04 octobre 2021

Déclin de l'efficacité des vaccins à ARNm en fonction du temps

Mise à jour au 04 octobre 2021

Une étude publiée par les chercheurs de BioNTech/Pfizer dans la très sérieuse revue britannique The Lancet,  confirme l'efficacité élevée du BNT162b2 contre les hospitalisations jusqu'à environ 6 mois après avoir été complètement vacciné, même face à la dissémination généralisée du variant delta.

 

L'étude a été réalisée entre le 14 décembre 2020 et le 8 août 2021, sur 4 920 549 personnes évaluées pour leur éligibilité. 

 

Pour les personnes entièrement vaccinées, l'efficacité contre les infections au SRAS-CoV-2 était de 73 %.  Contre les hospitalisations liées au COVID-19 elle était de 90 % (89-92). 

 

L'efficacité contre les infections est passée de 88 % au cours du premier mois après la vaccination complète à 47 %  après 5 mois. Parmi les infections séquencées, l'efficacité du vaccin contre les infections du variant delta était élevée au cours du premier mois après la vaccination complète (93 % ) mais a diminué à 53 % après 4 mois. 

 

L'efficacité contre d'autres variantes (non delta) le premier mois après la vaccination complète était également élevée à 97 %, mais a diminué à 67%  à 4-5 mois.

 

 L'efficacité du vaccin contre les admissions à l'hôpital pour des infections avec la variante delta pour tous les âges était élevée dans l'ensemble (93 %) jusqu'à 6 mois.

 

CONCLUSION :

Si la protection de ces vaccins face à la contamination par le virus SRAS-CoV-2 s'affaiblit significativement avec le temps,  la diminution de l'efficacité contre les admissions à l'hôpital n'a pas été observée dans cette population d'étude six mois après la deuxième injection.

 

Enfin un antiviral efficace contre le SRAS-CoV2 ?

Le molnupiravir change la donne ?

 Le géant pharmaceutique Merck & Co vient d'annoncer qu'un molécule - le molnupiravir - administrée tôt après l'infection par le SRAS-CoV-2 réduit de moitié le risque d'hospitalisation et de décès d'une personne infectée par le virus.

 

Il s'agit du premier traitement antiviral oral, qui se montre efficace.

Dans un communiqué, Merck a déclaré qu'il prévoyait de demander bientôt une autorisation d'utilisation d'urgence auprès de la Food and Drug Administration des États-Unis.

 

Actuellement deux autres options antivirales sont disponibles : le remdesivir (modérément efficace), dont il a été démontré qu'il réduit les séjours à l'hôpital chez certains patients, et les anticorps monoclonaux (très chers). Contrairement au molnupiravir, ces deux traitements doivent être administrées par voie intraveineuse.

 

Cette annonce découle de l'analyse des données d'un essai mené sur 775 patients non hospitalisés qui ont rejoint l'étude dans les 5 jours suivant le début des symptômes et qui présentaient au moins un facteur de risque de développer une maladie grave. Les patients ont reçu un traitement de 5 jours, qui a suffi pour perturber la capacité du virus du SRAS-CoV-2 à répliquer son génome .

Il avait été précédemment montré que le molnupiravir augmente la fréquence des mutations de l'ARN viral et altère la réplication du SRAS-CoV-2 dans les modèles animaux et chez l'homme. 

 

Je rappelle qu'une étude précédente avait montré que cet antiviral avait peu d'effet lorsqu'il était administré à des patients déjà hospitalisés pour une maladie grave

Certains chercheurs avertissent que les effets secondaires pourraient être une préoccupation et que les nouveaux résultats n'ont pas encore été examinés par des pairs. 

 

 

La passionnante histoire des vaccins à ARNm

Près de 35 ans de recherches très complexes

Robert Malone
Robert Malone

A l'approche de la saison des Nobels, il est bon de retracer l'histoire de l'avènement de ces fantastiques produits qui nous épargné un désastre sanitaire, sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

 

Qui en effet peut mieux mériter la suprême récompense, que tous ces chercheurs, d'orientation scientifique différente, qui depuis tant d'années se battent pour rendre possible l'utilisation des ARNm comme médicament !

 

L'histoire débute en 1987, quand Robert Malone, étudiant au Salk Institute for Biological Studies à La Jolla (Californie) mélange des brins d'ARN messager avec des gouttelettes de graisse, pour créer une sorte de ragoût moléculaire. Les cellules humaines baignées dans ce milieu ont alors absorbé l'ARNm et ont commencé à produire des protéines.

