La dé-faite de la science

Il y a quelques semaines j'écoutais, à la fin d'une nuit de France Culture, la chronique d'André Brahic, grand astrophysicien français qui découvrit les anneaux de Neptune, ainsi que trois de ses arcs (qui portent les noms de notre devise : Liberté, Egalité, Fraternité)

 

A cette heure là, sur cette chaîne là, des hommes de cette qualité peuvent asséner quelques vérités dérangeantes !

 

Brahic déplorait l'absence de la science dans la sphère publique (je ne sais si j'ai fait état d'un article du Monde qui remarquait que dans le gouvernement actuel, jamais il n'y avait eu aussi peu de scientifiques).

Provocateur, il proposait tout simplement que, pour pouvoir postuler à la tête de l'état, il devrait être nécessaire, non pas de présenter 500 signatures d'élus... mais d'être titulaire d'un doctorat !

 

Boutade bien entendu, mais qui traduit l'irritation de tous les scientifiques devant la faible pénétration de leurs travaux dans la société et singulièrement dans le microcosme des élites dirigeantes, politiques et faiseurs d'opinions.

 

La veille au soir, je regardais par hasard le grand journal de Canal. Un journaliste, à fort accent du midi, cuisinait Anne Hidalgo, prétendante à la mairie de Paris. Parmi les questions pièges, il fut demandé, non pas le nom du nouveau président du Pôle Sorbonne Paris Cité (120 000 étudiants, 14 000 salariés), élu une semaine auparavent, mais celui du... gardien de but du PSG.

 

Boutade encore, mais qui traduit aussi une exaspération devant cette formidable inversion des valeurs qui conduit cette société à valoriser médiatiquement (et financièrement) des pousseurs de ballons, des brailleurs, des pétasses à gros seins...,  plutôt que ceux qui sont l'avenir de ce pays.

 

D'ailleurs, y-a-il une seule émission scientifique aujourd'hui à la télévision, à une heure décente ?

Il me semble que la dernière, présentée par des jumeaux adeptes de la chirurgie esthétique -mais au savoir très incertain- a disparu de nos écrans

 

Brahic soulignait qu'il ne peut y avoir de démocratie sans un minimum de connaissances des sciences (et technologies).

 

 

Combien de nos concitoyens se prononcent aujourd'hui sur le nucléaire, sur les OGM, sur les énergies renouvelables, sur le gaz de schistes, sur la vaccination... en ayant le minimum de connaissances permettant d'étayer leurs convictions ?

 

Brahic racontait ausssi, que se rendant dans un centre de radiothérapie visiter un ami cancéreux, il fût étonné de ne voir aucune mention du mot nucléaire. Le médecin de service lui expliqua que les affiches qui faisaient "peur aux patients" venaient d'être retirées !

 

Au XXIème siècle, la science, comme au temps de Copernic, de Galilée, de Darwin... n'est donc toujours pas "démocratique".

 

 

Certes on ne brûle plus les savants, on se contente de les ignorer ou de s'en méfier.