" La diffusion des lumières n'exige autre chose que la liberté, et encore la plus inoffensive de toutes les libertés, celle de faire publiquement usage de sa raison en toutes choses."

 KantQu’est-ce que les lumières ?, 1784

 

Blog

 

Billets d'humeur -depuis janvier 2009 - classés, pour simplifier, en six rubriques : arts, histoire, philosophie, politique, société, sciences.

Rappel : philosophie = aime la sagesse !

 

Planète vivante

Ressources pillées, biodiversité gravement altérée, pollutions majeures, climat déréglé... l'avenir de l'homme sur la Terre s'avère très sombre !

 


Conscience

 " Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ;

c’est celui qui pose les vraies questions. "

C. Levi-Strauss, Le cru et le cuit

 

" Pourquoi craindre pour le dompteur, sa cage le protège des hommes' 

d'après Samuel Beckett

Sciences

Je propose ici un petit parcours - très personnel - au coeur de l'aventure scientifique qui, de Sapiens et Néandertal vous conduira aux nanosciences, à la biologie synthétique, à la chimie du vivant ou encore à l'intelligence artificielle...

Un non scientifique curieux pourra tirer profit de ces quelques pages sans équations et sans le jargon des initiés.

 

Voir

" Derrière la vitre qu’est la nature, apparaît lentement l’espèce d’une seconde, un fantôme d’éternité. De ce fantôme nous nous satisfaisons. Il devrait nous désespérer, (…). A ces moments le monde paraît laisser échapper comme par mégarde, un peu de son secret."

 A. Camus

 aussi: https://www.jeanpierrelavergne.fr/                                 


Joaquín Sorolla maître des lumières

Hôtel de Caumont, Aix en Provence

" En 2020, l’Hôtel de Caumont met à l’honneur Joaquín Sorolla (1863-1923), l’un des plus grands noms de la peinture espagnole du XXe siècle. On lui doit une des représentations les plus marquantes et éclatantes d’une Espagne lumineuse et méditerranéenne, optimiste et moderne.

Fondée sur le naturalisme, sous l’influence de Bastien-Lepage, sa peinture est très marquée par la constante référence à Velázquez, que Sorolla considère comme son grand maître. Cet apprentissage est enrichi par un coup de pinceau libre et lumineux, proche de l’impressionnisme, et par une interprétation de la lumière et de la couleur incroyablement vitaliste et novatrice. Ses compositions magistrales, informées par les nouvelles possibilités de cadrage de la photographie, ainsi que par l’influence de l’estampe japonaise, nous captivent par leur spontanéité, leur immédiateté et leur modernité."

HÔTEL DE CAUMONT, AIX-EN-PROVENCE

 

Voici une exposition à ne pas manquer : à partir du 10 juillet 2020, Sorolla s'expose à Aix.

 

Comme beaucoup de peintres nés au 19e siècle, Joaquín Sorolla évolue considérablement entre ses débuts à Valencia et sa période de maturité. Les courants novateurs, en particulier l’impressionnisme, bouleversent totalement sa peinture.

 

L’influence des grands maîtres espagnols, El Greco et Vélasquez, le conduisent d’abord vers un style classique. Puis il s’intéresse à un certain naturalisme social.

Mais c’est son séjour à Paris en 1885 qui le mènera sur des voies entièrement nouvelles. Il devient peu à peu le peintre de la lumière des plages méditerranéennes ou atlantiques.  On qualifiera de luminisme cette peinture du bonheur de vivre où tout n’est que lumière et reflets.

Télécharger
Joaquin Sorolla - Lumières méditerranéennes
joaquin-sorolla-promenade-au-bord-de-la-
Image JPG 121.5 KB

Ecologie : en finir avec les mots et les postures !

Songdo (Corée du sud), une "smart city" pensée pour que chacun puisse s’y déplacer sans empreinte carbone.
Songdo (Corée du sud), une "smart city" pensée pour que chacun puisse s’y déplacer sans empreinte carbone.

L'écologie politique a vécu en France, le 28 juin 2020, un grand moment.

Le succès des listes vertes au niveau municipal, tant dans les grandes métropoles, que dans des villes bien plus modestes, témoigne d'une prise de conscience sans précédent, des citoyens de ce pays.

 

Désormais il sera difficile de récupérer, avec des mots et quelques débauchages, l'aspiration des Français à vivre sainement dans une planète préservée.

