" La diffusion des lumières n'exige autre chose que la liberté, et encore la plus inoffensive de toutes les libertés, celle de faire publiquement usage de sa raison en toutes choses."

 KantQu’est-ce que les lumières ?, 1784

 

Blog

 

Billets d'humeur -depuis janvier 2009 - classés, pour simplifier, en six rubriques : arts, histoire, philosophie, politique, société, sciences.

Rappel : philosophie = aime la sagesse !

 

Planète vivante

Ressources pillées, biodiversité gravement altérée, pollutions majeures, climat déréglé... l'avenir de l'homme sur la Terre s'avère très sombre !

 


Conscience

 " Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ;

c’est celui qui pose les vraies questions. "

C. Levi-Strauss, Le cru et le cuit

 

" Pourquoi craindre pour le dompteur, sa cage le protège des hommes' 

d'après Samuel Beckett

Sciences

Je propose ici un petit parcours - très personnel - au coeur de l'aventure scientifique qui, de Sapiens et Néandertal vous conduira aux nanosciences, à la biologie synthétique, à la chimie du vivant ou encore à l'intelligence artificielle...

Un non scientifique curieux pourra tirer profit de ces quelques pages sans équations et sans le jargon des initiés.

 

Voir

" Derrière la vitre qu’est la nature, apparaît lentement l’espèce d’une seconde, un fantôme d’éternité. De ce fantôme nous nous satisfaisons. Il devrait nous désespérer, (…). A ces moments le monde paraît laisser échapper comme par mégarde, un peu de son secret."

 A. Camus

 aussi: https://www.jeanpierrelavergne.fr/                                 


Arts et sciences

La chaire "arts et sciences"

Néphélographe : Jean-Marc Chomaz, Ana Rewakowicz et Camille Duprat, Nuit blanche 2018 © Photo : Ana Rewakowicz
Néphélographe : Jean-Marc Chomaz, Ana Rewakowicz et Camille Duprat, Nuit blanche 2018 © Photo : Ana Rewakowicz

J'ai déjà évoqué cette chaire, créée en 2017, qui associe l'Ecole Polytechnique (Paris) et  l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs - PSL.

 

Ce partenariat inédit entre une école d’art, une école scientifique fonctionne comme un programme de collaborations entre chercheurs, artistes, scientifiques et designers, afin de créer un discours commun autour de l’interdépendance à notre environnement : questions climatiques, relations au monde végétal et aux technologies, matière(s) en mouvement.

 

À l’École polytechnique, les activités de la Chaire arts & sciences s’inscrivent dans un programme arts & sciences porté par le Laboratoire d’hydrodynamique (LadHyX) fondé par Jean-Marc Chomaz, en lien avec le le laboratoire interdisciplinaire en sciences humaines et sociales (LinX). Une quinzaine de chercheurs issus de différents laboratoires de l’École polytechnique (le LMS, Laboratoire de mécanique des Solides, le LLR, Laboratoire Le Prince Ringuet, le CiMeX, Centre Interdisciplinaire de Microscopie Electronique, le CMAP, Centre de mathématiques appliquées) y sont régulièrement associés.

 

 

Transmutation de base / Alien-Migration, Aniara Rodado et Jean-Marc Chomaz © Photo : Merryl Messaoudi
Transmutation de base / Alien-Migration, Aniara Rodado et Jean-Marc Chomaz © Photo : Merryl Messaoudi

Les chercheurs et plasticiens proposent des expériences esthétiques et réflexives autour de thématiques liées :

 

- au climat, avec des évènements majeurs tels que le symposium de recherche Useful Fictions, les travaux du Labofactory (Jean-Marc Chomaz),

 

- à l’interaction homme-machine “Behavioral Objects” et à la matière "Behavioral Matter”, notamment le projet Additive Manufacturing 3D-4D  développé conjointement entre EnsadLab et le LSI de l’École polytechnique,

 

- au végétal, à la matière et au vivant : installations d’Aniara Rodado questionnant notre relation aux plantes (Transmutation de base, Transcriptions végétales…), workshop et colloque « Devenir Plante" , workshop international  "Behavioral Matter”, séminaire " composer avec le vivant ” et soirée “Dissect”…

 

Quelques boursouflures et présentations pompeuses, mais un travail de recherche intéressant.

 

 

Astrobiologie et origine de la vie

 Le 23 avril 2019, un peu après 21h,  une météorite de la taille d'une machine à laver s'est brisé dans le ciel du village d'Aguas Zarcas, au Costa-Rica.

 

C'était un chondrite carbonée, un vestige immaculé du système solaire primitif.

 

Alors que la grande majorité des météorites sont des morceaux de pierre ou de métal, les chondrites carbonées sont riches en carbone inorganique, mais aussi en molécules organiques telles que les acides aminés, les éléments constitutifs des protéines. 

 

Aussi, dans les heures qui suivirent, les astrobiologistes de toute la planète se mettaient en route pour l'Amérique centrale... faisant, dans les jours suivants, la fortune des villageois (les fragments se sont négociés au prix de l'or). Depuis de grands laboratoires travaillent sans relâche pour trouver, dans quelques grammes de pierre, de nouveaux indices sur l'origine de la vie.

 

J'ai déjà parlé de la météorite de Murchinson, qui nous a donné quelques clés pour comprendre l'origine du vivant.

Aguas Zarcas ressemble à cette célèbre chondrite carbonée qui a explosé en 1969 au-dessus de Murchison, une ville australienne.

 

Les géologues ont collecté environ 100 kilogrammes de Murchison, qui ont été analysé dans des laboratoires du monde entier. À ce jour, les scientifiques y ont reconnu près de 100 acides aminés différents, dont beaucoup sont utilisés par des organismes sur Terre et de nombreux autres, rares ou inconnus sur notre planète.

 

Murchison contenait également des nucléobases, les éléments constitutifs de molécules génétiques telles que l'ARN, et en novembre 2019, les chercheurs ont découvert un composant majeur du squelette de l'ARN : la molécule du sucre ribose

 

Cette recherche fournit la première preuve directe de l'existence du ribose dans l'espace et du dépôt de ce sucre sur Terre. Ce sucre extraterrestre aurait pu contribuer à la formation de l'ARN sur la Terre prébiotique et cela donne crédit à la fameuse théorie du monde ARN.

 

Ces chondrites témoignent  des réactions chimiques qui, dans l'espace, donnent naissance à des précurseurs complexes de la vie.  Certains scientifiques pensent même que ces types de fragments extra terrestre ont permis l'émergence du vivant en s'écrasant sur Terre il y a 4,5 milliards d'années.

 

Les 30 kilogrammes d'Aguas Zarcas vont permettre  aux scientifiques d'utiliser des techniques beaucoup plus sophistiquées qu'il y a 50 ans avec Murchinson et pourquoi pas de trouver ces fameuses protéines.... venues de l'outre-monde.

Cosmochimie

Aguas Zarcas pourrait  fournir aux scientifiques des informations sur trois périodes anciennes de l'univers.

 

La premiere est antérieure au système solaire. 

Il y a 7 ou 8 milliards d'années, des particules de poussière d'étoiles ont été éjectées de supernovae et des atmosphères extérieures d'étoiles vieillissantes. Ces poussières d'étoiles, faites de matériaux résistants tels que le graphite, le diamant ou le carbure de silicium ont dérivé dans l'espace, constituant un nuage interstellaire sans nom.

 

Dans la phase suivante, ce nuage informe s'est effondré en un disque tourbillonnant autour du Soleil nouveau-né, générant une chaleur de friction qui a transformé ces grains présolaires en une vapeur bouillonnante.

 

 Au fur et à mesure que le disque refroidissait, les premiers solides se condensaient en des amas cristallins d'aluminium et de calcium aussi gros que des graines de pavot. Ces fragments datent de 4,56 milliards d'années, définissant l'âge du système solaire. En quelques millions d'années, des gouttes de roche fondues se sont refroidies en sphères vitreuses - les «chondrules» qui donnent leur nom aux chondrites.

 

Puis, dans la troisième phase, ces petites particules ont commencé à s'assembler dans des roches, parmi lesquelles ce qui allait devenir Aguas Zarcas. La future météorite a évité les planètes, voyageant à bord d'un petit astéroïde, dans un vide glacé, bien au-delà de Jupiter. Cela lui a permis d'éviter d'être fondue par le soleil.

L'astéroïde s'est ensuite développé en amassant de la glace et du carbone.

 

Tandis que ce voyage sidéral se poursuivait, sous l'effet de la lumière du soleil, la chimie prébiotique entrait dans la danse.

 

L'apport d'eau sur Terre par les astéroïdes aurait été massif : les cosmochimistes estiment que la moité de l'eau des océans a cette origine ! 

Ainsi, l'analyse des échantillons prélevés sur l’astéroïde Itokawa par la sonde spatiale japonaise Hayabusa, grâce à un spectromètre de masse à ions nanométriques (NanoSIMS), a montré qu'il recelait une quantité d'eau qui dépassait de beaucoup la moyenne observée pour des objets du système solaire interne.

 

 

En des millions d'années cette chimie produisit des molécules élémentaires, telles que le cyanure d'hydrogène, puis plus complexes comme les acides aminés et finalement toutes les molécules de base constituant le vivant.

 

Et puis Aquas Zarcas comme Murchinson et des milliers de ses semblables, a achevé son voyage sur la planète bleue y apportant la vie... comme le pense de nombreux scientifiques.

Le hasard avait fait son oeuvre, la nécessité (l'évolution) allait faire le reste.

