" La diffusion des lumières n'exige autre chose que la liberté, et encore la plus inoffensive de toutes les libertés, celle de faire publiquement usage de sa raison en toutes choses."

KantQu’est-ce que les lumières ?, 1784

 

Conscience

 " Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ;

c’est celui qui pose les vraies questions. "

C. Levi-Strauss, Le cru et le cuit

 

" Pourquoi craindre pour le dompteur, sa cage le protège des hommes' 

d'après Samuel Beckett

Sciences

Je propose ici un petit parcours -très personnel- au coeur de l'aventure scientifique qui, de Sapiens et Néandertal vous conduira aux nanosciences, à la biologie synthétique, à la chimie du vivant ou encore à l'intelligence artificielle...

Un non scientifique curieux pourra tirer profit de ces quelques pages sans équations et sans le jargon des initiés.

 

Voir

" Derrière la vitre qu’est la nature, apparaît lentement l’espèce d’une seconde, un fantôme d’éternité. De ce fantôme nous nous satisfaisons. Il devrait nous désespérer, (…). A ces moments le monde paraît laisser échapper comme par mégarde, un peu de son secret."

 A. Camus,                                          Critique d’un tableau de Boucherle (1934)


 

 

 

 

 

 

« Qui blâme la peinture n'aime ni la philosophie ni la nature »

 

Léonard de Vinci

Actualité

Crise migratoire

 

Nature a, ce crains-je, elle même attaché à l'homme quelque instinct à l'inhumanité "

MontaigneLes Essais

Cette crise qui affecte les pays les plus riches, en butte à la pression des populations les plus démunies, pose une question très simple :

 

Sommes-nous en ce bas monde pour accumuler à tout prix des richesses au dépens de nos semblables ?

 

En mettant des enfants de migrants en cage, Trump répond OUI.

En mettant en danger la "cargaison" misérable d'un bateau humanitaire, l'Europe (sauf l'Espagne) répond oui.

 

Depuis que le monde est monde, l'homme a toujours ressenti le besoin de se déplacer vers des lieux moins inhospitaliers, du fait de circonstances climatiques, mais aussi des guerres, des violences infligées aux minorités ethniques, religieuses, spirituelles, politiques.

 

Aujourd'hui, ce sont près de 250 millions de personnes (3% de la population mondiale) qui vivent à l'extérieur de leur pays de naissance.

A rapprocher des 79 millions recensés en 1960.

Réchauffement climatique, instabilité politique croissante, moyens de transport et filières clandestines plus performants, font qu'inexorablement ce flux continuera à enfler.

 

L'arrivée de nouveaux venus a déclenché, dès le Moyen Âge,  des réflexes xénophobes et permis de désigner des boucs émissaires, offerts aux foules en colère par temps de crise.

L'histoire de l'antisémitisme en Europe, qui conduit au génocide nazi, est l'illustration de ce que le nationalisme, la notion de race et d'entre-soi, exacerbée par quelques populistes illuminés, est capable de produire.

 

Aujourd'hui le monde - et singulièrement l'Europe - est confronté  à une crise migratoire qui a conduit au pouvoir, ou à ses portes, des dirigeants d'extrême-droite. Comment lutter contre la montée de ces sentiments irrationnels qui portent en germe de très sanglants conflits ?

Pollution plastique : AGIR VITE !

A l'occasion de la Journée Mondiale de l'Environnement, l'ONU indique que si les modes de consommation actuels et les pratiques de gestion des déchets se poursuivent : "On comptera environ 12 milliards de tonnes de déchets plastiques dans les décharges et l'environnement à l'horizon 2050. ..."

 

"Aujourd'hui nos océans sont utilisés comme une décharge, certaines zones marines sont devenues des soupes plastiques qui  étouffent toutes les formes de vie",

"Dans certaines villes, les déchets plastiques bouchent les canalisations, ce qui provoque des maladies."

"Consommés par le bétail, ils intègrent la chaîne alimentaire."

...

L'ampleur du défi est décourageante", conclut l'ONU. 

 

Dans ce domaine, le découragement ne doit pas être de mise car des solutions existent.

Ainsi, alors que la production mondiale de sacs plastique a explosé et avoisine aujourd'hui les 5 milliers de milliards par an, en France, la distribution de sacs a diminué de 90% depuis 2000. 

À la Une

Asymétrie

Les benzodiazépines

Nylon

DuPont de Nemours

Hasard


Asymétrie

 

Le monde est irrégulièrement semé de dispositions régulières. Les cristaux en sont ; les fleurs, les feuilles ; maints ornements de stries, de taches sur les fourrures, les ailes, les coquilles des animaux ; les traces du vent sur les sables et les eaux, etc. Parfois, ces effets dépendent d’une sorte de perspective et de groupements inconstants. L’éloignement les produit ou les altère. Le temps les montre ou les voile. "

Paul Valéry

 

Vessel by Heatherwick Studio - Projet pour Hudson Yards NY
Vessel by Heatherwick Studio - Projet pour Hudson Yards NY

 

L'asymétrie est une notion qui dépasse les disciplines, un lieu de rencontre entre les sciences et les arts, une intersection entre physique théorique et philosophie, une propriété fondamentale du vivant étudié dans ses aspects biologiques, physiologiques, chimiques...

 

Ainsi la chiralité moléculaire est la clé du vivant dès son origine et tout au long de l'évolution. N'existe-t-il pas un lien entre la violation de la parité connue des physiciens et l'homochiralité moléculaire des systèmes vivants ? 