 

L'exécutif actuel, paralysé par la peur de déplaire aux grands lobbies industriels, s'est jusqu'ici contenté de discours, de postures et a eu le culot de se présenter comme un modèle sur la scène européenne.

 

En réalité, la France est le mauvais élève de l'Europe, elle n'atteindra, à la fin de ce quinquennat, aucun des objectifs qu'elle s'était fixée.

 

VOIR L'ETAT des LIEUX ICI

 

Pourquoi ? 

 

Dans le monde entier, les investissements, publics ou privés, dans les projets "verts", explosent. Au niveau de l'énergie, des transports, de la construction... les réalisations innovantes et rentables foisonnent. A très court terme, les coûts de production dans ces domaines seront nettement inférieurs à ce qu'ils sont aujourd'hui.

 

Le retard que nous avons pris ces dernières années sera extrêmement difficile à rattraper. Nos chercheurs et ingénieurs, découragés par l'inertie française, vont à l'étranger faire valoir leurs talents. Cette fuite de cerveaux, que nous avons mis plus de 20 ans à former, est un gâchis sans nom.

 

Depuis plus de 30 ans, la France, conduite par de médiocres dirigeants, s'est assoupie. Elle végète dans un conservatisme pantouflard, gangrené par un corporatisme délétère. La jeunesse se détourne massivement des partis politiques.

 

Aujourd'hui, cette jeunesse a une grande cause dont elle devrait se saisir, celle de l'écologie, de la préservation de la planète et de sa biodiversité. En votant certes, mais aussi en investissant les associations, les comités de quartiers dans les villes, en multipliant les initiatives citoyennes, en interpellant les élus sur des problèmes concrets, en faisant valoir leurs propositions.

Les lobbies, dont je parlais plus haut, ne se privent pas, eux, de faire constamment pression sur nos représentants ; ne leur laissons plus le champ libre. 

 

Agissons, non pas en bloquant, en cassant, en hurlant des slogans, mais en argumentant, en expliquant, en mobilisant... en étant convaincants.

Sciences et histoire

 

Dans les recherches historiques, les sciences occupent une place qui ne cesse de croître

 J'ai évoqué ICI le travail sur le génome ancien qui a révolutionné nos connaissances sur Néandertal et la préhistoire.

 J'ai présenté aussi le travail magnifique réalisé dans le cadre du projet Venice Time Machine, qui met l'intelligence artificielle au service de la construction, à partir d'archives, "d'un modèle multidimensionnel de la Sérenissime  et de son évolution couvrant une période de plus de 1000 ans".

J'ai montré comment l'histoire avec un grand H s'inscrit dans les glaciers...

 Ce ne sont que des exemples parmi des centaines d'autres.

Aujourd'hui, les historiens s'appuient sur des cohortes de scientifiques venus de divers horizons : archéologues, géologues, sismologues, glaciologues, chimistes, informaticiens, physiciens... pour cerner au plus près une vérité qui ne se dévoile que sous les assauts répétés de technologies de plus en plus pointues et la mise en commun de multiples savoir. L'archéoscience est une (pluri) discipline... d'avenir !

Ides de Mars, soleil noir et volcans

Un éruption en Alaska a-t-elle précipité la fin de la République romaine ?

" César, enveloppé de toutes parts, ne voit en face de lui, de quelque côté qu’il se tourne, que des glaives acharnés à le frapper au visage et aux yeux ; ballotté entre les mains de tous, il se débat comme un fauve. Tous doivent prendre part au sacrifice et goûter au meurtre ; aussi Brutus lui porte-t-il un coup dans l’aine. Certains disent que César se défendait contre les autres, en se jetant de tout côté et en criant, mais que, lorsqu’il vit Brutus lever son épée nue, il tira sa gorge sur sa tête et se laissa tomber, poussé par le hasard ou par ses meurtriers, près du piédestal sur lequel se dressait la statue de Pompée."

Plutarque, Vies Parallèles, « César », LXIII, 5 – LXVI, 14

 

 

En 44 avant JC, Jules César est parvenu au sommet de la République romaine. Il s'est même fait proclamer dictateur à vie.

Son attitude ambiguë et sa confiscation du pouvoir, provoquent le mécontentement d'une partie de l'aristocratie romaine qui craint (à juste titre) que César n'abolisse la République.

 

 Une soixantaine d'optimates prennent la décision de l'assassiner. Il sera exécuté lors d'une séance du sénat qui se tient aux ides de mars, le 15 du mois. Son fils adoptif, Brutus, lui donnera le coup de grâce.