 

Aux origines de la vie : le mystère de l'asymétrie

Aminoacides énantiomères
Aminoacides énantiomères

 J'ai expliqué ICI que vie et homochiralité sont indissolublement liées : la vie est basée sur des protéines construites à partir de 19 aminoacides lévogyres (plus la glycine qui n'a pas de centre d'asymétrie) et sur des acides nucléiques (ADN, ARN) dont la partie sucre (ribose ou désoxyribose) est dextrogyre.

 

D'où vient cette étrange discrimination ? Quand le chimiste organicien réalise une simple synthèse d'acides aminés, il obtient un mélange 50:50 des deux énantiomères (un mélange racémique).

Pour obtenir un excès énantiomérique, il va devoir utiliser une assistance ou un catalyseur qui induiront une différentiation.

 

La question fondamentale qui est posée, quant à l'élaboration du Vivant, concerne donc l'origine de cette chiralité.

 

Pour de nombreux spécialistes, c'est l'irradiation par une source d'UV lointains, polarisés circulairement, qui est à l'origine de la production d'un excès énantiomérique à partir d'aminoacides racémiques.

 

C'est donc dans ces astéroïdes qu'il faut chercher la présence de ces fameuses molécules chirales.

 

Ainsi, dans Aguas Zarcas on a identifié de l'isovaline - un aminoacide assez rare sur terre - avec un excès de 15% de forme gauche (lévogyre). Des résultats similaires ont été obtenus pour Murchison et d'autres chondrites carbonées.

 

Il semble donc bien que l'asymétrie initiale vienne de l'espace.

 

La vie sur Terre est  probablement issue d'une très hasardeuse collision avec ces drôles de réacteurs chimiques, venus du fin fond de l'univers, qui nous ont apporté l'eau et toutes les briques élémentaires du Vivant.

La suite n'était plus qu'un jeu d'enfant... qui a quand même pris quelques milliards d'années... !

 

 

 

LIRE dans la revue Science :

An unusual meteorite, more valuable than gold, may hold the building blocks of life

 

 

800 ans d'histoire...

La Faculté de médecine de Montpellier

 En 1220, le Cardinal Conrad d'Urach, légat du pape Honorius III, concède à l'« Universitas medicorum » ses premiers statuts. En fondant officiellement la Faculté de médecine de  Montpellier, il  consacre une activité de pratique et d’enseignement médical connue depuis près d'un siècle. 

 

L'Université sera créée le 26 octobre 1289, quand le pape Nicolas IV adresse, depuis Rome, la constitution apostolique « Quia Sapientia », à tous les docteurs et étudiants de la ville de Montpellier. Elle regroupe alors le droit, la médecine, les lettres et la théologie.

 

 

Le 17 août 2020, Montpellier fête en grande pompe le huitième centenaire de sa Faculté.

 

Voici un petit aperçu des hommes, des lieux, des idées, qui habitèrent cette belle institution, du Moyen-âge à la Révolution.

 

17 août 2020 - Faculté de Médecine de Montpellier
17 août 2020 - Faculté de Médecine de Montpellier

L'école de médecine du Moyen âge

Montpellier est une ville neuve, sans substrat antique. Elle est fondée en 985, quand le comte de Melgueil (Mauguio) confie, pour services rendus, une manse aux Guillaume (Guilhem en occitan), descendants de saint Guilhem, membres de la grande aristocratie carolingienne, implantés dans la moyenne vallée de l’Hérault.

 

La situation géographique, sur l'ancienne via Domitia, près de l'évêché  de Maguelone, est idéale et la ville se développe très vite.

 

Ainsi, Montpellier apparaît comme un centre scolaire important dès la seconde moitié du XIIe siècle. A partir des années 1130, un enseignement "médical" semble avoir existé. Saint Bernard, dans une de ses lettres, raconte comment à cette époque l’archevêque de Lyon "se ruina à cause des médecins de Montpellier". Il est dit également que le fils du comte de Sarrebruck, Adalbert,  étudiait la médecine à Montpellier en 1153.

 

Dès 1181, le seigneur de Montpellier, Guilhem VIII (†1202), accorda l’entière liberté d'enseignement à tout médecin qui voudrait ouvrir une école à Montpellier.

La consécration viendra donc en 1220, et la devise  des praticiens de Montpellier proclame fièrement "Olim Cous nunc Monspeliensis Hippocrates" ("Jadis Hippocrate était de Cos, maintenant il est de Montpellier").

 

A cette époque, c'est Salerne qui tient le haut du pavé ("source et fontaine de la médecine" selon Pétrarque). Son rayonnement est exceptionnel et ses élèves vont porter la bonne parole dans l'Europe entière, en particulier à Montpellier. Mais dès le XIIIème siècle, l'école de Salerne décline, supplantée par Bologne en Italie et Montpellier en Europe. Elle finira par disparaître au XIXème siècle.

 

Montpellier est donc la plus ancienne Faculté de médecine au monde encore en exercice.

 

"Jusqu'au début du XIVe siècle, les cours sont dispensés au domicile des Régents, qui étaient rétribués directement par ses élèves; seuls les actes sont réalisés dans l'église Saint-Firmin (détruite en 1562 par les Réformés, elle ne fut jamais reconstruite).

Une subvention royale (Charles VIII et Louis XII) permit à l’Université d’établir un budget régulier. Les méthodes et le matériel d’enseignement étaient analogues à ceux dont Salerne avait propagé l’usage. Après avoir accompli une scolarité de trois ans, le philiatre pouvait postuler le baccalauréat en médecine. Venait ensuite la licence; celle-ci comportait plusieurs épreuves soutenues en présence de l’ensemble des professeurs à l’église Saint-Firmin ou à Notre-Dame-des-Tables : des “disputationes per intentionem” suivies du développement des deux “points rigoureux” extraits de l’Ars Parva de Galien et des Aphorismes d’Hippocrate." Medarus

 

 

Ecole de médecine de Salerne - Copie du Canon de la médecine d'Avicenne
Ecole de médecine de Salerne - Copie du Canon de la médecine d'Avicenne

La solide réputation de l'école de médecine de Montpellier est attestée dès le début sur XIIIème siècle. Elle bénéficie de l'apport salernitain, mais aussi du savoir des savants arabes (Ibn Sina/Avicenne, Rhazès...) et juifs transmis par leurs disciples.

 

VOIR sur le SITE : Al Kimiya

 

C'est évidemment l'église qui a la haute main sur l'institution : « l’université des médecins, tant docteurs qu’étudiants » est placée sous l’autorité de l'évêque de Maguelone qui désigne parmi les professeurs un chancelier pour la diriger.

 

C'est le pape Urbain V un grand pape languedocien qui fit un séjour de trois mois à Montpellier en 1367 et ordonna la construction  - au frais du Saint-Siège - du monastère des Saints-Benoît-et-Germain, qui deviendra la Faculté de médecine. La chapelle préfigure la cathédrale Saint-Pierre de Montpellier

 

Les premiers maîtres de Montpellier

Durant les trois premiers siècles de son existence, l’école de Montpellier fut quelque peu cosmopolite : Languedociens du terroir, Juifs exilés d’Espagne et de France - déjà installés à Lunel - Espagnols et Salernitains de la première vague...

 

Voici quelques grandes figures des premiers temps.

 

Arnaud de Villeneuve  - 1240(?) - 1311

 

 Arnau de Vilanova, illustre personnage, médecin de trois rois d'Aragon et de trois papes, mais aussi théologien radical et alchimiste célèbre, est né en Aragon vers 1240.

Il fit ses études de médecine à Montpellier (placée alors sous la tutelle des rois d'Aragon et de Majorque après le mariage de Pierre II d'Aragon, roi d'Aragon et comte de Barcelone, avec Marie de Montpellier, le 15 juin 1204).

 

" La médecine d’Arnaud de Villeneuve se caractérise par la recherche de théories donnant une structure mentale à cette discipline qu’il envisage comme une science à part entière ; de là vient qu’il s’inspire des travaux de Galien et d’auteurs arabes comme Ibn Sina (Avicenne), Al-Kindi ou encore Ar-Râzî. Cependant, il ne méconnaît pas l’importance de la médecine comme pratique et il sera même tenté de privilégier une médecine instrumentale parfois sans rapport ou contredisant la théorie, si l’intérêt du patient l’exige. L’influence d’Arnaud de Villeneuve ne s’arrête pas à la médecine. La guérison du pape Boniface lui confère une renommée extraordinaire qui explique en partie pourquoi son nom est attaché à de nombreux ouvrages d’alchimie, d’astrologie mais aussi de magie que, pourtant, il dénonce dans un texte.

Arnaud est aussi un mystique d’action. Formé par les dominicains de Toulouse et par Ramon Martí qui l’initie aux études hébraïques, il adopte les idées de Pierre de Jean Olieu (Olivi), soutient la cause des franciscains spirituels (querelle de la pauvreté) et il commet un opuscule sur la venue et l’acmé de l’Antéchrist. Il connaît alors la prison et la disgrâce. Ses tribulations le rangent un peu plus dans le camp des contestataires. Il prend ouvertement le parti des « spirituels » ; et dans des écrits latins et surtout catalans destinés à la divulgation, il professe un christianisme intégral, nourri par des lectures et une inspiration prophétiques, éclairé par une réflexion sur le nom de Dieu proche de la Kabbale."

