Jean-Pierre Lavergne

Autour du vivant

A propos de Louis Pasteur : un peu de philosophie des sciences

 

Les travaux de Pasteur sur la dissymétrie moléculaire constituent l'un des exemples d'interdisciplinarité dans la recherche et la découverte les plus frappants de l'histoire des sciences.

 

On trouvera ICI un aperçu du remarquable travail du Pr Claude Debru(Chaire de philosophie des sciences, Ecole Normale Supérieure de Paris) intitulé :

 

L'interdisciplinarité et la transdisciplinarité dans l'oeuvre de Louis Pasteur dont voici le résumé :

 

L'œuvre de Pasteur est ici examinée sous l'angle de l'épistémologie. Son développement historique montre comment l'interdisciplinarité, définie comme la multiplicité des approches techniques et conceptuelles, permet d'établir la validité de conjectures théoriques comme la dissymétrie moléculaire; comment la généralité d'une propriété moléculaire est établie à partir de phénomènes limités et contingents; comment la méthode de résolution des différents problèmes scientifiques successivement abordés est fondée sur des idées théoriques similaires; comment ces idées, touchant par exemple le rôle des conditions de milieu en microbiologie, définissent le contenu matériel de la transdisciplinarité, considérée comme la conservation d'une structure théorique de base dans le passage d'une science à une autre.

 

 

Pluridisciplinarité...

A méditer quand trop d'éminents collègues universitaires sont encore focalisés sur leur étroite spécialisation disciplinaire.

 

Voir encore au XXIème siècle, des formations tubulaires, construites autour d'une discipline, de la première année de licence à la deuxième année de master, me fait bondir. On forme de cette façon des scientifiques sourds, muets, aveugles et paralytiques, inaptes à affronter une science moderne où l'essentiel des enjeux se situent aux interfaces.

 

En fait, ces collègues, et notamment ceux issus des ENS, en sont toujours au quantitatif, au volume, aux têtes "bien pleines" quand plus que jamais nous avons besoin de têtes "bien faites".

 

Dans ce pays papillonner, butiner, "perdre" une année pour mieux s'orienter, n'est que du temps perdu et mérite sanction.

 

J'ai des exemples multiples à ce niveau. Ainsi, une de mes plus brillantes étudiantes, qui avait eu le tort d'échouer deux fois au concours de médecine (sur des QCM imbéciles !), s'était vu refuser l'accès à de nombreuses grandes écoles sur un critère d'âge. Aujourd'hui elle dirige un des laboratoires d'un grand groupe suisse...

 

Je me souviens d'un étudiant américain, qui après une année de médecine aux USA, puis une année plus littéraire et artistique, suivait chez moi un cours de chimie des biomolécules en troisième année de licence... tout en étant inscrit à des UE en faculté des lettres. Je suis certain que c'est aujourd'hui un excellent médecin !

 

Science "normale" et structure des révolutions scientifiques

 

 

Pour Kuhn, la science normale constitue, en temps historique, l'essentiel de l'Histoire des Sciences durant laquelle les scientifiques d'une spécialité adhèrent massivement (consensus) à un paradigme.

Pour Kuhn, le mécanisme essentiel de transformation de la science est en fait l’échec de son régime normal :


" La découverte commence avec la conscience d'une anomalie, c'est-à-dire l'impression que la nature, d'une manière ou d'une autre, contredit les résultats attendus dans le cadre du paradigme qui gouverne la science normale "