Le goût de la tomate

Homme du sud-ouest, je me souviens des saveurs de ces merveilleux fruits qui dégoulinaient des paniers de nos grands-mères : chasselas de Moissac, prunes d'Agen, pêches de vigne... et du goût de la tomate de Marmande.

 

L'insipidité que je ressens aujourd'hui en consommant les crudités offertes sur nos étals - que veulent faire oublier le calibrage et l'aspect avenant - n'est-elle qu'une illusion, une déclinaison du fameux "c'était mieux avant" ?

 

Une nostalgie gustative...

 

Des études scientifiques très sérieuses montrent en tout cas que le contenu nutritionnel de ce que nous cultivons et consommons, diminue.

 

Dès 2004, Donald Davis (Institut de Recherche Bio-Communications, Wichita, Kansas) qui travaillait sur le déclin nutritionnel de dizaines de fruits et légumes  (sur une période de 50 ans), concluait que "L'élevage et la culture intensive ont tendance à réduire la concentration de nutriments".

 

Chou romanesco -
Chou romanesco -

Saviez-vous que dans le brocoli par exemple (excellent pour le piégeage des fameux radicaux libres), le fer a chuté de 32 % et le zinc de 37 % depuis 1950.

"Les têtes plus grandes indiquent des concentrations minimales de minéraux. J'achète toujours les plus petites têtes que je peux trouver". Donald Davis

 

 Le brocoli - superbe exemple de fractale naturelle - va-t-il aussi perdre sa belle géométrie autosimilaire ? (illustration ci-contre). ICI : La beauté des mathématiques

 

Diverses techniques sont disponibles pour retrouver les qualités gustatives et nutritionnelles d'antan, en exploitant, par exemple, l'extraordinaire diversité génétique résultant de millions d'années d'adaptation à des environnements très variés.

 

Ainsi, en 2014, 170 millions de tonnes de tomates ont été produites, appartenant à environ 7 500 variétés de l'espèce Solanum lycopersicum.

 

Cependant des variétés sauvages existent encore en grand nombre et des études de backcrossing, avec des variétés déjà sélectionnées, tendent à produire des fruits plus résistants et plus goûteux. Ces variétés sauvages peuvent donc permettre d'améliorer nos cultures et d'assurer une meilleure sécurité alimentaire.

Préserver la biodiversité

Sur ce simple exemple, nous comprenons tout l'intérêt de la préservation de la biodiversité sur cette planète.

 

Hélas, cette précieuse diversité génétique des variétés sauvages de nos cultures, est en danger : on estime que plus de 70 % de ces plantes sauvages ont un besoin urgent de conservation.

Dans l'ensemble, environ 20 % des plantes de la planète sont menacées d'extinction.

 

La sécurité alimentaire des millénaires à venir passe par la préservation de la diversité des cultures. Aussi de nombreux projets se ciblent la conservation de variétés sauvages en dehors de leurs habitats naturels. 

Dans le monde entier, environ 1 750 banques de gènes, ainsi que des jardins botaniques, détiennent plus de 7,4 millions de graines ou de tissus végétaux à partir de milliers d'espèces végétales. VOIR ICI

VOIRConservation de la diversité génétique des plantes

 

Le goût de la tomate

Téton de Vénus rouge
Téton de Vénus rouge

Une fois n'est pas coutume, je vais faire un peu de publicité, pour un grand amoureux de la tomate, le tomatologue Eric Pédebas qui officie près de Montpellier.

Sur les 15 126 variétés de tomates qu'il recense, il propose des plants qui fournissent des fruits succulents et parfois originaux.

 

J'ai ainsi pu tester dans mon très modeste potager, les Moya (jaune, noire et verte), l'Orange russe, la Zapotec brown flesh, la Chocolate stripe... et déguster les produits de ses "Tétons de Vénus"...

Plaisir des yeux et du palais !

 

Rien à voir avec ce que vous trouverez dans vos supermarchés, où sont vendus des fruits dits « longue conservation » qui possèdent un gène rin (ripening inhibitor) qui altère sérieusement les qualités organoleptiques de la tomate.