 

Guy de Chauliac (1298-1368)

 

Guy ou Guido de Chauliac, né vers 1298 à Chaulhac dans le diocèse de Mende, est le père de la chirurgie médicale, une profession exercée alors par les barbiers. Durant ses études qu’il effectue à Toulouse (?), Montpellier, Bologne et Paris, il découvre les travaux d’anatomie des médecins grecs et judéo-arabes.

 

Il eut comme maître à Montpellier, Henri de Mondeville, (1260 - 1320), célèbre chirurgien des rois de France Philippe le Bel et Louis le Hutin, qui fût le premier écrivain français en chirurgie. Mondeville avait fait une partie de ses études à Montpellier.

 

A Bologne, il est l’élève de Mondino et d’Alberto Zancari qui le forment à la chirurgie. Vers 1344, il devient chanoine au monastère Saint-Just à Lyon. Sa proximité avec les papes avignonnais, Clément VI (1342-1352) et Urbain V (1362-1370), contribuera à sa notoriété. En 1353, il est nommé chanoine avec prébende de Reims, et en 1359 il sera prévost du Chapitre de Saint-Just, c’est là qu’il décède en 1368.

 

"Il rédige la Chirurgia Magna dite aussi « Le Guidon » – en référence à son prénom – en 1363. Le manuscrit original écrit en latin connait très vite une large diffusion et sera traduit dans différentes langues à travers l’Europe. 

La Chirurgia Magna est composée de plusieurs livres qui traitent : de l’anatomie, des apostèmes, des plaies, des ulcères, des fractures, de diverses maladies (la goutte, la peste, la teigne, les hernies…), le dernier traité est un recueil de recettes de médicaments.

L’ouvrage débute par le « Chapitre singulier » une partie introductive dans laquelle Guy de Chauliac définit la chirurgie comme une partie de la médecine guérissant les hommes par des incisions et des cautérisations, remettant les os en place et effectuant « […] d’autres opérations de la main ».  Il énumère également les quatre qualités indispensables pour être un bon chirurgien: il convient tout d’abord d’être savant, il faut avoir de l’expérience, être ingénieux et inventif et enfin être sage et modéré.

La Grande Chirurgie est conçue sur le modèle appris par Chauliac à l’université de Bologne, avec une bipartition de la médecine en theorica et practica, le fondement de l’acte chirurgical étant l’étude de l’anatomie. Une des qualités remarquables du « Guidon » est l’importance des références bibliographiques citées dans l’ouvrage. Elles témoignent des nombreuses lectures et recherches effectuées par Guy de Chauliac et de sa rigueur intellectuelle. Cette modernité scientifique, associée à la clarté et à la précision de ses propos expliquent le succès de son œuvre. L’ouvrage servira de référence pour l’enseignement de la chirurgie jusqu’au XVIIIème siècle."

La Grande Chirurgie de Guy de Chauliac, BU Lyon 1

 

A noter que Pétrarque, qui fit des études de droit à Montpellier à partir de 1316 :

Je me rendis à Montpellier, où je consacrai quatre années à l'étude des lois"

 

apprécia beaucoup la ville et l'université :

« Là-bas aussi, quelle tranquillité avions-nous, quelle paix, quelle abondance, quelle affluence d'étudiants, quels maîtres ! »

— PétrarqueLettres familières aux amis

 

On lui attribue par contre une haine féroce contre Guy de Chauliac, qui ne put sauver sa muse, Laure de Sade, emportée par la peste noire qui sévissait à Avignon (120 000 morts dans le Comtat Venaissin).

 

Il s'emporte contre "un viel édenté des montagnes" dans "Invectives contre un médecin" (1352).

Pour André Thevenet, ces diatribes concernaient plutôt Jean d'Alais, très vieux médecin de Clément VI.

En fait, Pétrarque détestait les médecins :

 

"La vie en soi est assez courte mais les médecins, avec leur art, savent la rendre encore plus courte..." !

 

 Il faut noter qu’au XIVe siècle, la proximité d’Avignon et de la cour pontificale qui s’y était établie, fut pour Montpellier  le gage d’un certain dynamisme ; c’est d’ailleurs à un pape d’Avignon, Urbain V (v. 1310-1370), que Montpellier doit de s’être vue dotée de deux collèges, dont celui des Douze Médecins.

 

 

 

Le Collège Royal de médecine

De la Renaissance à la fin de l'Ancien Régime, à Montpellier l'enseignement est marqué par la perte progressive de la tutelle cléricale au profit de l'État avec une faculté qui acquiert ses propres locaux vers 1450 : le « Collège royal de Médecine », et de nouvelles règles édictées par le décret royal de Louis XII le 29 août 1498. Cet édifice était situé près de l'actuelle église Saint-Matthieu.

 

En 1556, la faculté est la première de France à se doter d'un amphithéâtre consacré à l'examen des cadavres.

 

L’Anathomia de Mondino de’ Liuzzi nous offre, en 1316 ou 1317, le premier témoignage explicite sur la dissection de cadavres humains. Cette pratique avait très probablement cours à Bologne dès les dernières années du XIIIe siècle. Et il est fort possible aussi que des dissections aient été pratiquées à Montpellier au tournant des XIIIe et XIVe siècles. C'est dans l’espoir d’améliorer le savoir médical tenu en échec par l’épidémie de peste à Avignon, que Clément VI, on encouragea les autopsies. Avignon et Montpellier étaient liées et proches à plus d’un titre.

 

Guillaume Rondelet (1507 - 1566)

 

Fils de marchand, Guillaume Rondelet est né en 1507 à Montpellier où il commença ses études. Il les poursuivit à Paris avant de revenir dans sa ville, où il obtint son diplôme de docteur en 1537. Médecin renommé, il y enseigna comme professeur à la faculté de médecine. Condisciple et ami de Rabelais, il fit plusieurs voyages en France, aux Pays-Bas et en Italie. Il mourut de dysenterie le 30 juillet 1566.

 

Homme de la Renaissance, G. Rondelet fut un esprit très ouvert : médecin et naturaliste. Il rédigea plusieurs textes de médecine et de pharmacopée mais il est surtout connu pour son Histoire entière des Poissons. Cette œuvre, d’abord écrite en latin, est constituée de deux livres : Libri de Piscibus Marinis ... (1554) et Universae aquatilium Historiae ... (1555). Ils ont été traduits en français par L. Joubert et regroupés en un seul ouvrage en 1558 : L’histoire entière des poissons  avec leurs portraits au naïf.

Véritable pionnier de l’ichtyologie moderne, G. Rondelet fut un novateur dans sa pratique et dans son iconographie : il a fait de nombreuses observations, des dissections et chaque espèce est représentée par un (ou plusieurs) dessin soigné et précis (490 figures). Dans son livre, G. Rondelet présente d’abord des généralités sur les poissons : morphologie, anatomie, physiologie, mouvement, reproduction,… puis les caractères permettant l’identification des animaux. Il effectue par ailleurs une tentative de classement des poissons soit en s’appuyant sur la forme des animaux, soit en tenant compte de leur milieu de vie, ce qui ouvre sur une véritable systématique préparant les grands progrès des XVIIIe et XIXe siècles dans ce domaine. Il décrit ensuite 440 espèces dont 240 poissons vrais en donnant des éléments d’écologie, en précisant les caractéristiques de leur pêche mais aussi en indiquant les usages thérapeutiques, voire des recettes de cuisine, le tout dans une langue rabelaisienne, sans transiger sur la précision du discours.

 

 Pierre Richer de Belleval (1558 - 1632)

 

Pendant le règne d'Henri IV, en 1593, l'École de médecine de Montpellier est dotée d'un « Jardin des plantes » sur le modèle de Padoue. Volonté du roi, il est l'œuvre du professeur Pierre Richer de Belleval. Premier Jardin Royal de France, antérieur à celui de Paris, il constitue aujourd'hui encore, l'un des plus beaux fleurons de Montpellier.

 

C’est dans une volonté de développer « la santé par les plantes » qu’Henri IV confie, en 1593, à Pierre Richer de Belleval, enseignant en botanique et anatomie, docteur de l'université de Montpellier (1595), la création d’un Jardin Royal. Inspiré du « jardin médical » de Padoue, la référence italienne des jardins. Le Jardin des Plantes de Montpellier devient à son tour un modèle pour celui de Paris.

Lors de sa création, le jardin était destiné à la culture des « simples ». Pourtant le projet de Richer dépasse rapidement les seules plantes médicinales et devient un véritable outil d’étude botanique, inédit à l’époque.

Au début du XVIIe siècle, le Jardin des Plantes de Montpellier est non seulement un jardin scientifique, avec son importante collection de végétaux mais est aussi considéré comme un jardin précurseur dans sa manière d’appréhender la diversité du monde végétal. Pour favoriser cette diversité, il reproduit différents milieux (ombragé, ensoleillé, humide, sablonneux, pierreux…) et consacre des emplacements spéciaux aux plantes exotiques.

 

Dès la fin du XVIème siècle, la faculté fut dotée d'une chaire d'anatomie et de botanique (1593), puis de chirurgie et de pharmacie (1597).

 La chaire de chimie et celle destinée à enseigner aux étudiants à "consulter et à pratiquer" sont instituées en 1673 et 1715, respectivement.

 

La chimie resta longtemps rattachée à la médecine. J'en dirai un mot plus loin.