 

L'asymétrie est aussi au coeur du débat entre art, forme et esthétique. Depuis Platon, la symétrie évoque beauté et harmonie. 

C'est sans doute pourquoi l'art moderne, le cubisme, ont été, à leurs débuts, si violemment rejetés.

Pourtant déjà, au dix-septième siècle, le philosophe Francis Bacon écrivait :

 

" There is no excellent beauty that hath not some strangeness in the proportion”

 

 La symétrie, une fois appréhendée, perd toute capacité à nous surprendre. Martin Kemp, professeur émérite à l'université d'Oxford, spécialiste de Léonard de Vinci, dans un ouvrage magistral sur les formes dans l'art et les sciences (Structural Intuitions), écrit "que la perfection géométrique crée un sentiment de stérilité ".

  

Si je remets ce sujet à la Une, c'est que vient de se tenir à Nice, le Premier Symposium Européen sur l'Asymétrie, qui traitait de sujets aussi divers que " les systèmes asymétriques complexes, l'origine et l'évolution de la vie asymétrique, l'amplification asymétrique, les structures asymétriques, l'asymétrie économique et artistique..." . Une manifestation transdisciplinaire unique en son genre, rassemblant des chercheurs d'horizons parfois éloignés, soucieux de dialoguer autour d'un vocable si lourd de sens.

 

" Des études sur des systèmes complexes ont vu le jour au cours des dernières décennies. L'origine, l'évolution et l'expression de l'asymétrie sont devenues une partie essentielle de nombreux systèmes complexes. La revue Nature a déclaré en 2012 que, dans les sciences modernes, les phénomènes liés à l'asymétrie appartiennent aux cinq défis aussi durs que la recherche du boson de Higgs et tout aussi potentiellement transformateur. Les phénomènes liés à l'asymétrie font partie intégrante des nouveaux développements dans les arts, la langue et les sciences sociales. Ils prennent de plus en plus d'importance dans l'économie et de même les disciplines scientifiques naturelles telles que les mathématiques, la physique et la chimie contribuent individuellement, avec la biologie, à la compréhension avancée des asymétries microscopiques et macroscopiques..."   FEAS , Nice, 2018

 

Cherchez la clé...

Les benzodiazépines...

... anxiolytiques miracles et drogues dures

 

" Car c’est en nous que sont les plus cruelles plaines
Où l’on périt de soif près de fausses fontaines.

Et nous allons ainsi, parmi les autres hommes,
Les uns parlant parfois à l’oreille des autres. "

 

 Jules Supervielle, tiré de La Fable du monde (1938)


Qu'est-ce que l'angoisse ?

On peut parler de l'angoisse de 100 façons différentes  (en thérapeute - psychologue, psychiatre, psychanalyste -, patient, philosophe, poète... car :

"L'expérience de l'angoisse est indissociable de la condition humaine. On en trouve l'évocation dans le papyrus Kahoun (1900 av. J.C.), dans le Véda (1800-1200), dans le Yi (800) et, surtout, dans l'oeuvre d'Homère. Des Grecs. L'Iliade , tableau de l'héroïsme, contient les premières descriptions des manifestations de l'angoisse : battements du coeur d'Hector, pâleur et poil hérissé de Pâris, frissonnement d'Andromaque. Si le héros éprouve l'angoisse, il doit la surmonter par son courage : elle est une épreuve et un message divin. Homère, pour en parler, n'use que de métaphores ..."

Pierre Marie

 

Il y a aussi  de nombreux types d'angoisse, c'est donc un sujet très complexe.

 

Je vais ici en parler en chimiste, ayant commis quelques travaux dans le domaine de ces molécules miracles, qu'il m'est aussi arrivé de consommer comme des millions de Français et des milliards d'êtres humains, les benzodiazépines.

Le corps humain est une extraordinaire machine où, continûment, à tous les niveaux, consciemment ou inconsciemment, la chimie est à l'oeuvre.

 

Certes la vie n'est pas que cela et sur cette merveilleuse machine nous avons parfois quelque contrôle.

 

Notre attention se porte ici vers le cerveau, partie du corps humain où quelques familles de molécules participent au fonctionnement de 100 milliards de neurones dont l'activité anime et pilote une extraordinaire usine.

 

 NOTRE CERVEAU

 

Dans la production, les capacités, les mécanismes d'action, la régulation de ces molécules, surviennent parfois des dérèglements, plus ou moins importants, qui vont, à des degrés divers, altérer notre comportement, notre ressenti, nos réactions vis à vis des aléas de l'existence.

Ces molécules ce sont les neurotransmetteurs dont je parle longuement sur ce site.

 

LES NEUROTRANSMETTEURS

 

Si leur structure chimique est souvent simple, leur mise en oeuvre est très complexe. Elle est aussi très sélective, chaque molécule a une tache bien précise à accomplir.

Voila pourquoi ce n'est que récemment que ces mécanismes ont été mis à jour. La découverte des benzodiazépines (BZD) a eu un rôle capital dans l'élucidation de ces mécanismes.

 

Ce que l'ont sait moins bien c'est pourquoi ces dysfonctionnements surviennent.

 

Pourquoi cette angoisse, qui est inhérente à notre condition d'être humain, devient soudain si envahissante qu'elle perturbe notre vie, allant jusqu'à nous submerger et nous faire perdre le sens commun ?

 

A cette question le chimiste n'a pas de réponse et ce sera aux psy (-chologues, -chanalystes, -chiatres...) d'essayer de trouver la clé et de libérer son patient  de ce fardeau.

