhaustive...

 

 

 

Hôtel Saint-Côme, Montpellier
Hôtel Saint-Côme, Montpellier

Denys François Gigot de Lapeyronie (1678 -1747)

 

Un petit saut dans le temps pour parler d'un grand chirurgien (premier chirurgien de Louis XIV, il est mort à Versailles) : Lapeyronie 

Son père, originaire de Guyenne, qui avait été reçu barbier à Montpellier, voulait faire de son fils un médecin, mais le jeune François préféra opter pour la chirurgie. Il arriva à ses fins grâce à Pierre Chirac, docteur de Montpellier (1683)  et ami de la famille, qui obtint qu'on le laisse suivre sa voie et il suivit les cours de Jean Nissolle.

 

Le 17 février 1695, à l'âge de 17 ans, François Gigot de Lapeyronie obtient son diplôme de "maistre-chirurgien et barbier" de Montpellier.

Il est chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu Saint-Éloi de Montpellier en 1702, à l’âge de vingt-quatre ans.

 

Établi à Paris, en 1717, il est nommé aux postes de professeur d’anatomie au collège des chirurgiens de Saint-Côme, démonstrateur au Jardin du Roi et chirurgien en chef de la Charité.

 

Il devint très rapidement un familier du roi Louis XV, ce qui lui permit de promouvoir la spécialité de chirurgie, séparée grâce à lui du métier de barbier en 1743. Il présida l'Académie Royale de chirurgie de 1736 à 1747.

Il décrivit la maladie de LA PEYRONIE :

"La maladie de LA PEYRONIE ou "induration plastique des corps caverneux" a été décrite en 1743 par François Gigot de Lapeyronie. Peu fréquente, elle se caractérise par l'apparition d'une ou plusieurs plaques fibreuses au niveau de l'enveloppe des corps caverneux de la verge : l'albuginée. Souvent responsable de douleurs et d'une courbure de la verge en érection, cette maladie retentit sur la fonction sexuelle avec un impact psychologique non négligeable."

 

Il légua une partie de sa fortune pour l'édification à Montpellier de l’hôtel Saint-Côme, doté d’un amphithéâtre d’anatomie comparable à celui du collège Saint-Côme de Paris.

 

Avant la révolution s'illustrèrent aussi :

 

 

 Jean Astruc (1684-1766)

 

Jean Astruc est gardois (né à Sauve, au pied des Cévennes), professeur de médecine à Toulouse, Montpellier puis Paris, accessoirement amant et héritier de Mme de Tencin (femme de lettres et mère - indigne ! - de D'Alembert),  un des tout premiers à avoir eu  le courage de se spécialiser dans "les maladies honteuses", a relaté par le menu dans un ouvrage encyclopédique,  Mémoires pour servir à l’Histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, qui parait en 1767, peu après son décès, l'histoire de cette université qui rayonne sur toute l’Europe et forme, jusqu’à la révolution, les meilleurs médecins et médecins-chimistes

 Pour les amoureux de l'histoire des sciences et les passionnés d'histoire c'est une véritable mine d'or. J'y puise quelques anecdotes !

 Les études

 Astruc relate notamment le véritable parcours du combattant du futur licencié et la solennité des remises de diplômes, notamment du doctorat.

 La cérémonie du Doctorat appelée Acte de Triomphe se déroulait à l’origine dans l’église Saint Firmin (unique paroisse de Montpellier) et revêtait un grand apparat. Le protocole, établi par un usage presqu’aussi ancien que la Faculté, comprenait 7 étapes, chacune accompagnée d’un petit discours qui en explique la valeur et la signification :

 1° Lui donner le bonnet,

2° lui mettre au doigt une bague d’or,

3° ceindre le docteur avec une ceinture d’or,

4° lui présenter le Livre d’Hippocrate,

5 °le faire asseoir dans la chaire à côté du professeur,

6° l’embrasser,

7° lui donner la bénédiction.

 L’impétrant, en guise de pot de thèse, fait distribuer des confitures et des gants !

 

Pierre Magnol (1638- 1715), botaniste.

 

 Pierre Magnol est fils et petit-fils d’apothicaires protestants.Docteur en médecine (1659) de la Faculté de Montpellier, il se passionna pour la botanique. Comme bien d'autres, Il dut abjurer sa foi avant d'obtenir la chaire de botanique en 1694, à Montpellier.

 

Après avoir publié en 1676, à destination des étudiants qui suivent ses herborisations, un premier ouvrage intitulé Botanicum monspeliense, sive plantarum circa Monspelium nascentium index, dans lequel il décrit par ordre alphabétique quelque 1  300 plantes du Languedoc, il fait paraître en 1689 son œuvre principale, le Prodromus historiæ generalis.

En 1697, il devient le directeur du Jardin botanique et participe, en 1706, à la fondation de la Société royale des sciences de Montpellier.

 

 Il est reconnu comme le plus grand botaniste de son temps grâce à son œuvre où il décrit plus de 2000 plantes. Pour la première fois dans l’histoire de la botanique la notion de famille (Familia) apparaît clairement. Il sera élu à l’Académie des Sciences en 1709. En son honneur Linné donnera son nom au magnolia

  

François Boissier de Sauvages, médecin et botaniste (1706-1767).

Docteur en médecine en 1726 après trois années d’études à Montpellier. Il pratique ensuite dans sa ville natale tout en poursuivant des recherches dans la région.

 Il rencontre à Paris le célèbre médecin, botaniste et chimiste Boerhaave, professeur à Leide aux Pays-Bas, qui le fera connaître à Linné.

Boissier de Sauvages publie en 1731 " Distribution des maladies en classes, en genres et espèces", qui dans un ordre semblable à celui des botanistes comprennent les genres et les espèces de toutes les Maladies et leurs signes et leurs Indications. C'est le début d’une solide réputation en tant que médecin. Il travaille à parfaire ce système des maladies, qui connaît plusieurs éditions, y compris posthumes et des tirages à l’étranger, pendant toute sa carrière universitaire à Montpellier

 

Jean-Antoine Chaptal, chimiste, médecin (1756 -1852) qui fit ses études de médecine à Montpellier entre 1774 et 1777. Il abandonna la médecine pour la chimie ; il occupa la chaire de chimie à Montpellier à partir de 1780. On lui doit la chaptalisation.

