L'oubli


Intuitivement, chacun ressent le besoin d'oublier, de faire le deuil d'un proche, d'un amour, d'un rêve, d'un projet... d'effacer des souvenirs trop encombrants car trop heureux ou trop douloureux, ou témoignant de nos faiblesses, de la face sombre de notre personnalité.

 

Collectivement l'oubli est aussi nécessaire : comment vivre avec le souvenir perpétuel de nos turpitudes passées ! Plus jeune, en lisant, en écoutant, en visionnant les témoignages sur la Shoah, naïvement, je me posais la question : mais comment peut-on encore être Allemand ? Comment la génération d'après-guerre peut-elle porter cette croix ! Jamais avec des Allemands je n'ai pu aborder cette question.

 

L'oubli est donc nécessaire pour vivre mais il ne doit pas occulter notre devoir de mémoire. Il faut savoir oublier pour continuer… mais il faut savoir se souvenir pour progresser.

 

" Il faut savoir oublier pour goûter la saveur du présent, de l'instant et de l'attente, mais la mémoire elle-même a besoin de l'oubli. Il faut oublier le passé récent pour retrouver le passé ancien."  

Marc Augé,   Extrait de Les Formes de l'oubli

 

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Ces dernières années, des mécanismes physiologiques complexes ont été découverts à propos du  fonctionnement de notre mémoire. En particulier plusieurs équipes de recherche, dans le domaine des neurosciences, ont mis en évidence le rôle de certaines molécules dans l'effacement de données.

 

Comme un disque dur saturé, notre mémoire a besoin de libérer de l'espace... physiologiquement nous avons besoin d'oublier !

 

Dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind film américain du français Michel Gondry que j'avais beaucoup apprécié, , Joel Barrish (Jim Carrey) et Clementine Kruczynski (Kate Winslet) ne voient plus que les mauvais côtés de leur tumultueuse histoire d'amour, au point que celle-ci… fait effacer de sa mémoire toute trace de cette relation.

 

La découverte de ces molécules de "l'oubli" fera peut-être, qu'une nouvelle fois, la science dépassera la science-fiction !

 

 

L'oubli : poésie

....

Des fleurs, partout des fleurs, aux lianes des troncs !
Parasols, éventails, fouillis de gerbes folles,
Cassolettes d'azur ; doubles, triples corolles,
Grimpant broder là-haut de merveilleux plafonds !

Encor ! encor ! toujours ! explosions ! fanfares !
Luxe étrange, tumulte inouï de couleurs,
...
Je me couche envahi d'un énervant sommeil,
J'écoute haleter la sève universelle !

Et je ferme les yeux ; et je songe ; Paris,
Les livres, nos sanglots, l'Histoire, la Justice,

....

J'existe ? J'ai souffert, j'ai maudit la Lumière.-
Mais tout est oublié, je suis trop bien ici,
Oh ! que c'est bon, n'avoir ni désir ni souci-
Je vais m'éparpiller dans la nature entière-

...

Partez, espoirs, orgueils aux brises de l'oubli...
O fondantes douceurs du Mystère accompli !

...
Ai-je pensé jadis? Je ne puis ressaisir,
Je ne sais rien, je vais me fondre en un désir
D'anéantissement dans l'océan de l'Etre.

...
Qu'il ne reste plus rien, brise, soupir, murmure,...

Rien de ce cerveau fou, rien de ce corps impur,
...

 Jules Laforgue, Le sanglot de la terre



Contre l'oubli : le devoir de mémoire

Sur le devoir de mémoire...

 

On lira bien sûr Primo Levi : Le devoir de mémoire Primo Levi, Anna Bravo, Federico Cereja

 

et aussi :

 

Devoir de mémoire, droit à l'oubli ?

 sous la dir. de Thomas Ferenczi. Bruxelles : Ed. Complexe, 2002.

 

 

Ci-dessous des extraits du très beau texte de la psychanalyste Doris Cohen.

 

" Mnémosyné personnifie la Mémoire. Fille d'Ouranos et de Gaïa, du Ciel et de la Terre, elle s'unit à Zeus pendant neuf nuits et conçoit les neuf Muses. Les Muses président à la Pensée sous toutes ses formes. La Mémoire est mère de la culture, de la civilisation.

Pas d'humanité sans mémoire.

 

Le devoir de mémoire est une expression de nos jours très usitée voire galvaudée. Elle résonne en moi. Il me semble important d'y réfléchir pour moi, mais aussi du côté des survivants de la Shoah et de leurs descendants. C'est en tant que fille de déportée et psychanalyste que je parle, que j'écris.

 

Le 12 Mars 1943, des policiers français arrêtent ma mère et mes grands-parents à leur domicile parisien. Ils sont internés à Drancy. Le 23 Juin 1943, des wagons à bestiaux les emportent pour Auschwitz : convoi n°55. Mes grands-parents sont envoyés directement à la chambre à gaz. Pour ma mère, alors âgée de 17 ans, un enfer de deux ans commence sous le matricule 46 590.

