De 0 à 40 ans : vie,oeuvres, idées (survol sommaire)

 

 "...Ceux qui tiennent le timon de l’Église et de l’État seraient fort embarrassés s’ils avaient à nous rendre une bonne raison du silence qu’ils nous imposent … "

La Promenade du Sceptique

  

 

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet et de parler de Denis Diderot et de la chimie, il me semble indispensable de situer (très brièvement) l’homme, l’œuvre et les idées au moment de sa véritable rencontre avec cette science expérimentale, sous les traits du pittoresque - mais néanmoins essentiel - professeur de chimie (apothicaire de son état)... et surtout démonstrateur (bruyant) , Guillaume-François Rouelle, que j’ai déjà évoqué.

 

 Durant 3 ans, de 1754 à 1756, le philosophe suit en effet les fameux cours de Rouelle au Jardin du Roy, en fort bonne compagnie (Rousseau, Turgot, Malesherbes et Lavoisier entre autres). A partir de ses notes il rédigera le cours, dont il existe plusieurs versions, mais dont l'original a été perdu.

Le plus cité porte le titre suivant :

" Cours de chimie ou leçons de M. Rouelle recueillis pendant les années 1754-1755 et rédigés en 1756, revus et corrigés en 1757 et 58 par M. Diderot (copié sur l’original, écrit de la main propre de Diderot)."

 

Retenons d'entrée, dans l'incipit de Diderot, la définition suivante :

 

La chimie est un art physique qui par le jeu de certaines opérations et de certains instruments nous enseigne à séparer des corps plusieurs substances qui entrent dans leur composition et à les recombiner de nouveau entre elles, ou avec d’autres pour reproduire les premiers corps ou pour en fournir de nouveaux…

 

I – LANGRES

 

Denis Diderot nait le 5 octobre 1713 à Langres (Champagne-Ardenne). Son père, descendant d’une lignée de maîtres artisans couteliers, a fort bonne réputation dans sa ville.

 

" Diderot était né à Langres (Haute-Marne) le 5 octobre 1713, au 1er étage du n° 9 de la place Chambeau (aujourd’hui place Diderot), sur la paroisse Saint-Pierre, et non au n° 6, sur la paroisse Saint-Martin, comme on l’a cru pendant longtemps, maison où il vécut avec ses parents de 1714 à 1728. Le lendemain de sa naissance, il fut conduit par son grand-père paternel, Denis Diderot (1654-1726), et par une tante maternelle, Claire Vigneron, sur les fonts baptismaux de l’église Saint-Pierre, aujourd’hui disparue. " Jean-Paul Fontaine, dit "Le Bibliophile Rhemus"

 

 

Après avoir appris à lire, à écrire… et à prier avec des parents forts pieux, de 1723 à 1728 Denis suit les cours du collège jésuite de Langres, qui jouxte la maison paternelle .

 

À douze ans (1725), ses parents destinent leur fils aîné à la prêtrise. Ils espèrent pour lui le poste de chanoine de la cathédrale qu’occupe son oncle maternel.

 

Le 22 août 1726, il est tonsuré par l'évêque de Langres.

 

Le 3 août 1728, Denis, excellent élève, reçoit de nombreux prix de fin d’études :

 

«  Un des plus beaux moments de ma vie, ce fut il y a plus de 30 ans et je m’en souviens comme d’hier, lorsque mon père me vit arriver du collège les bras chargés de prix que j’avais remportés… Du plus loin qu’il m’aperçut, il laissa son ouvrage, il s’avança sur sa porte et se mit à pleurer. C’est une belle chose qu’un homme de bien, et sévère, qui pleure. »

 

La mort prématurée de son oncle met un terme au projet de son père… il n’en est pas malheureux !

 

II – L’ETUDIANT PARISIEN

 

En 1728, poussé par ses professeurs jésuites, Denis part à Paris où il intègre le collège Louis-Le-Grand. Il n’y apprendra « ni physique, ni bonne chimie… ». Il suit en parallèle les cours de philosophie du collège (janséniste !) d’Harcourt (lycée Saint-Louis aujourd’hui) et les leçons de mathématiques (de haut niveau) données au collège de Beauvais.

 

En 1730, Diderot suit à la Sorbonne les cours de théologie, mais il n’a plus aucune foi religieuse.

 

Le 2 septembre 1732, à 19 ans, il reçoit le titre de « maître ès arts » de l’Université de Paris.