 

 et de nombreux autres...

 

 

Chimie et médecine à Montpellier avant la révolution

La chimie n'existait alors que sous la tutelle de la médecine.

Diderot, dans la grande Encyclopédie, donna à la chimie une ampleur inédite, notamment grâce au médecin et chimiste montpelliérain François Venel.

 

Dans son épatante histoire Jean Astruc (voir ci-dessus), écrit :

 «  La connaissance de la chimie qui commençait à se répandre, fournit de nouveaux remèdes à la médecine… Les médecins de Montpellier n’eurent garde de les approuver en aveugles, comme les Empiriques, mais ils n’entreprirent pas non plus de les prescrire sans les avoir examinés. Ils les essayèrent avec sagesse… ils s’en servirent avec prudence. »

 

La chimie en tant que telle, fort décriée par certains médecins, n’apparut à Montpellier qu’en 1673, quand Antoine d’Aquin (Daquin), docteur de la Faculté de Montpellier et premier médecin de Louis XIV y fit ériger une charge de Démonstrateur en chimie (Sébastien Matte La Faveur fut le premier).

 

 Elle fut suivie de près par la création d’une chaire de chimie qu’occupa Arnaud Fonsorbe (de 1676 à 1695), qui n’était pas chimiste mais couvrait en quelque sorte les activités du démonstrateur.

 

Et puis, François Venel vint !

 

François Venel est la plume et l'inspirateur de Diderot pour la chimie dans l'Encyclopédie.

 

L'article Chymie de l’Encyclopédie a été rédigé par Venel (1723-1775), futur professeur de chimie à Montpellier (pour la médecine c'est Théophile de Bordeu, autre montpelliérain, ami de Diderot, qui tint la plume).

 

Il est surprenant de voir les éditeurs de L'Encyclopédie faire appel, en qualité de rédacteur principal pour les articles concernant la chimie, à un jeune docteur de 30 ans, pas encore professeur de l'Université de Médecine de Montpellier.

Il est vrai que Venel avait été formé par Rouelle professeur de Lavoisier et de... Diderot et qu'à Montpellier, tout autant qu'à Paris, on se passionnait pour la chimie :

 

 « Le cours particulier de chimie, donné au public par Venel, était fort apprécié. Il est à remarquer que ces leçons étaient faites avec l'assistance du pharmacien Montet qui, avec ses confrères, Peyre et Joyeuse, faisait partie de la Société Royale des Sciences de Montpellier. »

 

 "Il enseignait la pharmacie, la pathologie, l’hygiène et la médecine à la Faculté  mais donnait en outre, à partir de 1761, des cours particuliers de chimie au laboratoire de son ami apothicaire et expérimentateur Jacques Montet.  Son cours ne sera pas une redite de ses articles, mais plutôt un approfondissement, par  la théorie et la pratique, destiné cette fois-ci à un public spécialisé d’élèves médecins ou apothicaires. " Christine Lecornu Lehman (thèse 2006, Paris 10)

 

Pour Venel, il était tant que la chimie se débarrasse des tutelles (la médecine) et de ses complexes (envers la physique).

Dans article Chymie de l’Encyclopédie, il écrit :

 

« Il est clair que la révolution qui placerait la chimie dans le rang qu’elle mérite, qui la mettrait au moins à côté de la physique calculée, que cette révolution, dis-je, ne peut être opérée que par un chimiste habile, enthousiaste et hardi, qui, se trouvant dans une position favorable, et profitant habilement de quelques circonstances heureuses, saurait réveiller l’attention des savants, d’abord par une ostentation bruyante, par un ton décidé et affirmatif, et ensuite par des raisons, si ses premières armes avaient entamé le préjugé ». (Paris, 1753, t. III, p. 409)

 

Il pense là à Newton et il annonce Lavoisier !

 

VOIR : La chimie des Lumières

 

Chimie au siècle des Lumières - Introduction

 Chimie au siècle des Lumières- Les affinités électives

 Diderot et la chimie

 Diderot - La chimie, pourquoi ?

 Diderot chimiste

La chimie et le Rêve de D'Alembert

 

Barthez et le vitalisme de l'école de Montpellier

 

Le vitalisme s'est affirmé contre le mécanisme cartésien qui était fondé sur le principe d'inertie (inertie de la matière). Or l'inertie (du latin iners, inertis : inhabile à, sans capacité, sans énergie, inactif) est exactement le contraire du vivant.

 

Au XVIIIe siècle, Paul Joseph Barthez (1734-1806) attribue les phénomènes de la vie à un « principe vital », distinct des forces physico-chimiques et de l'âme pensante. Médecin de l'École de Montpellier, il se réclame explicitement de la tradition hippocratique : « J'appelle principe vital de l'homme la cause qui produit tous les phénomènes de la vie dans le corps humain. Le nom de cette cause est assez indifférent et peut être pris à volonté. Si je préfère celui de principe vital, c'est qu'il présente une idée moins limitée que le nom d'impetum faciens (to énormôn) que lui donnait Hippocrate, ou autres noms par lesquels on a désigné la cause des fonctions de la vie. » 

 

Dans un premier temps, l’école de Montpellier a soutenu les idées stahliennes puis elle s’est écartée de l’animisme. Nous avons vu que Théophile de Bordeu (1722-1776) et Paul-Joseph Barthez (1734-1806) sont à l’origine du mouvement vitaliste.

Barthez est un ami de d’Alembert et Bordeu est très proche de  Diderot. Pour Barthez, il n’existe qu’un principe vital unique, pour Bordeu, c’est un ensemble d’activités et de sensibilités locales, irréductibles à la physique et à la chimie, qui fondent le processus vital.