 

En attendant les anxiolytiques apportent un apaisement immédiat qui doit permettre de passer un cap douloureux. Voila pourquoi l'arrivée des benzodiazépines en 1950 a provoqué un grand enthousiasme dans la communauté scientifique et de grands espoirs chez les patients.

 

La régulation de l'activité chimique du cerveau

Les structures cérébrales impliquées dans la genèse de la symptomatologie anxieuse sont nombreuses : le cortex, le système limbique, la formation réticulée, le locus coeruleus, les noyaux du raphé et l'hypothalamus

Selon  les différents types d'angoisse (d'anxiété) ces zones sont plus ou moins impliquées, notamment via l'activité de neurones spécialisés qui assurent la régulation de l'activité chimique du cerveau.

 

  ROLE DES DIFFERENTS NEUROTRANSMETTEURS 

 

Les chercheurs ont démontré qu’il existe un lien entre l’angoisse et une régulation inadéquate de divers neurotransmetteurs - les messagers chimiques du cerveau - qui transmettent les signaux entre les cellules. Trois principaux neurotransmetteurs ont une incidence sur l’angoisse : la sérotonine, la noradrénaline et l’acide gammaaminobutyrique (GABA).

 

 

 Le GABA favorise la relaxation et le sommeil et contribue à l'apaisement.  Les  benzodiazépines (BZD) accroissent l’activité du GABA et produisent des effets calmants, ce sont des anxiolytiques majeurs.

 

NB : Les antidépresseurs de type ISRS - inhibiteur de la recapture de la sérotonine - comme le Prozac, ou les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline IRSN, comme l'Effexor. ont un effet sur les troubles anxieux généralisés et provoquent moins de problèmes d'accoutumance que les BZD. Par contre ils sont plus long à agir.

 

Le GABA et ses récepteurs

Le GABA est une molécule très simple, un aminoacide à 4 atomes de carbone, appelé acide gamma amino butyrique.

In vivo, le GABA résulte d'une décarboxylation enzymatique de l'acide glutamique (ou plutôt de son sel, le glutamate).

Le glutamate et le GABA sont deux neurotransmetteurs, mais le premier est un neuroexcitateur et le second un inhibiteur (il va limiter l'excitation d'un neurone).

L'équilibre entre ces deux modes d'action est fondamental.

 

Le GABA est de loin le neuromodulateur le plus répandu : il serait présent dans plus du tiers des synapses de notre cerveau.

 

Pour que le GABA délivre son message, il a besoin de récepteurs. Il existe deux types principaux de récepteurs à GABA : A et B.

Les canaux récepteurs A sont ceux qui nous intéressent ici. Ils agissent comme des canaux ioniques.

 

L'influx nerveux

Ce que l'on appelle influx nerveux est un potentiel d'action. Le potentiel de repos est l'équilibre qui résulte de la répartition d'ions de part et d'autre de la membrane.  Ce potentiel de repos est d'environ - 70 millivolts.

Il sera modifié par le passage de l'influx nerveux.

Il existe au niveau des synapses des canaux ioniques - des tunnels- qui traversent la membrane et par lesquels des ions entrent et sortent du neurone.

Ces canaux sont sélectifs, ils ne laissent passer que certains ions et ne restent pas constamment ouverts. Les ions portent des charges électriques positives (Na+, K+, Ca++) ou négatives (Cl-). 

 

La fixation du GABA sur son site de reconnaissance provoque l’ouverture d’un canal « chlore » en laissant passer des ions négatifs : les ions chlorures Cl-, ce qui induit une hyperpolarisation . Le potentiel de la membrane va passer de -70 mV à une valeur encore plus négative, ce qui interdit l'activation de ce neurone qui ne peut plus être dépolarisé : c'est l'inhibition.

 

Remarque : le glutamate va provoquer le passage des ions positifs (Na+, K+, Ca++) et donc une dépolarisation : c'est un effet excitateur.

 

GABA → récepteur GABAA → entrée de Cl- → hyperpolarisation → diminution du potentiel d'action = INHIBITION

GLUTAMATE → récepteurs→ entrée de Na+, K+, Ca++ → dépolarisation → augmentation du potentiel d'action = EXCITATION

 

J'ai dit plus haut que le GABA était issu du glutamate. On comprend donc combien l'équilibre entre ces deux neurotransmetteurs est fondamental.

 

Certaines molécules exogènes peuvent se fixer sur le récepteur GABA A en d'autres endroits que le GABA, c'est le cas des barbituriques, de certains stéroïdes, de l'alcool et... des benzodiazépines.

Ces substances agissent de manière allostérique avec les sites récepteurs au GABA. C'est à dire que,la fixation d'une molécule effectrice positive favorisera l'ouverture du canal.

 

 Ainsi les BZD se lient à un récepteur proche des sites de liaison au GABA, améliorant en fait l'affinité de ces sites pour le GABA. 

 

Les BZD sont le potentialisateur le plus puissant de la perméabilité au chlore donc de la puissance inhibitrice du GABA.

 

De plus elles sont rapidement absorbées dans le tube digestif et métabolisées.

Voila pourquoi les benzodiazépines sont les substances anxiolytiques les plus utilisées : en raison d'une efficacité symptomatique rapide et d'une faible toxicité immédiate.

 

Quelques 1,4-benzodiazépines

Même si le Librium, historiquement la première BZD, n'a pas tout à fait cette structure (voir ci-dessous), le squelette typique des principales benzodiazépines est celui représenté ci-contre :

- un système bicyclique  benzodiazépine (à gauche) : un noyau benzénique accolé à un cycle à sept chaînons incluant deux atomes d'azote en position 1,4 (cycle diazépine), substitué en position 5 par un autre cycle benzénique. L'atome X est un halogène (chlore, brome ou fluor).

