Tunisie : le combat décisif des progressistes musulmans

 

" Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés..."  

Louis Aragon

 

L'islam est-il compatible avec la démocratie ? C'est plus que jamais la question clé posée aux musulmans du monde entier, qui vont devoir très vite apporter une réponse et la valider dans les faits. Sinon, j'ai bien peur que ces populations ne restent pour très longtemps à la merci d'oligarchies corrompues - qui vantent d'autant plus le paradis d'Allah, qu'ils confisquent les biens très matériels des terres qu'ils occupent - et que plus que jamais en Europe ils n'alimentent les sentiments xénophobes, qui débordent maintenant largement les cercles ultranationalistes.

 

Pour les fondamentalistes wahhabites, salafistes et autres propagandistes islamistes -jihadistes ou non- la réponse est bien connue : c'est NON.

 

Pour ces fanatiques, la chasse aux mécréants passe par l'éradication des idées démocrates et la liquidation des laïques. Le premier ennemi de ces fous de Dieu, ce n'est pas l'impérialisme américain ou français dont ils se gargarisent (lire les blogs de Mediapart par exemple) mais tout ce qui s'apparente au progressisme.

 

Chokri Belaïd, un des leaders charismatiques de la gauche tunisienne, était à la fois démocrate (il combattait Ben Ali), laïque et progressiste, c'était donc une cible choix pour ces "défenseurs" de la Révolution, constitués en milice - à l'instar des Gardiens de la Révolution iraniens- qui depuis des mois font régner la terreur dans les villes et campagnes tunisiennes, brûlent les mausolées, comme leurs amis de l'AQMI à Tombouctou, violentent les femmes, perturbent les meetings des partis d'opposition (ou les empêchent).

 

Ces barbus stupides ne sont en fait que les hommes de mains de soi-disant islamistes modérés, que l'échec politique et économique conduit à lâcher la bride sur le cou de fanatiques prêts à tout.

 

En réalité, le parti Ennhada au pouvoir en Tunisie n'a rien de modéré. Des vidéos très explicites ont montré son leader expliquant à ses amis salafistes que, stratégiquement, s'il convenait de ménager pendant quelques temps des alliés de circonstances pour noyauter la société et structurer une avant-garde prête à en découdre le moment venu, le but était commun : installer en Tunisie un état islamique basé sur la charia.

 

Le déferlement de pétrodollars venus du golfe (et surtout du Qatar, en première ligne dans tous les combats wahhabites) arroser le parti islamiste et ses satellites, les prêches sollicités d'imams rétrogrades (allant jusqu'à justifier l'excision), accourus de tous les coins de l'Arabie et de l'Egypte, dès le lendemain de la prise de pouvoir, annonçaient clairement la couleur.

 

L'enjeu, en effet, va bien au-delà de la petite Tunisie. Après la Turquie, où l'islamisme rampant s'attache à extirper des lois et des mentalités ce qui subsiste du kémalisme, l'ancienne Ifriqiya restait la dernière vitrine d'un état musulman moderne, bâti par Bourguiba, mais malheureusement corrompu par un dictateur d'opérette qui a fait le lit des barbus.

 

La Tunisie n'est donc pas la Libye, le Maroc ou l'Algérie. La conscience politique, le nombre, la qualité et la détermination des opposants laïques et progressistes, l'incroyable volonté de toute une jeunesse - et en particulier des jeunes femmes- de résister au formidable retour en arrière que veulent leur imposer ces idéologues moyenâgeux, font que le combat des obscurantistes est loin d'être gagné ! Je veux croire que la jeunesse tunisienne n'aura pas besoin des bombes de l'ancien colonisateur pour renvoyer à leurs prières tous ces dévots dévoyés.

 

C'est à souhaiter pour le monde arabe, le monde musulman, l'Afrique, car si la Tunisie tombe, ce sont des centaines de millions d'hommes et de femmes, déjà en très grande difficulté, qui perdront définitivement pied et se retrouveront en marge du développement.