Je vais ici brièvement évoquer les pistes suivies pour accéder rapidement à une économie plus respectueuse de notre environnement, de nos ressources, de la biodiversité, créatrice d'emplois et de mieux-être.

 

 SEULE susceptible de redonner espoir et confiance aux jeunes générations.

 

En m'appuyant sur des sources primaires incontestables, je vais donc faire un état des lieux dans 5 domaines fondamentaux pour l'avenir proche de notre planète :

 

 

I - Les énergies renouvelables en 2018

II - L'économie circulaire

III - Une construction durable

IV - Des transports propres

V - La gestion de l'eau

 

L'abondance des publications pertinentes, avec leurs avalanches de chiffres, ne facilite pas la synthèse. Je n'ai donc retenu que les données les plus récentes, sur les points essentiels, en les illustrant le plus clairement possible.

 

Je me situerai à 3 niveaux : monde, Europe, France.

 

I - Les énergies renouvelables en 2018

Place des EnR

Dans le monde

Les derniers chiffres validés par REN 21 (Renewables 2018 Global Status Report pour la consommation totale d'énergie dans le monde sont résumés dans le tableau ci-contre.

 

L'analyse fine des données fait apparaître des bonnes et des mauvaises nouvelles :

 

- la bonne :

Les EnR (énergies renouvelables) représentaient 70% des ajouts nets à la capacité globale de production d'énergie en 2017.

La dynamique dans le secteur de l'énergie est positive, c'est le moteur de changement rapide vers un avenir d'énergie renouvelable

 

- la mauvaise :

Les émissions globales de dioxyde de carbone liées à l'énergie ont augmenté de 1,4% en 2017, après trois ans de stabilité. C'est le résultat d'une croissance économique mondiale forte (3,7%), de la baisse des prix des combustibles fossiles et de plus faibles efforts d'efficacité énergétique.

 

Ainsi,  alors que la dynamique dans le secteur de l'énergie est positive, elle ne permettra pas les réductions d'émissions exigées par l'accord sur le climat de Paris. Les secteurs du chauffage, du refroidissement et des transports, qui représentent ensemble environ 80% de la demande mondiale d'énergie finale totale, en sont responsables.

 

La Chine est le leader dans le solaire photovoltaïque, où elle est à l’origine de près de la moitié des capacités supplémentaires, comme dans l’éolien, où plus de 40 % des nouvelles installations sont à mettre à son actif.

Le Japon, les Etats-Unis, l’Allemagne ou l’Inde sont loin derrière.

 

La France est dans le groupe des dix pays les plus équipés, mais avec une production de nain et une progression faible (+ 0,6 GW en 2016 dans le solaire et + 1,6 GW dans l’éolien).

 

En Europe

Dans son action pour le climat, l'Europe a pris des engagements à l'horizon 2020 :

 

Le paquet énergétique fixe trois grands objectifs:

  • réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % (par rapport aux niveaux de 1990);
  • porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation d'énergie de l'UE;
  • améliorer l'efficacité énergétique de 20%.

 

et à l'horizon 2030 :

 

Le cadre pour le climat et l'énergie à l’horizon 2030 fixe trois grands objectifs pour 2030:

  • réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40 % (par rapport aux niveaux de 1990);
  • porter la part des énergies renouvelables à au moins 27 %;
  • améliorer l'efficacité énergétique d'au moins 27 %.

Le diagramme ci-dessus donne le rapport d'étape pour 2017.

 

On constate que les pays plus vertueux (les pays nordiques) ont d'ores et déjà atteint leurs objectifs, alors que l'Allemagne et surtout la France en sont loin. A noter que la Grande Bretagne est à moins de 10% d'EnR dans son mix énergétique.

 

Les figures ci-dessous permettent de visualiser les trajectoires et de confirmer que les trois grands pays européens sont à la traîne. La France n'atteindra pas son objectif 2020.

 

 

En France

Les chiffres les plus récents (publication 2018) donnent la ventilation des EnR consommées en France. Elles ne représentent que 16% de la consommation globale brute (la progression affichée n'a pas grand sens, dans la mesure où nous partons de très bas).

 

C'est de loin la filière bois/énergie (plus de 40% de l'ensemble) qui tient la palme devant l'hydraulique (près de 20%). Toutes les autres sources d'EnR sont en dessous de 10%.

 

Note :

Le bois énergie désigne l'utilisation du potentiel énergétique du bois afin de produire de la chaleur (chauffage, eau chaude sanitaire), de l'électricité voire des biocarburants de seconde génération. Cette bioénergie, disponible sous différentes formes (granulés, bûches, etc.), présente un avantage essentiel en terme écologique : son bilan carbone est totalement neutre, puisqu'un arbre consomme autant de CO² durant sa croissance qu'il en produit lors de sa combustion.

 

Les forêts françaises couvrent 15,5 millions d'hectares, ce qui équivaut à près du tiers de la surface du territoire. Le prélèvement annuel de bois (environ 50 millions de mètres cube) représente à peine plus de la moitié de l'accroissement naturel de la forêt. De quoi offrir à la filière bois énergie un important gisement énergétique potentiel. Source : Office National des Forêts (ONF).

 

Les investissements

Les énergies issues du soleil, du vent ou de la biomasse ont sérieusement progressé alors que les investissements qui leur sont consacrés sont en chute libre. Ceux-ci ont en effet reculé de 23 % en 2016, pour revenir à 242 milliards de dollars , soit leur niveau de 2010.

 

Le recul est très significatif pour les pays développés (– 14 %), mais il est particulièrement prononcé pour les pays émergents et en développement (– 30 %).

 

Ce résultat est lié à la baisse des coûts des technologies renouvelables qui permet d’avoir « plus de capacité pour moins cher »... mais aussi à une très inquiétante faiblesse des investissements publics.

 

En effet, si les investissements mondiaux dans les renouvelables sont désormais environ deux fois plus élevés que ceux alloués aux fossiles (charbon, gaz et pétrole), le ratio est inversé au niveau des subventions publiques.

 

Les derniers chiffres harmonisés, cités par REN 21, font état de 490 milliards de dollars d’aides publiques pour les secteurs fossiles, contre seulement 135 milliards pour les renouvelables. Un ratio de presque quatre pour un.

 

Donc si « la transition énergétique ne s’effectue pas assez vite pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris » ce sont les ETATS signataires de cet accord, qui en sont principalement responsables, alors que les investisseurs privés jouent le jeu.

 

En FRANCE

 

En France, la somme des dépenses publiques de soutien aux EnR est estimée pour 2016 à 5,3 Md€. Si elle réalise la trajectoire qu’elle s’est fixée, les dépenses relatives aux EnR électriques pourraient atteindre 7,5 Md€ en 2023. (Rapport de la Cour des Comptes, mars 2018). Au sein du G20, cela constitue une performance.

 

MAIS la France soutient encore les énergies fossiles de manière directe et indirecte.

Cela passe surtout par des exonérations fiscales bénéficiant à certaines énergies (diesel) et certains secteurs (gazole poids lourds, kérosène, gazole non routier, taxis, etc.), qui ont coûté 7,8 milliards en 2017 selon l'ONG Réseau Action Climat.

Des structures dépendant de l'Etat investissent par ailleurs dans des projets d'énergies fossiles, comme EDF (détenue à plus de 80 % par l'Etat), qui investit 1 milliard par an dans les fossiles.

La France soutient aussi des projets similaires dans le cadre des banques européennes d'investissement (BEI et BERD).

L'emploi

 

Pour la première fois, le cap des 10 millions d’emplois a été franchi en 2017, selon les derniers chiffres (2018) publiés par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena). Toutes filières confondues, le total s’établit à 10,34 millions, soit une progression de plus de 500 000 emplois en un an ; elle est de 45% sur 5 ans. 

La Chine domine à peu près dans tous les domaines, le Brésil (biocarburants) et les USA tirent leur épingle du jeu.

En Europe, l'Allemagne domine. La France, qui n'arrive qu'en troisième position, fait la aussi figure de nain avec 107 000 emplois, soit le tiers de nos voisins d'outre-Rhin. Vraiment pas de quoi donner des leçons.