 

Le 6 août 1735 il  est à nouveau diplômé de l’Université de Paris pour ses études en théologie et philosophie.

A 22 ans, il a acquis une solide formation classique mais aussi scientifique.

 

III – LE DILETTANTE

 

De 1736 à 1744, Denis mène à Paris une vie de bohème. Une seule chose l’intéresse : étudier !

 

Que veut-il devenir ? « Ma foi, rien, mais rien du tout. J’aime l’étude ; je suis fort heureux, fort content ; je ne demande pas autre chose »

 

Il court les filles, fréquente les théâtres, apprend l’anglais, publie quelques articles, quelques poèmes, se lance dans la traduction, rédige des sermons, écrit sur la querelle qui fait rage entre les admirateurs de Rameau (qu’il défend un temps avant de rejoindre D'Alembert et Rousseau dans la critique) et ceux de Lully.

 

Il vit donc (mal) de petits boulots (et de quelques subsides familiaux), mais cette formation (à l’américaine dirait-on aujourd’hui), exploitée par une intelligence hors du commun, portera ses fruits.

 

En 1741, criblé de dettes, il envisage de rendre les armes et d’entrer au séminaire.  C’est une femme Anne Toinette Champion qui va le sauver sur le fil.

 

«  J’arrive à Paris. J’allais prendre la fourrure et m’installer parmi les docteurs de la Sorbonne. Je rencontre une femme belle comme un ange ; je veux coucher avec elle, j’y couche… »

 

" Étant de cœur sensible et de complexion amoureuse et déjà n’ayant pas su résister au charme provocant de Mlle Babuti, il s’éprend de l’avenante et honnête beauté d’Anne-Toinette Champion, lingère. Mme Diderot n’avait pas d’esprit et elle n’était pas esprit fort. Elle ne sut être qu’une épouse fidèle, une ménagère économe, une mère attentive, et tourna sur la fin à la dévotion.

Cela explique sans doute qu’un peu moins de deux ans après son mariage et profitant d’une absence de sa femme, Diderot se liât avec Mme de Puisieux, femme auteur et femme galante " Revue des 2 Mondes, 1894 (tome 125)

 

IV – LES PREMIERES ARMES

 

En 1743, après un séjour rocambolesque à Langres où son père le fait séquestrer dans un couvent, il regagne Paris et se marie le 26 octobre 1743. Il a 30 ans ; il peut se passer de l’autorisation paternelle.

 

1743 est une année charnière pour Diderot : il est admis dans le salon de Mme Geoffrin où il rencontre Jean Le Rond dit D’Alembert dont la notoriété est déjà bien établie dans le monde de la physique et des mathématiques. Un an auparavant il avait fait la connaissance de Rousseau.

 

Il retrouvera Rousseau en 1744, qui lui aussi s’acoquine avec une lingère (Marie-Thérèse Le Vasseur).

 

En 1745, la traduction du Medical Dictionary en 3 volumes de Robert James met un peu de beurre dans ses épinards, permet au philosophe d’acquérir une première formation en physiologie et surtout de rencontrer un éditeur de premier ordre, André François Le Breton, petit-fils du fondateur de l’Almanach Royal.

 

La même année il traduit An inquiry concerning virtue or merit de Shaftesbury (un élève de Locke).

 

En fait, Diderot réécrit le livre de l’anglais qui prêche la tolérance, s’en prend au fanatisme et à la religion, il est publié à Amsterdam sans nom d’auteur sous le titre «  Principes de philosophie morale ou essai de M. S. sur le mérite de la vertu. »

 

 Le philosophe est lancé, il est prêt pour son grand œuvre : l’Encyclopédie.

 

V – LE PROJET ENCYCLOPEDIQUE

 

A l’origine de ce travail titanesque (35 volumes,  72 000 articles écrits par plus de 140 auteurs), un embryon d’encyclopédie publié par l’anglais Chambers à Londres en 1728 : Cyclopaedia, et l’éditeur qui vient de publier le philosophe, son fameux complice André François Le Breton.

 

Ce dernier est sollicité pour publier une traduction augmentée et mise à jour du travail de Chambers. Après de nombreuses péripéties, Le Breton fait appel à un jeune scientifique, l’abbé Malves, professeur au Collège de France, pour diriger le projet. Malves sollicite d’Alembert en décembre 1745.

