Sale temps pour Claude Allègre

 

Avec le sens de la mesure qu'on luit connait Claude Allègre a déclaré récemment  : "Nicolas Hulot est un imbécile. C'est une honte qu'il soit devenu le gourou de l'écologie. Il envoie les gens rouler à vélo et lui fait ses affaires en hélicoptère."

 

Le score des écologistes aux élections européennes, a en effet fait perdre à l'ancien socialiste un maroquin qui lui tendait les bras ... et il enrage !

 

Cependant Claude Allègre est un chercheur de haut niveau. Ceux qui mettent en doute ses qualités de chercheur font fausse route. Ses travaux en géochimie ont été consacrés par les plus hautes distinctions nationales et internationales :

 

  • le prix Crafoord, la plus haute distinction en géologie, qui est souvent comparée à un prix Nobel dans cette discipline.

  • la médaille d'or du CNRS, la plus haute distinction scientifique française,

 

Il est membre de l'Académie des sciences française et de la National Academy of Sciences, l'Académie des sciences américaine.

 

Par contre, Claude Allègre est un piètre gestionnaire (voir l'affaire du BRGM), un piètre politique et un provocateur qui frise parfois l'inconscience.

 

Claude Allègre est en guerre contre le principe de précaution, "un frein à la recherche et au développement économique".

 

Est-ce le fait d'avoir été ridiculisé par un pur autodidacte (Haroun Tazieff) en 1976, quand il préconisait, lors du réveil du volcan la Soufrière en Guadeloupe, l'évacuation d'urgence de la population par crainte d'une éruption avec nuées ardentes, alors que Haroun Tazieff avait diagnostiqué à juste titre une éruption phréatique ?

 

Il s'est donc opposé au désamiantage du Campus de Jussieu (pour être intervenu plusieurs fois à Jussieu, je peux témoigner de l'état particulièrement lamentable de certains locaux et l'omniprésence de l'amiante à découvert dans plusieurs bâtiments) susceptible d'entraver le bon fonctionnement de gros laboratoires de recherche.

 

Il faut cependant savoir que cette posture face au principe de précaution fut, jusqu'à une époque assez récente, celle de nombreux directeurs de grand laboratoires, notamment en chimie, où beaucoup de jeunes chercheurs ont été conduit à préparer leur thèse dans des conditions d'insécurité totale avec une exposition continue à de nombreux produits hautement toxiques voire cancérogènes (j'ai vu par exemple des séparations par chromatographie liquide réalisée en milieu ouvert avec des litres de benzène !). Il était fort mal vu alors de se protéger (perte de temps, perte d'argent).

Nombreux sont ceux qui ne sont plus là pour en témoigner.

 

Son combat aujourd'hui, toujours au nom de la lutte contre le principe de précaution (« une arme contre le progrès »), consiste à nier que les activités anthropiques soient majoritairement responsables du réchauffement climatique. Le fait que sa théorie soit essentiellement exposée dans des hebdomadaires grands publics comme l'Express et principalement soutenue par deux de ses proches et condisciples (Jean-Louis Le Mouël et Vincent Courtillot, également membres de l'Académie des Sciences) nuit évidemment beaucoup à sa crédibilité.

 

Certes le réchauffement climatique et les modifications climatiques en général ont de multiples origines ; l'histoire mouvementée de notre planète en témoigne.

 

Cependant des conclusions de quasi consensus ont été rendues par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Son dernier et quatrième rapport, auquel ont participé plus de 2 500 scientifiques de 130 pays affirme que la probabilité que le réchauffement climatique depuis 1950 soit d'origine humaine est de plus de 90 %.

 

Ces conclusions ont été approuvées par plus de 40 sociétés scientifiques et académies des sciences, y compris l'ensemble des académies nationales des sciences des grands pays industrialisés.

 

Les mesures terrestres de température réalisées au cours du XXe siècle montrent une élévation de la température moyenne.

Ce réchauffement se serait déroulé en deux phases, la première de 1910 à 1945, la seconde de 1976 à aujourd'hui. Ces deux phases sont séparées par une période de léger refroidissement.

 

Ce réchauffement planétaire semble de plus corrélé avec une forte augmentation dans l'atmosphère de la concentration de plusieurs gaz à effet de serre, dont le dioxyde de carbone, le méthane et le protoxyde d'azote.

 

L'élévation de la température moyenne du globe entre 1906 et 2005 est estimée à 0,74 °C (à plus ou moins 0,18 °C près), dont une élévation de 0,65 °C durant la seule période 1956-2006.

La température moyenne planétaire de 2001 à 2007 est de 14,44°C soit 0,21°C de plus de 1991 à 2000. À ce rythme l'augmentation est de 2,5°C en 100 ans.

 

Évidemment de nombreux hommes politiques, pilotés par les lobbies de grands groupes industriels, en particulier américains, opposés à la signature du protocole de Kyoto, ont produits des contre-expertises faisant notamment apparaître un certain nombre de biais dans les méthodes d'analyse du GIEC.

 

Cependant selon une étude publiée dans la revue Science par une historienne des sciences, Naomi Oreskes, l'analyse de 929 résumés d'articles scientifiques sélectionnés dans une base de données à l'aide des mots clés « climate change » et publiés entre 1993 et 2003, montre qu'aucun d'entre eux ne remettait en cause le consensus défini par le GIEC. Depuis cette étude a été elle même contestée, mais seulement à la marge.

 

Claude Allègre, qualifié par certains de ses pairs de l'Académie de révisionniste,  est donc très isolé. Néanmoins cette querelle d'experts est beaucoup plus complexe que ce que les journaux rapportent et mérite mieux que les diatribes d'un savant atrabilaire.

 

 

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