 

La compétitivité

"Toutes les technologies renouvelables seront compétitives par rapport aux énergies fossiles en 2020", estime l'Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA) dans un nouvelle étude sur les coûts des énergies vertes.

 

Les coûts de l'éolien et du solaire vont encore baisser fortement ces prochaines années au point que ces deux énergies seront globalement moins chères que les énergies fossiles (fuel, gaz, charbon).

 

Actuellement, les coûts moyens des renouvelables devraient atteindre entre 3 et 10 dollars le mégawattheure (MWh) en fonction des technologies (éolien, solaire, géothermie, biomasse, etc.), quand les énergies fossiles affichent des coûts entre 5 et 17 dollars le MWh, note l'étude. Ils varient en fonction des pays, selon les gisements en énergie ou les réglementations.

Les "meilleurs" projets éoliens terrestre et solaire pourraient ainsi produire une électricité à un coût de 3 dollars par MWh, voire moins dans les deux prochaines années.

 

A noter qu'actuellement des projets dans la géothermie, la biomasse ou l'hydroélectricité se sont développés avec des coûts inférieurs à 7 dollars le MWh.

Consommation de charbon et climat

Les courbes ci-dessus montrent deux choses :

 

- avec près de 28% de la consommation totale, le charbon occupe une place de choix parmi les énergies primaires consommées dans le monde.

La tendance n'incite pas à l'optimisme : alors que la consommation mondiale de charbon avait décliné en 2015 et 2016, elle est repartie à la hausse en 2017, d’environ 1 %. Le même résultat est attendu pour 2018.

 

- ceci est inquiétant car le charbon est l’un des plus importants contributeurs au changement climatique : la production d’électricité à partir de charbon émet 45 % du CO2 rejeté dans l’atmosphère au niveau mondial.

Le graphe de droite indique que pour l'instant nous sommes sur le pire des scenari (courbe orange).

 

La France a encore quatre centrales à charbon en activité : Cordemais (en cours de reconversion à la biomasse), Le Havre, Meyreuil, Saint-Avold et Carling  qui ne produisent que 1,8 % de l'électricité produite en France. Elles sont très polluantes, puisqu'elles rejettent 25 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur de l'énergie.

 

Conclusion

Les « 3x20 » du paquet énergie/climat adopté par les États européens pour 2020
Les « 3x20 » du paquet énergie/climat adopté par les États européens pour 2020

 

Nul n'ignore que nous sommes dans une économie de marché mondialisée.

Dans ce contexte, la compétitivité sans cesse accrue des EnR devait provoquer l'afflux d'investissements privés. C'est ce que l'on observe, au point que les experts annoncent que dans les deux ans, l'électricité produite par l'éolien terrestre et le solaire coûtera moins cher que celle issue des fossiles. La même tendance est observée pour la géothermie, la biomasse et l'hydroélectricité.

 

Le développement rapide des EnR s'accompagne évidemment d'une spectaculaire croissance des créations d'emplois qui ne peut que s'accentuer.

 

Dans pratiquement tous les domaines, la Chine est loin devant, l'Europe (sauf les pays nordiques) est à la traîne et la France très en retard.

La tendance des 18 derniers mois, examinée à la loupe par le journal "Le Monde" du 10 janvier 2019, n'est pas si mauvaise. Cependant elle ne permettra pas à notre pays de rattraper les retards accumulés et d'atteindre l'objectif fixé pour 2020. A noter la grande faiblesse de l'emploi dans les EnR en France, on compte à peine plus de 100 000 emplois (plus de 10 millions dans le monde).

 

Malheureusement le tableau se noircit si l'on considère l'action publique... d'états qui avaient pris des engagements ferme avec la COP 21, à Paris.

Ainsi, l'investissement public continue de soutenir massivement les énergies fossiles au détriment des EnR ; le ratio est pratiquement de 4 à 1. C'est le cas en France où les derniers événements ne vont pas inciter l'état à ralentir son aide aux grands consommateurs de pétrole ou de gaz !

 

Autre mauvaise nouvelle pour le climat : la consommation de charbon, grosse émettrice de CO2, qui ne faiblit pas. Notre pays a encore quelques efforts à faire dans ce domaine.

 

Au vu de ces éléments, la limitation à 2°C de l'augmentation de la température moyenne, depuis le début de l'ère préindustrielle, est loin d'être assurée.

 

L'utopie n'est donc pas de penser que l'économie mondiale peut basculer très rapidement vers l'utilisation massive d'énergies propres, sans dommage pour l'emploi... mais peut-être de croire que des pays auront le courage de porter au pouvoir des dirigeants capables de réaliser cette nouvelle révolution industrielle.

 

Si nous voulons que nos enfants, petits-enfants et leurs descendants profitent encore d'une planète VIVANTE...

Si nous réalisons que tout ce qui existe sur cette terre fait partie de la même chaîne solidaire du VIVANT...

Au lieu de nous lamenter, de tout casser... emparons nous des outils démocratiques pour promouvoir à tous les niveaux des femmes et hommes de bonne volonté, capables d'agir pour le bien commun.

Ils existent, nous les connaissons tous, nous les avons vu à l'oeuvre dans l'immense tissus associatif de ce pays.

 

On peut consulter : 

 

- négaWatt,

- Usbek et Rica

 

Deux sites "engagés" mais sérieux.

 

 

II - Promouvoir l'économie circulaire

" Chaque ressource est à préserver, à transmettre, à faire circuler, d'homme à homme, d'usage en usage..." 

 L'Économie circulaire, Remy Le Moigne, Dunod

 

Définition et objectifs

" L’économie circulaire désigne un modèle économique dont l’objectif est de produire des biens et des services de manière durable, en limitant la consommation et les gaspillages de ressources (matières premières, eau, énergie) ainsi que la production des déchets."

 

Le XXe siècle a vu se développer une société de consommation qui a augmenté de façon très importante son prélèvement sur les ressources naturelles en le multipliant par un facteur 10.

 

Les travaux du programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et d’autres organisations montrent que par la conjonction du développement démographique, de la croissance de la consommation dans les pays développés et de l’aspiration des pays émergents à un modèle de consommation similaire, le niveau de prélèvement des ressources naturelles sera intenable avant 2050.

 

Nombreux sont les experts, décideurs, acteurs... du monde de l'économie qui mettent donc aujourd'hui l’accent sur ce caractère insoutenable de la consommation mondiale de matières premières non renouvelables, ainsi que sur la dégradation environnementale causée par l’augmentation des activités humaines (déchets, pollutions, transformation des écosystèmes…). 

 

L'économie circulaire (*) est un nouveau paradigme tendant à se substituer à celui de l'économie linéaire : extraire, produire, consommer et jeter.

L'exemple tout récent d'Amazone, qui choisit par économie de détruire des milliers d'objets invendus plutôt que de les stocker ou de les donner, montre à quel point notre modèle économique marche sur la tête.

 

(*) Selon l’Ademe, sa définition englobe sept piliers : écoconception, écologie industrielle et territoriale, économie de la fonctionnalité, consommation responsable, réemploi, réutilisation et réparation, recyclage, approvisionnement durable - correspondant à trois domaines.

 

 

Repenser l'économie

Opérateurs institutionnels et privés

 

Le spectre d'un désastre humanitaire à court terme, si nous devions continuer à consommer et à détruire les ressources naturelles sur le rythme des 50 dernières années, a conduit un certain nombre d'acteurs, publics et privés, à tracer un chemin vers l'économie circulaire.

Je vais donner quelques repères au niveau mondial, au niveau européen et en France.

 

Niveau mondial

Les Nations Unis, via la CNUCED (United Nations Conferences on Trade and Development : UNCTAD), travaillent sérieusement sur le sujet depuis 2015.

 

L'organisation produit très régulièrement des dossiers très complet sur l'état des ressources naturelles et de leurs consommations.

 

Dans l'OBJECTIF 12 (GOAL 12), elle s'engage dans le soutien de modes de production et de consommation durables.

