Al-kimiya

L'alchimie des Arabes : al-Kīmiyā 

De l’alchimie des savant arabes du Moyen-âge il nous reste de nombreuses traces écrites et quelques mots courants de notre langue comme :

Elixir (al-iksir), « l’essence » : le "catalyseur" de la transmutation des métaux en or ou la panacée (or potable), l'équivalent de la pierre philosophale dans l'alchimie européenne.

Alambic (al-imbiq) « le vase» : appareil utilisé par les alchimistes et les chimistes pour la distillation des liquides.

 

Alcali (al- qilyi) : cendre de la plante kali, permettant de fabriquer la lessive de soude ou de potasse.

 

Alcool  (al-kuhl) :  poudre très divisée d’antimoine utilisée en cosmétique, qui servit par la suite à désigner toute substance très épurée ou distillée.

 

Amalgame (al-malgham), de  ma(u)lgham : une fusion ou alliage (d'un métal) avec du mercure.


On sait que les enseignements des écoles égyptiennes et hellénistiques furent recueillis par les Arabes, qui, grâce à leurs contacts avec l'Asie centrale, connurent également les recherches de l'alchimie chinoise.Les Chinois s'intéressaient surtout à la recherche de la panacée, la drogue de la vie éternelle.

Les Arabes conquirent l'Egypte entre 638 et 640 et, bien qu’interdit par le Coran, ils pratiquèrent presque aussitôt l'Art sacré. Ils acquirent une grande dextérité expérimentale et mirent au point différentes techniques : distillation, sublimation, cristallisation, calcination.

Avec eux, l'alchimie commença à devenir l'école de la chimie. On leur attribue la découverte des acides sulfurique et chlorhydrique, de l’eau régalela production de l'arsenic et de l'antimoine, la mise au point de divers procédés de teinture. 

L’inspiration de l’alchimie arabe peut se retrouver dans la  Table d’Emeraude qui, selon la légende,  présente l’enseignement de Hermès Trismégiste, fondateur mythique de l'alchimie.

 

La Table d’émeraude (Tabula Smaragdina en latin) est un des textes les plus célèbres de la littérature alchimique et hermétique. C’est un texte très court, composé d'une douzaine de formules allégoriques et obscures, dont la fameuse correspondance entre le macrocosme et le microcosme : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

 

Note :

André Breton reprend l'axiome principal de la Table d'émeraude dans le Second manifeste du surréalisme (1930) : " Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'être perçus contradictoirement. Or, c'est en vain qu'on chercherait à l'activité surréaliste un autre mobile que l'espoir de détermination de ce point "

 

 

La Table d'émeraude a été retrouvée sous différentes versions dans une vingtaine de manuscrits arabes médiévaux. La plus ancienne version figure en appendice d’un traité qui aurait été composé au VIe siècle, le Livre du secret de la Création, Kitâb sirr al-Halîka (et dont on a une copie datant de 825). Ce texte se présente comme une traduction du grec d’Apollonius de Tyane, sous son nom arabe Balînûs.

 

Dans le livre X de son " Fihrist ", Ibn an-Nadim présente l'alchimie telle qu'elle était pratiquée au Xème siècle. Il indique ses sources et cite les plus importants alchimistes arabes, parmi lesquels Jâbir (Geber), traduit en latin par Gérard de Crémone (XIIème siècle), et sa théorie de la balance (mîzân) , sa combinaison des quatre éléments et de leurs propriétés, sa science des lettres arabes, de leur valeur et de leur poids.

 

Lorsqu'il parle de son art, Jâbir (Geber) bannit de son langage cette emphase mystique qui rend inintelligibles la plupart des ouvrages d'alchimie. Voici, par exemple, comment il s'exprime en parlant de l'or :

 

« Nous disons donc que l'or est un corps métallique, d'un jaune citrin, très pesant, brillant, extensible sous le marteau, inaltérable et à l'épreuve du grillage et de la calcination avec le charbon (examinationem cineritii et cementi tolerans). Le mercure l'altère. Lorsqu'on fait fondre du plomb avec de l'or, le plomb est brûlé et il disparate. L'or reste intact, ... »

Les Arabes firent faire aussi d'importants progrès à la pharmacie. Ils furent les premiers à orienter les recherches alchimiques vers l'élaboration de médicaments Aux laxatifs déjà connus, ils ajoutèrent la rhubarbe, le séné, le cassia; ils utilisèrent la noix vomique et le camphre comme stimulants, la coloquinte et le santal comme drastique et diurétique, l'aconit, le chanvre indien et l'ambre pour les maladies nerveuses. Ils apprirent à doser l'opium. Ils em­ployaient en applications externes le nitrate d'argent, les sulfates de cuivre et de fer et nombre d'oxydes de métaux. Le codex isla­mique, le Krabadin (850), était un précieux auxiliaire pour les médecins, car il énumérait tous les médicaments propres à chaque organe, à chaque partie du corps. Ce sont également les Arabes qui achevèrent de faire de la pharmacie une spécialité distincte de la médecine.