 

Parmi "les célébrités" qui fréquentèrent la faculté de médecine de Montpellier au début de la Renaissance, on peut citer :

Gabriel et François Miron (début du XVIème siècle), médecins de Charles VIII et Anne de Bretagne,

- le fameux Nostradamus (1529-1533), Laurent Joubert (il succéda à Guillaume Rondelet en 1566), médecin du roi Henri III de Navarre (le futur Henri IV),

- Sylvius (Jacques Dubois), célèbre anatomiste, docteur de Montpellier en 1530. 

Théophraste Renaudot, le fondateur de la Gazette de France, qui obtint son doctorat de médecine en 1606 à Montpellier (il fut médecin "ordinaire" de Louis XIII). 

 

Liste non exhaustive...

 

 

 

Hôtel Saint-Côme, Montpellier
Hôtel Saint-Côme, Montpellier

Denys François Gigot de Lapeyronie (1678 -1747)

 

Un petit saut dans le temps pour parler d'un grand chirurgien (premier chirurgien de Louis XIV, il est mort à Versailles) : Lapeyronie 

Son père, originaire de Guyenne, qui avait été reçu barbier à Montpellier, voulait faire de son fils un médecin, mais le jeune François préféra opter pour la chirurgie. Il arriva à ses fins grâce à Pierre Chirac, docteur de Montpellier (1683)  et ami de la famille, qui obtint qu'on le laisse suivre sa voie. Il suivit les cours de Jean Nissolle.

 

Le 17 février 1695, à l'âge de 17 ans, François Gigot de Lapeyronie obtient son diplôme de "maistre-chirurgien et barbier" de Montpellier.

Il est chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu Saint-Éloi de Montpellier en 1702, à l’âge de vingt-quatre ans.

 

Établi à Paris, en 1717, il est nommé aux postes de professeur d’anatomie au collège des chirurgiens de Saint-Côme, démonstrateur au Jardin du Roi et chirurgien en chef de la Charité.

 

Il devint très rapidement un familier du roi Louis XV, ce qui lui permit de promouvoir la spécialité de chirurgie, séparée grâce à lui du métier de barbier en 1743. Il présida l'Académie Royale de chirurgie de 1736 à 1747.

Il décrivit la maladie de LA PEYRONIE :

"La maladie de LA PEYRONIE ou "induration plastique des corps caverneux" a été décrite en 1743 par François Gigot de Lapeyronie. Peu fréquente, elle se caractérise par l'apparition d'une ou plusieurs plaques fibreuses au niveau de l'enveloppe des corps caverneux de la verge : l'albuginée. Souvent responsable de douleurs et d'une courbure de la verge en érection, cette maladie retentit sur la fonction sexuelle avec un impact psychologique non négligeable."

 

Il légua une partie de sa fortune pour l'édification à Montpellier de l’hôtel Saint-Côme, doté d’un amphithéâtre d’anatomie comparable à celui du collège Saint-Côme de Paris.

 

Avant la révolution s'illustrèrent aussi :

 

 

 Jean Astruc (1684-1766)

 

Jean Astruc est gardois (né à Sauve, au pied des Cévennes), professeur de médecine à Toulouse, Montpellier puis Paris, accessoirement amant et héritier de Mme de Tencin (femme de lettres et mère - indigne ! - de D'Alembert),  un des tout premiers à avoir eu  le courage de se spécialiser dans "les maladies honteuses".

Il a relaté par le menu, dans un ouvrage encyclopédique,  Mémoires pour servir à l’Histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, qui parait en 1767, peu après son décès, l'histoire de cette université qui rayonne sur toute l’Europe et forme, jusqu’à la révolution, les meilleurs médecins et médecins-chimistes

 Pour les amoureux de l'histoire des sciences et les passionnés d'histoire c'est une véritable mine d'or. J'y puise quelques anecdotes !

 Les études

 Astruc relate notamment le véritable parcours du combattant du futur licencié et la solennité des remises de diplômes, notamment du doctorat.

 La cérémonie du Doctorat appelée Acte de Triomphe se déroulait à l’origine dans l’église Saint Firmin (unique paroisse de Montpellier) et revêtait un grand apparat. Le protocole, établi par un usage presqu’aussi ancien que la Faculté, comprenait 7 étapes, chacune accompagnée d’un petit discours qui en explique la valeur et la signification :

 1° Lui donner le bonnet,

2° lui mettre au doigt une bague d’or,

3° ceindre le docteur avec une ceinture d’or,

4° lui présenter le Livre d’Hippocrate,

5 °le faire asseoir dans la chaire à côté du professeur,

6° l’embrasser,

7° lui donner la bénédiction.

 L’impétrant, en guise de pot de thèse, fait distribuer des confitures et des gants !

 

Pierre Magnol (1638- 1715), botaniste.

 

 Pierre Magnol est fils et petit-fils d’apothicaires protestants.Docteur en médecine (1659) de la Faculté de Montpellier, il se passionna pour la botanique. Comme bien d'autres, Il dut abjurer sa foi avant d'obtenir la chaire de botanique en 1694, à Montpellier.

 

Après avoir publié en 1676, à destination des étudiants qui suivent ses herborisations, un premier ouvrage intitulé Botanicum monspeliense, sive plantarum circa Monspelium nascentium index, dans lequel il décrit par ordre alphabétique quelque 1  300 plantes du Languedoc, il fait paraître en 1689 son œuvre principale, le Prodromus historiæ generalis.

En 1697, il devient le directeur du Jardin botanique et participe, en 1706, à la fondation de la Société royale des sciences de Montpellier.

 

 Il est reconnu comme le plus grand botaniste de son temps grâce à son œuvre où il décrit plus de 2000 plantes. Pour la première fois dans l’histoire de la botanique la notion de famille (Familia) apparaît clairement. Il sera élu à l’Académie des Sciences en 1709. En son honneur Linné donnera son nom au magnolia

  

François Boissier de Sauvages, médecin et botaniste (1706-1767).

Docteur en médecine en 1726 après trois années d’études à Montpellier. Il pratique ensuite dans sa ville natale tout en poursuivant des recherches dans la région.

 Il rencontre à Paris le célèbre médecin, botaniste et chimiste Boerhaave, professeur à Leide aux Pays-Bas, qui le fera connaître à Linné.

Boissier de Sauvages publie en 1731 " Distribution des maladies en classes, en genres et espèces", qui dans un ordre semblable à celui des botanistes comprennent les genres et les espèces de toutes les Maladies et leurs signes et leurs Indications. C'est le début d’une solide réputation en tant que médecin. Il travaille à parfaire ce système des maladies, qui connaît plusieurs éditions, y compris posthumes et des tirages à l’étranger, pendant toute sa carrière universitaire à Montpellier

 

Jean-Antoine Chaptal, chimiste, médecin (1756 -1852) qui fit ses études de médecine à Montpellier entre 1774 et 1777. Il abandonna la médecine pour la chimie ; il occupa la chaire de chimie à Montpellier à partir de 1780. On lui doit la chaptalisation.

 

 et de nombreux autres...

 

 

Chimie et médecine à Montpellier avant la révolution

La chimie n'existait alors que sous la tutelle de la médecine.

Diderot, dans la grande Encyclopédie, donna à la chimie une ampleur inédite, notamment grâce au médecin et chimiste montpelliérain François Venel.

 

Dans son épatante histoire Jean Astruc (voir ci-dessus), écrit :

 «  La connaissance de la chimie qui commençait à se répandre, fournit de nouveaux remèdes à la médecine… Les médecins de Montpellier n’eurent garde de les approuver en aveugles, comme les Empiriques, mais ils n’entreprirent pas non plus de les prescrire sans les avoir examinés. Ils les essayèrent avec sagesse… ils s’en servirent avec prudence. »

 

La chimie en tant que telle, fort décriée par certains médecins, n’apparut à Montpellier qu’en 1673, quand Antoine d’Aquin (Daquin), docteur de la Faculté de Montpellier et premier médecin de Louis XIV, y fit ériger une charge de Démonstrateur en chimie (Sébastien Matte La Faveur fut le premier).

 

 Elle fut suivie de près par la création d’une chaire de chimie qu’occupa Arnaud Fonsorbe (de 1676 à 1695), qui n’était pas chimiste, mais couvrait en quelque sorte les activités du démonstrateur.

 

Et puis, François Venel vint !

 

François Venel est la plume et l'inspirateur de Diderot pour la chimie dans l'Encyclopédie.

 

L'article Chymie de l’Encyclopédie a été rédigé par Venel (1723-1775), futur professeur de chimie à Montpellier (pour la médecine c'est Théophile de Bordeu, autre montpelliérain, ami de Diderot, qui tint la plume).

 

Il est surprenant de voir les éditeurs de L'Encyclopédie faire appel, en qualité de rédacteur principal pour les articles concernant la chimie, à un jeune docteur de 30 ans, pas encore professeur de l'Université de Médecine de Montpellier.

Il est vrai que Venel avait été formé par Rouelle professeur de Lavoisier et de... Diderot et qu'à Montpellier, tout autant qu'à Paris, on se passionnait pour la chimie :

 

 « Le cours particulier de chimie, donné au public par Venel, était fort apprécié. Il est à remarquer que ces leçons étaient faites avec l'assistance du pharmacien Montet qui, avec ses confrères, Peyre et Joyeuse, faisait partie de la Société Royale des Sciences de Montpellier. »

 

 "Il enseignait la pharmacie, la pathologie, l’hygiène et la médecine à la Faculté  mais donnait en outre, à partir de 1761, des cours particuliers de chimie au laboratoire de son ami apothicaire et expérimentateur Jacques Montet.  Son cours ne sera pas une redite de ses articles, mais plutôt un approfondissement, par  la théorie et la pratique, destiné cette fois-ci à un public spécialisé d’élèves médecins ou apothicaires. " Christine Lecornu Lehman (thèse 2006, Paris 10)

 

Pour Venel, il était temps que la chimie se débarrasse des tutelles (la médecine) et de ses complexes (envers la physique).