Dans sa partie "Faits et chiffres", il est rappelé que :

  • Si la population mondiale devait atteindre 9,6 milliards d'ici 2050, l'équivalent de près de trois planètes pourrait être nécessaire pour fournir les ressources naturelles nécessaires au maintien des modes de vie actuels.

 Via UN environment, l'ONU s'engage avec "One Planet Network" dans le " Cadre décennal de programmation pour la consommation et la production durables (10YFP) "

 

Enfin, en 2018, l'ONU Environnement et d'autres partenaires ont élaboré les objectifs Goodlife. Les bons objectifs de vie sont un ensemble d’actions personnelles que les citoyens du monde entier peuvent prendre pour contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable.

 

L'ONU travaille également en collaboration avec des Fondations ou organismes privés.

 

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Créée en 2010 par la célèbre navigatrice britannique, la Fondation Ellen MacArthur s'est résolument engagée dans la promotion de l'économie circulaire.

 

En peu de temps, la Fondation a pu lever des fonds importants, s'attacher un réseau d'experts universitaires de haut niveau et développer ses propres programmes  et indicateurs.

 

Elle déploie par exemple le "Circular Economy 100 " qui a été créé pour aider les entreprises à développer de nouvelles possibilités et concrétiser plus rapidement leurs ambitions en matière d’économie circulaire. Il s’agit d’une plateforme unique rassemblant des entreprises, des représentants des gouvernements et des villes, des universités, des acteurs de l’innovation et des organismes affiliés. 

 

Evidemment les pays nordiques sont fortement impliqués dans toutes les actions autour de l'économie circulaire.

 

L'engagement de la fondation publique finlandaise SITRA, qui a pour ambition de faire de la Finlande le pionnier du bien-être durable, est particulièrement impressionnant. 

 

Sitra a par exemple  publié la première feuille de route nationale pour une économie circulaire neutre en carbone et lancé sa mise en application.

 

Depuis 2017, Sitra est le principal organisateur du forum mondial sur l'économie circulaire.

L'événement rassemble un panel de haut niveau incluant chefs d'entreprise, décideurs, chercheurs et innovateurs du monde entier qui travaillent sur les meilleures solutions d'économie circulaire au monde.

Le prochain forum aura lieu en Finlande du 3 au 5 juin 2019.

 

 


Niveau européen

C'est également en 2015 que l'Europe se met en branle.

L'Union européenne génère à cette époque plus de 2,5 milliards de tonnes de déchets chaque année.

La législation sur la gestion des déchets est alors mise à jour afin de promouvoir la transition vers une économie circulaire avec le mot d'ordre : Répare, Réutilise, Recycle !

 

En 2017, un "paquet économie circulaire" est adopté. Il fixe des objectifs ambitieux pour l'UE en matière de recyclage et de mise en décharge.

 

" L’Union européenne aura pour objectif commun de recycler au moins 55% des déchets ménagers d'ici à 2025. Cet objectif passera à 60% d'ici à 2030 et 65% d'ici à 2035."

D'ici 2035, la mise en décharge ne pourra concerner que 10% des déchets au maximum.

 

Ce paquet contient des mesures importantes en matière de gestion des déchets, mais va plus loin en définissant des règles qui prennent en compte l'ensemble du cycle de vie d'un produit et qui visent à modifier le comportement des entreprises et des consommateurs.

 

A noter qu'une incitation financière forte va désormais accompagner toutes ces directives : " À l’avenir, seuls les projets qui nourriront l’économie circulaire de façon durable et l’inclusion sociale devraient être financés par les fonds de cohésion "

 

Les 6 et 7 mars 2019, la Commission européenne et le Comité économique et social européen organiseront l'édition 2019 de la conférence des parties prenantes sur l'économie circulaire.

 

En France

La France suit ou accompagne le mouvement.

 

Le concept d'économie circulaire a officiellement fait son entrée dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte du 18 août 2015.

Elle reconnait la transition vers une économie circulaire comme un objectif national et comme l’un des piliers du développement durable.

 

Le 23 avril 2018, le gouvernement français publie sa feuille de route en présentant des mesures concrètes afin d’atteindre les objectifs ciblés.

 

Ce document présente une batterie impressionnante de mesures analysées ICI.

En gros la France suit les objectifs du package européen et va parfois plus loin (atteindre en 2025 "100% de plastique recyclé sur tout le territoire".)

 

La réparation est présentée comme un enjeu stratégique. Pour lutter contre l'obsolescence programmée, le gouvernement promet ainsi de rendre plus transparente la possibilité de réparer tout produit électronique, par l'affichage obligatoire à partir de 2020 d'un "logo simple et lisible".

 

Notons le gouvernement estime que jusqu’à 300.000 emplois pourraient être créés.

Rien que sur le recyclage, les ratios sont énormes 10.000 tonnes de déchets en décharge n’emploient qu’une personne, alors que leur recyclage permet d’en employer trente”. L’effet sur l’emploi de l’envoi de plus de déchets vers une filière de recyclage serait donc immédiat."

 

En ce qui concerne le recyclage, un premier ensemble important de mesures concerne le fonctionnement des filières de "responsabilité élargie des producteurs" (REP), dispositif qui oblige les metteurs sur le marché à prendre en charge, du moins financièrement, la fin de vie de leurs produits. 

 

Cependant de nombreux points restent en suspens comme par exemple  les déchets des entreprises, laissés pour compte alors qu'ils représentent 350 millions de tonnes annuelles : dix fois plus que les déchets ménagers.

D'une façon générale, les incitations financières sont jugées très en deçà du minimum nécessaire.

 

Néanmoins, les observateurs soulignent que ce texte aura le mérite d'avoir enclenché une dynamique collective.

 

On observe en effet que des feuilles de route sont adoptées par de nombreuses régions dans les domaines de la transition énergétique et de l'économie circulaire : Grand EstNouvelle Aquitaine... et que de très nombreuses actions, ou réflexions sont lancées au niveau régional.

 

L'Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie  (Ademe) est le bras armé de l'état dans la promotion des actions dans le domaine du développement durable et de l'énergie circulaire. Elle participe à la mise en œuvre des politiques publiques en matière d'énergie et de protection de l'environnement.

L'Ademe est également active au niveau des régions.

 

Premiers bilans

La littérature rapporte déjà une foison de données assez disparates et parfois contradictoires.

Il est en effet difficile de définir précisément les critères de circularité.

 

Cependant la Commission Européenne a publié une liste de 10 indicateurs qui seront affinés et devraient permettre d'y voir plus clair.

 

En ce qui concerne le taux de recyclage, l'Allemagne vient largement en tête avec 56%. Dans le top 10 on trouve 8 pays européen. Malheureusement la France est loin, autour de 30%. (Données 2017).

Ce calcul a été réalisé par le cabinet indépendant Eunomia. Les chiffres fournis par les pays étant considérablement gonflés.

 

D'autres classements sont plus flatteurs pour notre pays.

Ainsi le media américain Politico, en prenant en compte ses propres facteurs de circularité, nous situe en troisième position en Europe derrière l'Allemagne et la Grande Bretagne.

 

A prendre avec des pincettes... !

 

Par contre, ce qui fait l'unanimité dans les publications, c'est que l'Europe est en pointe sur ce dossier et que les pays américains, USA en tête, sont très en retard.

 

Les observateurs extérieurs font remarquer que Zero Waste Europe, dans son plan directeur Zero Waste Cities, a aussi l'avantage de renforcer le sentiment d'appartenance communautaire en: 

- augmentant les interactions sociales grâce à davantage de partage et de réutilisation matérielle,

- maintenant les flux de matières dans l'économie locale et en soutenant ainsi les emplois locaux,

- soutenant  les cultures urbaines pour une alimentation plus saine et une plus grande implication du quartier (compostage des déchets ménagers).

 

Conclusion

 

Il aura fallu attendre 2015 pour que les différentes instances nationales et internationales réagissent aux multiples signaux des experts concernant les ravages de l'économie linéaire, qui nous conduit à un effondrement des ressources naturelles à l'horizon 2050.

 

Cette prise de conscience a jusqu'ici débouché sur un arsenal de réglementation dont on peine aujourd'hui à voir les résultats.

