Woody Allen for ever

Woody Allen est un homme que désespère notre monde -et particulièrement cette Amérique profonde qu'il abhorre- mais qui sans cesse (et sans illusion) traque le bonheur.

 

Le voici de nouveau à New-York après 4 films à l’étranger. Ce dernier film, Wathever works (traduction approximative : le tout c'est que ça marche), est un bijou, un conte de fées philosophique, où Woody s'adresse directement au spectateur (mais se trouvant trop vieux, il ne joue pas son propre rôle).

 

La vie ne vaut rien, ne sert à rien, le hasard mène la danse, la bêtise humaine est insondable.

 

La preuve : la vie de ce brillant et excentrique savant qui s'exprime pour lui.

 

"Ce génie", professeur de mécanique quantique à Columbia, ayant raté le Nobel d'un cheveu (à cause de la politique), doté d'une épouse belle, amoureuse, intelligente, très cultivée, adorant le sexe, découvre lors d'une attaque de panique qu'il va droit dans le mur.

 

Le voici donc face à nous, dans un café new-yorkais à philosopher avec quelques bohèmes,  vivant dans un taudis, avec les maigres subsides procurés par des leçons d'échec données dans la rue à des gamins copieusement injuriés pour cause de nullité.

 

Et c'est là que le conte de fées débute, quand une adorable plouc de 20 ans (encore une actrice exceptionnelle dégotée par Allen), reine de concours de beauté du Mississipi profond, qui aurait pu concourir au seul Oscar des parties de jambes en l'air, échoue sur son palier.

 

Dès lors la gamine, qui découvre émerveillée ce que c'est que vivre avec un génie, totalement hypocondriaque et mégalo, parle à tout propos (et hors de propos !), d'entropie, de vitesse de la lumière et de protons aux jeunes éberlués qui ne manquent pas de lui faire la cour. En fait on comprendra bien vite qu'elle n'est pas tout à fait dupe.

 

La suite me fait irrésistiblement penser à Théorème de Pasolini (en moins mystique, moins scabreux et beaucoup plus léger) où un étrange visiteur s'introduit dans une riche famille bourgeoise et séduit père, mère, fils, fille et bonne, servant de révélateur d'une existence vaine et futile.

 

Melody ne séduira que le vieux misanthrope et un jeune acteur, mais attirant à New-York ses parents, chrétiens ultra conservateurs, sera à l'origine de spectaculaires conversions.

 

Les détracteurs de l'auteur rediront que c'est verbeux, pontifiant, nombriliste... J'ai trouvé ce conte léger et grave, l'humour -toujours aussi corrosif- intact, l'amour des femmes toujours aussi présent... et j'ai toujours pensé que le nombril de Woody Allen ressemblait furieusement au mien et sans aucun doute à beaucoup d'autres !

 

Le génie pour moi c’est Woody Allen qui à 74 ans est capable de nous offrir un tel film.

 

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