Dans l'article Chymie de l’Encyclopédie, il écrit :

 

« Il est clair que la révolution qui placerait la chimie dans le rang qu’elle mérite, qui la mettrait au moins à côté de la physique calculée, que cette révolution, dis-je, ne peut être opérée que par un chimiste habile, enthousiaste et hardi, qui, se trouvant dans une position favorable, et profitant habilement de quelques circonstances heureuses, saurait réveiller l’attention des savants, d’abord par une ostentation bruyante, par un ton décidé et affirmatif, et ensuite par des raisons, si ses premières armes avaient entamé le préjugé ». (Paris, 1753, t. III, p. 409)

 

Il pense là à Newton et il annonce Lavoisier !

 

VOIR : La chimie des Lumières

 

Chimie au siècle des Lumières - Introduction

 Chimie au siècle des Lumières- Les affinités électives

 Diderot et la chimie

 Diderot - La chimie, pourquoi ?

 Diderot chimiste

La chimie et le Rêve de D'Alembert

 

Barthez et le vitalisme de l'école de Montpellier

 

Le vitalisme s'est affirmé contre le mécanisme cartésien qui était fondé sur le principe d'inertie (inertie de la matière). Or l'inertie (du latin iners, inertis : inhabile à, sans capacité, sans énergie, inactif) est exactement le contraire du vivant.

 

Au XVIIIe siècle, Paul Joseph Barthez (1734-1806) attribue les phénomènes de la vie à un « principe vital », distinct des forces physico-chimiques et de l'âme pensante. Médecin de l'École de Montpellier, il se réclame explicitement de la tradition hippocratique : « J'appelle principe vital de l'homme la cause qui produit tous les phénomènes de la vie dans le corps humain. Le nom de cette cause est assez indifférent et peut être pris à volonté. Si je préfère celui de principe vital, c'est qu'il présente une idée moins limitée que le nom d'impetum faciens (to énormôn) que lui donnait Hippocrate, ou autres noms par lesquels on a désigné la cause des fonctions de la vie. » 

 

Dans un premier temps, l’école de Montpellier a soutenu les idées stahliennes puis elle s’est écartée de l’animisme. Nous avons vu que Théophile de Bordeu (1722-1776) et Paul-Joseph Barthez (1734-1806) sont à l’origine du mouvement vitaliste.

Barthez est un ami de d’Alembert et Bordeu est très proche de  Diderot. Pour Barthez, il n’existe qu’un principe vital unique, pour Bordeu, c’est un ensemble d’activités et de sensibilités locales, irréductibles à la physique et à la chimie, qui fondent le processus vital.

 

Contrairement à Stahlles vitalistes affirment que le principe vital est distinct de l’âme ; principe unique et distinct de l’âme et du corps – i l est capable de régir tous les actes de la vie.

 

Barthez est aussi newtonien, il pense que des attractions ou répulsions pourraient expliquer l’affinité et la réactivité des organes entre eux dans l’organisme. Pour lui, la matière est animée par une « infinité de mouvements nécessaires aux fonctions de la vie ».

 

Le vitalisme, qui consacra Montpellier et son Ecole de Médecine, marqua aussi son déclin.

 

VOIR ICI sur le site

 

 

Paul Joseph Barthez est né à Montpellier, le 2 décembre 1734. 

En 1750, il est Maître ès arts. Le 30 octobre de cette année-là, il est immatriculé à la Faculté de médecine de Montpellier. 

En 1753 il obtient son doctorat. En 1758, il obtient la chaire de botanique et anatomie, toujours à Montpellier. Ses cours ont un très grand succès.

 

C'est le 31 octobre 1772, que Barthez prononce son discours académique sur le principe vital intitulé De principio vitali hominis. En 1778, il fait paraître Nouveaux éléments de la science de l’homme.

 

Ayant entamé des études de droit, il obtient son baccalauréat et sa licence en 1778, puis son doctorat à la Faculté de droit de Montpellier en 1780.

En 1785, Barthez devient chancelier de l’Université de Montpellier.

 

Un parcours académique brillantissime qui se poursuivra à Paris après la révolution. Il meurt à Paris en 1806.

 

Sa statue de bronze fait face à celle de Lapeyronie devant l'entrée principale de la Faculté de médecine historique.

 

 

 

Postface

Après quelques péripéties durant la révolution, la faculté de médecine poursuivit son brillant chemin.

 

En 1795, la faculté quitte ses locaux anciens pour occuper le monastère Saint-Benoît, ancien évêché jouxtant la cathédrale Saint-Pierre.

 

Enfin, en 2017, la plus ancienne faculté de médecine du monde occidental, quitte le centre-ville de Montpellier et ce prestigieux bâtiment pour renaître dans un édifice de verre ultramoderne, au cœur du campus Arnaud de Villeneuve.

 

Depuis 2015 , elle fait partie de l'université de Montpellier qui regroupe toutes les disciplines (sciences, pharmacie, droit, écoles d'ingénieurs, Pôles de recherche...) à l'exception des lettres, des sciences humaines et sociales, des langues et des arts enseignés à l'Université Paul Valéry de Montpellier (20 000 étudiants).

Elle regroupe près de 50 000 étudiants et près de 5000 salariés.

 

 

© Jean Pierre LAVERGNE - 2020 - Tous droits réservés

 

 

 

Sciences et histoire

 

Dans les recherches historiques, les sciences occupent une place qui ne cesse de croître

 J'ai évoqué ICI le travail sur le génome ancien qui a révolutionné nos connaissances sur Néandertal et la préhistoire.

 J'ai présenté aussi le travail magnifique réalisé dans le cadre du projet Venice Time Machine, qui met l'intelligence artificielle au service de la construction, à partir d'archives, "d'un modèle multidimensionnel de la Sérenissime  et de son évolution couvrant une période de plus de 1000 ans".

J'ai montré comment l'histoire avec un grand H s'inscrit dans les glaciers...

 Ce ne sont que des exemples parmi des centaines d'autres.

Aujourd'hui, les historiens s'appuient sur des cohortes de scientifiques venus de divers horizons : archéologues, géologues, sismologues, glaciologues, chimistes, informaticiens, physiciens... pour cerner au plus près une vérité qui ne se dévoile que sous les assauts répétés de technologies de plus en plus pointues et la mise en commun de multiples savoir. L'archéoscience est une (pluri) discipline... d'avenir !

Ides de Mars, soleil noir et volcans

Un éruption en Alaska a-t-elle précipité la fin de la République romaine ?

" César, enveloppé de toutes parts, ne voit en face de lui, de quelque côté qu’il se tourne, que des glaives acharnés à le frapper au visage et aux yeux ; ballotté entre les mains de tous, il se débat comme un fauve. Tous doivent prendre part au sacrifice et goûter au meurtre ; aussi Brutus lui porte-t-il un coup dans l’aine. Certains disent que César se défendait contre les autres, en se jetant de tout côté et en criant, mais que, lorsqu’il vit Brutus lever son épée nue, il tira sa gorge sur sa tête et se laissa tomber, poussé par le hasard ou par ses meurtriers, près du piédestal sur lequel se dressait la statue de Pompée."

Plutarque, Vies Parallèles, « César », LXIII, 5 – LXVI, 14

 

 

En 44 avant JC, Jules César est parvenu au sommet de la République romaine. Il s'est même fait proclamer dictateur à vie.

Son attitude ambiguë et sa confiscation du pouvoir, provoquent le mécontentement d'une partie de l'aristocratie romaine qui craint (à juste titre) que César n'abolisse la République.

 

 Une soixantaine d'optimates prennent la décision de l'assassiner. Il sera exécuté lors d'une séance du sénat qui se tient aux ides de mars, le 15 du mois. Son fils adoptif, Brutus, lui donnera le coup de grâce.

 

Loin de sauver la République, le complot aboutira à la prise du pouvoir par Octave (fils adoptif de César) qui se fit couronner empereur sous le nom d'Auguste.

 

De nombreux historiens anciens ont rapporté la mystérieuse disparition du soleil, en 44, juste après la mort du dictateur romain. On pense aujourd'hui qu'elle était liée à une éruption de l'Etna.

 

Cependant, une équipe de scientifiques et d'historiens vient de découvrir que l'une des plus grandes éruptions connues de l'histoire, s'est produite en 43 avant notre ère - provoquant pendant deux ans de très inhabituelles conditions météorologiques, conduisant probablement à la disette et à la famine.

Ils pensent que ce sont ces événements qui ont précipité la chute de la République romaine et l'avènement de l'Empire.

 

Okmok en éruption
Okmok en éruption

Ces chercheurs ont donc mis en évidence, qu'au début de l'année 43, le volcan Okmok, en Alaska, dans les îles Aléoutiennes, a explosé, formant un cratère géant de 10 kilomètres de large.

Des particules bloquant la lumière du soleil ont pu s'élever dans la stratosphère arctique, d'où elles se seraient répandues facilement dans tout l'hémisphère Nord.

 

Dans leur publication (dans les Actes de l'Académie Nationale des Sciences des Etats-Unis, PNAS), ils affirment que cette éruption volcanique "a généré un climat extrême".