Néanmoins pour 2025 des engagements ont été pris en Europe et dans notre pays, notamment pour le recyclage des déchets ménagers qui devrait atteindre 90%. Le gouvernement français promet zéro déchets plastiques à la même échéance.

A propos des plastiques voir ICI sur le site

 

De puissantes fondations privées, qui ont su attirer argent et experts, sont à l'oeuvre depuis une dizaine d'années. Elles ont d'ores et déjà fournit un arsenal d'indicateurs et de propositions techniques et développé leurs propres programmes susceptibles de nous conduire vers un monde zéro déchet.

 

La recherche universitaire fonctionne maintenant à haut régime dans le domaine du recyclage et de multiples innovations sont brevetées chaque année. 

 

La nature peut être, là aussi, une source d'inspiration, de bio-inspiration A ce propos je voudrais citer les travaux de Claude Grison, professeur à l'Université de Montpellier, qui illustre magnifiquement le concept de chimie verte avec son laboratoire ChimEco.

Tirant parti de la capacité de certains végétaux à accumuler des métaux et dépolluer les sols, elle a inventé un procédé révolutionnaire de récupération et recyclage des métaux polluants transformés par les plantes : l’écocatalyse. Claude Grison et son laboratoire travaillent notamment activement à la restauration de sites dégradés par les activités minières et métallurgiques, et le rejet d’effluents industriels chargés en métaux (phytoremédiation).

 

Enfin notons que des voix sensées soulignent qu'il est encore plus important de regarder en amont et de concevoir des produits facilement recyclables ou compostables et même biodégradables (sachant que  les écosystèmes ont une capacité limitée à absorber des produits biodégradables).

 

Un élan a été donné ; l'obsolescence programmée est maintenant (presque) unanimement condamnée (*). L'économie circulaire est sur les rails à nous de faire en sorte qu'elle ne... déraille pas, en portant au pouvoir des dirigeants stupides, cupides et bornés façon Trump !

 

(*) En témoigne Apple qui ralentissait volontairement ses anciens modèles pour mieux vendre le nouveau smartphone à plus de 1000 euros. La marque à la pomme vient de faire subitement machine arrière, devant l'opprobre qu'elle a suscitée.

 

III - Une construction durable

Le bambou, matériau de construction parmi les plus anciens... et parmi les plus écologiques
Le bambou, matériau de construction parmi les plus anciens... et parmi les plus écologiques

Le secteur du bâtiment est responsable d’environ 40% de la consommation des ressources, dont 12% de la consommation globale d’eau.

Le secteur produit aussi près de 40% de nos déchets solides. Enfin, ce secteur emploie en moyenne plus de 10% de la force de travail et peut représenter jusqu'à 15% du PIB.

 

Avec l’urbanisation croissante et rapide des pays les plus peuplés de la planète, bâtir de manière durable est plus que jamais nécessaire.

 

Cependant il n'existe pas un standard unique, mais de multiples façons de concevoir une éco construction : en fonction des pays, des topographies, du climat, des ressources naturelles...

C'est donc tout un ensemble de modèles qui doivent être proposés aux citoyens :

 

Parmi les pratiques de construction écologiques les plus courantes, citons : 

 

Utiliser des matériaux de construction durables comme le verre et l'acier recyclés, ainsi que des matériaux renouvelables comme le bambou et le caoutchouc... en prenant en compte la proximité de la ressource,

Installer de fenêtres et de portes écoénergétiques;

Utiliser des peintures et des teintures à faible teneur en COV (composés organiques volatils);

Construire des systèmes de toits verts (ou «plantes sur votre toit») offrant de nombreux avantages, notamment des jardins sur site, la gestion des eaux de pluie et une protection contre les effets des rayons UV nocifs;

Ajouter des systèmes de récupération et de purification de l’eau qui ne se contentent pas de gérer mais qui exploitent au mieux les précipitations;

Maximiser la lumière naturelle, ce qui non seulement permet d'économiser sur les besoins en éclairage (et donc les coûts énergétiques), mais peut également contribuer à maintenir les bâtiments au chaud pendant les mois les plus froids; 

Utiliser de l'énergie renouvelable pour alimenter le bâtiment, par exemple, installer un système de panneau solaire commercial .

 

A noter qu'il existe une norme internationale  ISO 15392:2008 qui édicte des principes généraux de développement durable pour le secteur de la construction.

 

 Définition d'un écomatériau (ou materiau sain ou biosourcé). 

VOIR ICI l'exemple de quelques entreprises belges dans le domaine des matériaux.

LIRE ICILes matériaux de structures du « développement durable » pour l’habitat, un peu daté mais très utile.

 

 

Il faut savoir que les consommateurs ont compris l'enjeu du développement durable. Selon une enquête (*) de Cone communications (spécialisée dans le RSE (responsabilité sociétale des entreprises) :

 

91% des consommateurs mondiaux attendent des entreprises qu'elles fassent plus que des bénéfices, mais qu'elles agissent également de manière responsable pour résoudre les problèmes sociaux et environnementaux.

84% affirment rechercher des produits responsables chaque fois que possible

90% boycotteraient une entreprise s'ils apprenaient des pratiques commerciales irresponsables ou trompeuses.

81% sont prêts à consommer ou à acheter moins de produits pour préserver les ressources naturelles .

 80% ont déclaré être disposés à acheter des produits de marques inconnues fortement engagées dans la responsabilité sociale des entreprises .

 

 * Sur 10 000 citoyens de neuf des plus grands pays du monde en termes de PIB: les États-Unis , le Canada , le Brésil , le Royaume-Uni , l'Allemagne , la France , la Chine , l' Inde et le Japon .

 

Construire durable est un formidable défi qui doit être accompagné au niveau national et international.

 

LIRE : Construction durable : un formidable défi, La Recherche

Habitat durable, éco construction

 

Exemples d'implications publiques et privées dans le développement durable

Niveau mondial

Le développement durable dans le secteur de la construction nécessite une coordination étroite entre les différentes parties prenantes tout au long de la vie d'un bâtiment. Il est donc nécessaire de créer des conditions et des incitations qui s'adressent à tous les intervenants.

 

Le programme des Nations Unis pour l'environnement (PNUE) a lancé l'Initiative des bâtiments durables et le climat (SBCI) en 2006. Elle encourage et soutient les pratiques de construction durables à l'échelle mondiale, en mettant l'accent sur l'efficacité énergétique et la réduction des émissions de GES

 

L’initiative développe des outils et des stratégies pour mieux évaluer et mettre en œuvre des pratiques de construction durables. Les projets pilotes démontrent le rôle important des bâtiments pour l'atténuation et l'adaptation au changement climatique.

L'un de ces projets pilotes est l'Initiative pour le logement social durable (SUSHI) du PNUE, qui promeut la durabilité des programmes de logement social dans deux villes pilotes, Bangkok et São Paulo.

 

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Niveau européen

En septembre 2017, la Commission européenne a lancé la phase pilote de «Level(s)», un nouveau cadre européen pour la construction durable, qui contribuera à la transformation du secteur de la construction. Il s’agit du premier outil de ce type, conçu pour être utilisé dans toute l’Europe.

Level(s) est un cadre d’évaluation disponible en libre accès, élaboré par la Commission européenne en collaboration étroite avec des acteurs clés tels que le suédois Skanska, le français Saint-Gobain, Sustainable Building Alliance et les Green Building Councils.

 

" Level(s) est le fruit d’une large concertation menée avec l’industrie et le secteur public. Il est centré sur des indicateurs de performance empruntés à des domaines tels que les émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation économe des ressources et de l’eau ainsi que la santé et le confort. Cet instrument vise à établir un «langage commun» autour de ce que l’on entend, dans la pratique, par «construction durable», afin de faire évoluer le débat au-delà de la performance énergétique."

 

En France

La tour Elithis à Dijon
La tour Elithis à Dijon

Dans le secteur du bâtiment, la loi portant engagement national pour l’environnement, dite « Grenelle 2, promulgée le 12 juillet 2010,  vise à favoriser un urbanisme économe en ressources foncières et énergétiques.

Elle incite à la construction de bâtiments BBC* (- de 50 KWh/m2/an) et vise une réduction de 38% de la consommation énergétique dans le parc ancien à l’horizon 2020.