A son retour du camp, la douleur, la souffrance ont failli anéantir ma mère. Moi, elles m'ont terrassée. Comment apprendre ou réapprendre à vivre quand on est dans la survivance? Comment naître comme sujet? Ne plus raser les murs, arracher l'étoile jaune, le pyjama rayé, véritable tunique de Nessus qui nous colle tant encore à la peau? Comment sortir des coulisses, monter sur la scène de la vie, être acteur de son existence?

 

Dans Les naufragés et les rescapés (1), Primo Levi écrit : "Il faut encore une fois constater, avec tristesse, que l'offense est inguérissable; elle se prolonge dans le temps, et les Erinyes, auxquelles nous devons bien croire, ne tourmentent pas seulement le bourreau (si même elles le tourmentent, aidées ou non par le châtiment humain) mais perpétuent son œuvre en refusant la paix à celui qu'il a torturé". Lui-même un peu plus loin, cite Jean Améry : "Qui a été torturé reste torturé(...); qui a subi le supplice ne pourra jamais vivre dans son milieu naturel, l'abomination de l'anéantissement ne s'éteint jamais.

La confiance dans l'humanité, déjà entamée dès la première gifle reçue, puis démolie par la torture, ne se réacquiert plus". Plus loin encore, Primo Levi écrit : "Que chacun est le Caïn de son frère, que chacun de nous (mais cette fois, je dis nous dans un sens très large et même universel) a supplanté son prochain et vit à sa place, c'est une supposition, mais elle ronge; elle s'est nichée profondément en toi, comme un ver, on ne la voit pas de l'extérieur, mais elle ronge et crie".

 

Le désespoir, la honte, la culpabilité rongent le survivant. C'est ce qu'écrit Primo Levi, mais aussi Jorge Semprun, Robert Antelme et bien d'autres témoins. C'est ce que m'a toujours dit ma mère : on ne pleure jamais sur soi, on pleure sur ceux qui ne sont pas revenus…

 

À ma naissance, ma mère s'est absentée d'elle-même. Pour la retrouver, établir un lien avec elle, j'ai toujours recherché douloureusement cette partie d'elle-même restée là-bas avec mes grands-parents à Pitchipoï. Quête vaine, désespérée et dangereuse, car il y a le risque d'être prise à jamais, enkystée dans la glaciation de ma préhistoire, figée dans les neiges d'Auschwitz!

 

Quand on idéalise la souffrance, qu'on la capte, qu'on s'en saisit d'une façon mortifère, qu'on l'érotise, on ne peut plus être sujet; on est soumis, assujetti, passif, victime, masochiste. Petite Narcisse, arrimée à la rive morbide matricielle se mirant dans les eaux noires du Styx. Petite fille emmurée dans sa douleur, contemporaine imaginaire d'un monde perdu ! Fillette, devenue mémorial ambulant ! Tout est collé, la mort, la vie, les générations.

 

La psychanalyse a été pour ma mère, et pour moi par la suite, une urgence. A travers nos analyses respectives, nous avons pu tissé entre nous une étoffe d'une nouvelle texture, richement vascularisée, pleine de chatoyance et de vitalité (enfant, mon objet transitionnel était un carré de soie !). Ouverture, sortie d'un monde plutôt végétatif et accession à l'Humain. Un jour, après une lutte titanesque, il a fallu choisir entre la vie ou le tombeau. ..

 

« Va et parle » dit du buisson ardent l'Eternel à Moïse "Quitte ton pays, dit-Il encore à Avram et ton nom sera Abraham !" S'engage pour moi la lutte pour découvrir ma propre terre promise : s'arracher au rivage de malheur, apprendre à se redresser, à marcher.

Apprivoiser ce vide, cet écart, cette fente, quand les pieds se séparent l'un de l'autre pour avancer. Vertige de la vie! Vertige que je retrouve dans mes randonnées en montagne, quand je fais face à un précipice. Devant les déserts glaciaires, quand je tremble sur une moraine, je ne peux m'empêcher de penser au blanc de la disparition, de l'extermination de ma grand- mère...

 

 J'essaie de m'arracher, de construire un pont, aussi fragile soit-il, pour passer sur le gouffre de la Solution Finale. J'essaie de naître sujet. J'essaie d'advenir. Le passé est passé. Quelle que soit l'horreur, s'instituer mémorial, ne réparera rien, ne sauvera, ne ressuscitera personne ! Plus qu'un devoir de mémoire, j'ai un devoir de vie.

 

Tout au long de son œuvre, Freud interroge le problème de la mémoire dont découlent, selon lui, tous les processus psychiques. Dans un parcours très bref, très succinct, déroulons un fil et cueillons çà et là, quelques mots, quelques phrases :

 

- Lettre 52 à Fliess du 6-12-96 (2) : on relève le mot « stratification », puis "remaniement" : "Les matériaux présents sous forme de traces mnémoniques se trouvent de temps en temps remaniés suivant les circonstances nouvelles"

 

- Esquisse (3) : "Une des propriétés principales du tissu nerveux est celle de la "mémoire", c'est à dire, en somme la faculté de subir, du fait de quelque processus unique, isolé, une modification permanente »

 

L'Esquisse est une étude, une approche neuronale des processus psychiques. Freud distingue deux types de neurones, des neurones perméables servant à la perception, neurones j, et des neurones imperméables dont dépendent la mémoire et les processus psychiques en général, les neurones y. "Cette seconde catégorie de neurones peutavoir subi, une modification, ce qui donne aussi une possibilité de se représenter la mémoire".