 

 

Bilan thermique et forçage radiatif : différence entre l'énergie radiative reçue et l'énergie radiative émise par un système climatique donné.
Bilan thermique et forçage radiatif : différence entre l'énergie radiative reçue et l'énergie radiative émise par un système climatique donné.

Leurs conclusions sont étayées par l'analyse de cendres volcaniques (tephra) emprisonnées dans six carottes de glace prélevées dans l’Arctique.

 

Elles confirment que l'une des plus grandes éruptions volcaniques des 2500 dernières années s'est produite au début de 43 avant notre ère, au niveau du volcan Okmok en Alaska.

 

Les enregistrements des variables climatiques montrent que 43 et 42 avant notre ère ont été parmi les années les plus froides des derniers millénaires dans l'hémisphère Nord.

 

La modélisation du système terrestre suggère que le forçage radiatif négatif de cette éruption massive à haute latitude, a entraîné des changements prononcés dans l'hydroclimat pendant la période de 2 ans suivant l'éruption. Des températures saisonnières, dans certaines régions méditerranéennes, jusqu'à 7 ° C sous la normale, et des conditions exceptionnellement humides. 

 

Bien qu'il soit difficile d'établir des liens de causalité directs avec des événements historiques peu documentés, les conditions humides et très froides de cette éruption massive de l'autre côté de la Terre ont probablement entraîné des mauvaises récoltes, la famine et des maladies.

 

 

L'empereur Auguste
L'empereur Auguste

 Il faut noter que les lettres de Cicéron, l'homme d'État romain dont la mort en 42 avant notre ère est considérée comme la fin symbolique de la république, mentionnent ce temps froid. 

 

D'autres sources documentent des famines dans le nord de l'Italie en avril et dans le nord de la Grèce l'année suivante.

 Plutarque, le célèbre biographe romain, a écrit que les hommes de l'armée de Marc Antoine avaient dû faire face à une terrible famine en avril 43 avant notre ère. 

 

L'historien Appien, a écrit que Rome avait été dévastée par la famine en 42 avant notre ère.

 

Des famines similaires ont été observées en Égypte, et il est tentant de supposer qu'elles ont affaibli l'Égypte, ce qui aurait aidé Octave, le successeur de César, à la conquérir et à consolider son emprise sur l'Empire naissant.

 

Bref, l'éruption d'un volcan en Alaska aurait donc favorisé la tâche du futur Auguste à Rome !

 

 Certains historiens pensent cependant que c'est pousser le bouchon un peu loin et que bien d'autres facteurs, notamment politiques, auraient eu raison d'une République, déjà mal en point au moment de la mort de César.

 

 

SRAS-CoV-2 - Actualités

 

Depuis le 19 mars 2020, je fais régulièrement le point sur l'avancée des recherches dans le domaine, à partir de sources scientifiques incontestables, citées dans les plus grandes publications scientifiques : Nature, Science, PNAS, Cell, The Lancet, New England Journal of Medicine...

 

 

22 septembre 2020

Le point à l'approche du million de morts

Publiés par le journal  "Le Monde" ce jour

COVID-19 - Tableau de bord du "Center for Systems Science and Engineering  at Johns Hopkins University (JHU) - 22 09 2020 - 3:23 PM

Cliquez sur l'image pour obtenir une légende

19 septembre 2020

La désynchronisation du système immunitaire à l'origine des cas graves de COVID 19

 La chronologie et les mécanismes mis en jeu à chaque étape du développement de la maladie COVID 19 font l'objet d'intenses recherches.

Ces travaux sont fondamentaux pour trouver la meilleure façon d'utiliser les divers traitements et pour concevoir les vaccins les plus efficaces.

 

Ce qui est maintenant acquis, c'est que les cas graves résultent d'un dysfonctionnement brutal et cataclysmique du système immunitaire (voir dans ce journal).

 

Cette semaine une publication dans la prestigieuse revue Cell (acceptée pour publicationapporte des éléments clés à propos ce dysfonctionnement.

 

Cette étude se concentre sur trois des bras armés les plus puissants de la réponse immunitaire adaptative, ces défenses secondaires que l'organisme met en branle après que les sentinelles du système immunitaire aient détecté pour la première fois une infection.

L'immunité adaptative (ou acquise) est une immunité spécifique car la réaction immunitaire est dirigée contre un seul antigène. Les cellules immunitaires impliquées dans la réponse immunitaire adaptative sont les lymphocytes. Au sein de l'organisme, deux types de lymphocytes sont présents. Ils différent par la nature de leurs récepteurs membranaires qui déterminent leur fonction :

les lymphocytes B participant à l'immunité à médiation humorale

les lymphocytes T participant à l'immunité à médiation cellulaire

Dans tous les cas, il y a toujours coopération entre plusieurs catégories de lymphocytes pour aboutir à l'élimination d'un agresseur.

 

Lorsque le corps détecte un nouveau virus, les cellules défensives «innées»  libèrent des messagers chimiques appelés cytokines pour alerter d'autres cellules immunitaires. La réponse adaptative, qui cible l'envahisseur spécifique - dans le cas du COVID-19, le coronavirus SARS-CoV-2 - se développe ensuite au cours des jours suivants. 

 

Un des bras adaptatif est constitué d'anticorps qui visent à se lier et à «neutraliser» le virus. Si les anticorps échouent, les cellules T tueuses agissent comme une sauvegarde, identifiant et détruisant toutes les cellules infectées. Le troisième bras, les cellules T auxiliaires (CD4), sont les conducteurs qui coordonnent la production d'anticorps, activent les cellules T tueuses...  et le reste de l'orchestre immunitaire.

 

 

Dans cette nouvelle étude, les chercheurs (Shane Crotty, Alessandro Sette et al, La Jolla Institute for Immunology) ont comparé les réponses immunitaires de 24 malades (de légers à très graves) à celles de 26 autres personnes qui s'étaient rétablies de la maladie et à un groupe témoin de 65 personnes qui n'avaient jamais été infectées par le virus.

 Les participants à l'étude étaient âgés de 20 à 86 ans.

 

Ils ont découvert que les niveaux d'anticorps neutralisants n'étaient pas corrélés à la gravité de la maladie et que les patients présentant les pires cas de COVID-19 avaient de faibles niveaux de cellules T auxiliaires et tueuses.

 

 «Il semble donc que les cellules T jouent un rôle plus important que les anticorps lors d'une infection naturelle»

 

Les malades participants à l'étude, atteints d'infections actives et âgés de plus de 65 ans étaient beaucoup plus susceptibles que les personnes infectées plus jeunes d'avoir des réponses «non coordonnées» entre les anticorps et les deux bras lymphocytes T. Les anticorps pouvaient avoir atteint des niveaux élevés quand l'une des réponses cellulaires était restée faible

Ce groupe plus âgé avait également des populations plus faibles de cellules T «naïves» qui peuvent reconnaître de nouveaux envahisseurs et ensuite se développer en cellules matures tueuses et auxiliaires capables de monter une attaque coordonnée contre le SRAS-CoV-2.

 

Le vieillissement et la rareté des cellules T naïves qui en résulte, peuvent être des facteurs de risque liés au COVID-19 sévère.

 

L'idéal serait donc d'évaluer les patients en fonction de leur profil d'immunité adaptative pour ajuster le traitement. Malheureusement une simple analyse de sang ne suffit pas !

 

En tout cas ce qui est clair maintenant, c'est que dans la première phase il faut laisser le système immunitaire adaptatif fonctionner et donc surtout de ne pas traiter avec des antiinflammatoires (AINS ou corticoïdes) qui pourraient l'affaiblir. Ce n'est qu'au moment où il est débordé (orage des cytokines) que la cortisone s'impose (dexaméthasone).

 

Un résultat précieux pour la mise au point d'un vaccin efficace

 

Ces travaux devraient également inciter les fabricants de vaccins COVID-19 à se concentrer davantage sur les réponses des lymphocytes T. 

La plupart des vaccins actuellement en phase 3 contiennent différentes versions de la  protéine de pointe du SRAS-CoV-2 (voir dans ce journal). De cette façon, ils préparent l'organisme à bloquer l'infection en fabriquant des anticorps neutralisants contre lui. 

Mais si le virus résiste aux anticorps, les cellules T sont nécessaires pour faire le job !

 

«L'obtention de réponses d'anticorps et de lymphocytes T avec des vaccins est probablement une étape importante pour atteindre une efficacité contre le COVID-19 sévère».

 

Actuellement certains des essais d'efficacité des vaccins ne sont même pas conçus pour analyser les niveaux de lymphocytes T.

Entraîner le système immunitaire à produire une forte réponse des lymphocytes T contre le SRAS-CoV-2 peut finalement nécessiter l'utilisation de plus de parties du virus dans un vaccin que la protéine de pointe seule.

 

Nous ne sommes pas encore sortis de cette galère !

 

 

Le principe des tests salivaires

Le gouvernement français vient d'autoriser le déploiement des tests salivaires chez les personnes symptomatiques (c'est à dire les malades dont la charge virale est déjà importante).

 

 EasyCov, est un test portable qui demande quelques gouttes de salive, un tube à essai, et moins d’une heure de chauffe à 65 °C pour livrer son résultat…

 

Il a été développé au sein du laboratoire Sys2Diag, un laboratoire qui associe des chercheurs du CNRS (France) et des chercheurs des entreprises Alcediag et SkillCell (groupe Alcen), basés à Montpellier, sous la houlette du biologiste Franck Molina (voir ci-dessous). Les premiers essais cliniques ont été réalisés par le CHU de Montpellier. La Région Occitanie soutient ce travail.