 

Cet urbanisme sera mieux articulé avec les politiques d’habitat, de développement commercial et de transports tout en améliorant la qualité de vie des habitants.

 

La France s’est engagée à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2050 (par rapport à ses émissions de 1990), notamment grâce à :

- des constructions neuves produisant toutes plus d’énergie qu’elles n’en consomment à compter de 2020  (énergie positive), 

- une rénovation accélérée, de haut niveau de performance énergétique, des bâtiments existants. ­

 

 Cet objectif paraît très ambitieux, sachant que la première construction à énergie positive en France, la tour Elithis à Dijon, construite en 2009, n'a pas tout à fait respecté son objectif (6,32 kWhep/m²SHON/an contre 2 kWhep/m²SHON/an prévu pour la première année, ce qui constitue cependant une baisse de consommation d'énergie considérable, environ 50 fois moins qu'un bâtiment tertiaire classique) et surtout n'a pas fait beaucoup d'émules.

Cependant, une deuxième tour de ce type a été inaugurée il y a quelques mois à Strasbourg.

 

Tour Elithis Danube à Strasbourg
Tour Elithis Danube à Strasbourg

Les initiatives privées, encadrées ou pas, se multiplient.

 

L'ADEME, dans le cadre de son Programme d'investissements d'avenir, impulse une vraie dynamique d'innovation au sein des acteurs économiques de la transition énergétique et écologique.

 Elle a pu mobiliser start-ups et PME grâce à divers dispositifs de soutiens.

 

De grandes entreprises ne sont pas en reste. C'est le cas de Saint-Gobain.

Saint-Gobain s’implique localement depuis plusieurs années pour l’habitat durable en adhérant aux Green Building Councils (GBC) (voir ci-dessus). Le Groupe est membre de plus de trente GBC dans le monde.

Saint-Gobain est également partenaire du réseau européen, membre “platinum”, de l’USGBC, et a rejoint le conseil consultatif du World Green Building Council.

 

Evidemment il y a un côté marketing dans cet affichage, mais c'est justement le signe de l'engouement des consommateurs pour ces types de construction.

 

Les "smart cities " en Europe

La concentration toujours plus importante des individus dans les villes, amène celles-ci à préserver et optimiser leurs ressources et leur organisation. 

 

Deux constats :

 

- actuellement, 50% de la population mondiale vit dans les villes. En 2050, ce pourcentage passera à 70%,

- les villes produisent 80% des émissions de gaz à effet de serre.

 

Au départ une "ville intelligente" (smart city) est une ville (hyper)connectée où les technologies de l'information et de la communication (TIC) permettent l’optimisation des coûts, de l’organisation, du bien-être des habitants.

 

Dédale est une agence européenne consacrée à l'innovation urbaine et sociale qui s'est impliquée dans les projets de type smart city.

Dédale s'intéresse tout particulièrement à l'innovation et aux nouveaux usages dans des domaines en mutation tels que l'urbanisme, la culture, le tourisme, le développement durable, la participation citoyenne ou encore l'éducation.

 

Aujourd'hui, les exemples suédois et danois donnent une idée de ce que peuvent être les smart cities. En fait la technologie n’est qu’un moyen pour construire des villes durables, et surtout agréables, AVEC la participation des citoyens (par exemple à Copenhague les vélos - utilisés pour 40% des trajets dans l'agglomération -  sont munis de capteurs qui mesurent les concentrations de CO2 et la pollution sonore).

 

Dans ces villes, éco citoyenneté, éco mobilité, éco construction sont des priorités qui avancent très rapidement grâce aux TIC.

 

Pour atteindre la neutralité climatique en 2025, Copenhague, ville qui truste les récompenses dans ce domaine, s'est dotée de laboratoires ouverts : les bloxhub où se retrouvent ingénieurs du bâtiment, informaticiens, urbanistes, anthropologues ou designers, avec des élus municipaux,  des citoyens...

 

 

En France, 25 communes, métropoles et communautés d'agglomération françaises développent des services intelligents, dont 23 ont désigné un chef de projet. Parmi elles, de grandes villes : Paris, Marseille, Lyon,  Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Lille, Grenoble... mais aussi des villes moyennes comme Angers, Béthune, Roubaix, Mulhouse ou Valenciennes.

 

Dans la plupart, des plates-formes Open data ont été déployées.

A noter que depuis janvier 2016, Bordeaux fait partie du programme européen " Sharing Cities ", financé à hauteur de 25 millions d'euros sur 5 ans pour construire des démonstrateurs smart city dans les domaines de la mobilité électrique, de la rénovation énergétique de bâtiments et des smart grids (le smart grid est un réseau « intelligent » qui optimise la production, la distribution, la consommation pour mieux mettre en relation l'offre et la demande d'électricité).

 

Mais ce n'est qu'un début, nous sommes très loin de Copenhague ou Stockholm !

Conclusion

Les chiffres ci-dessus montrent l'impact considérable de l'habitat sur notre environnement.

La construction durable est donc un impératif essentiel dans le cadre d'une transition vers un modèle économique respectueux de la planète et du bien-être de ses habitants.

 

Depuis une dizaine d'années les initiatives publiques ou privées se multiplient à travers le monde. Les entreprises du bâtiment, des grands groupes aux PME ou même start-ups, se mobilisent, signe de l'intérêt des consommateurs pour ce type d'habitat.

 

La France est très en retard par rapport aux objectifs nationaux, fixés dans le cadre de la stratégie nationale bas carbone (SNBC), qui est de diminuer de 30 % ses émissions entre 2013 et 2028. En 2017, le bâtiment affiche un dépassement de 22,7 % des émissions de CO2.

 

IV - Des transports propres

 

 

Quand on se penche sur ce dossier, on est accablé par le volume des statistiques, des bilans, des projections... et des magnifiques envolées lyriques, qui sont souvent autant de pétitions de principe !

 

Comme pour le bâtiment, on est aussi consterné de constater qu'il aura fallu attendre le mitan des années 2010, pour que les lourdes machines administratives des Nations Unis, de la Commission Européenne et des états, se mettent en branle et proposent quelques perspectives pour sortir du tout pétrole qui nous empoisonne aujourd'hui.

 

Les transports émettent très majoritairement du dioxyde de carbone (CO2) (environ 13,5 gigatonnes émises en 2016).

 

Selon l'Agence internationale de l'énergie, les transports représentent environ 14% des émissions de gaz à effet de serre et 23% des rejets de CO2 (38% en France : avec le nucléaire, la France émet relativement peu de CO2 pour son chauffage et son électricité). Ces chiffres ont augmenté de 2,5 % par an entre 2010 et 2015.

 


 

 

Les transports routiers (voitures, camions, etc.) demeurent les principaux responsables de ces émissions de gaz à effet de serre, loin devant le transport aérien ou maritime, également en constante augmentation.

 

En France, c'est ainsi le transport routier qui est l'activité émettant le plus de CO2 : 122 millions de tonnes en 2017, selon les chiffres de l'INSEE. 

 

Les émissions de CO2 sont reparties à la hausse en 2017, la concentration du dioxyde de carbone atteint aujourd'hui les 400 ppm. Il faut savoir que ce gaz séjourne environ un siècle dans l'atmosphère.

 

SUR L'EFFET de SERRE VOIR ICI

 

Les actions internationales

La première Conférence mondiale sur le transport durable s'est déroulée en novembre 2016, au Turkmenistan.

 

Une réunion sympathique organisée par l'ONU, qui aboutit à une volonté réaffirmée : "Mobiliser le transport durable pour le développement", avec quelques recommandations,  et à un constat : "ce n'est pas le financement qui fait défaut mais les projets de qualité ".

La Banque Mondiale disposerait de plus de fonds qu'elle n'en dispense pour le secteur du transport durable.

C'est dire le degré de mobilisation des gouvernements dans le domaine !