 

C'était la première fois que quelqu'un utilisait des gouttelettes grasses pour faciliter le passage de l'ARNm dans un organisme vivant

Malone écrit alors, le 11 janvier 1988 :

"Si les cellules pouvaient créer des protéines à partir de l'ARNm qui leur était délivré, il serait peut-être possible de « traiter l'ARN comme un médicament ".

 

Notons cependant que dès 1978, les scientifiques avaient utilisé des structures de membranes graisseuses appelées liposomes pour transporter l'ARNm dans les cellules de souris, puis humaines, afin d'induire l'expression des protéines. Les liposomes emballaient et protégeaient l'ARNm, puis fusionnaient avec des membranes cellulaires pour délivrer le matériel génétique dans les cellules.

 

Ce sont ces pionniers qui ont ouvert la voie  à deux des vaccins les plus importants et les plus rentables de l'histoire : les vaccins COVID-19 à base d'ARNm administrés à des centaines de millions de personnes dans le monde.

Les ventes mondiales de ces produits devraient dépasser les 50 milliards de dollars américains, rien qu'en 2021.

 

 

Et un Nobel à la clé ?


Un chemin semé d'embûches !

Malheureusement l'ARNm était considéré comme trop instable et trop coûteux pour être utilisé comme médicament ou vaccin et les travaux de Malone et de ses premiers successeurs ont été négligés, les brevets n'ont pas été pris où abandonnés.

Robert Malone n'a même pas obtenu son doctorat et après quelques déboires est rentré dans le circuit commercial et le conseil.

Très aigri aujourd'hui, il est dans la critiques des vaccins de Pfizer/BioNTech.

 

C'est une société française, Transgène, petite entreprise de biotechnologie implantée à Strasbourg qui a véritablement relancé l'affaire. En 1993, une équipe dirigée par Pierre Meulien, en collaboration avec des partenaires industriels et académiques, a été la première à montrer qu'un ARNm dans un liposome pouvait déclencher une réponse immunitaire antivirale spécifique chez la souris.

 

Les chercheurs de Transgène ont breveté leur invention et ont continué à travailler sur des vaccins à ARNm. Cependant le coût de l'optimisation de la plateforme était estimé à 100 millions d'euros une somme jugée exorbitante pour une  entreprise aussi « délicate et à haut risque ».

Le brevet est devenu caduc après que la société mère de Transgène a décidé d'arrêter de payer les frais nécessaires à son maintien en activité.

Quel gâchis !

Les ARNm contre le cancer

L'idée du vaccin à ARNm a eu un accueil plus favorable dans les cercles d'oncologie, en tant qu'agent thérapeutique.

 

Si l'ARNm encodait des protéines exprimées par les cellules cancéreuses, l'idée était que son injection dans le corps pourrait entraîner le système immunitaire à attaquer ces cellules.

 

 Cette idée a inspiré les fondateurs des sociétés allemandes CureVac et BioNTech – deux des plus grandes sociétés d'ARNm existantes aujourd'hui – à commencer à travailler sur l'ARNm.

 

Tout récemment, une étude parue dans la revue « Science Translational Medicine », a présenté un nouveau traitement à ARN messager qui se montre prometteur dans la lutte contre le cancer.

 

Cette étude a été menée par le laboratoire BioNTech (fabriquant du vaccin à ARN messager contre le Covid 19) en association avec Sanofi.

Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé l'ARN messager pour induire une immunothérapie locale en donnant à l'organisme des instructions qui vont permettre de coder des cytokines, de petites molécules qui aident à éliminer les tumeurs.

 

Sur vingt souris atteintes de mélanomes ou de tumeurs pulmonaires, les chercheurs ont injecté directement dans les tumeurs ce traitement à base d’ARN messager. En moins de 40 jours, de grandes quantités de cytokines ont été produites, et les tumeurs ont été totalement éradiquées chez 17 souris. Sans effets secondaires.

Un essai clinique de phase 1 avec 230 participants est actuellement en cours.

 

L'envol

C'est ici qu'intervient l'histoire de BioNTech.