 

Comme les tests classiques, EasyCov traque l’ARN du virus – ce dernier ne possède en effet pas d’ADN, raison pour laquelle il a besoin d’un hôte pour pouvoir transcrire son ARN en ADN et se reproduire. Mais :

 

« Les tests employés par les laboratoires d’analyses, dits “RT-PCR”, fonctionnent en trois étapes et par cycles successifs de températures différentes, détaille Franck Molina. D’abord, ils extraient l’ARN du virus, puis ils le transcrivent en ADN, enfin ils amplifient cet ADN, jusqu’à ce que la quantité d’ADN soit suffisante pour permettre la lecture. Notre test utilise une technologie assez ancienne mais peu connue appelée “RT-lamp”, qui permet de tout faire à la fois : les enzymes que nous utilisons fonctionnent simultanément et réalisent toutes les opérations en même temps, à une température unique de 65 °C. »

 

Gain de temps - et donc d'argent (le coût est divisé par quatre ou cinq). Le bémol est que ce test est moins sensible que le test RT-PCR classique ; il est donc réservé aux cas symptomatiques.

 

Pionnier de la biologie des systèmes et de la biologie synthétique, Franck Molina, est directeur de recherche au CNRS et directeur du laboratoire Modélisation et ingénierie des systèmes complexes biologiques pour le diagnostic à Montpellier.

Grâce à la biologie synthétique, il parvient ainsi à concevoir et programmer des cellules artificielles comme des biomachines dans le but de leur confier des tâches non naturelles. Ces cellules servent en particulier à réaliser des diagnostics ultrarapides.

 Son laboratoire associe des chercheurs en bioinformatique,  biologie, modélisation mathématique, biologie moléculaire,  biologie synthétique...

 

 

13 septembre 2020

 

Une deuxième vague ? Non un flux continu !

La pandémie flambe. La France vient de franchir le seuil des 10 000 nouveaux cas identifiés par jour (sans doute beaucoup plus de non identifiés).

 

Pendant le confinement, le feu couvait sous la cendre. En fait, l'incendie n'a jamais été maîtrisé et la brise estivale a soufflé sur les braises.

Nul doute que l'automne et l'hiver seront pénibles.

 

Le salut viendra des vaccins, a moins que le virus, estimant sa moisson suffisante, s'enkyste pour quelques années ou... quelques siècles. Comme la peste en son temps !

 

 

Vaccins : sur la corde raide

Quand des irresponsables comme Trump et Poutine veulent brûler les étapes à des fins politiciennes, les chercheurs avancent patiemment, en suivant des protocoles de test indispensables avant d'envisager une mise sur le marché.

 

On vient de le voir avec le plus prometteur des candidats vaccins conventionnels : celui de l'Université d'Oxford et de la firme AstraZeneca (AZD1222).

 

Il y a une semaine, l'essai de phase 3 a été suspendu pour examiner " un effet indésirable suspecté '' (myélite transverse) chez une personne ayant reçu le vaccin au Royaume-Uni.

 

Aujourd'hui, les vaccinations reprennent. 18 000 personnes ont reçu ce vaccin, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Afrique du Sud et au Brésil. Le consortium prévoit maintenant de vacciner 50 000 personnes ; les tests s'étendront au Japon et à la Russie.

"Nous sommes sur la bonne voie pour avoir un ensemble de données que nous soumettons avant la fin de l'année et cela dépend de la rapidité avec laquelle les régulateurs l'examineront et donneront leur approbation." a déclaré le PDG de la société AstraZeneca. Cela pourrait permettre de lancer ce vaccin au premier trimestre 2021.


Par ailleurs, un autre partenariat de premier plan pour un vaccin à ARNm contre les coronavirus - entre Pfizer (USA) et BioNTech (Allemagne) - a annoncé samedi qu'il étendrait le recrutement de son essai clinique international à 44000 participants. L'objectif initial de 30 000 personnes serait atteint la semaine prochaine.

 

 

 

3 septembre 2020

Ce que les chercheurs reprochent à D. Raoult

Tribune signée par un collectif de chercheurs sous le titre : "Halte à la fraude scientifique"

Extrait d'une tribune publiée le 02-09-2020 dans le journal Libération.

 

... "Quelques chercheurs minoritaires mais surmédiatisés, afin d’embellir artificiellement leurs résultats, ont exclu de leurs statistiques des patients dont le traitement n’a pas fonctionné et qui sont décédés, ont inventé des données de manière avantageuse lorsqu’elles étaient manquantes, n’ont pas fourni des informations pourtant facilement accessibles telles que les comorbidités de leurs patients et ont refusé de transmettre à leurs pairs les données permettant de vérifier l’authenticité de leurs résultats. La liste est encore longue. Ils ont ainsi durablement déformé et altéré l’image de la science et de la recherche...

 

Publier hâtivement, sur une plateforme de vidéos en ligne, un graphique biaisé issu de tests non fiables, de données partiellement inventées après avoir écarté celles qui ne sont pas favorables, est une communication trompeuse, abusant un public en attente de solutions et faisant naître de faux espoirs.

 

User de notoriété pour provoquer une augmentation des prescriptions d’un médicament, puis argumenter qu’il guérit en se basant sur des sondages ou le nombre de prescriptions, relève davantage de la prophétie autoréalisatrice que de la preuve scientifique.

 

Proclamer qu’un traitement guérit sur la base de comparaisons trompeuses, de patients plus jeunes ou en meilleure santé relève de la mauvaise foi.

 

Remettre en cause les essais contrôlés randomisés revient à oublier les risques de facteurs de confusion, à mépriser la notion d’équipoise du risque, qui est un fondement de l’éthique médicale, et à gravement méconnaître les apports considérables de cette méthode dans l’amélioration de la vie des malades depuis plus de cinquante ans.

 

L’argument selon lequel l’éthique médicale et le soin priment sur la recherche est fallacieux : l’histoire de la science et de la médecine nous montre bien des exemples où des vies ont été sauvées, parfois dans l’urgence, grâce à des idées novatrices voire dérangeantes mais, dans d’autres, l’empirisme a conduit à des morts par millions ou, au mieux, à gaspiller du temps et de l’argent dans des voies sans issue.

 

Continuer de proclamer une découverte en refusant de la prouver est une utilisation abusive de cet argument, qui entretient la confusion et ramènerait la science au Moyen Age."

 

 

31 août 2020

Une molécule pour bloquer le SRAS-CoV-2 ?

Des chercheurs français du CNRS ont synthétisé un mimique de peptide hACE2, qui bloque l'infection des cellules pulmonaires par le SRAS-CoV-2

J'ai expliqué ici (ce journal, 19 mars 2020) que la liaison de la glycoprotéine de pointe virale au récepteur de l'enzyme de conversion de l'angiotensine 2 (hACE2) joue un rôle central dans l'entrée cellulaire. 

 

Des chercheurs du CNRS, sous la conduite du Pr Philippe Karoyan (LBM, Sorbonne Université / Ecole normale supérieure - PSL / CNRS) ont conçu une série de peptides imitant l'hélice N-terminale de la protéine hACE2 qui contient la plupart des résidus de contact sur le site de liaison et ont une forte propension au repliement hélicoïdal en solution aqueuse. 

Leurs meilleurs mimiques de peptides se lient à la protéine de pointe du virus avec une haute affinité et sont capables de bloquer l'infection des cellules pulmonaires humaines par le SRAS-CoV-2.

Ces molécules représentent des outils puissants qui pourraient être utilisés dans des approches prophylactiques et thérapeutiques pour lutter contre la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19).

Il reste maintenant l'essentiel : l'essai en vrai grandeur sur l'homme.

 

Ces résultats ont fait l'objet d'une prépublication (qui doit être analysée par des pairs).

 

 

La FDA valide un test de coronavirus simple et précis qui pourrait ne coûter que 5 $

La Food and Drug Administration (FDA) américaine a donné une autorisation d'utilisation d'urgence aux laboratoires Abbott pour un test de 15 minutes qui devrait atténuer les goulots d'étranglement. 

 

Analogue aux tests qui détectent le VIH et la grippe, le nouveau diagnostic détecte les protéines virales, ou antigènes, qui sont uniques au SRAS-CoV-2, le virus qui cause le COVID-19. Contrairement aux diagnostics conventionnels des coronavirus, le test d'Abbott ne nécessite aucun équipement de laboratoire spécialisé.

 

 

27 août 2020

Le virus préfère les hommes

De nombreuses études ont montré que les hommes étaient plus touchés que les femmes par les formes graves de COVID.

On commence à savoir pourquoi.

 

Une étude américaine vient de montrer que les réponses immunitaires d'hommes et femmes infectés par le SRAS-CoV-2, variaient selon le sexe.

L'équipe a constaté qu'en général, les hommes avaient des niveaux plus élevés de cytokines et chimiokines circulant dans leur sang que les femmes. En revanche, les femmes avaient tendance à avoir une réponse plus forte des cellules immunitaires appelées cellules T que les hommes. 

 Chez les hommes, une augmentation de la gravité des symptômes au fil du temps était associée à une faible réponse des lymphocytes T; chez les femmes, il était associé à des quantités accrues de cytokines inflammatoires.

Pour les auteurs, les traitements devraient donc prendre en compte cette différentiation sexuelle.

 

Un vaccin par voie intranasale ?