 

C’est en janvier 1746 que les 4 libraires-éditeurs (Le Breton rejoint par trois confrères) font appel à Diderot.

 

Le 21 janvier 1746, les éditeurs  obtiennent de la censure l’autorisation de publier une « Encyclopédie ou Dictionnaire universel des Arts et Sciences, traduit des dictionnaires anglais de Chambers et Harris avec des additions. »

 

Evidemment le principal sera dans les « additions ». Ce sera le plus grand succès de librairie de l’Ancien Régime.

 

L’abbé Malves sera rapidement marginalisé. D’Alembert rédigera le très célèbre Discours préliminaire ainsi que la plupart des articles sur les mathématiques, l’astronomie et la physique (au total près de 1700 articles). Sa contribution deviendra très épisodique à partir de la fin des années 50.  

 

 En fait, Diderot qui a la charge du recrutement des collaborateurs, sera le véritable « patron » d'une entreprise qui l'occupera pendant 20 ans.

 

VI – UN PHILOSOPHE MATERIALISTE

 

En 1746, Diderot publie anonymement «  Les Pensées philosophiques » où il envisage que notre monde puisse être le fruit du HASARD et que la NECESSITE d’un Créateur puisse être discutée.

 

Ouvrage « scandaleux »  aussitôt condamné au bucher ! L’auteur est recherché.

 

En 1747, le philosophe rédige «  La promenade du Sceptique » ; dans le discours préliminaire on peut lire ceci :

 

« La religion et le gouvernement sont des sujets sacrés auxquels il n’est pas permis de toucher. Ceux qui tiennent le timon de l’Église et de l’État seraient fort embarrassés s’ils avaient à nous rendre une bonne raison du silence qu’ils nous imposent … »

 

Ouvrage sulfureux qui circule sous le manteau et ne sera publié qu’en 1830.

 

Après un ouvrage libertin (mais pas seulement) publié en 1748 (Les bijoux indiscrets), Diderot se tourne vers les sciences de la vie. Il publie en juin 1749 sa « Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient » qui le conduit à spéculer sur la relation entre ce que nous voyons  et ce que nous sommes. Il y affirme que nos idées morales dépendent de nos sens et que donc un certain relativisme s'impose.

 

Ainsi, en utilisant le cas du mathématicien aveugle Nicholas Saunderson, il développe une réflexion très (trop !)  libre sur le développement des espèces vivantes :

 

Sur son lit de mort, le savant interpelle ainsi son confesseur :

 

« Qu’est-ce que ce monde, monsieur Holmes ? Un composé sujet à des révolutions, qui toutes indiquent une tendance continuelle à la destruction ; une succession rapide d’êtres qui s’entre-suivent, se poussent et disparaissent : une symétrie passagère ; un ordre momentané...

Vous jugez de l’existence successive du monde, comme la mouche éphémère de la vôtre. Le monde est éternel pour vous, comme vous êtes éternel pour l’être qui ne vit qu’un instant : encore l’insecte est-il plus raisonnable que vous. Quelle suite prodigieuse de générations d’éphémères atteste votre éternité ? Quelle tradition immense ?...

 Le temps, la matière et l’espace ne sont peut-être qu’un point. »

 

Et s’adressant aux philosophes, Saunderson (Diderot) s’écrit :

 

« Ô philosophes ! transportez-vous donc avec moi sur les confins de cet univers, au delà du point où je touche, et où vous voyez des êtres organisés ; promenez-vous sur ce nouvel océan, et cherchez à travers ses agitations irrégulières quelques vestiges de cet être intelligent dont vous admirez ici la sagesse. »

 

En conclusion il rejoint Montaigne (Que sais-je ?) :

 

«  Nous ne savons donc presque rien ; cependant, combien d’écrits dont les auteurs ont tous prétendu savoir quelque chose ! Je ne devine pas pourquoi le monde ne s’ennuie point de lire et de ne rien apprendre, à moins que ce soit par la même raison qu’il y a deux heures que j’ai l’honneur de vous entretenir, sans m’ennuyer et sans vous rien dire ».

 

Plus qu’un sceptique Diderot est un homme qui refuse de prendre pour argent comptant les vérités toutes faites, les sornettes que les jésuites et autres jansénistes assènent dans leurs couvents, couvent où sa bien aimée sœur mourra folle ( La Religieuse).

 

Qui sont les véritables aveugles ?