 

C'est la structure du diazépam (Valium) qui a servi de référence aux chercheurs. Les premières modulations de propriétés ont été obtenues en modifiant la nature des différents substituants R. Ensuite d'autres cycles ont été accolés au noyau benzodiazépine, comme l'hétérocycle triazole.

Ci-dessous, de gauche à droite : Librium, Valium, Halcion, Lexomil, Rivotril, Xanax.

 

Dépendance aux benzodiazépines

Les benzodiazépines ont succédé aux barbituriques (gardénal, pentobarbital...) qui présentaient deux inconvénients majeurs :

 

- toxicité élevée à court terme, les surdosages pouvaient être fatal (taux de suicide élevé),

- forte accoutumance qui rendait le sevrage difficile.

 

Sur ces deux points, les BZD semblaient avoir un net avantage.

En fait on s'est rendu compte, après une vingtaine d'années de prescription, que ces molécules avaient un potentiel de pharmacodépendance assez redoutable qui doit justifier le respect rigoureux de la durée globale du traitement qui ne doit pas excéder 3 mois, avec une période de réduction de la posologie. 

 

En cas d'abus à long terme, les effets secondaires peuvent être graves et entraîner des lésions cérébrales permanentes sous la forme d'une altération de la mémoire et de troubles dissociatifs.

 

La très large diffusion des BZD est aujourd'hui très préoccupante car on voit sur les études réalisées aux USA (ci-contre) et en Grande-Bretagne (ci-dessous) le potentiel de nuisance pour la santé publique qu'elles représentent.

 

NB : On notera sur ces diagrammes la bien plus faible dangerosité du cannabis qui est très loin derrière l'alcool, le tabac et les benzodiazépines. Ceci devrait être un argument majeur pour la mise en vente libre qui porterait un sérieux coup au trafic de drogue.

La peste soit de la politique et des politiciens...

 

Pourquoi la dépendance ?

Le cerveau s'adapte à l'utilisation répétée des BZD, en réduisant le nombre de récepteurs GABA A. Cela signifie qu'il faudra une dose plus forte pour avoir les mêmes effets . D'un autre côté la sensibilité réduite du cerveau au GABA implique que les patients se sentiront beaucoup moins bien s'ils n'utilisent pas le médicament. 

C'est ce qu'on appelle la «dépendance» et c'est ce qui provoque les syndromes de sevrage.

 

 

Leo Sternbach et l'avènement des benzodiazépines

Avant les benzodiazépines

L'avènement des psychotropes ne date pas d'hier !

Des cultures de pavot somnifère ont été localisées à proximité de villages du néolithique!

Mieux, au paléolithique des chasseurs utilisaient des préparations de plantes psychotropes.

L'opium tournait déjà la tête des Sumériens, il y a 3000 ans.

 

De l'anxiété sourde  à la panique, depuis que l'homme voit mourir ses semblables, inconsciemment ou pas, il a peur.

 

 Jusqu'à la fin du XVIIIème siècle les plantes psychotropes ont donc connu quelques succès sur cette planète.

 

Au XIXème siècle, avec la chimie, on passe aux choses sérieuses. Justus von Liebig synthétise l'hydrate de choral (redoutable !) dès 1832. Des principes actifs de plantes sont isolés.

 

Dès le premiers tiers du XXème siècle  les barbituriques, somnifères puissants et soit-disant «plus sûrs», occupent le terrain ; ils feront passer de vis à trépas nombre de mélancoliques !

 

La découverte de la chlorpromazine signe l'avènement de la psychopharmacologie et les phénothiazines sont la plus ancienne famille d’antipsychotiques disponible. C'est le célèbre professeur Henri Laborit ("Mon oncle d'Amérique") qui a mis en évidence les effets neuroleptiques de la molécule. Ses effets étaient suffisamment violents pour que l'on évoque à l'endroit de leur utilisation, "une lobotomie chimique".

 

 Ce n'est qu'avec l'arrivée des benzodiazépines que l'on tint enfin des "tranquillisants"  un peu plus présentables.

On doit ce succès à Leo H Sternbach et aux laboratoires  Hoffmann-La Roche. Nous sommes en 1958, il y a exactement 60 ans.

Depuis quelques milliards de comprimés ont meublé les armoires à pharmacie. La France est très bien placée au niveau de la consommation. Chez nous Xanax et Lexomil font un... tabac.

 

Leo Sternbach, encore un immigrant européen qui fait la fortune de l'Amérique

Il fut des époques où l'oncle Sam ouvrait largement les bras aux persécutés du monde entier. Ces vagues succesives de migrations firent sa richesse.

 

Le déferlement de l'antisémitisme en Europe en général, l'abomination nazie en particulier, amenèrent outre-atlantique de brillants esprits, des ingénieurs, des chercheurs, formés dans les meilleures universités européennes.

 

VOIR : L'histoire de la première  BOMBE ATOMIQUE

 

C'est aussi l'histoire de Leo H Sternbach, "l'inventeur" des benzodiazépines, né à Opatija (aujourd'hui en Croatie) d'un père juif polonais et d'une mère juive hongroise. Le genre de "météques" particulièrement honni des amis d'Hitler.

