Apprendre, comprendre, transmettre... Exister

« Qui blâme la peinture n'aime ni la philosophie ni la nature »

 

"Sois heureux un instant, cet instant c'est ta vie."

   Omar Khayyâm, Robâ'iyât

 

J'ai appris dans mon métier que l'intelligence est partout, mais que l'étincelle qui provoque le déclic est fragile et qu'elle ne jaillit jamais de la même façon.

 

J'ai appris que l'unité est faite de multiples diversités, que l'harmonie est le produit, dès l'origine,  d'asymétries. Que la beauté n'est pas que dans la pureté des formes, mais aussi dans les ruptures, les brisures... que la laideur peut atteindre le sublime.

 

 

J'ai appris que la générosité était inversement proportionnelle à la fortune. Qu'un possédant veut toujours posséder plus, qu'un dépossédé doit apprendre à toujours vivre avec moins.

 

J'ai compris très vite que l'injustice était le moteur du fonctionnement de notre société, l'ignorance des peuples, aubaine pour les possédants et les dirigeants.

 

 

J'ai compris qu'un scientifique, plus que tout autre pédagogue, doit être à l’écoute de son temps, suivre l’évolution de la pensée, être attentif aux mouvements d’idées et avoir des repères dans l’histoire de l’humanité.

 

 J’ai appris que les plus belles découvertes résultent de la pluridisciplinarité, du dialogue sans frontières entre les arts, les sciences... Léonard nous avait prévenus :

 

« Qui blâme la peinture n'aime ni la philosophie ni la nature »

 

 J'ai appris à dire NON, on ne m'a jamais payé en monnaie de singe.

 

J'ai appris que chacun d'entre nous porte sa part du génie humain.

 

Dans la construction des pyramides, des cathédrales, dans le travail de Platon, l'œuvre de Molière ou les découvertes d'Einstein, il y a le génie de l'humble artisan, du philosophe de comptoirs, du rimailleur d'estaminets, de l'obscur mathématicien, du professeur besogneux...

 

Mais parfois, chez certains hommes, ce génie prend des dimensions qui nous interpellent. Chez ces Géants, cette étincelle allume des brasiers qui pulvérisent les barrières, les interdits, les tabous, conduit à explorer des espaces sans limites. Je discerne chez ceux-là plus que de l'intelligence : de l'audace, de la révolte et par-dessus tout une soif inextinguible de liberté.

 

 

J’ai compris que donner à l'homme le moyen de s'affranchir de l'oppression, c'est l'éduquer, lui permettre d'activer sa propre réflexion, l'inciter au recul, à la distanciation.

 

Résister, c’est alors le mot d’ordre le plus commun, le plus inactuel, qu’il faut sans cesse répéter, avec le courage qui chaque fois l’accompagne.

 

Nous avons tous quelque chose à transmettre !

 

Exister c'est penser ; penser c'est apprendre puis comprendre.

 

Exister c'est transmettre

 

Girodet, La révolte du Caire (1810)
Girodet, La révolte du Caire (1810)

 

L’angoisse existentielle est le moteur de notre vie ;  l’angoisse et la révolte, qui naissent dès notre perception de la condition humaine, ne nous quittent jamais.

 

" La logique du révolté est de vouloir servir la justice et de parier, face à la douleur des hommes, pour le bonheur. " Albert CAMUS, L’Homme révolté

 

 J’ai appris que l’énigme de notre vie est dans la lutte de deux pulsions : l’instinct de vie, l’instinct de mort :

 

" Notre spéculation conçoit alors cet Éros comme exerçant son action dès l'origine et comme s'opposant, à partir du moment où la substance vivante était devenue animée, à I'instinct de mort », en tant qu' « instinct de vie ». Elle cherche à résoudre l'énigme de la vie par la lutte de ces deux instincts, lutte qui avait commencé dès l'aube de la vie et qui dure toujours..."

 Sigmund Freud

 

À la roulette de la vie notre numéro avait si peu de chances de sortir que forcement le Hasard qui nous a extraits du Néant marquera toute notre existence.

 

L’intrusion obsédante, permanente, du hasard, dès l'origine de la vie, qui resurgit au détour des grandes découvertes scientifiques, est troublante, dérangeante.

 

Dieu ne joue pas aux dés s’exclame Einstein… qui a donc choisi entre l’Être et le Néant ?

 

Mais du néant nous retournerons au néant et au cœur de l'histoire de notre vie  la victoire de Thanatos est écrite au premier vagissement, voila la seule certitude.


JPL

 

Galilée : " […] qui ne connaît la vérité n'est qu'un imbécile. Mais qui, la connaissant, la nomme mensonge, celui-là est un criminel ! " B.Brecht