 

On note donc les mots de modification, de remaniement, l'idée de transformation pour arriver à celle de « construction », dans l'article Constructions dans l'analyse(4) de 1937, et plus tard l'idée de « perlaboration », dans l'article Remémoration, répétition et perlaboration(5).

 

Pour en revenir à l'expression " devoir de mémoire", l'on pourrait alors se demander, s'il ne conviendrait pas mieux d'employer celle de travail de la mémoire, travail, au sens de durcharbeitung. Durcharbeiten, travailler au travers, traverser, perlaborer la mémoire.

 

En français, « devoir » vient du latin debeo, debere. Dans devoir, il y a la dette. Ce peut être la bonne dette, celle dont il est question dans cette phrase du Faust de Goethe, et que cite Freud dans Totem et Tabou : "Ce que tu as hérité de tes pères , acquiers le afin de le posséder". Mais, ce peut être aussi la mauvaise dette, celle de la Gorgone de la culpabilité, celle de la répétition, de la quête du même. Plus intéressante me semblerait donc la notion dans le devoir, du devoir de l'écolier, c'est-à-dire d'un travail à rendre, d'un travail à faire.

 

Il ne peut y avoir restitution dans son intégrité du passé. Pour qu'il y ait mémoire, inscription dans le passé, il y a la nécessité d'une construction, d'une transformation, et donc d'une perte. Je me demande, d'ailleurs, si ça ne pourrait pas être une des facettes de la tragédie de Primo Levi.

En scientifique qu'il est, Primo Levi veut témoigner, comprendre cet enfer dépourvu de sens qu'est le Lager (le camp). Il sait sa quête vaine, mais il ne peut s'en empêcher; il a survécu dans l'idée uniquement de comprendre et de témoigner, de tout raconter. Sa prose est claire, austère, précise, sans fioriture. Volontairement, il écarte tout affect…

Doris Cohen


1- Primo Levi, Les naufragés et les rescapés, p.24, Arcade, Gallimard.

2- S. Freud, Naissance de la psychanalyse, p. 153,PUF.

3- S. Freud, Naissance de la psychanalyse, p. 319,PUF.

4- S. Freud, Résultats, idées, problèmes, Tome 2, p. 269, PUF.

5- S. Freud, La technique psychanalytique, p. 194,PUF.

Voir aussi : S. Freud, Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, 31è, La décomposition de la personnalité psychique, p.110, Gallimard, Folio.

 

 

L'oubli : psychisme

 

Du mécanisme psychique de la tendance à l'oubli, S.Freud, 1898

 

J'ai publié, en 1898, dans Monatsschrift für Psychiatrie und Neurologie, un petit article intitulé "Du mécanisme psychique de la tendance à l'oubli", dont le contenu, que je vais résumer ici servira de point de départ à mes considérations ultérieures.


Dans cet article, j'ai soumis à l'analyse psychologique, d'après un exemple frappant observé sur moi-même, le cas fréquent d'oubli passager de noms propres ; et je suis arrivé à la conclusion que cet accident, si commun et sans grande importance pratique, qui consiste dans le refus de fonctionnement d'une faculté psychique (la faculté du souvenir), admet une explication qui dépasse de beaucoup par sa portée l'importance généralement attachée au phénomène en question.

 

Si l'on demandait à un psychologue d'expliquer comment il se fait qu'on se trouve si souvent dans l'impossibilité de se rappeler un nom qu'on croit cependant connaître, je pense qu'il se contenterait de répondre que les noms propres tombent plus facilement dans l'oubli que les autres contenus de la mémoire. il citerait des raisons plus ou moins plausibles qui, à son avis, expliqueraient cette propriété des noms propres, sans se douter que ce processus puisse être soumis à d'autres conditions, d'ordre plus général.

 

Ce qui m'a amené à m'occuper de plus près du phénomène de l'oubli passager de noms propres, ce fut l'observation de certains détails qui manquent dans certains cas, mais se manifestent dans d'autres avec une netteté suffisante.


Ces derniers cas sont ceux où il s'agit, non seulement d'oubli, mais de faux souvenir. Celui qui cherche à se rappeler un nom qui lui a échappé retrouve dans sa conscience d'autres noms, des noms de substitution, qu'il reconnaît aussitôt comme incorrects, mais qui n'en continuent pas moins à s'imposer à lui obstinément.


On dirait que le processus qui devait aboutir à la reproduction du nom cherché a subi un déplacement, s'est engagé dans une fausse route, au bout de laquelle il trouve le nom de substitution, le nom incorrect.


