Au fil des jours : « Tout s’anéantit, tout périt, tout passe : il n’y a que le monde qui reste, il n’y a que le temps qui dure. »

 

Citation de Denis Diderot que je lis ou relis depuis quelques semaines.

 

Quel écrivain (fluidité du style, précision du vocabulaire, articulation des idées, musique des phrases), quel philosophe (au sens originel) et quelle actualité pour cet homme... intemporel :

 

« Vaut-il mieux avoir éclairé le genre humain, qui durera toujours, que d’avoir ou sauvé ou bien ordonné une patrie qui doit finir ? Faut-il être l’homme de tous les temps, ou l’homme de son siècle ?».

 

Dans " (Pensées) sur l'Interprétation de la Nature ", que tout bachelier devrait connaître, il résume en peu de mots nos faiblesses :

 

(22.) " L'entendement a ses préjugés; le sens, son incertitude; la mémoire, ses limites; L'imagination, ses lueurs; les instruments, leur imperfection. Les phénomènes sont infinis; les causes, cachées; les formes, peut-être transitoires. Nous n'avons contre tant d'obstacles que nous trouvons en nous, et que la nature nous oppose au-dehors, qu'une expérience lente, qu'une réflexion bornée.

 

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La "philosophie expérimentale", si chère à l'homme des Lumières, a permis aux hommes de scienceS d'accomplir des prodiges, mais au fond, la nature humaine en a-t-elle été significativement modifiée, nos comportements transformés ?

 

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Le savant aujourd'hui - par le politique, par les media, par les masses - est sommé d'être utile ; n'entend-t- on pas sans cesse cette antienne : " Nous voulons des chercheurs qui trouvent "

 

Toujours dans le même texte, Denis écrivait :

 

(19.) " Il n'y a qu'un seul moyen de rendre la philosophie vraiment recommandable aux yeux du vulgaire(*): c'est de la lui montrer accompagnée de l'utilité. Le vulgaire demande toujours: à quoi cela sert-il ? et il ne faut jamais se trouver dans le cas de lui répondre: à rien: il ne sait pas que ce qui éclaire le philosophe et ce qui sert au vulgaire sont deux choses fort différentes, puisque l'entendement du philosophe est souvent éclairé par ce qui nuit, et obscurci par ce qui sert. "

 

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Le "vulgaire", aujourd'hui, n'est pas seulement celui qui ne sait pas, mais aussi celui qui feint de ne pas savoir, pour abuser le peuple et le manipuler. Le vulgaire c'est aussi le politique, les media.

 

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Le vulgaire c'est le politique (pas la politique); aujourd'hui c'est un homme normal qui très normalement a trompé son peuple pour un pouvoir dérisoire dans un théâtre d'ombres; c'était hier un petit homme fort peu normal, qui avait abusé le même peuple pour devenir la grenouille de la Fable.

Son bœuf était le Veau d'or ; il s'enfla... mais hélas jamais n'éclata...

 

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L'homme de pouvoir n'a qu'une obsession : éteindre les Lumières.

 

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Le vulgaire, c'est le religieux, homme de trop de foi (en lui), pétri de (ses) certitudes, égarant des brebis (hagardes), lançant comme Panurge son troupeau dans le gouffre des paradis... artifi(ciels)...

 

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Religions monothéistes, qui soufflent sur toutes les Lumières : malédiction de l'Homme moderne.

 

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Le vulgaire, c'est bien sûr l'argent, son vecteur, le nouveau "libéralisme" censé guider le monde (avec la complicité du politique et du religieux), qui plonge dans les ténèbres notre rapport aux autres et à la nature.

 

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(*) Qui se voit communément parmi les hommes.À tous événements le sage est préparé : Guéri par la raison des faiblesses vulgaires, Il se met au-dessus de ces sortes d'affaires." [Molière]

 

Delacroix, " La Liberté guidant le Peuple "