 Özlem Türeci (à gauche) et Uğur Şahin ont commencé à étudier l'ARNm à la fin des années 1990,  travaillant à l'université Johannes Gutenberg de Mayence en Allemagne, obtenant des brevets, des articles et des subventions de recherche.

 

En 2007 ils présentent un plan commercial aux investisseurs  en affirmant « Si cela fonctionne, ce sera révolutionnaire»

Ils obtiennent alors 150 millions d'euros de capital d'amorçage et lancent BioNTech.

 

À la fin des années 2000, plusieurs grandes sociétés pharmaceutiques se sont lancées dans le domaine de l'ARNm. En 2008, par exemple, Novartis et Shire ont créé des unités de recherche sur l'ARNm – la première se concentrait sur les vaccins, la seconde sur la thérapeutique.

 

 BioNTech a été lancé cette année-là et d'autres start-up sont rapidement entrées dans la mêlée, renforcées par une décision de 2012 de l'Agence américaine des projets de recherche avancée pour la défense, de commencer à financer des chercheurs de l'industrie pour étudier les vaccins et les médicaments à ARN.

 

 Moderna était l'une des entreprises qui s'est appuyée sur ce travail et, en 2015, elle avait levé plus d'un milliard de dollars sur la promesse d'exploiter l'ARNm pour inciter les cellules de l'organisme à fabriquer leurs propres médicaments, corrigeant ainsi les maladies causées par des protéines manquantes ou défectueuses. 

 

Lorsque ce plan a échoué, Moderna, dirigé par le directeur général français Stéphane Bancel, transfuge de BioMérieux, a choisi de donner la priorité à un objectif moins ambitieux : fabriquer des vaccins. Il ne doit pas le regretter !

 

 

Les deux points clés

Rappel :

Les vaccins COVID-19 fabriqués à partir d'ARN messager utilisent des nanoparticules lipidiques - des bulles de graisses - pour transporter les molécules dans les cellules.

L'ARNm contient le code permettant aux cellules de produire la protéine "spike" que le coronavirus SRAS-CoV-2 utilise pour pénétrer dans les cellules.

 

Voici les principales innovations dans la conception de ces vaccins.

 

Le vaccin produit par Moderna et BioNTech utilise un ARNm modifié où un nucléotide uridine (U) est remplacé par une pseudouridine (Ψ).

Ce changement est censé empêcher le système immunitaire de réagir à l'ARNm introduit.

 

Pour aider l'organisme à mettre en place une réponse immunitaire efficace en cas d'infections ultérieures par le SRAS-CoV-2, la séquence de l'ARNm est adaptée pour stabiliser la protéine spike dans la forme qu'elle utilise lors de sa fusion avec les cellules humaines.

 

La nanoparticule grasse qui entoure l'ARNm est constituée de quatre types de molécules lipidiques. L'une d'entre elles est "ionisable" : dans le vaccin, beaucoup de ces molécules ont une charge positive et s'accrochent à l'ARNm chargé négativement, mais elles perdent cette charge dans les conditions plus alcalines de la circulation sanguine, ce qui réduit la toxicité dans l'organisme.

 

L'ARNm modifié

 

Dès la fin des années 90, des chercheurs cherchaient à utiliser l'ARNm dans des vaccins contre le VIH. Cependant ces vaccins déclenchaient des réactions inflammatoires massives lorsqu'ils étaient injectés à des souris.

 

En 2005,  la biochimiste Katalin Karikó et l'immunologiste Drew Weissman, tous deux à l'Université de Pennsylvanie (UPenn) à Philadelphie qui travaillaient sur le sujet,  montrent que la réorganisation des liaisons chimiques sur l'un des nucléotides de l'ARNm, l'uridine, pour créer un analogue appelé pseudouridine, semblait empêcher le corps d'identifier l'ARNm comme un agresseur.

La modification d'une partie du code de l'ARNm permet donc à l'ARNm synthétique de franchir le cap des défenses immunitaires innées de la cellule.

C'était une avancée capitale dans la préparation des futurs vaccins de Moderna de BioNTech, qui tout deux utilisent ce type d'ARNM modifié.

 

L'encapsulation de l'ARNm

 

Une autre difficulté majeure était de faire en sorte que l’ARN messager pénètre dans les cellules du tissu (peau, muscle) dans lequel on l’injecte.

 

Il faut pour cela que la molécule d’ARN franchisse la membrane cellulaire afin de se retrouver dans le cytoplasme. C’est en effet dans ce compartiment de la cellule qu’elle sera traduite en protéine et servira d’antigène vaccinal.

