N'est pas pornographe qui veut !

Occupé depuis une dizaine d'années - pour ce site - à lire ou à relire Flaubert, Balzac, Gogol, Camus, Beckett, Diderot, Aristote, Montesquieu, Voltaire et beaucoup d'autres..., je méconnais presque complètement les auteurs qui font aujourd'hui les délices de nos critiques littéraires ou les succès de la FNAC et de Carrefour.

 

J'y trouve peu d'intérêt ; pas moyen de terminer un Houellebecq, un Angot ou même les petits formats de la dame au chapeau ; seule "L'élégance du hérisson" de Muriel Barbery fut, il y a quelque temps, un vrai plaisir de lecture.

 

Je suis un réactionnaire de la plume !

 

Néanmoins, ne méconnaissant pas l'intérêt sociologique des succès de librairie - dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es-, je n'ai pu ignorer l'engouement pour cet ouvrage pornographique dont tout le monde parle.


J'ai donc mis discrètement dans mon caddy, entre les endives et le fromage, l'histoire d'un certain Grey qui propose 50 nuances (innocent comme je le suis, je croyais qu'il s'agissait de nouvelles déclinaisons du thé Earl Grey !) de jeux érotico-sado-masochistes à une jeune diplômée (vierge comme il se doit depuis Sade).


Au même moment, devant la plus haute pile du rayon librairie de mon hyper habituel, une ménagère de plus de 50 ans, feuilletait sans rougir ce roman, qui lui aurait valu le cachot et l'enfer... il y a seulement quelques dizaines d'années.

 

Disons tout de suite que j'ai lu 4 à 4 (un paragraphe sur 4 toutes les 4 pages) un bouquin dont le principal intérêt est un insoutenable suspense : l'initiée signera-t-elle le grotesque règlement d'une relation amoureuse qui prévoit menottes, fessées, chaînes et utilisation d'objets divers à des fins que la morale bourgeoise réprouve, mais que certaines alcôves ont mis à la mode.

 

Gageons qu'après quelques joyeuses turpitudes, la jeune Américaine rentrera dans le droit chemin...

 

Quand on peut avoir sous les yeux (ou sous la main) les textes d'Anaïs Nin, les Tropiques de Miller, les Infortunes de la Vertu de Sade, quelques vers d'Apollinaire, de Gautier et même de Musset, les ouvrages de Bataille, de Pierre Louÿs... comment faire un triomphe à cette pornographie d'aérogare, vendue comme un roman d'amour (vache) ?

 

Si le sexe trône aujourd'hui dans les supermarchés en tête de gondole, la fesse qui s'affiche est aussi lisse et fade que la peau  des femmes dénudées des abribus de JC Decaux.

 

On sait pourtant, depuis les grands Anciens, que la pornographie ce n'est pas que du cochon... c'est aussi de l'Art !

 

" Louange à Dieu qui créa les verges droites comme des lances, pour guerroyer dans les vagins... Louange à Celui qui nous fit don de mordiller et de sucer les lèvres, de poser cuisse contre cuisse, et de déposer nos bourses au seuil de la porte de la Clémence."


Cheikh O.M. Nefzaoui, Le Jardin parfumé (vers 1420)