 

D'autre part l'ONU indique que " Dans le Programme de développement durable à l'horizon 2030, les transports durables sont intégrés dans plusieurs objectifs de développement durable, en particulier ceux liés à la sécurité alimentaire, la santé, l'énergie, la croissance économique, les infrastructures, les villes et les établissements humains. "

 

  

Dans le cadre de sa Plate-forme Initiative Climat (CIP), l'ONU a recensé une soixantaine d'initiatives d'envergure.

 

L'ICLEI (Conseil International pour les Initiatives Locales pour l'Environnement ),  créé en 1990 sous l'égide des Nations-Unis, est un réseau mondial de villes et de régions engagées dans la construction d'un avenir durable. Elle est particulièrement active dans le domaine des transports. Elle regroupe 1500 villes et régions représentant un quart de la population du globe.

 

En 2016, la Banque mondiale, a appelé à une action pour accélérer les efforts visant à unifier et à transformer le secteur des transports. Elle a lancé un appel à l'action pour la mobilité durable pour tous et impulsé la création de Sustainable Mobility for All (SuM4Allqui regroupe aujourd'hui 56 organisations, ONG, banques, fédérations sportives, ministères, entreprises...

 

De nombreuses ONG se sont saisies du problème.

 

Par exemple, L'Alliance pour l'EcoMobilité qui a été créée en octobre 2011 en Corée. Elle regroupe 23 grandes villes et une quarantaine de fondations, universités, entreprises.... Elle agit pour la  construction d'un avenir de transport durable garantissant des options de mobilité à faibles émissions de carbone, centrées sur l'homme et socialement inclusives.

Son siège est en Allemagne. En mai 2019, une Conférence Internationale sur l'écomobilité se tiendra à Heidelberg.

 

Tout cela est un peu foisonnant... Un peu trop ?

 

Au niveau européen

En 2015,  les transports européens dépendaient du pétrole pour 94% de ses besoins en énergie. L'Europe importait environ 87% de son pétrole brut et de ses produits pétroliers de l'étranger, avec une facture d'importation estimée à environ 187 milliards d'euros.

 

La transition énergétique est donc aussi un impératif économique majeur pour l'Europe.

 

L'UE publie à jet continu sur le sujet depuis 5 ans. Directives, réglementations, appels à projets, conférences, forums... se sont multipliés. Il n'est pas simple de démêler bonnes intentions et actions.

 

En juillet 2016, la Commission dévoile sa stratégie pour la mobilité à faibles émissions :

 

- Accroître l'efficacité du système de transport en tirant le meilleur parti des technologies numériques, de la tarification intelligente et en encourageant davantage le passage à des modes de transport moins polluants,

- Accélérer le déploiement d'énergies alternatives à faibles émissions pour les transports, telles que les biocarburants avancés, l'électricité, l'hydrogène et les carburants synthétiques renouvelables, et éliminer les obstacles à l'électrification des transports

- Vers des véhicules à zéro émission. Si des améliorations supplémentaires du moteur à combustion interne sont nécessaires, l’Europe doit accélérer la transition vers les véhicules à faibles émissions et à émissions zéro. 

 

Quels sont les financements qui pourraient permettre que ces objectifs ne restent pas des voeux pieux ? 

Dans le même texte il est mentionné que : la stratégie s’appuie sur les mécanismes et les fonds existants. Une centaine de milliards dédiés au transport durable sont également disponibles.

Depuis, un certain nombre de forums européens ont vu le jour dans différents domaines (par exemple navigation maritime, transports intelligents...), souvent avec des financements à la clé.

 

Le Parlement européen pousse la Commission à accélérer le rythme. Par exemple, il a adopté en 2018 un rapport sur la « Stratégie européenne en matière de systèmes de transport intelligents coopératifs ». Celui-ci appelle à " l’introduction d’un cadre juridique clair pour soutenir le déploiement des systèmes de transport intelligents coopératifs et demande à la Commission européenne un calendrier précis avec des objectifs clairs."

 

Un premier bilan pourra être fait rapidement pour nombre de ces projets qui étaient affichés à l'horizon 2020. A cette date, 15 à 17% de l'énergie consacrée aux transports devraient être d'origine non pétrolière.

La seconde échéance est en 2030 où les véhicules zéro émission (ZEV) devraient être généralisés.

 

Plan français pour les transports

En France, le secteur des transports représente la principale source d'émissions de gaz à effet de serre ( plus de 30% du CO2 émis).

La tendance n'est pas bonne. Selon l'Observatoire Climat-Énergie, la France ne réalisera pas son objectif fixé dans le cadre de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) : diminuer de 30 % ses émissions entre 2013 et 2028. 

 

Fin 2018, le gouvernement publie donc une Loi mobilités, qui affiche 4 objectifs :

 

 - Apporter à tous et partout des solutions alternatives à la dépendance à l’usage individuel de la voiture.

- Développer l’innovation et les nouvelles solutions de mobilité qui doivent être mises au service de tous.

- Réduire l’empreinte environnementale des transports, en réussissant la transition écologique dans notre façon de se déplacer.

- Investir davantage dans les infrastructures qui améliorent les déplacements du quotidien.

 

Pour réaliser cet objectif, 15 mesures clés sont annoncées : 

 

Des solutions alternatives à la voiture individuelle sur 100% du territoire

Une augmentation de 40 % des investissements pour améliorer les transports du quotidien

La priorité à la remise en état de nos réseaux routier et ferroviaire

Un plan sans précédent pour développer les transports en commun et désenclaver les territoires

La mobilité des personnes en situation de handicap facilitée

Un accompagnement à la mobilité pour tout demandeur d’emploi

100% des informations sur l’offre de mobilité accessibles et la possibilité de faire un trajet porte-à-porte avec un seul titre de transport

Des navettes autonomes en circulation dès l’année 2020

Un forfait mobilité durable : jusqu’à 400 €/an pour aller au travail en vélo ou en covoiturage

Un plan pour développer le covoiturage

Un plan vélo pour tripler sa part dans les déplacements d’ici 2024

Un nouveau cadre pour les solutions en libre-service

Le déploiement du véhicule électrique facilité grâce aux bornes de recharge électriques

Le déploiement de zones à faibles émissions pour un air plus respirable

Le permis de conduire moins cher et plus rapide

 

De bonnes intentions dont la concrétisation devra être vérifiée...

 

 

A noter qu'au niveau local et régional de nombreuses initiatives permettent d'envisager un avenir moins sombre pour les grandes agglomérations urbaines françaises, actuellement très polluées.

 

Voir le site de l'ADEME.

 

L'évaluation de Greeenpeace (2018, ci-contre), qui prend en compte la restriction sur les véhicules polluants, le renforcement de l'offre de transports en commun, la mise en place d'un réseau express vélo, les incitations au changement de comportement, montre que seules Paris, Strasbourg et Nantes et à un niveau en dessous Grenoble, peuvent être créditées d'actions significatives. 

Montpellier (ex surdouée), Lille et surtout Marseille et Nice, sont les très mauvais élèves.

 

L'évaluation mondiale réalisée par Arcadis positionne Paris au 3ème rang (derrière Hong-Kong et Zurich), Lyon est 15ème... Marseille n'est même pas classée !

 

Données et études statistiques sur les transports (France)

 

Conclusion

En gros, il aura fallu attendre la COP 21 à Paris (2015), dans ce domaine comme dans les autres, pour que les grosses machines institutionnelles prennent vraiment au sérieux le problème de l'impact des transports sur notre qualité de vie. 

 

Je rappelle que le Protocole de Kyoto visant à lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, date de 1997.

 

Une série d'objectifs aux horizons 2020 et 2030 a été proposée.

La France, qui veut donner l'exemple, a du mal à suivre.

 

Ainsi, une récente enquête de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) montre que notre pays est très en retard sur ses objectifs.

En cause le bâtiment (voir 3ème partie) et les transports. Ce retard se creuse d'année en année.

La loi sur la transition énergétique, adoptée en 2015, prévoit aussi que la consommation finale d'énergie française doit baisser de 20% en 2030 et de 50% d'ici 2050, tandis que la consommation d'énergie fossile (pétrole, charbon, gaz) doit reculer de 30% en 2030. Mais la France ne devrait avoir réduit sa consommation d'énergie finale que de 17% en 2030 et de 44% en 2050. (source : Ministère de la Transition Energétique)

 

Le retard actuel au bout de 3 ans serait de... 3 ans !