 

Contrairement à Stahlles vitalistes affirment que le principe vital est distinct de l’âme ; principe unique et distinct de l’âme et du corps – i l est capable de régir tous les actes de la vie.

 

Barthez est aussi newtonien, il pense que des attractions ou répulsions pourraient expliquer l’affinité et la réactivité des organes entre eux dans l’organisme. Pour lui, la matière est animée par une « infinité de mouvements nécessaires aux fonctions de la vie ».

 

Le vitalisme, qui consacra Montpellier et son Ecole de Médecine, marqua aussi son déclin.

 

VOIR ICI sur le site

 

 

Paul Joseph Barthez est né à Montpellier, le 2 décembre 1734. 

En 1750, il est Maître ès arts. Le 30 octobre de cette année-là, il est immatriculé à la Faculté de médecine de Montpellier. 

En 1753 il obtient son doctorat. En 1758, il obtient la chaire de botanique et anatomie, toujours à Montpellier. Ses cours ont un très grand succès.

 

C'est le 31 octobre 1772, que Barthez prononce son discours académique sur le principe vital intitulé De principio vitali hominis. En 1778, il fait paraître Nouveaux éléments de la science de l’homme.

 

Ayant entamé des études de droit, il obtient son baccalauréat et sa licence en 1778, puis son doctorat à la Faculté de droit de Montpellier en 1780.

En 1785, Barthez devient chancelier de l’Université de Montpellier.

 

Un parcours académique brillantissime qui se poursuivra à Paris après la révolution. Il meurt à Paris en 1806.

 

Sa statue de bronze fait face à celle de Lapeyronie devant l'entrée principale de la Faculté de médecine historique.

 

 

 

Postface

Après quelques aléas durant la révolution, la faculté de médecine poursuivit son brillant chemin.

 

En 1795, la faculté quitte ses locaux anciens pour occuper le monastère Saint-Benoît, ancien évêché jouxtant la cathédrale Saint-Pierre.

 

Enfin, en 2017, la plus ancienne faculté de médecine du monde occidental quitte le centre-ville de Montpellier et ce prestigieux bâtiment pour renaître dans un édifice de verre ultramoderne, au cœur du campus Arnaud de Villeneuve.

 

Depuis 2015 , elle fait partie de l'université de Montpellier qui regroupe toutes les disciplines (sciences, pharmacie, droit, écoles d'ingénieurs, Pôles de recherche...) à l'exception des lettres, des sciences humaines et sociales, des langues et des arts enseignés à l'Université Paul Valéry de Montpellier (20 000 étudiants).

Elle regroupe près de 50 000 étudiants et près de 5000 salariés.

 

 

© Jean Pierre LAVERGNE - 2020 - Tous droits réservés

 

 

 

Sciences et histoire

 

Dans les recherches historiques, les sciences occupent une place qui ne cesse de croître

 J'ai évoqué ICI le travail sur le génome ancien qui a révolutionné nos connaissances sur Néandertal et la préhistoire.

 J'ai présenté aussi le travail magnifique réalisé dans le cadre du projet Venice Time Machine, qui met l'intelligence artificielle au service de la construction, à partir d'archives, "d'un modèle multidimensionnel de la Sérenissime  et de son évolution couvrant une période de plus de 1000 ans".

J'ai montré comment l'histoire avec un grand H s'inscrit dans les glaciers...

 Ce ne sont que des exemples parmi des centaines d'autres.

Aujourd'hui, les historiens s'appuient sur des cohortes de scientifiques venus de divers horizons : archéologues, géologues, sismologues, glaciologues, chimistes, informaticiens, physiciens... pour cerner au plus près une vérité qui ne se dévoile que sous les assauts répétés de technologies de plus en plus pointues et la mise en commun de multiples savoir. L'archéoscience est une (pluri) discipline... d'avenir !

Ides de Mars, soleil noir et volcans

Un éruption en Alaska a-t-elle précipité la fin de la République romaine ?

" César, enveloppé de toutes parts, ne voit en face de lui, de quelque côté qu’il se tourne, que des glaives acharnés à le frapper au visage et aux yeux ; ballotté entre les mains de tous, il se débat comme un fauve. Tous doivent prendre part au sacrifice et goûter au meurtre ; aussi Brutus lui porte-t-il un coup dans l’aine. Certains disent que César se défendait contre les autres, en se jetant de tout côté et en criant, mais que, lorsqu’il vit Brutus lever son épée nue, il tira sa gorge sur sa tête et se laissa tomber, poussé par le hasard ou par ses meurtriers, près du piédestal sur lequel se dressait la statue de Pompée."

Plutarque, Vies Parallèles, « César », LXIII, 5 – LXVI, 14

 

 

En 44 avant JC, Jules César est parvenu au sommet de la République romaine. Il s'est même fait proclamer dictateur à vie.

Son attitude ambiguë et sa confiscation du pouvoir, provoquent le mécontentement d'une partie de l'aristocratie romaine qui craint (à juste titre) que César n'abolisse la République.

 

 Une soixantaine d'optimates prennent la décision de l'assassiner. Il sera exécuté lors d'une séance du sénat qui se tient aux ides de mars, le 15 du mois. Son fils adoptif, Brutus, lui donnera le coup de grâce.

 

Loin de sauver la République, le complot aboutira à la prise du pouvoir par Octave (fils adoptif de César) qui se fit couronner empereur sous le nom d'Auguste.

 

De nombreux historiens anciens ont rapporté la mystérieuse disparition du soleil, en 44, juste après la mort du dictateur romain. On pense aujourd'hui qu'elle était liée à une éruption de l'Etna.

 

Cependant, une équipe de scientifiques et d'historiens vient de découvrir que l'une des plus grandes éruptions connues de l'histoire, s'est produite en 43 avant notre ère - provoquant pendant deux ans de très inhabituelles conditions météorologiques, conduisant probablement à la disette et à la famine.