 

Loin de sauver la République, le complot aboutira à la prise du pouvoir par Octave (fils adoptif de César) qui se fit couronner empereur sous le nom d'Auguste.

 

De nombreux historiens anciens ont rapporté la mystérieuse disparition du soleil, en 44, juste après la mort du dictateur romain. On pense aujourd'hui qu'elle était liée à une éruption de l'Etna.

 

Cependant, une équipe de scientifiques et d'historiens vient de découvrir que l'une des plus grandes éruptions connues de l'histoire, s'est produite en 43 avant notre ère - provoquant pendant deux ans de très inhabituelles conditions météorologiques, conduisant probablement à la disette et à la famine.

Ils pensent que ce sont ces événements qui ont précipité la chute de la République romaine et l'avènement de l'Empire.

 

Okmok en éruption
Okmok en éruption

Ces chercheurs ont donc mis en évidence, qu'au début de l'année 43, le volcan Okmok, en Alaska, dans les îles Aléoutiennes, a explosé, formant un cratère géant de 10 kilomètres de large.

Des particules bloquant la lumière du soleil ont pu s'élever dans la stratosphère arctique, d'où elles se seraient répandues facilement dans tout l'hémisphère Nord.

 

Dans leur publication (dans les Actes de l'Académie Nationale des Sciences des Etats-Unis, PNAS), ils affirment que cette éruption volcanique "a généré un climat extrême".

 

 

Bilan thermique et forçage radiatif : différence entre l'énergie radiative reçue et l'énergie radiative émise par un système climatique donné.
Bilan thermique et forçage radiatif : différence entre l'énergie radiative reçue et l'énergie radiative émise par un système climatique donné.

Leurs conclusions sont étayées par l'analyse de cendres volcaniques (tephra) emprisonnées dans six carottes de glace prélevées dans l’Arctique.

 

Elles confirment que l'une des plus grandes éruptions volcaniques des 2500 dernières années s'est produite au début de 43 avant notre ère, au niveau du volcan Okmok en Alaska.

 

Les enregistrements des variables climatiques montrent que 43 et 42 avant notre ère ont été parmi les années les plus froides des derniers millénaires dans l'hémisphère Nord.

 

La modélisation du système terrestre suggère que le forçage radiatif négatif de cette éruption massive à haute latitude, a entraîné des changements prononcés dans l'hydroclimat pendant la période de 2 ans suivant l'éruption. Des températures saisonnières, dans certaines régions méditerranéennes, jusqu'à 7 ° C sous la normale, et des conditions exceptionnellement humides. 

 

Bien qu'il soit difficile d'établir des liens de causalité directs avec des événements historiques peu documentés, les conditions humides et très froides de cette éruption massive de l'autre côté de la Terre ont probablement entraîné des mauvaises récoltes, la famine et des maladies.

 

 

L'empereur Auguste
L'empereur Auguste

 Il faut noter que les lettres de Cicéron, l'homme d'État romain dont la mort en 42 avant notre ère est considérée comme la fin symbolique de la république, mentionnent ce temps froid. 

 

D'autres sources documentent des famines dans le nord de l'Italie en avril et dans le nord de la Grèce l'année suivante.

 Plutarque, le célèbre biographe romain, a écrit que les hommes de l'armée de Marc Antoine avaient dû faire face à une terrible famine en avril 43 avant notre ère. 

 

L'historien Appien, a écrit que Rome avait été dévastée par la famine en 42 avant notre ère.

 

Des famines similaires ont été observées en Égypte, et il est tentant de supposer qu'elles ont affaibli l'Égypte, ce qui aurait aidé Octave, le successeur de César, à la conquérir et à consolider son emprise sur l'Empire naissant.

 

Bref, l'éruption d'un volcan en Alaska aurait donc favorisé la tâche du futur Auguste à Rome !

 

 Certains historiens pensent cependant que c'est pousser le bouchon un peu loin et que bien d'autres facteurs, notamment politiques, auraient eu raison d'une République, déjà mal en point au moment de la mort de César.

 

 

L'ocytocine, une molécule clé au coeur du vivant

L’ocytocine (OT) est une hormone dont on n'a cessé de mettre en évidence de nouvelles propriétés, depuis plus d'un siècle.

 

En 1906, le Britannique Henry Dale extrait du cerveau humain, une substance qui déclenche les contractions chez des chattes sur le point de mettre bas.

Cette molécule fut nommée ocytocine ( des mots grecs oxys et tokos signifiant « rapide » et « naissance »), en référence à son rôle au niveau de la contraction des muscles utérins lors de l’accouchement.