Deux noms émergent de la foisonnante littérature alchimique : Jâbir Ibn Hayyan (Geber) et al-Râzi (Rhazès).

 

Mais le célèbre médecin  Ibn-Sina (Avicenne) (XIe siècle) et Artéphius furent aussi des alchimistes. Ibn-Sina en particulier, (voir les citations de Vincent de Beauvais), fera suite aux alchimistes grecs, plus étroitement peut-être que Jâbir, auteur moins instruit que lui.


Jâbir ibn Hayyân (né en 721 (?) à Tous en Iran - mort en 815 à Koufa en Irak)

Jâbir devint alchimiste à la cour du grand calife (celui des Mille et une nuitsHaroun al-Rashid. Sa théorie de « l’équilibre » ou de « la balance » s’éloigne de l’ésotérisme des grecs et intègre la doctrine aristotélicienne de la matière.

La plupart des ouvrages qui lui furent attribués sont sans doute l'œuvre de ses disciples des IXème et Xème siècle, qui constituaient une véritable société secrète. Plusieurs manuscrits arabes concernant ces travaux, récemment découverts, semblent authentiques.

 

Ces compilations, semblent issues de l’école islamique de l'imam Jafar al-Sâdiq qui aurait été le maître de Jâbir. L’ouvrage principal est connu en Occident sous le titre de Summa perfectionis magisterii in sua natura.

 

Jâbir était un savant méthodique qui se défiait des débordements de l’imagination. A propos de la transmutation des métaux il écrit :

« Il nous est, ajoute-t-il, aussi impossible de transformer les métaux les uns dans les autres, qu'il nous est impossible de changer un bœuf en une chèvre. Car si la nature doit, comme on le prétend, employer des milliers d'années pour faire des métaux, pouvons-nous prétendre à en faire autant, nous qui vivons rarement au delà de cent ans? La température élevée que nous faisons agir sur les corps peut, il est vrai, produire quelquefois, dans un court intervalle, ce que la nature met des années à engendrer; mais ce n'est encore là qu'un bien faible avantage. »

 

Solidement étayés par des observations expérimentales, ses livres donnent une systématisation des procédés chimiques fondamentaux utilisés par les alchimistes. Ils constituent donc un grand pas dans l'évolution de la chimie d'un art occulte vers une discipline scientifique.

 

En particulier, Jâbir comprend que des quantités finies de différentes substances sont mises en œuvre au cours des réactions chimiques, devançant ainsi de presque un millénaire les principes de la chimie moderne et notamment de la loi des proportions définies découverte par Joseph Louis Proust en 1794.

 

On lui attribue également l'invention et le développement de plusieurs équipements de laboratoire toujours en usage à l'heure actuelle, tels que l'alambic, qui permit d'effectuer les distillations.

 

 En distillant des sels en présence d'acide sulfurique, Jâbir découvrit l'acide chlorhydrique (à partir de chlorure de sodium) et l'acide nitrique (à partir du salpêtre).

En mélangeant les deux, il inventa l'eau régale, qui est l'un des seuls réactifs chimiques qui permette de dissoudre l'or.

 

On lui attribue également la découverte de l'acide citrique (à la base de l'acidité du citron), de l'acide acétique (à partir de vinaigre) et de l'acide tartrique (à partir de résidus de vinification).

 

Mohammad Ibn Zakariya al-Razi -Rhazes ou Razi-, (865, Ray, Perse -925 ?)

Médecin et alchimiste mais aussi philosophe, il rejette lui aussi les pratiques magiques et astrologiques au profit de l’expérience.