 

Son père, qui tenait une pharmacie, dut partir sur les routes de l'exil avec l'effondrement de l'empire austro-hongrois, à l'issue de la grande guerre. On le retrouve en Autriche puis à Cracovie en 1928. Leo a un cursus scolaire chaotique, grâce à son père il réussit à faire des études de pharmacie, normalement interdites aux juifs. Il poursuit avec un doctorat de chimie organique qu'il soutient en 1931 à Cracovie. Coup de chance, lors d'un séjour à Vienne en 1937, il rencontre  le grand chimiste et futur prix Nobel, Leopold Ruzicka qui l'invite à rejoindre son groupe de recherche au sein de la prestigieuse Ecole Polytechnique de Zurich (ETH Zurich).

 

En 1939 les panzers divisions déferlent sur l'Europe de l'est, la chasse aux juifs suit. Même si la Suisse est épargnée par les violences, l'antisémitisme affecte le petit pays, y compris Zurich. En 1940, Sternbach rejoint le grand laboratoire pharmaceutique Roche, à Bâle. Cependant l'équipe dirigeante de Roche, inquiète de la tournure de la guerre, se réfugie aux USA, sur le site de Nutley.

En 1941, l'armée allemande est sur le point de remporter la guerre. Leo décide de rejoindre les USA, il fuit la Suisse et rejoint Lisbonne via la zone libre en France et l'Espagne. Il embarque pour New-York le 21 juin 1941, le jour même où Hitler a la fâcheuse idée d'envahir l'URSS.

Roche, qui se flatte de l'avoir aidé à fuir, l'accueille à bras ouverts.

 

Leo H Sternbach : The Benzodiazepine Story

 

La découverte des benzodiazépines

A l'orée des années 50, les médecins prennent conscience des ravages provoqués par angoisse, anxiété, dépression, maux jusque là apanages - disait-on-  de quelques artistes, poètes ou midinettes.

L'industrie pharmaceutique met alors de gros moyens pour trouver des psychotropes plus efficaces, moins addictifs et surtout moins dangereux que les barbituriques, opiacées et autres drogues dures.

 

En 1954, chez Hoffmann-La Roche, Leo Sternbach, désormais chercheur dans le laboratoire du New Jersey, est lancé sur le sujet. Il décide de tester une série de dérivés de la famille des benzoheptoxdiazines ( qui se révélèrent être en fait des quinazolines 3-oxyde) sur lesquelles il avait travaillé 20 ans auparavant en Pologne.

Aucune activité biologique n'est identifiée.

Un peu plus tard, pour réaliser une extension de cycle, il traite un de ces dérivés avec de la méthylamine, il obtient une belle poudre cristalline blanche qu'il oublie sur une étagère, c'est le chlordiazépoxyde.

 

Dix-huit mois plus tard, en 1957, ce composé est retrouvé et testé. Il présente un fort effet sur le système nerveux central (SNC). En 1960, La Food & Drug Administration valide le chlordiazépoxide, sous le nom commercial de Librium, comme tranquillisant, efficace pour soulager l'anxiété, traiter l'insomnie, les spasmes musculaires, sevrer les alcooliques et prévenir les crises d'épilepsie.

 

En 1963 le diazepam (Valium) prend le relais du Librium ; 25 ans plus tard, près de 3 milliards de comprimés de Valium auront été fabriqués. En 1981, le Xanax (10 fois plus actif que le Valium annonce-t'on) entre en scène, c'est actuellement la BZD la plus prescrite parmi la trentaine présente sur le marché.

 

Succès... et conséquences

Leo Sternbach et les benzodiazépines ont fait la fortune du laboratoire Hofmann- La-Roche.

Le chercheur a signé à lui seul 240 brevets. Outre de nombreuses BZD, on lui doit la synthèse de la biotine (une vitamine), d' antispasmodiques comme le Quarzan et le Librax (Librium + bromure de clidinium), utilisés pour traiter les ulcères gastro-duodénaux.

En 1973, à sa retraite, 20% des brevets de Roche portaient la signature de L H Sternbach.

 

La poule aux oeufs d'or de ce laboratoire est décédé en 2005, à 97 ans... sans jamais avoir eu recours aux benzodiazépines : sa femme le lui avait interdit

 

Il nous a légué un excellent médicament, irremplaçable dans les cas d'urgence, de crises de panique, d'angoisse généralisée... quand il ne suffit plus de marcher 30 minutes par jour ou de consommer les tisanes de grand-mère pour sortir du fond du trou.

En tout cas bien supérieur à tout ce qui existait avant, moins dangereux que l'alcool et toutes les drogues dures, cocaïne, crack et héroïne qui font des ravages dans la jeunesse.

 

Malheureusement les BZD font l'objet de mésusages massifs, de prescriptions abusives et continues, alors que l'on connaît parfaitement les effets addictifs et les difficultés du sevrage, les effets secondaires (*).

 

Ainsi va la science, le chercheur cherche, parfois trouve... les hommes disposent.

 

(*) Alors que leur durée de prescription est limitée à 4 semaines pour les BZD hypnotiques et jusqu’à 12 semaines pour les BZD anxiolytiques (voir tableau ci-après), il est observé que les recommandations d’utilisation de ces médicaments ne sont pas toujours respectées et que leur consommation peut s’étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années (1, 2). Or, au-delà de 28 jours, l’efficacité est incertaine, les risques d’effets délétères augmentent (somnolence diurne, troubles de la mémoire, chutes, accidents, etc.) ainsi que celui de dépendance.