Ils pensent que ce sont ces événements qui ont précipité la chute de la République romaine et l'avènement de l'Empire.

 

Okmok en éruption
Okmok en éruption

Ces chercheurs ont donc mis en évidence, qu'au début de l'année 43, le volcan Okmok, en Alaska, dans les îles Aléoutiennes, a explosé, formant un cratère géant de 10 kilomètres de large.

Des particules bloquant la lumière du soleil ont pu s'élever dans la stratosphère arctique, d'où elles se seraient répandues facilement dans tout l'hémisphère Nord.

 

Dans leur publication (dans les Actes de l'Académie Nationale des Sciences des Etats-Unis, PNAS), ils affirment que cette éruption volcanique "a généré un climat extrême".

 

 

Bilan thermique et forçage radiatif : différence entre l'énergie radiative reçue et l'énergie radiative émise par un système climatique donné.
Bilan thermique et forçage radiatif : différence entre l'énergie radiative reçue et l'énergie radiative émise par un système climatique donné.

Leurs conclusions sont étayées par l'analyse de cendres volcaniques (tephra) emprisonnées dans six carottes de glace prélevées dans l’Arctique.

 

Elles confirment que l'une des plus grandes éruptions volcaniques des 2500 dernières années s'est produite au début de 43 avant notre ère, au niveau du volcan Okmok en Alaska.

 

Les enregistrements des variables climatiques montrent que 43 et 42 avant notre ère ont été parmi les années les plus froides des derniers millénaires dans l'hémisphère Nord.

 

La modélisation du système terrestre suggère que le forçage radiatif négatif de cette éruption massive à haute latitude, a entraîné des changements prononcés dans l'hydroclimat pendant la période de 2 ans suivant l'éruption. Des températures saisonnières, dans certaines régions méditerranéennes, jusqu'à 7 ° C sous la normale, et des conditions exceptionnellement humides. 

 

Bien qu'il soit difficile d'établir des liens de causalité directs avec des événements historiques peu documentés, les conditions humides et très froides de cette éruption massive de l'autre côté de la Terre ont probablement entraîné des mauvaises récoltes, la famine et des maladies.

 

 

L'empereur Auguste
L'empereur Auguste

 Il faut noter que les lettres de Cicéron, l'homme d'État romain dont la mort en 42 avant notre ère est considérée comme la fin symbolique de la république, mentionnent ce temps froid. 

 

D'autres sources documentent des famines dans le nord de l'Italie en avril et dans le nord de la Grèce l'année suivante.

 Plutarque, le célèbre biographe romain, a écrit que les hommes de l'armée de Marc Antoine avaient dû faire face à une terrible famine en avril 43 avant notre ère. 

 

L'historien Appien, a écrit que Rome avait été dévastée par la famine en 42 avant notre ère.

 

Des famines similaires ont été observées en Égypte, et il est tentant de supposer qu'elles ont affaibli l'Égypte, ce qui aurait aidé Octave, le successeur de César, à la conquérir et à consolider son emprise sur l'Empire naissant.

 

Bref, l'éruption d'un volcan en Alaska aurait donc favorisé la tâche du futur Auguste à Rome !

 

 Certains historiens pensent cependant que c'est pousser le bouchon un peu loin et que bien d'autres facteurs, notamment politiques, auraient eu raison d'une République, déjà mal en point au moment de la mort de César.

 

 

L'ocytocine, une molécule clé au coeur du vivant

L’ocytocine (OT) est une hormone dont on n'a cessé de mettre en évidence de nouvelles propriétés, depuis plus d'un siècle.

 

En 1906, le Britannique Henry Dale extrait du cerveau humain, une substance qui déclenche les contractions chez des chattes sur le point de mettre bas.

Cette molécule fut nommée ocytocine ( des mots grecs oxys et tokos signifiant « rapide » et « naissance »), en référence à son rôle au niveau de la contraction des muscles utérins lors de l’accouchement.

 

Pendant des décennies, elle fut donc associée à l’accouchement, mais aussi à l’allaitement car elle stimule aussi les glandes mammaires, une propriété qui fut découverte par d’autres chercheurs quelques années plus tard.

 

L’OT fut également la première hormone peptidique dont on a pu déterminer la séquence des neuf acides aminés en 1953.  Elle fut synthétisée la même année. Sa structure est très proche de celle de la vasopressine (hormone antidiurétique).

 

Ocytocine et vasopressine sont toutes deux synthétisées au niveau de l’hypothalamus et libérées au niveau de la neurohypophyse dans la circulation périphérique, où elles ont une action hormonale. Néanmoins, l’OT agit aussi comme neurotransmetteur au niveau central. En effet, synthétisée au niveau des noyaux paraventriculaire (PVN) et supraoptique (SON) de l’hypothalamus, elle est ainsi libérée directement dans le cerveau.

 

Les études de ces dernières années ont mis en évidence, qu’en modifiant l’activité électrique des neurones, l’OT pourrait influencer le fonctionnement cérébral et donc notre comportement social.

 

C’est ainsi que l'on a découvert que l'OT jouait un rôle éminent dans deux autres types de lien  : le lien qui se crée entre deux individus dans une relation amoureuse et, plus largement, le lien social qui nous unit à nos proches. 

 

Rôle de l'ocytocine dans la reproduction

Pour évoquer le rôle crucial de l’ocytocine dans la reproduction,  certains auteurs, disent qu'elle favorise les « réflexes d’éjection » en général et pas seulement au moment de l'expulsion du foetus.

 

Expulsion du sperme lors du coït

 

L’OT contribue d’abord à l’éjection du sperme chez le mâle et aux contractions qui favorisent la progression des spermatozoïdes dans les voies génitales féminines.

 

La sécrétion d’ocytocine augmente substantiellement durant la grossesse, favorisant l’absorption des nutriments, réduisant le stress et conservant l’énergie en améliorant le sommeil.

 

Accouchement, éjection du placenta

 

Lorsque le travail débute, la dilatation du col utérin déclenche la sécrétion d’OT qui provoque les contractions rythmiques des muscles lisses de l’utérus.