 

Le mouvement des "gilets jaunes" aura au moins permis d'attirer l'attention sur la fiscalité des carburants et d'observer que l'effort pour financer la transition énergétique repose principalement sur les ménages, quand l'exonération du transport routier des marchandises coûte des centaines de millions aux contribuables (loi des finances 2018, ci-dessus).

Il est vrai, qu'en terme de nuisances potentielles sur les routes et près des dépôts de carburant, un camion vaut bien cent gilets jaunes !

 

V - La gestion de l'eau

L’eau couvre les trois-quarts de notre planète, mais l’eau douce, nécessaire à l’homme, est rare.

 

Les glaces polaires en représentent la majeure partie. L’eau douce disponible : eaux de surface, nappes souterraines et eaux de pluie, représente moins de 1% de l’eau sur Terre. 

 

Inégal en Europe, l’accès à l’eau est encore plus aléatoire dans d’autres parties du monde, comme dans de nombreuses régions d’Afrique et d’Asie où sévissent sécheresses dramatiques et inondations catastrophiques.

 

 

Dans ces zones en forte croissance démographique et économique, souvent politiquement instables, l’eau peut être à l'origine de tensions, voire de conflits.

 

Le dérèglement climatique en cours ne va pas améliorer les choses !

 

J'ai rassemblé ici quelques éléments actuels à propos de la problématique de l'accès à ce précieux liquide.

Les liens fournis dans ces articles peuvent permettre d'aller très au-delà de cette très schématique synthèse, notamment à propos de l'assainissement des eaux usées.

 

La guerre de l'eau a déjà eu lieu...

Pacific Institute
Pacific Institute

L'histoire des conflits liés aux ressources en eau, remonte à des milliers d'années. 

Le Pacific Institute, qui a établi une chronologie des conflits autour de l'eau, remonte à 3000 ans avant JC :

 

"La légende sumérienne antique raconte que la divinité Ea, a puni l’humanité pour ses péchés en infligeant à la Terre une tempête de six jours. Le mythe sumérien est le parallèle du récit biblique de Noé et du déluge, bien que certains détails diffèrent."

 

Plus près de nous, en 596 av. J.-C., pour mettre fin à 13 ans de siège, Nabuchodonosor (II) détruit une partie de l'aqueduc qui approvisionne la cité de Tyr.

 

Quelques événements souvent cités : 

 

En 1503, lors d'un conflit entre Florence et Pise, Léonard de Vinci et Machiavel veulent détourner le cours de l'Arno, pour priver Pise de son accès à la mer.

 

En 1898, un conflit militaire éclate entre la Grande-Bretagne et la France lorsqu’une expédition française tente de prendre le contrôle des eaux en amont du Nil blanc.

 

En 1938, afin d'inonder les zones menacées par l'armée japonaise, Tchang Kaï-chek ordonne la destruction des digues sur une partie du fleuve Jaune, en Chine. Les eaux de la crue qui en résulte couvrent une superficie variablement estimée entre 3000 et 50000 kilomètres carrés, et tuent des dizaines de milliers de Chinois.

 

Dès l'origine, la question de l’eau a pris un caractère géopolitique évident dans les relations entre Israël et les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, où une disparité flagrante de consommation a été établie entre ces deux communautés, qui partagent les même sources d’approvisionnement.

Selon un rapport de la Banque mondiale, un Israélien dispose en moyenne de quatre fois plus d’eau qu’un Palestinien. En Cisjordanie, 450 000 colons utilisent plus d’eau que 2,3 millions de Palestiniens. Dans certaines régions de la vallée du Jourdain, l’eau est systématiquement déviée pour alimenter les colonies ou Israël.

 

Aujourd'hui, les contentieux à propos de l'eau sont nombreux à travers le monde, car plus de 40 % de la population mondiale se situe dans les 250 bassins fluviaux transfrontaliers du globe. 

Toutes ces populations se trouvent dans l’obligation de partager leurs ressources en eau avec les habitants d'un pays voisin.

 

Au Proche-Orient, on peut en particulier citer l'Égypte, entièrement tributaire du Nil pour ses ressources en eau, qui doit néanmoins partager celles-ci avec dix autres États du bassin du Nil.

 

L'Irak, la Syrie, dépendent de la Turquie, puisque le Tigre et l'Euphrate,  y prennent leur source. La doctrine d’amont qui donne l’avantage au pays d’amont, donc ici à la Turquie (et à l’Iran), sur les pays d’aval, la Syrie et l’Irak, pose des problèmes à ces derniers.

 

 En 2015, 29% de la population mondiale ne disposait pas d'un réseau d'approvisionnement en eau potable géré en toute sécurité et 61% ne disposaient pas de services d'assainissement gérés de manière sûre. En 2015, 892 millions de personnes ont continué à pratiquer la défécation à l'air libre.

 

En 2015, seuls 27% de la population des PMA (pays les moins développés) disposaient d'installations de base pour se laver les mains.

 

Les estimations préliminaires tirées des données sur les ménages de 79 pays essentiellement à revenu élevé et à revenu intermédiaire (à l'exception d'une grande partie de l'Afrique et de l'Asie) suggèrent que 59% de toutes les eaux usées domestiques sont traitées en toute sécurité.

 

Dans 22 pays, principalement en Afrique du Nord et en Asie occidentale et en Asie centrale et méridionale, le niveau de stress hydrique est supérieur à 70%, ce qui indique une forte probabilité de pénurie d'eau future.

 

En 2017-2018, 157 pays ont signalé une mise en œuvre moyenne de la gestion intégrée des ressources en eau de 48%.

Sur la base de données provenant de 62 des 153 pays partageant des eaux transfrontalières, le pourcentage moyen de bassins transfrontaliers nationaux couverts par un arrangement opérationnel n'était que de 59% en 2017.

 

La pénurie d'eau, les inondations et le manque de gestion appropriée des eaux usées entravent le développement social et économique. L'augmentation de l'efficacité de l'utilisation de l'eau et l'amélioration de la gestion de l'eau sont essentiels pour équilibrer la demande en eau croissante et concurrente de divers secteurs et utilisateurs.

 

ONU, Rapport sur les objectifs de développement durable, 2018. 

 

VOIR aussi ICI

Etat des lieux mondial

Disponibilité en eau douce

Différents types d'aquifères
Différents types d'aquifères

Aujourd'hui, la principale source d'eau, pour plus de 2 milliards de personnes, est constituée par les aquifères - des réservoirs souterrains d'eau douce.

 

La production de biens et de nourriture à forte consommation d'eau, en augmentation constante et rapide, met la pression sur les réserves mondiales en eau douce.

 

La forte progression de la consommation mondiale d'eau douce a entraîné l'épuisement de plus de la moitié des plus grands aquifères du monde et constitue un problème susceptible de s'aggraver à mesure que la demande augmente.

 

 De plus, le changement climatique va menacer les écosystèmes et les environnements qui protègent des ressources en eau, notamment dans les pays les plus défavorisés, et aggraver sérieusement leurs problèmes.

 

 

Le secteur agricole, qui absorbe 70% de la consommation annuelle mondiale d'eau, ressent déjà les effets d'une pénurie, la demande dépassant les capacités de production en eau douce. 

 

«Nous constatons déjà un épuisement des eaux souterraines dans de nombreuses régions...Là où il n'y a pas assez de capacité pour répondre à la demande, nous verrons la production diminuer, ce qui affectera directement le revenu et la sécurité alimentaire des agriculteurs." Rapport de l'ONU 

 

L'agriculture doit être au cœur de tout débat sur la gestion des ressources naturelles et des objectifs environnementaux mondiaux. (*) Sachant que la population mondiale devrait atteindre les 9 milliards d'habitants d'ici 2050, et qu'il faut donc augmenter la production vivrière de 60 pour cent au cours de la même période sans obérer les ressources naturelles pour les générations futures.

 

(*) 1.000 litres d'eau pour produire 1 kg d'avocats en Afrique du sud, alors qu'il suffit de 180 litres d'eau pour faire pousser un kilo de tomates !