Avis de la HAS

Pour le sommeilEn juillet 2014, face à l’effet faible des benzodiazépines sur le sommeil, la Commission de la Transparence (CT) a positionné au plus bas niveau d’intérêt les benzodiazépines hypnotiques et produits apparentés : estazolam (NUCTALON), loprazolam (HAVLANE), lormétazépam (NOCTAMIDE), nitrazépam (MOGADON), témazépam (NORMISON), zolpidem (STILNOX), zopiclone (IMOVANE) et leurs génériques, dans le cadre de la prise en charge des troubles sévères du sommeil. La Haute Autorité de Santé (HAS) s’est positionnée contre le renouvellement systématique des prescriptions d’hypnotiques. Devant toute insomnie autre qu’occasionnelle, la HAS recommande que les règles d’hygiène du sommeil soient observées. De plus, en cas de nécessité, le recours aux thérapies cognitivo-comportementales devrait être favorisé en première intention. 

Avis de la HAS

 

 

Montmartre

Pour moi Paris, c'est Montmartre.

Avant les Champs ou les grands boulevards, ou le Marais, ou le Luxembourg...

 

Lors de séjours à Paris j'ai rarement manqué l'ascension de la rue Lepic ou du Chevalier-de-la Barre (où j'ai logé quelques mois), de la rue Saint-Vincent, de la rue des Martyrs, de la rue de l'Abreuvoir..

 

Un air de liberté a toujours flotté sur la Butte : commune libre et même République !

La révolte des Communards est partie du sommet de la Butte où s'élève maintenant cette verrue construite pour célébrer la victoire des Versaillais de Thiers.

 

 

" Dans le cadre de l’année culturelle néerlandaise en France, le Musée de Montmartre organise une exposition centrée sur « Van Dongen et les artistes du Bateau-Lavoir », du 16 février 2018 au 26 août 2018.

Le Musée de Montmartre évoque déjà, dans ses collections permanentes, à quel point le Bateau-Lavoir, situé Place Emile Goudeau à quelques pas de l’actuel musée, a joué un rôle important dans la naissance de l’Art moderne à Paris.

L’art antiacadémique, la liberté, l’esprit de révolution, l’art populaire et le dialogue entre les arts sont les facteurs qui vont stimuler l’arrivée d’un nouveau siècle artistique avec le fauvisme et le cubisme au Bateau-Lavoir.

 

Van Dongen réside au Bateau-Lavoir à partir de la fin de l’année 1905 et fréquente, entre autres, l’artiste néerlandais Otto van Rees, ainsi que Maurice Vlaminck, André Derain, Henri Matisse et Pablo Picasso.

 

Le séjour au Bateau-Lavoir de Van Dongen a considérablement influencé l’évolution de son œuvre. Cette exposition entend montrer à quel point cette période fut déterminante pour l’artiste ; c’est la raison pour laquelle nous montrerons l’évolution de sa création tout au long de sa carrière. "

Musée de Montmartre

 

 

Montmartre 1845
Montmartre 1845

3 juin 2018

À chacun sa vérité...

Où est le VRAI, qui dit FAUX ?

 

Qui est l'IMBÉCILE ?

On est tous l'imbécile de quelqu'un...

 

 

ABSURDE ou pas ?


Nylon by DuPont de Nemours

Voici une page marquante de l'histoire des sciences et des technologies, mais aussi des sociétés et des hommes , qui mêle:

 

- des événements historiques : la Révolution française, l'avènement des Etats-Unis d'Amérique, la deuxième guerre mondiale,

- la saga d'une grande famille d'origine française,

- des hommes politiques, des entrepreneurs, des scientifiques,

- le développement d'un géant de l'industrie américaine et mondiale,

- une révolution scientifique et technologique avec l'émergence de nouveaux matériaux liés aux énergies fossiles, qui signent la fin (provisoire) de la bioéconomie,

- son impact sur les sociétés occidentales à travers la mode,

 

Qui débouche aujourd'hui sur la nécessaire prise de conscience des nuisances d'une économie linéaire (produire, consommer, jeter) et de la nécessité de définir les bases d'une économie circulaire où " Chaque ressource est à préserver, à transmettre, à faire circuler, d'homme à homme, d'usage en usage..." 

JPL

 

Part A - Naissance d'un empire

Part B - La saga du nylon

Part C - La folie des bas nylon

                                                                                                                                                           Part D - Nylons et polymères aujourd'hui ; recyclables  (et) ou biosourcés ?

 

Hasard...

Un coup de Dés...

jamais...

n'abolira...

le Hasard...

 

 Stéphane Mallarmé

 

Je passais là par hasard...

 

 "Tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard et de la nécessité ".

 Démocrite

 

« L’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. A lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. (…) Il sait maintenant que, comme un tzigane, il est en marge de l’univers où il doit vivre, un Univers sourd à sa musique, indifférent à ses espoirs comme à ses souffrances et à ses crimes ». 

 Jacques Monod, Le hasard et la nécessité

 

Dans cet ouvrage, qui dans les années 70 fut ma bible scientifique, tout est dit.

 

Depuis, les avancées de la recherche à propos de l'émergence du vivant permettent de reconstituer l'origine des premières molécules, leur chiralité, de formuler des hypothèses solides à propos de l'élaboration du premier ancêtre commun à tous les organismes vivants (LUCA : The Last Universal Common Ancestor).

 

Ce parcours, que je relate sur ce site, montre que la vie que nous connaissons a pour origine un concours de circonstance extraordinaire !

 

Le hasard est essentiel aux systèmes vivants et à leur évolution. C’est un facteur externe, mais aussi et surtout le produit de mécanismes internes ; on le retrouve à tous les niveaux d’organisation du monde du vivant, du gène à la biosphère... écrit Alain Pavé dans son introduction à l'ouvrage :Nécessité du hasard, vers une théorie synthétique de la biodiversité.