Par ailleurs, l’ARN est susceptible d’être dégradé par des enzymes, des ribonucléases extracellulaires, abondamment présentes dans la peau et dans le sang. Cela impose donc de protéger l’ARN messager, menacé d’être détruit par ces enzymes ubiquitaires, tout en facilitant sa pénétration dans la cellule.

 

Il n'était donc pas simple d'amener l'ARNm sur sa cible.

 

Un moyen efficace pour protéger l’ARN consiste à l’encapsuler dans de très petites particules, en l’occurrence des nanoparticules lipidiques.

Celles-ci sont typiquement composées de quatre éléments différents. 

 

Tout d’abord de lipides capables de s’auto-agencer en particules sphériques (de 70–100 nanomètres) pour encapsuler l’ARN messager, soit ionisables (capables d’acquérir des charges positives en fonction du pH) ou cationiques (chargés positivement).

Ensuite de phospholipides ressemblant à ceux de la membrane cellulaire. Mais aussi de cholestérol qui stabilise la double couche lipidique de la nanoparticule lipidique. Enfin d’un lipide-PEG (polyéthylène glycol) qui apporte une couche hydratée aux nanoparticules et permet à ces formulations de gagner en stabilité.

 

La conception de ces minuscules bulles de graisse connues sous le nom de nanoparticules lipidiques, ou LNP, qui protègent l'ARNm et le transportent dans les cellules, doit beaucoup à  Pieter Cullis, biochimiste à l'Université de Colombie-Britannique à Vancouver, Canada.

En 2012, deux des sociétés fondées par Cullis se sont tournées vers l'exploration des opportunités pour le système d'administration de LNP dans les médicaments à base d'ARNm.

 

 

Nobel : and the winner is ?

 

Tous les chercheurs que j'ai cité dans cet article ont été des maillons importants dans la chaîne qui a conduit aux vaccins à ARN messagers.

Aucun doute que l'un ou plusieurs d'entre-eux sera (seront ) honorés à Stockholm.

 

Cependant nous ne sommes qu'au début du parcours qui conduira à l'utilisation d'ARNm dans de nombreuses indications thérapeutiques et notamment en oncologie.

 

 

Un article exhaustif (mais complexe !) dans la revue NatureThe tangled history of mRNA vaccines

 

Photos de gauche à droite et de haut en bas :

Pierre Meulien, Transgène,

Katalin Karikó a montré que les modifications chimiques de l'ARN peuvent faire passer la molécule au-delà des défenses immunitaires du corps,

Drew Weissman a travaillé avec Karikó et a co-découvert les avantages de l'ARNm modifié,

Pieter Cullis, mise au point des nanoparticules lipidiques, (LNP) qui protègent l'ARNm et le transportent dans les cellules

Ingmar Hoerr (à gauche) a fondé CureVac et l'immunologiste du cancer Eli Gilboa (à droite) a fondé la première entreprise de thérapie par ARNm

Derrick Rossi (à gauche) et Stéphane Bancel (à droite), Moderna.

 

 

 

 

27 septembre 2021

Communication scientifique pendant la pandémie : profusion, richesse et dérives

Rapport du Comité d'Ethique du CNRS (COMETS)

 

Le COMETS, comité d'éthique du  plus grand organisme public français de recherche scientifique, vient de publier son avis sur la " Communication scientifique en situation de crise sanitaire..."

Elle traite évidemment des comportements durant la crise du COVID : comportement du monde scientifique, des politiques et du public.

 

En voici les principaux éléments.

 

Si cet avis débute par un constat optimiste :

" les connaissances sur le SARS-CoV-2 et la COVID-19 ont très rapidement évolué grâce à une mobilisation inédite de la communauté scientifique internationale, au partage des données et à une politique éditoriale d’ouverture des publications, toutes initiatives qui sont les conséquences des récentes avancées permises par la Science Ouverte.".

 

Le COMETS porte aussi "un regard critique sur certaines dérives éditoriales et notamment sur les écarts à l‘intégrité scientifique, à la déontologie et à l’éthique qui ont accompagné la publication de travaux contestables portant sur des traitements de la COVID-19 par l’hydroxychloroquine."

 

Les multiples dérives du Pr Raoult et de l'IHU Marseille

 

Il relève en particulier le comportement déviant du Pr Raoult et de l'IHU Marseille.