Je prétends que ce déplacement n'est pas l'effet d'un arbitraire psychique, mais s'effectue selon des voies préétablies et possibles à prévoir. En d'autres termes, je prétends qu'il existe, entre le nom ou les noms de substitution et le nom cherché, un rapport possible à trouver, et j'espère que, si je réussis à établir ce rapport, j'aurai élucidé le processus de l'oubli de noms propres.

 

Dans l'exemple sur lequel avait porté mon analyse en 1898, le nom que je m'efforçais en vain de me rappeler était celui du maître auquel la cathédrale d'Orvieto doit ses magnifiques fresques représentant le "Jugement Dernier". A la place du nom cherché, Signorelli, deux autres noms de peintres, Botticelli et Boltraffio, s'étaient imposés à mon souvenir, mais je les avais aussitôt et sans hésitation reconnus comme incorrects. Mais, lorsque le nom correct avait été prononcé devant moi par une autre personne, je l'avais reconnu sans une minute d'hésitation.


L'examen des influences et des voies d'association ayant abouti à la reproduction des noms Botticelli et Boltraffio, à la place de Signorelli, m'a donné les résultats suivants :

 

a) La raison de l'oubli du nom Signorelli ne doit être cherchée ni dans une particularité quelconque de ce nom ni dans un caractère psychologique de l'ensemble dans lequel il était inséré. Le nom oublié m'était aussi familier qu'un des noms de substitution, celui de Botticelli, et beaucoup plus familier que celui de Boltraffio dont le porteur ne m'était connu que par ce seul détail qu'il faisait partie de l'école milanaise.

Quant aux conditions dans lesquelles s'était produit l'oubli, elles me paraissent inoffensives et incapables d'en fournir aucune explication : je faisais, en compagnie d'un étranger, un voyage en voiture de Raguse, en Dalmatie, à une station d'Herzégovine ; au cours du voyage, la conversation tomba sur l'Italie et je demandai à mon compagnon s'il avait été à Orvieto et s'il avait visité les célèbres fresques de...

 

b) L'oubli du nom s'explique, lorsque je me rappelle le sujet qui a précédé immédiatement notre conversation sur l'Italie, et il apparaît alors comme l'effet d'une perturbation du sujet nouveau par le sujet précédent.


Peu de temps avant que j'aie demandé à mon compagnon de voyage s'il avait été à Orvieto, nous nous entretenions des mœurs des Turcs habitant la Bosnie et l'Herzégovine. J'avais rapporté à mon interlocuteur ce que m'avait raconté un confrère exerçant parmi ces gens, à savoir qu'ils sont pleins de confiance dans le médecin et pleins de résignation devant le sort. Lorsqu'on est obligé de leur annoncer que l'état de tel ou tel malade de leurs proches est désespéré, ils répondent : " Seigneur (Herr), n'en parlons pas. Je sais que s'il était possible de sauver le malade, tu le sauverais."

Nous avons là deux noms : Bosnien (Bosnie) et Herzegowina (Herzégovine) et un mot : Herr (Seigneur), qui se laissent intercaler tous les trois dans une chaîne d'associations entre Signorelli - Botticelli et Boltraffio.

 

c) J'admets que si la suite d'idées se rapportant aux mœurs des Turcs de la Bosnie, etc., a pu troubler une idée venant immédiatement après, ce fut parce que je lui ai retiré mon attention, avant même qu'elle fût achevée.


Je rappelle notamment que j'avais eu l'intention de raconter une autre anecdote qui reposait dans ma mémoire à côté de la première.

Ces Turcs attachent une valeur exceptionnelle aux plaisirs sexuels et, lorsqu'ils sont atteints de troubles sexuels, ils sont pris d'un désespoir qui contraste singulièrement avec leur résignation devant la mort.


Un des malades de mon confrère lui dit un jour : "Tu sais bien, Herr (Seigneur), que lorsque cela ne va plus, la vie n'a plus aucune valeur." Je me suis toutefois abstenu de communiquer ce trait caractéristique, préférant ne pas aborder ce sujet scabreux dans une conversation avec un étranger. Je fis même davantage : j'ai distrait mon attention de la suite des idées qui auraient pu se rattacher dans mon esprit au sujet : "Mort et Sexualité."

J'étais alors sous l'impression d'un événement dont j'avais reçu la nouvelle quelques semaines auparavant durant un bref séjour à Trafoï un malade, qui m'avait donné beaucoup de mal, s'était suicidé, parce qu'il souffrait d'un trouble sexuel incurable.


Je sais parfaitement bien que ce triste événement et tous les détails qui s'y rattachent n'existaient pas chez moi à l'état de souvenir conscient pendant mon voyage en Herzégovine. Mais l'affinité entre Trafoï et Boltraffio m'oblige à admettre que, malgré la distraction intentionnelle de mon attention, je subissais l'influence de cette réminiscence.

