Derrière les murs

 

On construit trop de murs et pas assez de ponts.

 Isaac Newton

 

La première fois que j'ai emprunté la route côtière entre Rabat et Casablanca - il y a déjà bien longtemps - après avoir quitté le site enchanteur des Oudayas, j'avais longé un mur interminable à la sortie de la ville, face à l'océan qui éclaboussait le bitume.

 

Qu'y avait-il derrière ces murs ?

 

Un bidonville (celui d’El Kora je crois) où des marmots titubants barbotaient dans des cloaques, où des femmes enfouies sous des chiffons donnaient un sein rabougri à des morveux, où des mécaniciens improvisés bricolaient d'improbables vélocipèdes, où l'on essaya de me fourguer un peu de hash et des scorpions enfermés dans des boites d'allumettes.

 

Car la misère importunait le touriste, incommodait le roi qui passait en trombe avec sa Mercédès pour se rendre en son Palais de Skhirat, donnait mauvaise conscience aux bourgeois de Rabat qui prenaient leurs quartiers d’été sur les plages de Témara.

 

Déjà, à Casablanca, derrière des murs identiques, une ville de cartons et de plastiques s'édifiait sur des tas d'immondices. Elle est aujourd’hui cernée par des constructions récentes en dur.

 

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En Californie aussi on dresse des murs. On y enferme les riches.

 

Bien sûr, ce sont de beaux murs, avec des miradors qui ressemblent à nos anciennes échauguettes.  Sous les palmiers, des Cadillac de 12 m de long, des Porsche qui consomment 50 l au cent en roulant à 80 km/h sur l'autoroute entre LA et Vegas, des piscines en forme de cœur où des femmes, seins en obus, fesses en silicone, boivent un dernier cocktail avec des gigolos bodybuildés.

 

Là-bas, comme ici, certains réclament toujours plus de murs, de grilles, de barrières... Comment faire cohabiter ceux qui en veulent toujours plus avec ceux qui en ont toujours moins ?

   

Mais aujourd’hui les miséreux n’acceptent plus de rester confinés derrière des murs, ils ont le culot de se montrer dans les quartiers chics et d’y créer quelques désordres. On a donc construit des murs de plus en plus hauts, sans comprendre qu’un pauvre qui n’a plus que sa vie à perdre essaiera toujours de le franchir.

 

Pourtant, entre ces emmurés, il faudra bien maintenir des ponts, ne serait-ce que pour que les multitudes de pauvres continuent à faire vivre les riches et en recueillent des miettes. Israël et la Palestine sont un bon exemple de ce nouveau mode de communication et d'échange.

 

Une sorte de course poursuite s’établira donc entre les maçons et les boulonneurs, riveteurs et autres soudeurs.

 

Ah, si j’étais riche j’investirais dans les travaux publics !