 

"D’une manière plus générale, le COMETS déplore le comportement irresponsable de certains chercheurs qui ignorent, ou veulent ignorer, les fondements de la démarche scientifique que sont la rigueur, l’honnêteté, la fiabilité et la transparence des méthodes utilisées et l’évaluation critique des publications par les pairs."

 

"Les dérives constatées sont lourdes de conséquences par leur impact sur la santé et parce qu’elles contribuent à la défiance des citoyens vis-à-vis de la science et des scientifiques."

 

Face à l’urgence de trouver des solutions thérapeutiques à la COVID-19, "des acteurs de la recherche et du monde médical ont soutenu que l’intuition ou le « bon sens », médical seraient suffisants pour décider de l’efficacité et de la sécurité d’un traitement."

 

"Ils ont déclaré être les tenants d’une « éthique du traitement » qui serait opposée à une « éthique de la recherche » 

Ce discours a servi la promotion, par Didier Raoult et son équipe de l’IHU de Marseille, du traitement de la COVID-19 par un antipaludéen connu de longue date, l’hydroxychloroquine (HCQ)."

 

Largement ouvert au public, dans des conditions peu respectueuses des règles de déontologie médicale, le traitement a fait l’objet d’un emballement médiatique et politique alors même que son efficacité sur la COVID-19 ne reposait que sur une étude clinique contestable.

 

Des travaux biaisés publiés sans examen par des pairs, dans une revue contrôlée par l'IHU

 

Les dérives qui ont accompagné la publication de cette étude dans la revue International Journal of Antimicrobial Agents  ont alerté la communauté scientifique. 

Elles sont édifiantes : accepté 24 heures après sa soumission, l’article a eu, dès sa parution, un énorme impact international ; il a été critiqué sur sa méthodologie (élimination de cas, biais statistiques, absence de preuves robustes,) et suscité des commentaires sur le processus de validation par les pairs, l’un des signataires, Jean-Marc Rolain, étant aussi l’éditeur en chef de cette revue.

 

"Face à la pression de la communauté scientifique, l’article a été ré-évalué postérieurement à sa publication. L’expertise, rendue publique par la revue, a recommandé le retrait de l’article, ce qui n’a pas été fait."

 

"Près de 40 % des articles publiés dans l’International Journal of Antimicrobial Agents depuis sa création en 2013 ont été co-signés par son éditeur en chef, Jean-Marc Rolain, et un, voire plusieurs, membres de l’IHU de Marseille dont Didier Raoult."

 

"De tels conflits d’intérêt jettent la suspicion sur la validité de leurs travaux et sont d’autant plus critiquables que cette autopromotion contribue à l’avancement de carrière des auteurs et au financement de leur recherche, tous deux conditionnés par le nombre de leurs publications. "

 

"L’article de D. Raoult et son équipe oblige à un questionnement sur la responsabilité des auteurs face à l’énorme impact de leurs résultats en termes de soins. On peut s’inquiéter de ce que cette étude si peu probante ait pu susciter une telle adhésion du public. Il a été impossible par la suite d’en corriger les effets.

Comme nous le discutons plus loin, cette situation rassemble beaucoup des ingrédients de ce qui s’apparente au « populisme scientifique »."

 

"Les controverses autour de l’efficacité de l’HCQ ont conduit plusieurs équipes à conduire de nouvelles études. A la suite de la publication de l’une d’entre elles qui ne confirmait pas l’efficacité clinique de l’HCQ, ses auteurs ont subi une violente campagne de cyber-harcèlement sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à des menaces de mort."

 

 

 Défiance envers la science

 

Quand la parole du scientifique est confrontée au « populisme scientifique »

 

"La méfiance des citoyens à l’égard des faits scientifiques avérés dépasse le contexte médical et présente des analogies avec la défiance à l’égard du pouvoir politique. C’est ainsi que certains avancent le concept encore incertain de « populisme scientifique », par analogie avec celui de populisme politique."

 

"Le concept de populisme politique est né il y a deux siècles et a pris des sens très différents selon les régimes politiques auxquels il a été appliqué. Dans son acception générale actuelle, le mot « populisme» désigne une approche politique tendant à opposer le peuple aux élites politiques, économiques ou médiatiques.