 

d) Il ne m'est plus possible de voir dans l'oubli du nom Signorelli un événement accidentel. Je suis obligé de voir dans cet événement l'effet de mobiles psychiques. C'est pour des raisons d'ordre psychique que j'ai interrompu ma communication (sur les mœurs des Turcs, etc.), et c'est pour des raisons de même nature que j'ai empêché de pénétrer dans ma conscience les idées qui s'y rattachaient et qui auraient conduit mon récit jusqu'à la nouvelle que j'avais reçue à Trafoï.


Je voulais donc oublier quelque chose ; j'ai refoulé quelque chose. Je voulais, il est vrai, oublier autre chose que le nom du maître d'Orvieto ; mais il s'est établi, entre cet "autre chose" et le nom, un lien d'association, de sorte que mon acte de volonté a manqué son but et que j'ai, malgré moi, oublié le nom, alors que je voulais intentionnellement oublier "l'autre chose".


Le désir de ne pas se souvenir portait sur un contenu ; l'impossibilité de se souvenir s'est manifestée par rapport à un autre. Le cas serait évidemment beaucoup plus simple, si le désir de ne pas se souvenir et la déficience de mémoire se rapportaient au même contenu. - Les noms de substitution, à leur tour, ne me paraissent plus aussi injustifiés qu'avant l'explication ; ils m'avertissent (à la suite d'une sorte de compromis) aussi bien de ce que j'ai oublié que de ce dont je voulais me souvenir, et ils me montrent que mon intention d'oublier quelque chose n'a ni totalement réussi, ni totalement échoué.

 

e) Le genre d'association qui s'est établi entre le nom cherché et le sujet refoulé (relatif à la mort et à la sexualité et dans lequel figurent les noms Bosnie, Herzégovine, Trafoï) est tout à fait curieux. Le schéma ci-joint, emprunté à l'article de 1898, cherche à donner une représentation concrète de cette association.


Le nom de Signorelli a été divisé en deux parties. Les deux dernières syllabes se retrouvent telles quelles dans l'un des noms de substitution (elli), les deux premières ont, par suite de la traduction de Signor en Herr (Seigneur), contracté des rapports nombreux et variés avec les noms contenus dans le sujet refoulé, ce qui les a rendues inutilisables pour la reproduction. La substitution du nom de Signorelli s'est effectuée comme à la faveur d'un déplacement le long de la combinaison des noms "Herzégovine-Bosnie", sans aucun égard pour le sens et la délimitation acoustique des syllabes.


Les noms semblent donc avoir été traités dans ce processus comme le sont les mots d'une proposition qu'on veut transformer en rébus. Aucun avertissement n'est parvenu à la conscience de tout ce processus, à la suite duquel le nom Signorelli a été ainsi remplacé par d'autres noms. Et, à première vue, on n'entrevoit pas, entre le sujet de conversation dans lequel figurait le nom Signorelli et le sujet refoulé qui l'avait précédé immédiatement, de rapport autre que celui déterminé par la similitude de syllabes (ou plutôt de suites de lettres) dans l'un et dans l'autre.

 

Il n'est peut-être pas inutile de noter qu'il n'existe aucune contradiction entre l'explication que nous proposons et la thèse des psychologues qui voient, dans certaines relations et dispositions, les conditions de la reproduction et de l'oubli.


Nous nous bornons à affirmer que les facteurs depuis longtemps reconnus comme jouant le rôle de causes déterminantes dans l'oubli d'un nom se compliquent, dans certains cas, d'un motif supplémentaire, et nous donnons en même temps l'explication du mécanisme de la fausse réminiscence.

Ces facteurs ont dû nécessairement intervenir dans notre cas, pour permettre à l'élément refoulé de s'emparer par voie d'association du nom cherché et de l'entraîner avec lui dans le refoulement. A propos d'un autre nom, présentant des conditions de reproduction plus favorables, ce fait ne se serait peut-être pas produit.


Il est toutefois vraisemblable qu'un élément refoulé s'efforce toujours et dans tous les cas de se manifester au-dehors d'une manière ou d'une autre, mais ne réussit à le faire qu'en présence de conditions particulières et appropriées. Dans certains cas, le refoulement s'effectue sans trouble fonctionnel ou, ainsi que nous pouvons le dire avec raison, sans symptômes.

 

En résumé, les conditions nécessaires pour que se produise l'oubli d'un nom avec fausse réminiscence sont les suivantes : 1° une certaine tendance à oublier ce nom ; 2° un processus de refoulement ayant eu lieu peu de temps auparavant ; 3° la possibilité d'établir une association extérieure entre le nom en question et l'élément qui vient d'être refoulé.

 

Il n'y a probablement pas lieu d'exagérer la valeur de cette dernière condition, car étant donné la facilité avec laquelle s'effectuent les associations, elle se trouvera remplie dans la plupart des cas.


Une autre question, et plus importante, est celle de savoir si une association extérieure de ce genre constitue réellement une condition suffisante pour que l'élément refoulé empêche la reproduction du non cherché et si un lien plus intime entre les deux sujets n'est pas nécessaire à cet effet.