Quand l'enfant atteint la partie basse du vagin, des récepteurs à l'OT conduisent le cerveau à libérer une quantité massive d’ocytocine.

Dès la naissance, la mère aura ainsi dans son organisme un taux maximal de cette hormone qui va favoriser un attachement fort et immédiat avec l’enfant.

 

Cette forte concentration d’ocytocine produira également le réflexe d’éjection du placenta. Elle permettra aussi à l’utérus de se rétracter après cette expulsion, le ramenant à sa position et à sa forme initiale, et réduisant ainsi les risques d’hémorragies.

 

    A noter que l’obstétrique moderne utilise (trop?) largement l'ocytocine synthétique tout au long du travail et en postpartum.

 

Lactation, éjection du lait

 

L’ocytocine joue aussi un rôle important au cours de la tétée. La succion du mamelon est détectée par des récepteurs et entraîne la sécrétion de bouffées d’OT. Celle-ci provoque la contraction des cellules musculaires qui entourent les alvéoles des glandes mammaires et amène l’éjection du lait.

 Chaque fois que la mère allaite son enfant, celui-ci améliore donc en retour, par l’entremise de l’ocytocine, le lien qui l’unit à sa mère. 

L'ocytocine et le comportement maternel chez l'Homme

"Le lien qui se forme entre la mère et son enfant se fait en deux étapes : le bonding puis le caregiving.

 

Le bonding se met en place dès la naissance de l’enfant et est maintenu pendant la première semaine. Il se caractérise par des sentiments chaleureux de la part de la mère et la sensation d’un lien unique et spécial avec cet enfant. La mère se sent responsable de cet enfant, ce qui l’amène à le protéger . Le bonding a une base biologique forte, il favorise la mise en place du caregiving.

 

Le caregiving est un ensemble de comportements et d’actions génétiquement programmés qui ont pour but pour le parent, de répondre aux besoins de son enfant.

Il dépend beaucoup des capacités du parent à percevoir et à interpréter le répertoire comportemental de l’enfant de manière correcte et à y répondre rapidement et adéquatement. C’est ce qu’on appelle la sensibilité au besoin d’attachement. Cette sensibilité, elle, n’a pas de base biologique forte mais dépend de l’histoire psychologique maternelle, de son histoire d’attachement, de son contexte social et culturel."

 

Voir ICI

 

De nombreuses recherches ont été effectuées pour connaître les effets de l’ocytocine sur notre cerveau et ses impacts sur nos comportements.

 

Tout d’abord, l’OT n’existe que sous une seule forme et ne possède qu’un seul type de récepteur. Chez l’Homme, l’OT et ses récepteurs sont présents dans les régions du cerveau impliquées dans la formation des comportements sociaux et du système de la récompense.

 

En fonction des espèces et du sexe, la répartition des récepteurs et des neurones ocytocinergiques varie, ce qui fait que l’OT ne va pas avoir tout à fait les mêmes effets sur toutes les espèces ou entre mâles et femelles d’une même espèce. D’une manière générale, les femelles expriment davantage d’ocytocine et de récepteurs que les mâles.

 

L’amour maternel est une des motivations d’actions la plus puissante de l’Homme. Il permet depuis des siècles d’assurer la pérennité de l’espèce humaine.

Plusieurs études ont permis de mettre en évidence que l’amour maternel possède un réseau d’activation cérébrale particulier. Les régions activées appartiennent au système de récompense et contiennent une forte densité de récepteurs à l’OT. 

L’ocytocine favorise ce comportement maternel en augmentant la libération de dopamine au niveau du noyau accumbens.

L'ocytocine, hormone de la monogamie ?

Chez les vertébrés, les peptides proches, que sont l'ocytocine et la  vasopressine, présentent une expression sexuellement dimorphe dans les effets comportementaux.

 

L'ocytocine influence les comportements sociosexuels des femmes, y compris les rapports sexuels, la mise bas, l'allaitement, l'attachement maternel, et l'établissement de liens de couple (voir plus haut).

 

Inversement, la vasopressine influence généralement la reproduction masculine. Elle est impliquée dans l'érection et l'éjaculation chez nombre d'espèces, dont les humains, les rats et les lapins.

Elle assure la médiation de divers comportements sociaux typiques des hommes, dont l'agressivité, la territorialité...

 

Cette dichotomie sexuelle dans la fonction n'est pas pas universelle, mais il devient de plus en plus évident que les deux peptides ont un rôle comportemental chez les hommes et les femmes.

 

J'ai déjà raconté sur ce site l'histoire des campagnols.

Deux espèces de campagnols existent, les rats des champs, qui forment des couples monogames stables, élevant conjointement leurs petits, et les rats de la montagne qui vivent dans des territoires confinés où règne la proximité sexuelle. Ces rats sont volages et de médiocres parents.

La cause en est l’absence de récepteurs à l’ocytocine chez ces derniers, alors que les rats des champs en sont abondamment pourvus.

Le blocage des récepteurs de l’ocytocine chez les rats des champs induit le comportement volage des rats de la montagne !

Ocytocine et fidélité chez l'humain

Madame a oublié son spray d'ocytocine !
Madame a oublié son spray d'ocytocine !

Diverses expériences ont été réalisées chez l'homme.

 

Des chercheurs de l'Université de Bonn (Allemagne), ont publié en 2012, dans The Journal of Neuroscience, les résultats d'une étude randomisée, contre placebo, qui montre comment l'OT module la distance sociale entre homme et femme.

 

Cinquante-sept volontaires hommes ont été recrutés pour cette l'expérience.

Tous se déclaraient hétérosexuels. Certains entretenaient une relation avec une femme, d'autres non.

Une partie des volontaires recevaient une injection d'ocytocine par un spray nasal, les autres inhalaient un placébo.

Quarante-cinq minutes plus tard était organisée une rencontre avec une femme particulièrement séduisante, qui venait se placer à 60 cm d'eux.