 

Pendant des décennies, elle fut donc associée à l’accouchement, mais aussi à l’allaitement car elle stimule aussi les glandes mammaires, une propriété qui fut découverte par d’autres chercheurs quelques années plus tard.

 

L’OT fut également la première hormone peptidique dont on a pu déterminer la séquence des neuf acides aminés en 1953.  Elle fut synthétisée la même année. Sa structure est très proche de celle de la vasopressine (hormone antidiurétique).

 

Ocytocine et vasopressine sont toutes deux synthétisées au niveau de l’hypothalamus et libérées au niveau de la neurohypophyse dans la circulation périphérique, où elles ont une action hormonale. Néanmoins, l’OT agit aussi comme neurotransmetteur au niveau central. En effet, synthétisée au niveau des noyaux paraventriculaire (PVN) et supraoptique (SON) de l’hypothalamus, elle est ainsi libérée directement dans le cerveau.

 

Les études de ces dernières années ont mis en évidence, qu’en modifiant l’activité électrique des neurones, l’OT pourrait influencer le fonctionnement cérébral et donc notre comportement social.

 

C’est ainsi que l'on a découvert que l'OT jouait un rôle éminent dans deux autres types de lien  : le lien qui se crée entre deux individus dans une relation amoureuse et, plus largement, le lien social qui nous unit à nos proches. 

 

Rôle de l'ocytocine dans la reproduction

Pour évoquer le rôle crucial de l’ocytocine dans la reproduction,  certains auteurs, disent qu'elle favorise les « réflexes d’éjection » en général et pas seulement au moment de l'expulsion du foetus.

 

Expulsion du sperme lors du coït

 

L’OT contribue d’abord à l’éjection du sperme chez le mâle et aux contractions qui favorisent la progression des spermatozoïdes dans les voies génitales féminines.

 

La sécrétion d’ocytocine augmente substantiellement durant la grossesse, favorisant l’absorption des nutriments, réduisant le stress et conservant l’énergie en améliorant le sommeil.

 

Accouchement, éjection du placenta

 

Lorsque le travail débute, la dilatation du col utérin déclenche la sécrétion d’OT qui provoque les contractions rythmiques des muscles lisses de l’utérus.

Quand l'enfant atteint la partie basse du vagin, des récepteurs à l'OT conduisent le cerveau à libérer une quantité massive d’ocytocine.

Dès la naissance, la mère aura ainsi dans son organisme un taux maximal de cette hormone qui va favoriser un attachement fort et immédiat avec l’enfant.

 

Cette forte concentration d’ocytocine produira également le réflexe d’éjection du placenta. Elle permettra aussi à l’utérus de se rétracter après cette expulsion, le ramenant à sa position et à sa forme initiale, et réduisant ainsi les risques d’hémorragies.

 

    A noter que l’obstétrique moderne utilise (trop?) largement l'ocytocine synthétique tout au long du travail et en postpartum.

 

Lactation, éjection du lait

 

L’ocytocine joue aussi un rôle important au cours de la tétée. La succion du mamelon est détectée par des récepteurs et entraîne la sécrétion de bouffées d’OT. Celle-ci provoque la contraction des cellules musculaires qui entourent les alvéoles des glandes mammaires et amène l’éjection du lait.

 Chaque fois que la mère allaite son enfant, celui-ci améliore donc en retour, par l’entremise de l’ocytocine, le lien qui l’unit à sa mère. 

L'ocytocine et le comportement maternel chez l'Homme

"Le lien qui se forme entre la mère et son enfant se fait en deux étapes : le bonding puis le caregiving.

 

Le bonding se met en place dès la naissance de l’enfant et est maintenu pendant la première semaine. Il se caractérise par des sentiments chaleureux de la part de la mère et la sensation d’un lien unique et spécial avec cet enfant. La mère se sent responsable de cet enfant, ce qui l’amène à le protéger . Le bonding a une base biologique forte, il favorise la mise en place du caregiving.

 

Le caregiving est un ensemble de comportements et d’actions génétiquement programmés qui ont pour but pour le parent, de répondre aux besoins de son enfant.

Il dépend beaucoup des capacités du parent à percevoir et à interpréter le répertoire comportemental de l’enfant de manière correcte et à y répondre rapidement et adéquatement. C’est ce qu’on appelle la sensibilité au besoin d’attachement. Cette sensibilité, elle, n’a pas de base biologique forte mais dépend de l’histoire psychologique maternelle, de son histoire d’attachement, de son contexte social et culturel."