A première vue, on est tenté de nier cette dernière nécessité et de considérer comme suffisante la rencontre purement passagère de deux éléments totalement disparates. Mais, à un examen plus approfondi on constate, dans des cas de plus en plus nombreux, que les deux éléments (l'élément refoulé et le nouveau), rattachés par une association extérieure, présentent également des rapports intimes, c'est-à-dire qu'ils se rapprochent par leurs contenus, et tel était en effet le cas dans l'exemple Signorelli.

 

La valeur de la conclusion que nous a fournie l'analyse de l'exemple Signorelli varie, selon que ce cas peut être considéré comme typique ou ne constitue qu'un accident isolé.


Or, je crois pouvoir affirmer que l'oubli de nom avec fausse réminiscence a lieu le plus souvent de la même manière que dans le cas que nous avons décrit. Presque toutes les fois où j'ai pu observer ce phénomène sur moi-même, j'ai été à même de l'expliquer comme dans le cas signorelli, c'est-à-dire comme ayant été déterminé par le refoulement.


Je puis d'ailleurs citer un autre argument à l'appui de ma manière de voir concernant le caractère typique du cas Signorelli. Je crois notamment que rien n'autorise à établir une ligne de séparation entre les cas d'oublis de noms avec fausse réminiscence et ceux où des noms de substitution incorrects ne se présentent pas.


Dans certains cas, ces noms de substitution se présentent spontanément ; dans d'autres, on peut les faire surgir, grâce à un effort d'attention et, une fois surgis, ils présentent, avec l'élément refoulé et le nom cherché, les mêmes rapports que s'ils avaient surgi spontanément.


Pour que le nom de substitution devienne conscient, il faut d'abord un effort d'attention et, ensuite, la présence d'une condition, en rapport avec les matériaux psychiques. Cette dernière condition doit, à mon avis, être cherchée dans la plus ou moins grande facilité avec laquelle s'établit la nécessaire association extérieure entre les deux éléments.


C'est ainsi que bon nombre de cas d'oublis de noms sans fausse réminiscence se rattachent aux cas avec formation de noms de substitution, c'est-à-dire aux cas justiciables du mécanisme que nous a révélé l'exemple Signorelli. Mais je n'irai certainement pas jusqu'à affirmer que tous les cas d'oublis de noms peuvent être rangés dans cette catégorie. Il y a certainement des oublis de noms où les choses se passent d'une façon beaucoup plus simple.

 

Aussi ne risquons-nous pas de dépasser les bornes de la prudence, en résumant la situation de la façon suivante : à côté du simple oubli d'un nom propre, il existe des cas où l'oubli est déterminé par le refoulement."

 

"Psycho-pathologie de la vie quotidienne", ch.1,  PBP, Paris, 1972. (traduction de S.Yankélévitch, Petite Bibliothèque Payot, Paris 1972)

 

L'oubli : effacer la mémoire, les molécules de l’oubli

 

L’oubli est un processus moléculaire vital. C’est ce que mettent en évidence plusieurs équipes de chercheurs dans le domaine des neurosciences depuis quelques années.

 

 La mémoire est régulée par un équilibre entre les mécanismes biologiques de stockage et ceux d’effacement de l’information. L’oubli n’est pas le résultat du temps qui passe, c’est un processus biologique à part entière.

 

Rappel : La mémorisation se déroule en plusieurs temps. L’information, sous forme d’influx nerveux, passe d’abord la « porte d’entrée » (hippocampe). Puis elle parvient aux neurones où elle provoque la libération de molécules – des neurotransmetteurs- (dopamine, acétylcholine…). Celles-ci vont se fixer sur des récepteurs post-synaptiques, ce qui active une autre enzyme essentielle : la kinase.

 

 Lors d’un apprentissage des changements moléculaires se produisent dans les synapse qui faciliteraient la communication entre les neurones. Cela activerait des enzymes clés, les KINASES, qui assureraient l’enregistrement des souvenirs par altération des synapses un peu comme des informations numériques sont gravées sur un CD par altération de sa surface.

 

La mémorisation, c’est donc un remodelage des réseaux neuronaux qui requiert la croissance de nouvelles synapses.

 

Ce mécanisme serait contrôlé par la molécule Protein Phosphatase 1 (PP1), qui peut effacer les souvenirs ou les empêcher de se former. L’enzyme PP1 est présente dans toutes les cellules de notre organisme ; elle régule des processus vitaux comme le développement embryonnaire ou encore la division cellulaire. Ces phosphatases ont la particularité de retirer des atomes de phosphate à d’autres substances cibles, ainsi elles « désactivent leur cible », elles agissent comme un frein moléculaire.

 

Ce qui était jusqu’ici totalement inédit, c’est son rôle au plan de la mémoire.

 

 

1) Les travaux du groupe d’Isabelle Mansuy, biologiste française, à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich (Brain Research Institute).