 

Ce dernier détail a de l'importance car de manière inconsciente, nous établissons avec autrui ce que l'on appelle une distance sociale [hélas, aujourd'hui c'est plus d'un mètre ! ] Si on la transgresse et qu'on la réduit en entrant trop dans l'intimité, un sentiment d'inconfort peut naître. Sauf dans le cas d'un flirt ou d'une relation amoureuse, où ces critères sont revus à la baisse !!!

 

Or, dans le cas de cette expérience, la distance sociale a été franchie, la femme est trop proche.

Cela n'a dérangé, ni les hommes du groupe sous placebo, ni les célibataires.

En revanche, les hommes en couple sous ocytocine, ont avoué se sentir mal à l'aise et ont reculé de 10 à 15 cm en moyenne.

L'OT serait-elle l'hormone de la fidélité ?

 

Ocytocine et sociabilité

Schéma topographique des sous-régions d'amygdale et de leurs réseaux affiliés à grande échelle desservant la cognition sociale.
Schéma topographique des sous-régions d'amygdale et de leurs réseaux affiliés à grande échelle desservant la cognition sociale.

L’OT est un modulateur important de l’anxiété et des réponses au stress.

Les relations sociales complexes et les émotions comme l’anxiété et la peur dépendent de l’amygdale.

 

 L'amygdale joue un rôle central dans la vie sociale des primates humains et non humains. Il ressort d'une multitude de recherches en neuroanatomie, en neuroimagerie et en neuropsychologie, que l'amygdale ne joue pas ce rôle uniquement dans la vie sociale. Au lieu de cela, l'amygdale fonctionne en conjonction avec un large éventail d'autres régions du cerveau qui sont également importantes pour la cognition sociale, souvent désignées collectivement comme le «cerveau social»

L’amygdale est le siège du circuit de la peur et de la mémoire sociale et elle possède de nombreux récepteurs à l’OT.

 

 

 L’équipe de Peter Kirsch a voulu tester si l’OT réduisait l’activation de l’amygdale chez l’Homme ainsi que celle des réseaux liés à la réponse de peur.

 

Ils ont utilisé la résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pour mettre en évidence l’activation de l’amygdale chez 15 patients mâles en bonne santé, soumis à des stimuli visuels induisant la peur.

 

Ces patients recevaient aléatoirement avant l’expérience une injection nasale d’OT ou d’un placebo. Cette équipe a ainsi réussi à montrer que l’OT réduit l’activation de l’amygdale, ainsi que celle de ses régions associées impliquées dans les manifestations de la peur (figure IRMf).

 

En résumé, les recherches de ces dernières années ont confirmé chez l’homme l’effet comportemental pro-social de l’ocytocine mis en évidence chez l’animal. 

 

Finalement, les études d’imagerie ont permis de mettre en évidence l’action de l’OT, principalement au niveau de l’amygdale, de l’hippocampe, de l’insula et du cortex cingulaire antérieur ainsi que les cortex orbito-frontal et préfrontal médial.

Toutes ces régions font parties intégrante du cerveau social et sont donc essentielles à notre comportement social.

L’ocytocine augmenterait notre sentiment de sociabilité et de confiance envers les autres permettant ainsi l’expression d’un comportement social optimal.

 

Quelques articles passionnants sur le cerveau social ICI

 

Ocytocine et interaction homme-animal... ou comment les chiens ont volé nos coeurs !

De récentes recherches montrent que lorsque nos chiens nous regardent dans les yeux, ils activent la même réponse hormonale qui celle qui lie une mère et son nourrisson.

 

L'étude consistait à doser les taux d'ocytocine dans les urines de couples chien-maître (mâles ou femelles) après quelques secondes (ou minutes) passés à se regarder dans les yeux.

 

 Pour l'animal ayant passé le plus de temps en interaction visuelle, le taux avait augmenté de 130% (et de 300% chez le maître).

 

La revue Biology Letters, a publié en ligne, il y a quelques années, une étude qui  montrait que les chien étaient capables de percevoir les sentiments de leurs maîtres.

Des chercheurs ont analysé les réactions de 17 chiens adultes de races différentes, confrontés simultanément à différentes expressions de visages connus et à l'écoute de voix familières.

Le résultat est éloquent ! C'est la première fois que l'on montrait qu'une espèce, autre que l'homme, est capable d'interpréter des expressions vocales et faciales.

Interactions de l'ocytocine avec la sérotonine

D'autres neurotransmetteurs sont aussi impliqués dans le comportement social, tels que la sérotonine (5-HT), la dopamine ou encore la vasopressine et le cortisol

 

De nombreuses publications  témoignent de l’existence d’interaction entre l’ocytocine et les autres neuromodulateurs du comportement.

 

Des chercheurs ont montré par exemple que des niveaux élevés de dopamine sont associés à un lien mère-enfant plus étroit et à une plus forte connectivité au sein de l'amygdale.

 

Le lien dopamine / ocytocine dans des troubles humains, est largement postulé. Les modèles animaux semblent indiquer l'existence de circuits cérébraux larges et intégrés, où les interactions dopamine / ocytocine médient, au moins en partie, les comportements socio-affiliatifs. 

 

 Comme l’ocytocine, la sérotonine dont j'ai parlé ICI et ICI -, présente à la fois au niveau central et périphérique, est impliquée dans de nombreux aspects du fonctionnement de notre organisme, comme les fonctions gastro-intestinales, la régulation vasculaire, la thermorégulation en périphérie... mais aussi l’appétit, le sommeil, le comportement sexuel, les fonctions motrices, l’impulsivité, le stress et l’agressivité au niveau central .

 

 De par ce large champ d’action, la sérotonine est un des principaux neuromédiateurs de l’activité cérébrale.

 

L’implication de la sérotonine au niveau comportemental est indéniable ; les dysfonctionnements de ce système font partie intégrante de l’étiologie de nombreux troubles psychiatriques, incluant la dépression, l’anxiété sociale ou encore les comportements compulsifs.