Le mot « populisme » fait référence au peuple qui serait exclu de l'exercice d’un pouvoir qu’il estime coupé des réalités de terrain même si ses représentants ont été élus démocratiquement. Dans des cas extrêmes, les courants populistes soupçonnent les dirigeants politiques de corruption et s’attaquent aux fondements démocratiques de l’Etat. Ce courant de pensée politique peut prendre des aspects démagogiques en préconisant et en soutenant des solutions simplistes à divers problèmes sociaux."

 

"Le populisme scientifique a une caractéristique qui le rapproche du populisme politique : il donne l’illusion de pouvoir accéder au « savoir » sans passer par les instances de validation du fait scientifique. Le populiste politique sollicite un consensus sans représentativité référendaire tandis que le populiste scientifique s’appuie sur une opinion sans représentativité académique."

 

Dans le contexte de la crise sanitaire, le soutien sans partage d’une partie de la population au traitement à l’HCQ préconisé par Didier Raoult revêt certains traits du populisme scientifique : méfiance à l’égard de ceux qui s’expriment mais ne fournissent pas de clefs immédiates aux questions posées ; préférence pour les solutions simples et rassurantes ; défiance vis à vis des élites supposées ignorantes des réalités de terrain ; opposition de communautés régionales éloignées du centre de gravité parisien de prise des décisions ; rejet des affirmations des scientifiques jugés compromis par leur proximité avec l’instance politique qu’ils conseillent ; enfin une forme de fascination exercée par une « personnalité forte » qui s’affirme par ses défis contre la représentativité académique.

 

"La dérive populiste de la science peut être aussi le fait d’un responsable politique. Ainsi, Philippe Douste-Blazy, ancien ministre et professeur de santé publique, et Christian Perronne, professeur de médecine, lançaient début avril 2020 une pétition en ligne demandant au gouvernement d ’accélérer les procédures de mise à disposition du traitement à l’HCQ et recueillaient près de 600.000 signatures !"

 

"Quelques jours plus tard était publié un sondage du Parisien, largement répercuté dans d’autres médias, qui portait sur « la croyance » du public en l’efficacité de l’HCQ. On ne peut que s’inquiéter que le choix d ’un traitement puisse être décidé par l’opinion publique sur la base d’une pétition ou d’un sondage et que des décisions politiques puissent être prises en se fondant sur des croyances ou des arguments irrationnels, faisant uniquement appel à la peur ou l’émotion."

 

"Les croyances complotistes servent aussi à alimenter le populisme scientifique et vont au-delà de la simple défiance envers la science. Le film documentaire de 2h40 « Hold-Up » mis en ligne fin 2020 en est un exemple édifiant.

Son discours simplificateur, à caractère conspirationniste, mélangeant le vrai et le faux, a été abondamment relayé par les médias et par les réseaux sociaux, et a ainsi participé à la désinformation des citoyens sur la pandémie de COVID-19."

 

Conclusion

 

"La mobilisation de la communauté scientifique, son engagement dans le partage des informations dans des délais inédits ont été indiscutablement des atouts dans le progrès des connaissances sur le virus SARSCoV-2 et la pandémie de COVID-19.

Mais les succès et la richesse de cette communication ne peuvent masquer certaines dérives. La légitimité de la parole des scientifiques a été remise en cause dans maintes circonstances.

Quelques scientifiques par des déclarations irresponsables, voire délibérément provocatrices, en portent une part de responsabilité.

Cette communication inappropriée a rendu malaisé l’accès à une information scientifique claire, compréhensible et basée sur des faits avérés.

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Ce rapport est particulièrement éloquent, il reprend la liste des dérives gravissimes de Didier Raoult et de ses comparses, que je dénonce ici depuis le début (voir ce journal au 30.03.2020, au 25 juin 2020, au 3 septembre 2020, etc..).

Sur le blog :

L'effet Raoult

 

Ces dérives n'ont eu pour leur auteur aucune conséquence. Le président de la République s'est même déplacé à Marseille, dans son laboratoire. Aujourd'hui son mandat à la tête de l'IHU est prolongé d'un an, alors qu'il a atteint la limite d'âge académique.

Elles ont eu néanmoins pour la science française un impact désastreux en interne et en externe.

 

Ses conséquences sur le plan de la Santé publique en France et à l'étranger, se comptent en milliards d'euros dissipés et en milliers de vie perdues, directement ou indirectement.