 

Ce texte est la véritable profession de foi matérialiste de Diderot, mais aussi un magistral aperçu de la méthode du philosophe qui entend s’appuyer sur l’expérience et développer une véritable « philosophie expérimentale » face à la philosophie rationnelle de d’Alembert.

 

Sophie Audidière écrit (" Diderot philosophe " - Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie)

 

«  Si toutes nos idées vraies naissent des sens, il faut que même les plus « intellectuelles », comme le dit Diderot, soient comptables d’une genèse sensible. D’où nous viennent nos idées de bien, de beau, nos idées mathématiques, comment s’élève-t-on à leur niveau d’abstraction ?

Mais auparavant, une question se pose : si telle idée naît de l’usage de tel sens, par exemple si l’idée de beauté est tirée de la vue du spectacle de la nature, alors faut-il penser que quand le sens est grossier, voire inapte, il n’y a pas d’accès possible à l’idée ? Par exemple, les aveugles peuvent-ils avoir l’idée du beau, alors qu’ils n’ont pas accès au spectacle de la nature ? Ou encore, sont-ils sensibles à la pitié, alors qu’ils ne voient pas non plus le spectacle de la douleur d’autrui ?

Ce sont ces questions que Diderot pose, et auxquelles il tente de répondre dans la Lettre sur les aveugles.

 Le personnage de l’aveugle permet en outre à Diderot de donner un fondement expérimental aux deux idées qui caractérisent sa doctrine philosophique : l’anti-finalisme, qui est une expression du matérialisme, et l’athéisme. »

 

Une telle remise en question de l’ordre des choses, une telle démonstration de l’inexistence d’un Créateur, le conduisent, un mois après la parution du texte (juin 1749), au Donjon de Vincennes, où il moisira quelques mois.

Dûment sermonné, Il retrouve la liberté après la Toussaint 1749 !

 

Menacé des galères, il évitera désormais de publier ses écrits les plus corrosifs. Cependant, avec l’Encyclopédie, il aura souvent à affronter les censeurs… qui seront parfois ses propres éditeurs.

 

En prison, d’Alembert ne le visitera pas (ou peu) mais alertera ses ami(e)s des Salons ; il verra par contre beaucoup Rousseau, écrira même pour lui, comme il le fera pour beaucoup d’autres. Voltaire interviendra, via Mme du Châtelet (son cousin est gouverneur de la forteresse), pour faire adoucir sa détention, Rousseau activera Mme de Pompadour...

S'il est rentré presqu'anonyme au Donjon, il en sort reconnu. Voltaire n'aurait-t-il pas proclamé : " C'est Socrate qu'on martyrise ! "

Enfermé, il ne restera pas oisif : il lit et commente Buffon.

 

 

VII – LORSQUE « L’ENFANT » PARAIT !

 

Le 28 juin 1751, parution du premier tome de l’Encyclopédie (de A à Azymites) avec le Discours préliminaire de d’Alembert et le Prospectus de Diderot.

 

Une centaine de contributeurs ont été recensés (dont Rousseau), plus de mille souscripteurs ont été enregistrés, plus de 3000 exemplaires seront imprimés.

 

Le succès appelant le succès, de nouveaux collaborateurs rejoignent le projet comme Jaucourt (18000 articles !), Bordeu et d’Holbach (qui écrivit -sans doute avec Diderot- le très célèbre Système de la Nature).

 

Si le tome 1 avait été fort mal reçu par les dévots, le second, avec un article Certitude jugé subversif (il met en cause les « miracles » relatés par la Bible), provoque la suspension de la publication qui ne reprendra que sous un contrôle renforcé de la censure. A noter qu’il semble établi que Mme de Pompadour ait évité (avec Malesherbes) l’interdiction pure et simple. Elle s’en flattera, ce qui prouve que dans les plus hautes sphères du royaume, on avait conscience de l’importance du travail des encyclopédistes.

 

VIII- LA PHILOSOPHIE EXPERIMENTALE

 

Enfin – car voici le point de départ du sujet qui m’occupe (Diderot et la chimie)- en décembre 1753 (Diderot a 40 ans) parait un ouvrage anonyme : « Pensées sur l'interprétation de la nature » dont l’établissement et les censeurs auront sans peine reconnu l’auteur !

 

Ouvrage magistral qui en 58 chapitres signe le coup d’envoi de l’époque moderne de la philosophie des sciences.

