... Chronique d'une disparition annoncée

Dès l'inauguration de ce site, il y a plus de 10 ans, j'ai attiré l'attention de mes lecteurs sur le désastre qui se préparait pour le vivant, sur cette planète.

 

Depuis, la situation a empiré dramatiquement, au point qu'aujourd'hui, dans son éditorial, le très sérieux quotidien "Le Monde" écrit :

 

" La planète s’achemine vers la sixième extinction de masse. Et celle-ci risque de se produire non plus à l’échelle des temps géologiques, mais en quelques décennies seulement. Avec un unique responsable : l’homme."

 

La communauté scientifique s'accorde sur cette sombre prévision. Tous les articles que j'ai pu consulter depuis 10 ans, notamment dans les plus prestigieuses revues scientifiques, aboutissent au constat, qui est validé par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

 

Dans le rapport, adopté ce 6 mai à Paris, à l'issue de la 7ème session plénière de l'IPBES, on peut lire en effet :

 

« La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l'histoire humaine - et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier. »

 

Ainsi, ce miracle qu'est la vie, fruit d'une rencontre de hasard et d'une évolution de nécessité, aboutissant à la merveilleuse machine pensante qui est l'homme, mais aussi, et surtout, à cette prodigieuse organisation de la chaîne du vivant, où chaque maillon est essentiel pour la survie de l'ensemble, est désormais menacé par l'insondable  bêtise de sa créature.

 

Si les revues scientifiques que j'évoque plus haut investissent désormais le champ politique qu'elles avaient toujours ignoré, en s'attaquant vigoureusement au grand guignol qui préside le plus puissant pays du monde, c'est que celui-ci fait des émules : Bolsonaro au Brésil qui veut détruire la forêt amazonienne (et les derniers indiens qui vont avec), mais aussi l'extrême droite européenne et leurs supporters populistes, qui gardent les yeux rivés sur le cadran de la pompe quand c'est le cadran solaire qui devrait affoler le monde.

 

Mais ce sont tous les dirigeants actuels qui devront rendre compte, un jour ou l'autre, de leur coupable inaction.

Le notre au premier chef, qui se peint en vert en toute occasion à l'étranger, et qui chez nous est aussi frileux que tous ses prédécesseurs.

 

 

L'analyse du rapport de l'IPBES

La revue scientifique "Nature" s'est penchée sur ce rapport et en a extrait les points les plus marquants :

 

- " Nous érodons les fondements mêmes de nos économies, de nos moyens de subsistance, de notre sécurité alimentaire, de notre santé et de notre qualité de vie",

-environ 75% des terres et 66% des zones océaniques ont été «considérablement altérées» par la population, principalement en raison de la production d'aliments. 

- Les activités agricoles sont également parmi les principaux contributeurs aux émissions humaines de gaz à effet de serre . Elles représentent environ 25% des émissions totales

l'abondance moyenne des plantes, animaux et insectes indigènes a diminué d'au moins 20% dans la plupart des principaux écosystèmes depuis 1900

5% de toutes les espèces seraient menacées d'extinction par un réchauffement de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels - 16%  si l'élévation de la température mondiale moyenne dépassait 4,3 ° C. "

 

 

 

La population mondiale approche aujourd'hui des 8 milliards d'habitants. Si chacun d'eux avait notre niveau de consommation, les ressources de la planète n'y suffiraient pas. Or les projections validées par l'ONU prévoient près de 10 milliards d'habitants en 2050...

 

Ressources pillées, biodiversité gravement altérée, pollutions majeures, climat déréglé... l'avenir de l'homme sur la Terre s'avère très sombre !

 

L'anthropocène, qui commence au moment où les activités humaines ont eu un impact sur l'écosystème terrestre, risque de se terminer sur un désastre.

 

 Il n'est donc pas difficile de comprendre que notre modèle économique actuel est obsolète. Et pourtant nos dirigeants continuent à garder "les yeux grands fermés".

 

Pire, alors que 97% des publications scientifiques dans des revues reconnues (ayant un comité de lecture) admettent qu'il n'y a aucun doute sur l'origine anthropique du dérèglement climatique et que celui-ci aura à court terme des effets directs et collatéraux cataclysmiques, des lobbies puissants, se cachant derrière les derniers climato-sceptiques, ont aujourd'hui le vent en poupe, grâce à des fripouilles façon Trump.

 

La révolution industrielle, agricole, économique... ne passera pas par des élus court-termistes, sans courage, obsédés par leur réélection. 

 

L'accord de Paris aussitôt signé, aussitôt oublié par les états, a néanmoins donné un signal fort aux investisseurs qui, eux, ont des informateurs fiables. On peut le déplorer (c'est mon cas), mais le nerf de la guerre - l'argent - est chez eux.

 

Le principal espoir pour le développement durable réside donc dans les initiatives des grandes entreprises, des organisations mondiales et européennes non gouvernementales, dans les réseaux de multitudes de PME ou TPE qui émergent un peu partout (*).

 

Alors, si notre action en tant que citoyen devient inopérante, agissons avec notre portefeuille. En tant que consommateur nous avons l'arme fatale.

 

Refusons d'acheter des fruits et légumes monstrueux, gavés d'engrais et de pesticides - ou ayant parcouru des milliers de kms avant de finir dans nos assiettes - n'achetons plus de véhicules qui nous empoisonnent, refusons d'acquérir des smartphones à plus de 1000 euros où l'innovation est nulle, soyons attentif à la durabilité de ce que nous achetons...

 

Bref, actons que l'économie linéaire : extraire, produire, consommer et jeter, a fait son temps et soutenons activement l'avènement de l'économie circulaire, des énergies renouvelables, de la construction durable, des transports propres, d'une nouvelle gestion de l'eau qui passe par une agriculture biologique.

 

Ce souhait n'est pas celui d'un écologiste fumeux ou exalté, il s'inscrit dans la froide analyse de chiffres  implacables.

 

(*) Que pouvons aider en choisissant et interpellant les élus de proximité (municipalité, intercommunalité et région) qui peuvent soutenir localement le développement durable.