 

Voir ICI

 

De nombreuses recherches ont été effectuées pour connaître les effets de l’ocytocine sur notre cerveau et ses impacts sur nos comportements.

 

Tout d’abord, l’OT n’existe que sous une seule forme et ne possède qu’un seul type de récepteur. Chez l’Homme, l’OT et ses récepteurs sont présents dans les régions du cerveau impliquées dans la formation des comportements sociaux et du système de la récompense.

 

En fonction des espèces et du sexe, la répartition des récepteurs et des neurones ocytocinergiques varie, ce qui fait que l’OT ne va pas avoir tout à fait les mêmes effets sur toutes les espèces ou entre mâles et femelles d’une même espèce. D’une manière générale, les femelles expriment davantage d’ocytocine et de récepteurs que les mâles.

 

L’amour maternel est une des motivations d’actions la plus puissante de l’Homme. Il permet depuis des siècles d’assurer la pérennité de l’espèce humaine.

Plusieurs études ont permis de mettre en évidence que l’amour maternel possède un réseau d’activation cérébrale particulier. Les régions activées appartiennent au système de récompense et contiennent une forte densité de récepteurs à l’OT. 

L’ocytocine favorise ce comportement maternel en augmentant la libération de dopamine au niveau du noyau accumbens.

L'ocytocine, hormone de la monogamie ?

Chez les vertébrés, les peptides proches, que sont l'ocytocine et la  vasopressine, présentent une expression sexuellement dimorphe dans les effets comportementaux.

 

L'ocytocine influence les comportements sociosexuels des femmes, y compris les rapports sexuels, la mise bas, l'allaitement, l'attachement maternel, et l'établissement de liens de couple (voir plus haut).

 

Inversement, la vasopressine influence généralement la reproduction masculine. Elle est impliquée dans l'érection et l'éjaculation chez nombre d'espèces, dont les humains, les rats et les lapins.

Elle assure la médiation de divers comportements sociaux typiques des hommes, dont l'agressivité, la territorialité...

 

Cette dichotomie sexuelle dans la fonction n'est pas pas universelle, mais il devient de plus en plus évident que les deux peptides ont un rôle comportemental chez les hommes et les femmes.

 

J'ai déjà raconté sur ce site l'histoire des campagnols.

Deux espèces de campagnols existent, les rats des champs, qui forment des couples monogames stables, élevant conjointement leurs petits, et les rats de la montagne qui vivent dans des territoires confinés où règne la proximité sexuelle. Ces rats sont volages et de médiocres parents.

La cause en est l’absence de récepteurs à l’ocytocine chez ces derniers, alors que les rats des champs en sont abondamment pourvus.

Le blocage des récepteurs de l’ocytocine chez les rats des champs induit le comportement volage des rats de la montagne !

Ocytocine et fidélité chez l'humain

Madame a oublié son spray d'ocytocine !
Madame a oublié son spray d'ocytocine !

Diverses expériences ont été réalisées chez l'homme.

 

Des chercheurs de l'Université de Bonn (Allemagne), ont publié en 2012, dans The Journal of Neuroscience, les résultats d'une étude randomisée, contre placebo, qui montre comment l'OT module la distance sociale entre homme et femme.

 

Cinquante-sept volontaires hommes ont été recrutés pour cette l'expérience.

Tous se déclaraient hétérosexuels. Certains entretenaient une relation avec une femme, d'autres non.

Une partie des volontaires recevaient une injection d'ocytocine par un spray nasal, les autres inhalaient un placébo.

Quarante-cinq minutes plus tard était organisée une rencontre avec une femme particulièrement séduisante, qui venait se placer à 60 cm d'eux.

 

Ce dernier détail a de l'importance car de manière inconsciente, nous établissons avec autrui ce que l'on appelle une distance sociale [hélas, aujourd'hui c'est plus d'un mètre ! ] Si on la transgresse et qu'on la réduit en entrant trop dans l'intimité, un sentiment d'inconfort peut naître. Sauf dans le cas d'un flirt ou d'une relation amoureuse, où ces critères sont revus à la baisse !!!

 

Or, dans le cas de cette expérience, la distance sociale a été franchie, la femme est trop proche.

Cela n'a dérangé, ni les hommes du groupe sous placebo, ni les célibataires.

En revanche, les hommes en couple sous ocytocine, ont avoué se sentir mal à l'aise et ont reculé de 10 à 15 cm en moyenne.