 

La neurophysiologie s’est intéressée à la relation ocytocine/sérotonine, et majoritairement à l’action de la sérotonine sur l’ocytocine.

Ainsi, il a rapidement été suggéré que les effets antidépresseurs des inhibiteurs à la recapture de la sérotonine (ISRS) pourraient être la conséquence d’une modulation par ces derniers de l’activité ocytocinergique 

Il a été montré que la sérotonine était capable de moduler la libération d’ocytocine par son action sur ces différents récepteurs présents dans ces régions

Des travaux récents ont, en retour, mis en évidence une action de l’ocytocine  sur le système sérotoninergique. La relation entre ces deux neurotransmetteurs serait donc bidirectionnelle.

Ocytocine/sérotonine et autisme

Plus de 70 ans après la première description de la maladie, le comportement social perturbé (incapacité à développer des relations avec ses pairs, difficultés de réciprocité émotionnelle et de jeu d'imitation, troubles du langage et de la communication) reste une caractéristique clinique essentielle des troubles du spectre autistique.

 

Des décennies de recherche ont suggéré un  lien entre la sérotonine et l'autisme. Il y a environ 10 ans, cela a conduit des chercheurs à tester des antidépresseurs qui augmentent les niveaux de sérotonine, en bloquant sa recapture dans les neurones (ISRS, tel le Prozac), comme traitement de l'autisme. Sans succès.

 

 

J'ai indiqué plus haut que plusieurs auteurs ont montré que l’action centrale de l’ocytocine module l’activité du système sérotoninergique dans des régions essentielles de notre comportement. Ces résultats suggèrent que cette interaction entre deux des principaux neurotransmetteurs pourrait tenir un rôle majeur dans des pathologies sociales et notamment dans l'autisme.

 

Ainsi, des chercheurs ont récemment observé que l'administration intranasale d'ocytocine améliore une difficulté fondamentale des personnes autistes, à savoir l'utilisation appropriée du contact visuel dans le monde social réel.

L'ocytocine exerce donc un effet thérapeutique dans un aspect clé de la communication sociale.

Un réel espoir pour les malades ?

 

Pour conclure...

L'ocytocine fait partie de ces petites molécules "miracle", qui, par leur action au niveau central et/ou périphérique, jouent un rôle fondamental dans les mécanismes du vivant.

 

L'OT, seule, en tandem ou en équipe, intervient dans des épisodes clés de notre vie. Ce n'est pas seulement cette "hormone de l'amour" décrite dans les magazines de vulgarisation scientifique.

 

Certes, elle est au coeur du processus de reproduction des mammifères : coït, partum, post partum, lactation...

 

... MAIS, aussi (et surtout) elle a un rôle fondamental dans l'attachement de la mère à sa progéniture et dans la socialisation du petit humain. Elle favoriserait également la monogamie.

 

Tant chez les humains que chez les autres animaux, on peut dire que l’ocytocine joue le rôle de ciment des relations sociales. Elle a la capacité d’associer les contacts sociaux à des sentiments agréables, aidée en cela par d’autres neuromodulateurs, comme la dopamine.

 

On comprend dès lors, que tout ce qui perturbe les équilibres infiniment complexes qui régulent la disponibilité, l'utilisation, les interactions... de ces petites molécules - telles l'ocytocine, la sérotonine, la dopamine et bien d'autres -,  peuvent conduire à des pathologies bien difficiles à traiter.

 

 

SRAS-CoV-2 - Actualités

 

Depuis le 19 mars 2020, je fais régulièrement le point sur l'avancée des recherches dans le domaine, à partir de sources scientifiques incontestables, citées dans les plus grandes publications scientifiques : Nature, Science, PNAS, Cell, The Lancet, New England Journal of Medicine...

 

 

10 août 2020

Les anticorps monoclonaux une piste sérieuse contre le COVID-19 ?

Pour Anthony Fauci, Directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses aux USA (et accessoirement bête noire de Trump), les anticorps monoclonaux seront utilisés avant le vaccin pour renforcer le système immunitaire.

Ce point de vue est partagé par plusieurs patrons de grands groupes pharmaceutiques et 6 grands laboratoires, Lilly, AbCellera, AstraZeneca, GlaxoSmithKline, Genentech et Amgen viennent d'obtenir l'autorisation de travailler conjointement sur le sujet.

 

Peu de temps après le début de la pandémie, des chercheurs de l'industrie et du milieu universitaire ont commencé à identifier, concevoir, et effectuer des tests en laboratoire, d'anticorps monoclonaux contre le SRAS-CoV-2, le virus responsable du COVID-19. La plupart agissent en se liant et en «neutralisant» la protéine de surface virale, (ou de pointe), qui déclenche une infection. 

 

Dès le 29 mai, Lilly, en collaboration avec AbCellera, a lancé la première étude humaine d'un anticorps monoclonal - un essai de phase I testant son innocuité et sa tolérabilité chez les patients hospitalisés COVID-19. 

Lilly vient de lancer ses propres essais, y compris une étude de phase III contrôlée par placebo auprès de 2400 patients.

 

Regeneron teste actuellement l'efficacité de son cocktail COVID-19, qui combine un anticorps de pointe d'une personne guérie et un anticorps d'une souris ayant reçu la protéine de pointe, dans trois essais à grande échelle contrôlés par placebo.

 

Pour l'immunologiste Dennis Burton, dont le groupe de Scripps Researchisolé des anticorps monoclonaux très puissants contre le SRAS-CoV-2 pense que les monoclonaux protégeront les gens de l'infection pendant des mois, avec une seule injection : "Il est beaucoup plus facile de s'occuper de quelques particules virales entrantes que d'essayer de résoudre ou de guérir une infection en cours... il faut frapper le virus vite et fort".

 

Cependant deux obstacles devront être surmonté : le volume des doses à fournir et le coût qui devrait rester élevé pendant de longues années.