Prise de conscience internationale

Stress hydrique signifie donc pénurie alimentaire.

 

Les Nations-Unis directement via la FAO ou indirectement avec l'OMS, l'UNICEF et l'UNESCO qui produit chaque année un Rapport Mondial sur le Développement de l'Eau - ou avec des organismes qui agissent sous son égide, en suivant notamment les recommandations de l'Objectif 6 (Goal 6, Clean Water and Sanitation), tel que le Gef (Global Environment Facility).

 

L'OCDE s'est également engagée à propos de la gouvernance de l'eau : l'organisation a établi une liste de " 12 actions impératives à l'intention des gouvernements pour concevoir et mettre en oeuvre des politiques de l’eau effectives, efficientes et inclusives"

 

A noter l'action du Conseil Mondial de l'Eau (WWC), " organisation internationale multipartite dont la mission est de mobiliser des actions sur les problèmes critiques de l'eau à tous les niveaux, y compris au plus haut niveau de la prise de décision."

 

Le Conseil s'efforce de toucher l'ensemble de la sphère politique : les gouvernements nationaux, les parlementaires et les autorités locales, ainsi que les organes des Nations Unies, à qui il présente ses multiples initiatives.

 

Le WWC co-organise tous les 3 ans le Forum Mondial de l'eau, qui réunit des participants de tous les niveaux et de tous les domaines, y compris la politique, les institutions multilatérales, les universités, la société civile et le secteur privé. 

 

Même si l'Europe reste privilégiée pour son alimentation en eau, il faut noter qu'aujourd'hui encore, 5% des Européens n'ont pas accès à l'eau potable, et 10% n'ont pas accès à l'assainissement. Chaque année, près de 13 000 enfants de moins de 15 ans meurent de maladies liées à l'eau en Europe.

 

Evidemment l'Union Européenne s'est aussi saisie du problème de l'eau en général et de l'eau potable en particulier, à travers de nombreuses directives - dont elle a le secret ! -. On trouvera l'essentiel ICI.

 

Deux points me paraissent importants :

 

- l'effort de rechercheL’Union européenne possède le plus grand programme de recherche publique du monde. Ce programme a investi 1,3 milliards d’euros pour la recherche sur l’eau au cours des dix dernières années. Les projets ainsi financés concernent presque tous les aspects de la gestion durable de l’eau.

 

- l'assistance au développement : L’Union européenne qui est le premier contributeur mondial d’aide au développement, consacre environ 4 milliards au secteur de l'eau. Certains programmes, comme MEDA WATER (à destination du Maghreb, de l'Egypte, de la Palestine, du Liban et de la Jordanie) " aident les agriculteurs à gérer leurs ressources en eau et les villages à améliorer l’accès à l’eau et son utilisation" .

 

Quels sont les problèmes de l'eau en France ?

Le 17 octobre 2017, l’UFC-Que Choisir lançait une campagne d’alerte intitulée « S. Eau S. »

 

Elle dressait alors " le bilan catastrophique des conséquences de décennies d’agriculture productiviste sur la ressource aquatique et l’inaction des pouvoirs publics."

 

A propos des nitrates , l'association de consommateurs précisait :

la proportion des nappes phréatiques fortement contaminées (plus de 40 mg/l) a augmenté de moitié entre 1996 et le début des années 2010, avec comme conséquence que 43 % des nappes désormais dépassent la valeur guide européenne."

 

Par ailleurs Que Choisir pointait du doigt " la responsabilité de l’agriculture intensive quant à la pression quantitative sur la ressource."

 

Il est donc de plus en plus difficile de rendre l'eau potable et les traitements  coûtent de plus en plus cher.

 

Or nous sommes très loin  du principe pollueur-payeur :

- en 2015 les consommateurs versaient aux agences de l’eau 88 % de la redevance pollution (les industriels 5%, les agriculteurs 7%)

- les ménages, qui consomment  24 % de l’eau fournie, paient 70 % des taxes ; les agriculteurs, qui en consomment le double, contribuent pour 4 % ; et les industriels qui utilisent 6 % de l’eau, contribuent à 18 % du financement total.

 

De quoi bémoliser les pâmoisons politiques qui entourent le Salon de l'Agriculture !

 

Et aussi relativiser les belles déclarations des ministères qui rappellent que la politique de l’eau en France est fondée sur quatre grandes lois et encadrée par la directive-cadre européenne sur l’eau publiée en 2000.

 

Cette directive-cadre n'est pas vraiment contraignante. Elle recommande :

 

  • la non-dégradation des ressources et des milieux ;
  • le bon état des masses d’eau, sauf dérogation motivée ;
  • la réduction des pollutions liées aux substances ;
  • le respect de normes dans les zones protégées.

Voila qui ne mange pas de pain !

 

Il faut savoir qu'en France la gestion de l'eau est très complexe :

"La définition et la mise en œuvre d’une politique pour l’eau impliquent un grand nombre d’acteurs. Pouvoirs publics, collectivités territoriales, structures de gestion, acteurs économiques, associations… prennent des décisions en concertation à plusieurs échelles : Europe, État, bassins hydrographiques, régions, départements, et intercommunalités"

 

A partir de 2020, la responsabilité de l'assainissement quittera les communes au profit des intercommunalités (EPCI), ce qui devrait éviter les gaspillages,  optimiser les coûts et améliorer les services (on peut l'espérer).

Conclusion

Que pouvons-nous faire pour préserver la ressource ?

L'eau, bien plus que l'or ou le pétrole, est un bien précieux que les hommes se disputent depuis la nuit des temps.

 

La ressource est très inégalement répartie. Du côté de l'orient, le stress hydrique affecte des centaines de millions de pauvres gens, bien loin de disposer des 50 l d'eau par jour nécessaires à une vie décente, selon les normes internationales (France : 150 l).

Le dérèglement climatique en cours, qui provoque inondations gigantesques ou sécheresses interminables, va aggraver le sort de ces populations.

 

L'Europe, mieux pourvue, par ses programmes de recherche ambitieux ou directement, vient en aide à certains de ces pays. La communauté internationale commence à se mobiliser. Il est déjà bien tard.

 

La France, qui disposait d'une ressource conséquente, a ravagé ses sols avec les pesticides et engrais nécessaires à son agriculture intensive. La cote d'alerte est largement dépassée puisque ce sont maintenant les nappes souterraines qui sont atteintes. Même si l'usage de ces produits chimiques étaient totalement bannies, ce sont des dizaines d'années qui seraient nécessaires à la restauration de leur qualité. Nous sommes à un point tel que, dans certaines régions, le traitement des eaux devient une gageure ou s'effectue avec des coûts considérables.

 

 

A noter : en 2010,  1,3 milliard d'euros sont affectés à la dépollution contre seulement 700 millions d'euros pour les programmes de prévention (enquête Que Choisir citée plus haut)

 

Que pouvons-nous faire ? Certes beaucoup moins tirer la chasse (voir ci-dessus)... mais surtout lutter contre la mal-bouffe pour inciter nos agriculteurs à évoluer vers l'agriculture biologique. Sait-on qu'aujourd'hui, alors que nous exportons massivement nos produits agricoles "traditionnels", nous devons importer plus de 30% des produits bio que les consommateurs réclament, toujours plus nombreux !

 

En janvier 2019, la Cour des comptes a relevé que la répartition française des aides européennes aux agriculteurs favorise de "fortes inégalités" entre les exploitations "les effets de ces aides sont, au mieux, incertains, que ce soit au regard du revenu des agriculteurs, de l'économie des exploitations ou de l'environnement".*

 

L'aide directe venant de la PAC,  représente près de 8 milliards d'euros.

 

"En 2015, écrit la Cour des comptes, "10% des bénéficiaires (33.000 exploitants) ont perçu moins de 128 euros par hectare d'aides directes découplées (droits à paiement de base), alors qu'à l'autre extrémité, (...) 10% des bénéficiaires ont perçu plus de 315 euros/ha".

 

Ce ne sont pas des marathons au Salon de l'agriculture dont notre pays a besoin, mais d'une politique agricole qui assure la promotion d'une production saine.