L'OT serait-elle l'hormone de la fidélité ?

 

Ocytocine et sociabilité

Schéma topographique des sous-régions d'amygdale et de leurs réseaux affiliés à grande échelle desservant la cognition sociale.
Schéma topographique des sous-régions d'amygdale et de leurs réseaux affiliés à grande échelle desservant la cognition sociale.

L’OT est un modulateur important de l’anxiété et des réponses au stress.

Les relations sociales complexes et les émotions comme l’anxiété et la peur dépendent de l’amygdale.

 

 L'amygdale joue un rôle central dans la vie sociale des primates humains et non humains. Il ressort d'une multitude de recherches en neuroanatomie, en neuroimagerie et en neuropsychologie, que l'amygdale ne joue pas ce rôle uniquement dans la vie sociale. Au lieu de cela, l'amygdale fonctionne en conjonction avec un large éventail d'autres régions du cerveau qui sont également importantes pour la cognition sociale, souvent désignées collectivement comme le «cerveau social»

L’amygdale est le siège du circuit de la peur et de la mémoire sociale et elle possède de nombreux récepteurs à l’OT.

 

 

 L’équipe de Peter Kirsch a voulu tester si l’OT réduisait l’activation de l’amygdale chez l’Homme ainsi que celle des réseaux liés à la réponse de peur.

 

Ils ont utilisé la résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pour mettre en évidence l’activation de l’amygdale chez 15 patients mâles en bonne santé, soumis à des stimuli visuels induisant la peur.

 

Ces patients recevaient aléatoirement avant l’expérience une injection nasale d’OT ou d’un placebo. Cette équipe a ainsi réussi à montrer que l’OT réduit l’activation de l’amygdale, ainsi que celle de ses régions associées impliquées dans les manifestations de la peur (figure IRMf).

 

En résumé, les recherches de ces dernières années ont confirmé chez l’homme l’effet comportemental pro-social de l’ocytocine mis en évidence chez l’animal. 

 

Finalement, les études d’imagerie ont permis de mettre en évidence l’action de l’OT, principalement au niveau de l’amygdale, de l’hippocampe, de l’insula et du cortex cingulaire antérieur ainsi que les cortex orbito-frontal et préfrontal médial.

Toutes ces régions font parties intégrante du cerveau social et sont donc essentielles à notre comportement social.

L’ocytocine augmenterait notre sentiment de sociabilité et de confiance envers les autres permettant ainsi l’expression d’un comportement social optimal.

 

Quelques articles passionnants sur le cerveau social ICI

 

Ocytocine et interaction homme-animal... ou comment les chiens ont volé nos coeurs !

De récentes recherches montrent que lorsque nos chiens nous regardent dans les yeux, ils activent la même réponse hormonale qui celle qui lie une mère et son nourrisson.

 

L'étude consistait à doser les taux d'ocytocine dans les urines de couples chien-maître (mâles ou femelles) après quelques secondes (ou minutes) passés à se regarder dans les yeux.

 

 Pour l'animal ayant passé le plus de temps en interaction visuelle, le taux avait augmenté de 130% (et de 300% chez le maître).

 

La revue Biology Letters, a publié en ligne, il y a quelques années, une étude qui  montrait que les chien étaient capables de percevoir les sentiments de leurs maîtres.

Des chercheurs ont analysé les réactions de 17 chiens adultes de races différentes, confrontés simultanément à différentes expressions de visages connus et à l'écoute de voix familières.

Le résultat est éloquent ! C'est la première fois que l'on montrait qu'une espèce, autre que l'homme, est capable d'interpréter des expressions vocales et faciales.

Interactions de l'ocytocine avec la sérotonine

D'autres neurotransmetteurs sont aussi impliqués dans le comportement social, tels que la sérotonine (5-HT), la dopamine ou encore la vasopressine et le cortisol

 

De nombreuses publications  témoignent de l’existence d’interaction entre l’ocytocine et les autres neuromodulateurs du comportement.

 

Des chercheurs ont montré par exemple que des niveaux élevés de dopamine sont associés à un lien mère-enfant plus étroit et à une plus forte connectivité au sein de l'amygdale.

 

Le lien dopamine / ocytocine dans des troubles humains, est largement postulé. Les modèles animaux semblent indiquer l'existence de circuits cérébraux larges et intégrés, où les interactions dopamine / ocytocine médient, au moins en partie, les comportements socio-affiliatifs. 