Isabelle Mansuy s’est demandée si la PP1 avait une influence sur la persistance des souvenirs à long terme. C’est pourquoi ses chercheurs ont entraîné des souris (des souris génétiquement modifiées chez lesquelles l’activité de la PP1, peut être facilement contrôlée par l’injection d’un inhibiteur) à retrouver dans une piscine, une plate-forme qui leur sert de refuge. Au fur et à mesure des essais, les chercheurs donnent aux rongeurs de plus en plus d’informations, destinées à être mémorisées, afin qu’ils nagent directement vers le refuge. Au bout de neuf jours, la plate-forme est retirée de la piscine. Au départ, les souris témoins la recherchent au bon endroit. Mais au fil du temps, elles commencent à perdre leurs repères. Et, au bout de six semaines, elles ne se souviennent plus du tout du chemin. En revanche, les souris chez lesquelles les chercheurs ont réduit l’activité de la PP1 gardent le souvenir intact durant six semaines.

 

Ainsi, indépendamment de son action pour empêcher la formation des souvenirs, la PP1 provoque aussi l’oubli des informations déjà enregistrées dans le cerveau. Comment ? En fait, deux mécanismes pourraient intervenir, selon que l’on considère l’oubli total ou l’oubli transitoire. D’après les chercheurs, les informations qui ont peu d’importance peuvent être définitivement gommées, tandis que celles qui sont plus fondamentales sont juste occultées provisoirement.

 

La PP1, bloque, lors de l’apprentissage la formation des souvenirs en neutralisant l’activité des kinases (la CaMKII, kinase nécessaire à l’apprentissage).

 

La PP1 influence également la persistance d’un souvenir à long terme, une activité réduite de cette molécule maintient le souvenir plus longtemps.

 

Enfin la PP1 provoque l’oubli des informations déjà stockées dans le cerveau en inhibant l’activité d’une protéïne nommée CREB.

 

Un mécanisme qui s’avère capital ; en freinant la formation de certains souvenirs, lors d’un apprentissage intensif, la PP1 préserve notre mémoire de la saturation. De plus, en supprimant des souvenirs, elle nous aide à faire le tri entre ceux qui sont essentiels pour la cohérence de l’individu, ceux qui le sont moins et enfin ceux qui ne le sont pas du tout. Elle nous permet, en somme, de ne pas encombrer notre cerveau de souvenirs superflus.

 

Aujourd’hui, la PP1 leur offre une réponse biologique à une hypothèse que les neuropsychologues émettaient empiriquement depuis un siècle.

Cette découverte concerne au plus haut point  tous ceux qui cherchent des traitements pour restaurer la mémoire défaillante. Au lieu de tenter de stimuler les capacités de mémorisation, on pourrait à l’inverse tenter de bloquer celles de l’oubli.

 

 

2) Les travaux de l’équipe de Joseph LeDoux (New York University, USA) et Valérie Doyère (NAMC/ CNRS/ Orsay, France), en collaboration avec à Karim Nader (McGill University, Canada).

 

 Publiés dans Nature Neuroscience, vol. 10, n° 4, avril 2007, pp. 414-416.

 

Ces neurobiologistes ont démontré -sur des rats- qu’un souvenir associé à un traumatisme pouvait être effacé sans que les autres souvenirs soient affectés.

 

C’est au moment où la mémoire est réactivée que les chercheurs interviennent. Au moment du stockage des informations, la mémoire fonctionne en deux temps : l’information passe d’un stockage à court terme à un stockage à long terme. C’est la phase de consolidation. Pendant longtemps, on a pensé qu’un souvenir consolidé était intouchable et qu’aucune molécule pharmaceutique ne pouvait l’atteindre. Jusqu’à ce que des études suggèrent que la réactivation de ce souvenir le rendait vulnérable.

 

Voici ce que l'on peut lire sur le journal du CNRS à propos de ces travaux :

 

 " Des mauvais souvenirs effaçables " (Marie Lescroart)

 

" Qui n'a rêvé d'effacer ses mauvais souvenirs, ces « madeleines » au goût amer, qui font revivre une déception ou un accident ? Et ce, sans toucher aux bons moments, si doux à se remémorer ? Les travaux d'une équipe franco-américaine laissent entrevoir cette possibilité. « On savait déjà que certaines substances chimiques, administrées à des rats au moment précis où on leur remémore un souvenir, empêchent la mémorisation à long terme de celui-ci, explique Valérie Doyère, chargée de recherche au Laboratoire de Neurobiologie de l'apprentissage, de la mémoire et de la communication (NAMC), et cosignataire de l'article. Mais on ignorait si ce processus d'effacement apparent était sélectif, ou s'il concernait un ensemble de souvenirs associés entre eux. "

 

Pour le savoir, les chercheurs ont « appris » à des rats à avoir peur de deux sons différents, en les leur faisant entendre juste avant de leur envoyer une décharge électrique dans les pattes. Puis ils leur ont fait entendre à nouveau un seul des deux sons, tout en leur administrant une de ces fameuses substances chimiques. Résultat : vingt-quatre heures plus tard, les rongeurs n'avaient effectivement plus peur du son qu'ils avaient entendu en présence de la drogue, tandis que leur peur de l'autre son, elle, était restée intacte. L'oubli est donc bien sélectif.