 

Il décrit avec encore plus de précision que Jâbir les procédures expérimentales, les appareillages et classe les « éléments » chimiques plus méthodiquement. On lui doit notamment la préparation de l’acide sulfurique (« l'huile de vitriol »), des aluns, de la soude… et de différents élixirs. Son travail aura de nombreuses retombées en pharmacologie.

 

 Il aurait d’abord écrit douze livres sur le sujet, puis encore sept, dont un développant une réfutation des arguments avancés par Al-Kindi, qui se défiait de l’alchimie et des possibilités illusoires de  réaliser des transmutations.

 

al-Razi, est notamment l’auteur du Kitab al-Asrar (Le Livre des Secrets) qui, dans sa traduction latine (De spiritibus et corporibus), devait servir de base à l'alchimie occidentale.

Il participa à la première classification des éléments chimiques en 3 groupes : végétal, minéral et animal.

Dans un de ses ouvrages, al-Rhazi propose une classification des minéraux en six grandes catégories :

 

Quatre « esprits » : le mercure, l’ammoniac (sel), le soufre et l’arsenic. (Notons que selon lui, tous les métaux résultaient d’une combinaison de Mercure et de Soufre en proportions variables selon le métal. D’où son idée de réaliser la transmutation en faisant varier ces proportions.)

 

Sept corps simple: l’argent, l’or, le cuivre, le fer, le plomb, le zinc et l’étain (métaux parfaitement connus et utilisés par les hommes depuis la plus haute antiquité.)

 

Treize « pierres » parmi lesquelles la marcassite, la magnésie, le gypse, le lapis-lazuli, le verre…

 

Sept « acides » pour la plupart définis par leur couleur : le blanc, le noir, le rouge, le jaune, le vert… (colorés en fonction des impuretés qu’ils contenaient !)

 

Des « borates » dont le natron utilisé dès l’antiquité égyptienne pour la momification.

 

Onze « Sels » dont la saumure, le sel (ordinaire), les cendres, le naphte et l’urine !

 

 

 Le livre de Crates

 

Plusieurs traités alchimiques, écrits en arabe et contenus dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale de France et dans celle de l'université de Leyde, ont été publiés par Marcelin Berthelot dans L'alchimie arabe, le troisième volume de La chimie au Moyen-âge. Parmi eux, le Livre de Crates (manuscrit 440 de Leyde) est sans doute l'un des plus intéressants et certainement l'un des plus anciens ; à ce titre, il est à placer parmi les deux ou trois plus importants traités alchimiques, à côté de la Table d'Émeraude, attribué à Hermès Trismégiste, et de la Tourbe des Philosophes (XI ou XIIème siècle). La plupart des exégètes s'accorde pour le dater du IXe siècle, mais un certain nombre d'ente eux pense qu'il pourrait être encore plus ancien ; en effet, la conclusion du Livre de Crates suggère que ce traité est une production de Khâled ben Yezid (mort en 708), qui, d'après le Liber de compositione alchimiae, était l'élève du légendaire moine syrien Marianu(o)s supposé avoir introduit l'alchimie au cœur de l'Islam.
Quoiqu'il en soit, ce livre est tout aussi extraordinaire par les informations qu'ils révèlent que par ses origines mystérieuses. On y trouve notamment des figures de certains appareils (alambic avec son appareil et le symbole solaire, kérotakis, appareil pour digestion et matras au bain de sable) ainsi que des symboles de métaux à peu près semblables à ceux du papyrus X de Leyde. Il permet entre autre de comprendre le codage mis en place dans l’alchimie par Bolos de Mendès

 

Bibliographie

 

Consulter les liens mis en place et :

 

Les origines de l’alchimie, M. Berthelot

Liste des auteurs alchimiques, Chrysopée

La chimie au Moyen-âge, Chimie médiévale (coll.)

L'alchimie arabe dans le " Fihrist " in Aspects de l'Islam, A.C. Dero, Civilisations, 1988, 38, 26-52

Les sciences arabes – de l’Alchimie, Exposition de l’Institut du Monde Arabe

L’alchimie arabe, Cosmovisions 

La matière première du magistère, Hervé Delboy

 

 

Elixir (al-iksir), « l’essence » : agent de transformation des métaux en or ou une panacée (or potable).
Qanun, Ibn Sina (page 1)
Qanun, Ibn Sina (page 1)
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Jâbir, La somme de la perfection, livre I
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Jâbir, La somme de la perfection, livre II
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Appareils alchimiques et de distillations extraites de l'œuvre de Geber (Jâbir)
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