 

 Comme l’ocytocine, la sérotonine dont j'ai parlé ICI et ICI -, présente à la fois au niveau central et périphérique, est impliquée dans de nombreux aspects du fonctionnement de notre organisme, comme les fonctions gastro-intestinales, la régulation vasculaire, la thermorégulation en périphérie... mais aussi l’appétit, le sommeil, le comportement sexuel, les fonctions motrices, l’impulsivité, le stress et l’agressivité au niveau central .

 

 De par ce large champ d’action, la sérotonine est un des principaux neuromédiateurs de l’activité cérébrale.

 

L’implication de la sérotonine au niveau comportemental est indéniable ; les dysfonctionnements de ce système font partie intégrante de l’étiologie de nombreux troubles psychiatriques, incluant la dépression, l’anxiété sociale ou encore les comportements compulsifs.

 

La neurophysiologie s’est intéressée à la relation ocytocine/sérotonine, et majoritairement à l’action de la sérotonine sur l’ocytocine.

Ainsi, il a rapidement été suggéré que les effets antidépresseurs des inhibiteurs à la recapture de la sérotonine (ISRS) pourraient être la conséquence d’une modulation par ces derniers de l’activité ocytocinergique 

Il a été montré que la sérotonine était capable de moduler la libération d’ocytocine par son action sur ces différents récepteurs présents dans ces régions

Des travaux récents ont, en retour, mis en évidence une action de l’ocytocine  sur le système sérotoninergique. La relation entre ces deux neurotransmetteurs serait donc bidirectionnelle.

Ocytocine/sérotonine et autisme

Plus de 70 ans après la première description de la maladie, le comportement social perturbé (incapacité à développer des relations avec ses pairs, difficultés de réciprocité émotionnelle et de jeu d'imitation, troubles du langage et de la communication) reste une caractéristique clinique essentielle des troubles du spectre autistique.

 

Des décennies de recherche ont suggéré un  lien entre la sérotonine et l'autisme. Il y a environ 10 ans, cela a conduit des chercheurs à tester des antidépresseurs qui augmentent les niveaux de sérotonine, en bloquant sa recapture dans les neurones (ISRS, tel le Prozac), comme traitement de l'autisme. Sans succès.

 

 

J'ai indiqué plus haut que plusieurs auteurs ont montré que l’action centrale de l’ocytocine module l’activité du système sérotoninergique dans des régions essentielles de notre comportement. Ces résultats suggèrent que cette interaction entre deux des principaux neurotransmetteurs pourrait tenir un rôle majeur dans des pathologies sociales et notamment dans l'autisme.

 

Ainsi, des chercheurs ont récemment observé que l'administration intranasale d'ocytocine améliore une difficulté fondamentale des personnes autistes, à savoir l'utilisation appropriée du contact visuel dans le monde social réel.

L'ocytocine exerce donc un effet thérapeutique dans un aspect clé de la communication sociale.

Un réel espoir pour les malades ?

 

Pour conclure...

L'ocytocine fait partie de ces petites molécules "miracle", qui, par leur action au niveau central et/ou périphérique, jouent un rôle fondamental dans les mécanismes du vivant.

 

L'OT, seule, en tandem ou en équipe, intervient dans des épisodes clés de notre vie. Ce n'est pas seulement cette "hormone de l'amour" décrite dans les magazines de vulgarisation scientifique.

 

Certes, elle est au coeur du processus de reproduction des mammifères : coït, partum, post partum, lactation...

 

... MAIS, aussi (et surtout) elle a un rôle fondamental dans l'attachement de la mère à sa progéniture et dans la socialisation du petit humain. Elle favoriserait également la monogamie.

 

Tant chez les humains que chez les autres animaux, on peut dire que l’ocytocine joue le rôle de ciment des relations sociales. Elle a la capacité d’associer les contacts sociaux à des sentiments agréables, aidée en cela par d’autres neuromodulateurs, comme la dopamine.

 

On comprend dès lors, que tout ce qui perturbe les équilibres infiniment complexes qui régulent la disponibilité, l'utilisation, les interactions... de ces petites molécules - telles l'ocytocine, la sérotonine, la dopamine et bien d'autres -,  peuvent conduire à des pathologies bien difficiles à traiter.

 

 

Reprise de l'exposition Raphaël à Rome

A l’occasion du 500e anniversaire de la mort de Raphaël, les Scuderie del Quirinale organise une magnifique exposition sur l’un des artistes majeurs de la Renaissance.