 

Pour savoir si celui-ci était bien dû à un « effacement » de la trace physiologique du souvenir de peur, les chercheurs ont ensuite mesuré, au moyen d'électrodes, l'activité synaptique dans l'amygdale, une région du cerveau liée à la mémoire émotionnelle, au moment où les rats réentendaient le son auquel la substance chimique les avait rendus insensibles : celle-ci avait effacé sélectivement jusqu'à la trace neuronale du souvenir de peur évoqué par le son. « Cela démontre pour la première fois que l'on peut perturber sélectivement un souvenir émotionnel », explique Valérie Doyère.

 

Ces recherches laissent entrevoir une voie thérapeutique intéressante pour les personnes atteintes de stress post-traumatique, une psychopathologie qui fait revivre au sujet des émotions négatives exacerbées lorsqu'il perçoit une odeur, un son ou une couleur qui lui rappellent un traumatisme.

 

« Nous sommes encore loin d'une application, nuance Valérie Doyère. La sélectivité que nous avons démontrée, notamment, pourrait poser problème. Il faudrait trouver des conditions dans lesquelles cet effacement sélectif pourrait être élargi à des groupes de souvenirs. Sans oublier, bien entendu, les questions éthiques soulevées par la mise en œuvre d'une telle “thérapie par l'oubli”. »

 

 Récemment d'autres travaux ont consolidé et approfondi ces résultats.

 

 

3) Groupe du Pr Sacktor (Suny Downstate Medical Center, New York)

Selon ces chercheurs, une d'enzyme appelée "protéine kinase M zêta" entretient la mémorisation à long terme en renforçant constamment les connexions synaptiques entre les neurones. En inhibant cette enzyme, les scientifiques ont pu effacer des souvenirs enregistrés durant un jour, jusqu’à un mois. Ils ont montré que cette fonction de stockage est spécifique à cette enzyme, l’inhibition d’autres molécules associées ne perturbant pas la mémoire.

Entre autres avantages, l'identification du mécanisme moléculaire central du stockage de la mémoire pourrait focaliser les recherches sur le développement d’agents thérapeutiques spécifiques permettant d’augmenter les facultés de mémorisation et d’empêcher les pertes de mémoire. Déjà au début de l'année 2008, des scientifiques de la même université avaient annoncé que PKM zêta était liée aux troubles de la maladie d'Alzheimer, peut-être donc due en partie au blocage de sa fonctionnalité de stockage de la mémoire.

 

Serrano P, Friedman EL, Kenney J, Taubenfeld SM, Zimmerman JM, et al. PKMzeta Maintains Spatial, Instrumental, and Classically Conditioned Long-Term Memories.PLoS Biology, Vol. 6, No. 12.

 

 

 4) Enfin on peut citer les résultats du Dr Joe Tsien, de l'Institut du cerveau et du comportement du Medical College de Géorgie, principal auteur de l'étude.

 

 Nous venons de voir que des chercheurs ont identifié des molécules spécifiques qui paraissent jouer un rôle dans les différentes phases du processus de mémorisation et de recouvrement de la mémoire.

 

 Le Dr Tsien a mis au point une méthode permettant de manipuler rapidement l'activité de la molécule dite CaMKII (calcium/calmodulin-dependant protein Kinase II), une enzyme liée à de multiples aspects du processus d'apprentissage et de mémorisation :

 

 "Nous avons récemment développé une stratégie qui combine la spécificité moléculaire de la génétique et l'inhibition très rapide à l'aide d'une substance chimique " de l'activité de CaMKII.

 

 Ces chercheurs ont découvert que l'utilisation excessive transitoire de l'enzyme CaMKII au moment du rappel des souvenirs bloquait la mémoire longue et courte des événements suscitant la peur, ainsi que la mémoire immédiate. Ces trous de mémoire liés à une activité excessive de CaMKII ne résulteraient pas d'un blocage mais apparemment de l'effacement rapide de ces informations stockées dans la mémoire du cerveau.

 

De plus, ils ont constaté que l'effacement de ces souvenirs était limité à ceux que le cerveau cherchait à se rappeler, laissant les autres intacts.

 

Cette recherche qui suggère l'existence d'un mécanisme moléculaire "permettant d'effacer sélectivement et rapidement la mémoire d'événements traumatisants", pourrait s'appliquer aux anciens combattants dont un grand nombre souffre du syndrome post-traumatique, note le Dr Tsien.

 

Ces travaux pourrait donc aboutir - à long terme !- à des techniques adaptables au cerveau humain permettant d'effacer la mémoire d'événements traumatisants ou suscitant des peurs incontrôlées sans affecter le restant de la mémoire.

 

Voila bien la science qui rattrape la science-fiction !

 

 

Souvenons-nous cependant que dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Joel redécouvre l'inaltérable magie d'un amour dont rien au monde ne devrait le priver.  Pour préserver ce trésor, il engage alors une bataille de la dernière chance contre le procédé qui l'a privé des souvenirs de sa vie avec Clémentine...