Des chercheurs de l’université de Washington à Saint-Louis (États-Unis) indiquent avoir découvert que la voie d'administration nasale pour un vaccin à base d'adénovirus créait une forte réponse immunitaire chez la souris et qu'elle était particulièrement efficace pour protéger l'ensemble des voies respiratoires.

Les souris qu'ils ont utilisées pour leurs tests ont été génétiquement modifiées afin qu'elles aient des récepteurs humains ACE2 (hACE2), ce qui les a rendues sensibles au SRAS CoV-2. 

 

Ce vaccin - unidose - facile à administrer (par le patient lui-même), serait une aubaine pour les pays peu développés.

 

 

 

L'hydroxychloroquine inefficace seule, dangereuse en association avec l'azithromycine

"L'hydroxychloroquine seule n'a pas été associée à une réduction de la mortalité chez les patients hospitalisés atteints de COVID-19, mais l'association d'hydroxychloroquine et d'azithromycine a considérablement augmenté la mortalité."

Voila une nouvelle condamnation sans appel du traitement "miracle" de l'IHU Marseille et de son gourou.

Elle conclut un article paru dans Clinical Microbiology and Infection le 26 août 2020.

 

Il s'agit d'une méta analyse incluant 11 932 participants pour le groupe hydroxychloroquine, 8 081 pour le groupe hydroxychloroquine avec azithromycine et 12 930 pour le groupe témoin.

A noter que les statistiques classique et bayésienne ont donné le même résultat.

 

 

10 août 2020

Les anticorps monoclonaux une piste sérieuse contre le COVID-19 ?

Pour Anthony Fauci, Directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses aux USA (et accessoirement bête noire de Trump), les anticorps monoclonaux seront utilisés avant le vaccin pour renforcer le système immunitaire.

Ce point de vue est partagé par plusieurs patrons de grands groupes pharmaceutiques et 6 grands laboratoires, Lilly, AbCellera, AstraZeneca, GlaxoSmithKline, Genentech et Amgen viennent d'obtenir l'autorisation de travailler conjointement sur le sujet.

 

Peu de temps après le début de la pandémie, des chercheurs de l'industrie et du milieu universitaire ont commencé à identifier, concevoir, et effectuer des tests en laboratoire, d'anticorps monoclonaux contre le SRAS-CoV-2, le virus responsable du COVID-19. La plupart agissent en se liant et en «neutralisant» la protéine de surface virale, (ou de pointe), qui déclenche une infection. 

 

Dès le 29 mai, Lilly, en collaboration avec AbCellera, a lancé la première étude humaine d'un anticorps monoclonal - un essai de phase I testant son innocuité et sa tolérabilité chez les patients hospitalisés COVID-19. 

Lilly vient de lancer ses propres essais, y compris une étude de phase III contrôlée par placebo auprès de 2400 patients.

 

Regeneron teste actuellement l'efficacité de son cocktail COVID-19, qui combine un anticorps de pointe d'une personne guérie et un anticorps d'une souris ayant reçu la protéine de pointe, dans trois essais à grande échelle contrôlés par placebo.

 

Pour l'immunologiste Dennis Burton, dont le groupe de Scripps Researchisolé des anticorps monoclonaux très puissants contre le SRAS-CoV-2 pense que les monoclonaux protégeront les gens de l'infection pendant des mois, avec une seule injection : "Il est beaucoup plus facile de s'occuper de quelques particules virales entrantes que d'essayer de résoudre ou de guérir une infection en cours... il faut frapper le virus vite et fort".

 

Cependant deux obstacles devront être surmonté : le volume des doses à fournir et le coût qui devrait rester élevé pendant de longues années.

 

Les anticorps monoclonaux, thérapie d'aujourd'hui et de demain

Lorsque un microbe (une molécule) pénètre notre organisme, une partie sera reconnue comme étant un antigène par certains globules blancs. Il s'en suit une réaction en chaîne qui aboutit à la production d'un anticorps spécifique. Ce dernier, libéré dans la circulation sanguine, reconnaît son antigène et s'y fixe. Il va ainsi permettre  l'activation du processus de destruction du microbe (de la molécule).

 

Un anticorps monoclonal (AcMo) est une protéine du système immunitaire produite in vitro par des clones d'une même cellule (un lymphocyte B). Chaque anticorps s'attaque spécifiquement à une molécule : l'antigène.

L'intérêt de ces anticorps est qu'ils vont réaliser un ciblage précis.

 

En fait, deux propriétés sont utilisables. D'un côté, les anticorps s'apparentent à une pince capable de se fixer sur un agent pathogène pour le neutraliser - partie Fab -, de l'autre ils peuvent être utilisés comme un "lanceur d'alerte" à destination des cellules du système immunitaire (lymphocytes…) - partie Fc -.

 Cette double capacité permet une grande diversité d'actions en fonction de la nature et du mode d'action de ses cibles : l'anticorps peut s'attaquer à une bactérie, à une enveloppe de virus, à une protéine toxique aussi bien qu'à une cellule cancéreuse.

 

 

Les applications des AcMo sont donc déjà multiples. La lutte contre le cancer a fait une grande avancée grâce à eux.

 

 Les chercheurs ayant découvert que les cellules cancéreuses parvenaient à empêcher le système immunitaire de les tuer, les anticorps monoclonaux étaient la solution idéale pour les débloquer ces freins.

 

Des résultats spectaculaires ont été obtenus pour de nombreux cancers (cancer du poumon, du sein,  myélome...).

 

Le problème est le coût, les anticorps sont dégradés par les enzymes de l'estomac et de l'intestin Tous ces traitements se présentent donc sous forme injectable. Et chaque injection coûte plusieurs centaines d'euros...

Dernier bémol, lié encore une fois à la complexité du système immunitaire : tous les patients ne réagissent pas à ces traitements. 

 

 

07 août 2020

COVID-19 : les séquelles

L'état de la science dans le domaine

 Sur la figure ci-contre :

1 -  Brouillard cérébral

Des difficultés de réflexion peuvent survenir après une infection aiguë par COVID-19. Le virus peut endommager les cellules cérébrales, et l'inflammation du cerveau ou du corps peut également entraîner des complications neurologiques. D'autres infections virales entraînent également un brouillard cérébral.

2 -  Les patients qui deviennent gravement malades à cause de COVID-19 semblent plus susceptibles de souffrir d'essouflement, mais les cas bénins sont également à risque.

3 - Arythmie cardiaque

Le virus peut endommager le cœur, et les médecins s'inquiètent des dommages à long terme. La façon dont le cœur guérit après la COVID-19 pourrait aider à déterminer si un patient développe un rythme cardiaque irrégulier

4 - Hypertension

 Certains patients ont une pression artérielle élevée après une infection aiguë et même lorsque les cas étaient relativement bénins pour des personnes auparavant en bonne santé, peut-être parce que le virus cible les vaisseaux sanguins et les cellules cardiaques.

 

Du "brouillard dans le cerveau" aux arythmies cardiaques sévères, en passant par une fatigue chronique, un essoufflement, des articulations douloureuses, une perte persistante de l'odorat, des dommages aux poumons, aux reins et au cerveau, la liste des troubles persistants chez les anciens malades de la COVID-19 est impressionnante.

 

Une chercheuse anglaise, elle même touchée par de nombreuses pathologies après une COVID-19 banale, a  enregistré 62 symptômes différents sur 600 anciens malades !

 

 «Même s'il s'agit d'un seul virus, il peut provoquer toutes sortes de maladies chez les humains»

Akiko Iwasaki, immunologiste, Université de Yale 

 

Ces études sur les "survivants" doivent permettre de comprendre cette ombre portée de la maladie, qui n'affecte pas que  les malades victimes de formes sévères, mais aussi d'essayer de prédire qui sont ceux qui ont le plus de risque de présenter des symptômes persistants. 

 

Pourquoi tous ces dégâts ?

J'ai indiqué dans ce journal comment le SRAS-CoV-2,  peut atteindre une ensemble impressionnant de tissus humain.

Comme une clé qui s'insère parfaitement dans une serrure, le SRAS-CoV-2 utilise une protéine de pointe sur sa surface pour se fixer sur les récepteurs ACE2 des cellules.

Les poumons, le cœur, l'intestin, les reins, les vaisseaux sanguins, le système nerveux, entre autres tissus, qui transportent ACE2 à la surface de leurs cellules, peuvent donc être touchés.

Le virus peut également provoquer une réaction inflammatoire dramatique, y compris dans le cerveau.

 

Par exemple le virus endommage le cœur, de multiples manières. 

L'invasion directe des cellules cardiaques peut les abîmer ou les détruire. Une inflammation massive peut affecter la fonction cardiaque. Le virus peut affaiblir la fonction des récepteurs ACE2, qui aident normalement à protéger les cellules cardiaques et à dégrader l'angiotensine II, une hormone qui augmente la pression artérielle.

Enfin, le stress exercé sur l'organisme dans la lutte contre le virus peut provoquer la libération d'adrénaline et d'épinéphrine, ce qui peut également «avoir un effet délétère sur le cœur»

Raul Mitrani, électrophysiologiste cardiaque à l'Université de Miami 

 

Ainsi, JAMA Cardiology a révélé que 10 semaines après un diagnostic de COVID-19, 78 /100 des personnes présentaient des anomalies cardiaques en imagerie, avec le plus souvent une inflammation du muscle cardiaque. 

 

 

From ‘brain fog’ to heart damage, COVID-19’s lingering problems alarm scientists

By Jennifer Couzin-Frankel - Jul. 31, 2020 - Science