 

Ouvrage hardi, remarquablement écrit, parfois si hermétique et si en avance sur son temps qu’il déjoue les foudres de la censure. On peut y lire pourtant au chapitre 58 :

 

«  2. De même que dans les règnes animal et végétal, un individu commence, pour ainsi dire, s'accroît, dure, dépérit et passe; n'en serait-il pas de même des espèces entières ?

 

Si la foi ne nous apprenait que les animaux sont sortis des mains du Créateur tels que nous les voyons; et s'il était permis d'avoir la moindre incertitude sur leur commencement et sur leur fin, le philosophe abandonné à ses conjectures ne pourrait-il pas soupçonner que l'animalité avait de toute éternité ses éléments particuliers, épars et confondus dans la masse de la matière; qu'il est arrivé à ces éléments de se réunir, parce qu'il était possible que cela se fit; que l'embryon formé de ces éléments a passé par une infinité d'organisations et de développements; qu'il a eu, par succession, du mouvement, de la sensation, des idées, de la pensée, de la réflexion, de la conscience, des sentiments, des passions, des signes, des gestes, des sons, des sons articulés, une langue, des lois, des sciences, et des arts; qu'il s'est écoulé des millions d'années entre chacun de ces développements; qu'il a peut-être encore d'autres développements à subir, et d'autres accroissements à prendre, qui nous sont inconnus; qu'il a eu ou qu'il aura un état stationnaire; qu'il s'éloigne, ou qu'il s'éloignera de cet état par un dépérissement éternel, pendant lequel ses facultés sortiront de lui comme elles y étaient entrées; qu'il disparaîtra pour jamais de la nature, ou plutôt qu'il continuera d'y exister, mais sous une forme, et avec des facultés tout autres que celles qu'on lui remarque dans cet instant de la durée ?

 

La religion nous épargne bien des écarts et bien des travaux. Si elle ne nous eût point éclairés sur l'origine du monde et sur le système universel des êtres, combien d'hypothèses différentes que nous aurions été tentés de prendre pour le secret de la nature ? Ces hypothèses, étant toutes également fausses, nous auraient paru toutes à peu près également vraisemblables. La question, pourquoi il existe quelque chose, est la plus embarrassante que la philosophie pût se proposer, et il n'y a que la révélation qui y réponde. »

 

Diderot écarte l'idée d'un savoir accompli, qui impliquerait l'existence d'un entendement divin. Il récuse l'abstraction métaphysique et critique la philosophie rationnelle, qui ignore la sensation.

 

L’expérience, les faits, l'enchaînement des conjecturesC’est le concept de la philosophie expérimentale que Denis déploie ici, à la suite de Bacon.

 

Dans ce cadre, l’intérêt de Diderot pour la chimie est tout naturel. Pour le philosophe, la chimie est un point d’appui dans sa critique du modèle physico-mathématique porté par d’Alembert.

 

Mais quelle chimie ?

 

«  La chimie en question n’est ni une chimie abstraite ou revue selon des principes extérieurs, ni une chimie toute faite déjà formée en doctrine complète qui entrerait en concordance avec une philosophie elle-même construite par ailleurs. Il s’agit en fait de la rencontre de deux pratiques du savoir et de deux tentatives convergentes pour déployer une authentique théorie à partir d’une connaissance pratique et opérationnelle de la nature. »

François Pépin , La philosophie expérimentale de Diderot et la chimie - Garnier

 

A SUIVRE...

 

Sources : voir les liens et principalement :

 

1] Avant tout l'énorme travail publié par la Revue de la société Diderot : Recherches sur Diderot et l'Encyclopédie.

dont en particulier :

2] Sophie Audidière, « Diderot philosophe », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie -.

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3] Stéphane Lojkine, Matérialisme et modélisation scientifique dans Le Rêve de D’Alembert.

4] Jean Jacques, Le cours de chimie de G.-F. Rouelle recueilli par Diderot, Revue d'histoire des sciences (1985, Volume   38)  

5] François Pépin, La philosophie expérimentale de Diderot et la chimie, Garnier (2012).

6] Christine Lehman et François Pépin, La Chimie et l'Encyclopédie, Revue de philosophie, Corpus n°56 (2009).

7] Jacques Attali, Diderot ou le bonheur de penser, Fayard (2013)

Les Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie
Les Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie
Statue de Diderot par Auguste Bartholdi
Statue de Diderot par Auguste Bartholdi