TUNISIE : AVEUGLEMENT !

TUNISIE : AVEUGLEMENT
TUNISIE : AVEUGLEMENT

 

Les jours du dictateur tunisien et de sa famille corrompue sont-ils comptés ?


Beaucoup l'espèrent tant la mafia qui gouverne ce petit pays d'une main de fer est devenue impopulaire.

Pourtant certains le redoutent, notamment dans les grandes villes, car le spectre islamiste, agité sans cesse par le pouvoir, effraye au pays  de Bourguiba, notamment les femmes qui jouissent encore d'une liberté sans équivalent dans un pays arabe musulman.

 

Ben Ali a pu, sur cette peur, obtenir également le soutien d'un occident aveugle et sourd, en particulier de la France qui, de feu Philippe Seguin à Delanoë en passant par Frédéric Mitterrand (qui a décrit avec une grande complaisance ce qu'il appelle «la solution Maghreb») a toujours eu de solides avocats.

 

Comme en Iran, cet acharnement à soutenir une dictature, qui a certes mis en prison quelques activistes musulmans mais qui a surtout démantelé toute opposition, créé des brigades parallèles spécialisées dans l'enlèvement et la torture d'opposants au régime, pris le contrôle du syndicat unique, instauré une censure et un contrôle du Net pires qu'en Chine, confisqué à son  profit les fruits d'une croissance économique liée au dynamisme et à la formation de grande qualité des travailleurs tunisiens, peut, il est vrai, donner sur un plateau le pouvoir aux premiers résistants qui ont été les islamistes.

 

Son prédécesseur et fondateur de la république tunisienne, Habib Bourguiba, gouverna certes sans partage. Mais il bénéficiait de l'aura de son combat pour l'indépendance et il utilisa ce pouvoir pour donner à son pays, dépourvu de ressources naturelles, les moyens d'affronter la modernité. Pour cela il misa essentiellement sur l'éducation et sur l'émancipation de la femme. Il y a plus de 40 ans, le taux d'alphabétisation des jeunes filles en Tunisie approchait les 80% !

 

Après Mustapha Kemal, Bourguiba fut le second chef d'état laïque - au moins dans l'esprit-. Il fût en tout cas le premier leader (et le dernier !) à tenter une interprétation moderne du Coran, en soutenant par exemple les autodafés de voiles ou en prônant une interruption du jeûne pendant le Ramadan pour accélérer l'effort de modernisation du pays.

 

Certes la maladie, puis la sénilité et l’influence de son entourage, le conduisirent à de nombreux errements parmi lesquels la mise en piste d’un soudard nommé Ben Ali.

 

Le "miracle tunisien" qui voit ce pays dépourvu de dons du ciel, avoir un PIB largement supérieur à ceux du Maroc et de l'Algérie, bien dotés par la nature, est dû à ce pari de Bourguiba sur l'éducation, bien plus qu'au libéralisme effréné instauré par la clique Ben Ali à l'heure de la mondialisation.

 

Cette heure s'achève, car d'une part, dans la logique de ce libéralisme mondial, la Tunisie n'est plus assez compétitive, sa main d'œuvre très qualifiée devient trop chère et d'autre part le tourisme qui a saccagé la moindre parcelle  d'oasis ou de désert, souillé tout le littoral, au profit des tours operators européens, est arrivé au bout de ce parti pris du toujours moins cher, qui conduit les hôteliers à travailler parfois à perte et donc à fournir des prestations de plus en plus bas de gamme… et des salaires de plus en plus dérisoires.

 

L'Europe et surtout la France iront-ils jusqu'au bout de cette logique suicidaire en maintenant Ben Ali au pouvoir ? Pour le coup l'aubaine serait inespérée pour le radicalisme islamique au Maghreb ! Sarkozy et la classe politique française voient en Ben Ali  un rempart contre l'islamisme alors qu'il en est le fourrier !

 

« Mon vœu est que vous vous armiez d’audace pour venir à bout des traditions qui s’opposent au progrès. C’est à ce prix que nous pourrons mener à bien notre révolution sociale. »

Habib BOURGUIBA, Monastir, le 14 Mai 1960

 

PS (le 15/01/2011 : BEN ALI, C'EST FINI !

 

Il a suffi d'un symbole, d'un diplômé à qui l'on refuse une licence de marchand ambulant qui s'immole par le feu, pour que tout un pays s'embrase et du désespoir d'une jeunesse qui affronte la mitraille mains et poitrines nus , pour que l'un des pires régimes policiers du monde arabe s'écroule. Une leçon à méditer de l'Afrique à la Russie, de Gbagbo à Poutine, où corruption et dictature sont des mots qui vont très bien ensemble.


Dans cette affaire, de Sarkozy à la "nullissime" Alliot-Marie on pouvait redouter le pire. On a été (bien) servi. Oser dire que l'on était prêt à envoyer notre police d'élite pour réprimer le soulèvement d'un peuple -qui à encore en mémoire le massacre de Bizerte- c'est plus qu'effrayant, stupéfiant... c'est inqualifiable de la part d'un gouvernement républicain.


Obama, qui a encouragé l'élimination de Ben Ali et soutenu l'instauration d'un régime démocratique, a été plus clairvoyant. Lui avait compris que c'était le seul moyen de faire barrage aux fondamentalistes musulmans qui sont sans doute prêts à récupérer le sacrifice de ces "martyrs".