  

" La nécessité n'a de comptes à rendre à personne, [que] le hasard est versatile, [mais que] ce qui vient par notre initiative est sans maître." Epicure

 

Mais c'est quoi le hasard ?

 

À la roulette de la vie notre numéro avait si peu de chances de sortir que forcement le Hasard qui nous a extraits du Néant marquera toute notre existence.

 L’intrusion obsédante, permanente, du hasard, dès l'origine de la vie, qui resurgit au détour des grandes découvertes scientifiques, est troublante, dérangeante.

 Dieu ne joue pas aux dés s’exclame Einstein… qui a donc choisi entre l’Être et le Néant ?

Vie des Sciences, Sociétés, Arts - Présentation - JPL

 

Pour certains, c'est Dieu qui se cache derrière le hasard :

 

« C'est le nom que Dieu prend quand il ne veut pas qu'on le reconnaisse » dit Einstein qui n'en croyait rien.

 

Pour ma part, je m'en tiens à la définition du mathématicien Antoine Cournot :

Le hasard est la rencontre  fortuite de séries causales indépendantes."

        Une tuile me tombe sur la tête :

           - un coup de vent arrache une tuile mal fixée,

            - je suis sur le trajet habituel qui me conduit chez ma dulcinée.

   Malheureusement le hasard fait que ces deux événements dont la causalité est parfaitement établie, sont simultanés.

 

Mais quelle est donc la place du hasard dans le monde des sciences ? Foin du déterminisme ? c'est un peu l'objet de la théorie du chaos.

 

Le paradigme de la théorie du chaos  est que "d'infimes différences dans les conditions initiales d'un système déterministe peuvent conduire à des résultats complètement différents ".

 

Chaos

Le chaos (maths)
Le chaos (maths)

Sa paternité est attribuée à Edward Lorenz, professeur de mathématiques au MIT (Cambridge, USA), mais Henri Poincaré (encore un génie français des mathématiques) avait largement ouvert la voie ; il lui manquait simplement un ordinateur.

 

Lorentz travaillait sur un système météorologique... qui est le parfait exemple d'un système chaotique :

- grand nombre de variables,

- connaissance imparfaite de ces variables...

 

D'une façon générale dans un système chaotique (système dynamique) :

- La moindre erreur augmente jusqu'à devenir ingérable : c'est la dépendance aux conditions initiales.

- L'allure même de la suite (croissante, décroissante, etc.) dépend de la moindre petite erreur.

- L'augmentation de l'erreur est telle que, dès que n est un peu grand, on ne plus rien dire sur la valeur de xn : c'est la propriété de mélange.

 

Autrement dit une incertitude minime peut irrémédiablement conduire à une totale impossibilité des prévisions. Quand le comportement d'un système est imprévisible il devient... hasardeux !

 

 Le physicien théoricien David Ruelle écrit  dans  "Le hasard aujourd'hui ", qu'après quinze jours, pour prévoir le temps, il faudrait tenir compte de l'effet gravitationnel qu'aurait un électron situé à 1010 années lumière de la Terre. En fait ,au-delà de 5 jours, aucune prévision météo n'est fiable !

 

L'effet papillon

 

Lorentz eut l'idée de tracer - sur sa vieille bécane (nous sommes en 1961) la courbe d'évolution de son système avec deux jeux de valeurs initiales très proches.

Comme il s'y attendait les trajectoires des deux courbes, qui semblaient identiques au départ, divergeaient rapidement. Ces deux courbes ressemblaient aux ailes déployées d'un papillon.

 

Aussi, en 1972, il commença ainsi la conférence qui fit sa gloire : " le simple battement d'ailes d'un papillon au Brésil pourrait déclencher une tornade au Texas "

 

David Ruelle qualifia ces deux boucles en ailes de papillon "d'attracteurs étrange".

 

La théorie du chaos nous conduit donc à poser la question suivante : " La science pourra-t-elle expliquer le monde toujours davantage, ou bien sa compréhension sera-t-elle inaccessible car reposant sur le hasard ?  "

 

Nous retrouvons un peu la controverse de la mécanique quantique et de son principe d'incertitude qui opposèrent Einstein (Dieu ne joue pas aux dés !) et Bohr.

 

Nous voici devant une nouvelle querelle philosophique autour du déterminisme.  Elle opposa notamment, dans les années 80, un matheuxRené Thom  -"Halte au hasard , silence au bruit " - (médaille Fields 1958) et un chimiste Ilya Prigogin (prix Nobel 1977). 

David Ruelle publiera quelques années plus tard "Hasard et déterminisme : le problème de la prédictibilité ".

On retrouvera les arguments des uns et des autres dans un ouvrage passionnant :

 

"  La querelle du déterminisme, Philosophie de la science d’aujourd’hui. "

 

Sérendipité

La sérendipité est le fait de réaliser une découverte scientifique (ou une invention technique) de façon imprévisible à la suite d'un concours de circonstances

 

Derrière ce mot barbare, se cache une situation que nombre de scientifiques -dont je suis- ont vécue.

 

Voici un exemple bien connu des chimistes : la programmation défaillante d'un réacteur chimique qui  conduit à une élévation exagérée de température - ou à un temps de réaction beaucoup plus long que souhaité.

Au final, la synthèse d'une molécule inattendue... pouvant parfois présenter des propriétés remarquables.