 

Les anticorps monoclonaux, thérapie d'aujourd'hui et de demain

Lorsque un microbe (une molécule) pénètre notre organisme, une partie sera reconnue comme étant un antigène par certains globules blancs. Il s'en suit une réaction en chaîne qui aboutit à la production d'un anticorps spécifique. Ce dernier, libéré dans la circulation sanguine, reconnaît son antigène et s'y fixe. Il va ainsi permettre  l'activation du processus de destruction du microbe (de la molécule).

 

Un anticorps monoclonal (AcMo) est une protéine du système immunitaire produite in vitro par des clones d'une même cellule (un lymphocyte B). Chaque anticorps s'attaque spécifiquement à une molécule : l'antigène.

L'intérêt de ces anticorps est qu'ils vont réaliser un ciblage précis.

 

En fait, deux propriétés sont utilisables. D'un côté, les anticorps s'apparentent à une pince capable de se fixer sur un agent pathogène pour le neutraliser - partie Fab -, de l'autre ils peuvent être utilisés comme un "lanceur d'alerte" à destination des cellules du système immunitaire (lymphocytes…) - partie Fc -.

 Cette double capacité permet une grande diversité d'actions en fonction de la nature et du mode d'action de ses cibles : l'anticorps peut s'attaquer à une bactérie, à une enveloppe de virus, à une protéine toxique aussi bien qu'à une cellule cancéreuse.

 

 

Les applications des AcMo sont donc déjà multiples. La lutte contre le cancer a fait une grande avancée grâce à eux.

 

 Les chercheurs ayant découvert que les cellules cancéreuses parvenaient à empêcher le système immunitaire de les tuer, les anticorps monoclonaux étaient la solution idéale pour les débloquer ces freins.

 

Des résultats spectaculaires ont été obtenus pour de nombreux cancers (cancer du poumon, du sein,  myélome...).

 

Le problème est le coût, les anticorps sont dégradés par les enzymes de l'estomac et de l'intestin Tous ces traitements se présentent donc sous forme injectable. Et chaque injection coûte plusieurs centaines d'euros...

Dernier bémol, lié encore une fois à la complexité du système immunitaire : tous les patients ne réagissent pas à ces traitements. 

 

 

07 août 2020

COVID-19 : les séquelles

L'état de la science dans le domaine

 Sur la figure ci-contre :

1 -  Brouillard cérébral

Des difficultés de réflexion peuvent survenir après une infection aiguë par COVID-19. Le virus peut endommager les cellules cérébrales, et l'inflammation du cerveau ou du corps peut également entraîner des complications neurologiques. D'autres infections virales entraînent également un brouillard cérébral.

2 -  Les patients qui deviennent gravement malades à cause de COVID-19 semblent plus susceptibles de souffrir d'essouflement, mais les cas bénins sont également à risque.

3 - Arythmie cardiaque

Le virus peut endommager le cœur, et les médecins s'inquiètent des dommages à long terme. La façon dont le cœur guérit après la COVID-19 pourrait aider à déterminer si un patient développe un rythme cardiaque irrégulier

4 - Hypertension

 Certains patients ont une pression artérielle élevée après une infection aiguë et même lorsque les cas étaient relativement bénins pour des personnes auparavant en bonne santé, peut-être parce que le virus cible les vaisseaux sanguins et les cellules cardiaques.

 

Du "brouillard dans le cerveau" aux arythmies cardiaques sévères, en passant par une fatigue chronique, un essoufflement, des articulations douloureuses, une perte persistante de l'odorat, des dommages aux poumons, aux reins et au cerveau, la liste des troubles persistants chez les anciens malades de la COVID-19 est impressionnante.

 

Une chercheuse anglaise, elle même touchée par de nombreuses pathologies après une COVID-19 banale, a  enregistré 62 symptômes différents sur 600 anciens malades !

 

 «Même s'il s'agit d'un seul virus, il peut provoquer toutes sortes de maladies chez les humains»

Akiko Iwasaki, immunologiste, Université de Yale 

 

Ces études sur les "survivants" doivent permettre de comprendre cette ombre portée de la maladie, qui n'affecte pas que  les malades victimes de formes sévères, mais aussi d'essayer de prédire qui sont ceux qui ont le plus de risque de présenter des symptômes persistants. 

 

Pourquoi tous ces dégâts ?

J'ai indiqué dans ce journal comment le SRAS-CoV-2,  peut atteindre une ensemble impressionnant de tissus humain.

Comme une clé qui s'insère parfaitement dans une serrure, le SRAS-CoV-2 utilise une protéine de pointe sur sa surface pour se fixer sur les récepteurs ACE2 des cellules.

Les poumons, le cœur, l'intestin, les reins, les vaisseaux sanguins, le système nerveux, entre autres tissus, qui transportent ACE2 à la surface de leurs cellules, peuvent donc être touchés.

Le virus peut également provoquer une réaction inflammatoire dramatique, y compris dans le cerveau.

 

Par exemple le virus endommage le cœur, de multiples manières. 

L'invasion directe des cellules cardiaques peut les abîmer ou les détruire. Une inflammation massive peut affecter la fonction cardiaque. Le virus peut affaiblir la fonction des récepteurs ACE2, qui aident normalement à protéger les cellules cardiaques et à dégrader l'angiotensine II, une hormone qui augmente la pression artérielle.

Enfin, le stress exercé sur l'organisme dans la lutte contre le virus peut provoquer la libération d'adrénaline et d'épinéphrine, ce qui peut également «avoir un effet délétère sur le cœur»

Raul Mitrani, électrophysiologiste cardiaque à l'Université de Miami 

 

Ainsi, JAMA Cardiology a révélé que 10 semaines après un diagnostic de COVID-19, 78 /100 des personnes présentaient des anomalies cardiaques en imagerie, avec le plus souvent une inflammation du muscle cardiaque. 

 

 

From ‘brain fog’ to heart damage, COVID-19’s lingering problems alarm scientists

By Jennifer Couzin-Frankel - Jul. 31, 2020 - Science