 

L’exposition comprend près de 200 oeuvres : peintures, dessins et oeuvres comparatives. Chez Raphaël, on retrouve l’influence de son maître Perugin, puis celle de Léonard de Vinci, puis celle de Michel-Ange. Mais Raphaël se créa un style bien à lui, fait d’harmonie.

Harmonie dans la composition, harmonie dans les couleurs, tout est harmonie chez Raphaël.

Aux USA, encore, toujours, on broie du noir

 

Le racisme mène à ça... aujourd'hui, hier, demain.

Inéluctablement !

Il nous diminue tous, car nous permettons qu'il s'exprime de plus en plus librement...

... que des partis politiques n'aient que ce viatique...

... que sur la toile, il se déverse à flot continu...

... que nous -"démocrates"- élisons des représentants qui s'en réclament.

 

NON, le racisme n'est pas une opinion... c'est un délit, c'est une abomination, c'est une fantastique régression...

 

SRAS-CoV-2 - Actualités

 

Depuis le 19 mars 2020, je fais régulièrement le point sur l'avancée des recherches dans le domaine, à partir de sources scientifiques incontestables, citées dans les plus grandes publications scientifiques : Nature, Science, PNAS, Cell, The Lancet, New England Journal of Medicine...

 

25 Juin 2020

Il n'y a qu'une seule démarche scientifique !

 

 

Plus que jamais, face aux gourous qui font les beaux devant des politiciens irresponsables et incompétents, il faut suivre les avis d'un conseil scientifique mondialement reconnu.

Plus que jamais, en période de pandémie, la démarche scientifique s'impose. Elle implique la rigueur, l'honnêteté intellectuelle, l'humilité, la coopération avec les pairs et le rejet de tout sensationnalisme.

 

Sur ces bases, la communauté scientifique mondiale a rejeté l'hydroxychloroquine, au mieux inefficace et plus vraisemblablement dangereuse aux doses utilisées.

 

Ce sont des faits, les faits sont têtus et je veux croire que ces gourous auront à répondre d'une campagne de promotion, fondée sur des résultats truqués, qui ont permis d'abuser des millions de malades.

Jean Pierre Lavergne

 

17 Juin 2020

L'espoir le plus sérieux de traitement des formes graves de COVID-19

L'essai RECOVERY, lancé en mars, est l'un des plus grands essais contrôlés randomisés au monde pour les traitements contre les coronavirus; il teste une gamme de thérapies potentielles.

 

Ce 16 juin, le comité directeur de l'essai RECOVERY a annoncé que la dexaméthasone, un glucostéroïde  à bas coût, réduit  d'un tiers le nombre de décès chez les patients hospitalisés souffrant de complications respiratoires sévères de COVID-19.

 

L'étude a recruté 2100 participants qui ont reçu de la dexaméthasone à une dose faible ou modérée (six milligrammes par jour pendant dix jours), et a comparé la façon dont ils s'en sortaient contre environ 4300 personnes qui recevaient des soins standard pour une infection à coronavirus.

 

L'essai RECOVERY suggère qu'aux doses testées, les avantages du traitement aux stéroïdes peuvent l'emporter sur les dommages potentiels.

 

Le gouvernement britannique a annoncé qu'il avait immédiatement autorisé l'utilisation de la dexaméthasone pour les patients hospitalisés avec COVID-19 sous oxygène, (avec respirateurs ou non).

 

Jusqu'à présent, le seul médicament dont le bénéfice a été démontré pour le COVID-19 dans un grand essai clinique contrôlé randomisé, est le remdesivir, un médicament antiviral  (dont j'ai parlé dans ce journal), molécule chère, peu disponible et d'efficacité modérée.

11 Juin 2020

Hors Europe, l'épidémie s'aggrave

 

06 Juin 2020

L'acalabrutinib , une stratégie thérapeutique dans les cas sévères de COVID-19

L'acalabrutinib, médicament orphelin aux États-Unis et en Europe, utilisé pour le traitement de lymphomes et de la leucémie lymphoïde chronique, a amélioré l'oxygénation chez la majorité des patients gravement atteints par le COVID-19, souvent dans un délai de 1 à 3 jours, et n'a présenté aucune toxicité perceptible. 

 

C'est le résultat d'une étude publiée dans Science qui suggère que le ciblage d'une inflammation excessive de l'hôte avec un inhibiteur de la BTK( Tyrosine Kinase de Bruton, qui joue un rôle majeur dans le développement des lymphocytes B) est une stratégie thérapeutique dans les cas sévères de COVID-19.