 

 

En chimie le phénomène n'est pas rare. C'est un chimiste,  Royston Roberts (Université du Texas), qui a recensé dans un ouvrage plus d'une centaine de découvertes accidentelles. On y retrouvera bien sûr la pénicilline, les rayons X, la poussée d'Archimède et bien d'autres (le polyéthylène, le téflon, la vulcanisation...).

 

Voir : La sérendipité dans les sciences, les arts et la décision (Colloque de Cerisy, CNRS, 2009)

 

Sérendipité, un exemple récent : les enzymes "mangeuses" de plastique

Une équipe anglo-américaine vient de rapporter (PNAS, 16 avril 2018) la conception fortuite d'une enzyme capable de digérer le PET (poly(téréphtalate d'éthylène) à grande vitesse.

 

Ces chercheurs voulaient simplement déterminer la structure cristalline d'une enzyme (la PETase) découverte dans une décharge  japonaise en 2016. Cette enzyme semblait pouvoir se "nourrir" de  ce polyester.

 

En intégrant des acides aminés dans la structure de l'enzyme, les chercheurs ont pu observer un changement radical de son "appétit". L'enzyme modifiée permet en effet de détruire en quelques jours le PET. A comparer aux années, ou aux siècles, que prend actuellement la décomposition naturelle des plastiques !

 

Même s'il ne s'agit que de travaux préliminaires, ces résultats suscitent de grands espoirs. Ils ouvrent une voie de recherche dans l'utilisation d'enzyme modifiée pour la destruction de déchets plastiques.

 

L'aléatoire, l'accident, le hasard... dans l'art

Victor HUGO (1845). Souvenir de l'étang du bois de Bellevue.
Victor HUGO (1845). Souvenir de l'étang du bois de Bellevue.

Très tôt le hasard, les aléas, l'accident... ont fasciné et inspiré les artistes.

 

On cite souvent, comme premier exemple, la légende de Protogène relatée par Montaigne :

" Protogène, célèbre peintre de l’antiquité, n’arrivait pas à reproduire la bouche d’un chien écumant de bave. Après de nombreuses tentatives, fou de rage, il attrapa son éponge imbibée de couleur qu’il projeta sur la toile. Le hasard voulut que l’éponge atterrit sur le museau du chien et reproduisit l’effet tant recherché par l’artiste. "

 

Léonard de Vinci -toujours lui !- n'a pas manqué d'attirer l'attention des peintres sur les images suggestives nées du hasard (taches et lézardes sur les vieux murs, nuages...) :

" Si tu regardes des murs souillés de beaucoup de taches, ou faits de pierres multicolores, avec l’idée d’imaginer quelque scène, tu y trouveras l’analogie de paysages au décor de montagnes, rivières, rochers, arbres, plaines, larges vallées et collines de toute sorte. Tu pourras y voir aussi des batailles et des figures aux gestes vifs et d’étranges visages et costumes et une infinité de choses, que tu pourras ramener à une forme nette et compléter » 

 

 

Max Ernst - Au rendez-vous des amis
Max Ernst - Au rendez-vous des amis

Victor Hugo fut salué par les surréalistes, non pour son oeuvre littéraire, mais pour ses taches d'encre d'où surgissent des lavis qui souvent invitent l'eau - la mer, les bateaux, la tempête... les étangs, ou encore les châteaux, les ruines... :

"Il est donc satisfaisant pour l'esprit que le dernier mot doive rester dans ce domaine à l'œuvre d'un homme qui n'était ni graveur, ni peintre de profession. Que cet homme ait vu déjà avant Rimbaud, dans l'encre utilisée par le pinceau comme par la plume, le moyen de "fixer des vertiges" et d'interroger son propre subconscient. (…) Pour tout dire, que cet auteur négligé de lavis, de "taches d'encre" et de toiles de chevalet où la plus puissante imagination se donne cours, ait été un poète, et s'appelle Victor Hugo."

André Breton, L'Art magique

 

L'art aléatoire fut bien sûr la marque de fabrique de nombre de mouvements artistiques, dès l'aube du XXème siècle : dadaïsme, surréalisme... et de dizaines de grands créateurs parmi lesquels  André Breton, Max Ernst, Marcel Duchamp, Pierre Boulez, John Cage, François Morellet...

Des centaines d'ouvrages ont été publiés à leur propos.

 

VOIR sur le site : ART MODERNE

 

Les Faits du Hasard

Fractale
Fractale

Ce début du XXIème siècle marque le triomphe du numérique, l'avènement de l'intelligence artificielle, il est donc logique que des artistes choisissent d'explorer la dimension du hasard dans les technologies numérique  comme l'art génératif.

 

L'art algorithmique, qui consiste à produire des images par le calcul, peut dessiner de splendides fractales, courbes créées de façon déterministe ou stochastiques 

 

D'une façon générale l'art contemporain numérique a le vent en poupe et fait l'objet de nombreux événements, expositions, colloques... querelles.

Ainsi, actuellement au CENTQUATRE-PARIS, "Les Faits du hasard ", exposition centrale de la Biennale internationale des arts numériques met en avant " Accidents artistiques intentionnels et relecture poétique d’une société technologique perçue à l’heure du numérique " ...

« Avant le hasard dans l’art, c’était l’erreur ... Mais depuis Marcel Duchamp et la mécanique quantique, il existe un hasard intentionnel, un outil qui demande à être organisé par le geste artistique ».

 

 

Actualité du Blog

" Ce malaise devant l'inhumanité de l'homme même, cette incalculable chute devant l'image de ce que nous sommes, cette « nausée » comme l'appelle un auteur de nos jours, c'est aussi l'absurde. "

Albert Camus