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La célebre reine Christine naquit à Stockholm, en 1626, de Gustave Adolphe, roi de de Suede, & de Marie-Eléonore de Brandebourg. Elle avoit beaucoup de sagacité dans l’esprit, l’air mâle, les traits grands, la taille un peu irréguliere. Elle étoit affable, généreuse, & s’illustra par son amour pour les sciences, & son affection pour les gens de lettre. Elle succéda aux états de son pere en 1653, & abdiqua la couronne en 1654, en faveur de Charles Gustave, duc des Deux-Ponts, de la branche de Baviere palatine, son cousin germain, fils de la sœur du grand Gustave.

 

Peu de tems après cette abdication, Christine vint en France, & les sages admirerent en elle une jeune reine qui, à 27 ans, avoit renoncé à la souveraineté dont elle étoit digne, pour vivre libre & tranquille. Si l’on veut connoître le génie unique de cette reine, on n’a qu’à lire ses lettres, comme M. de Voltaire l’a remarqué.

 

 

Telle étoit l’ame de cette personne si singuliere ; tel étoit son style dans notre lange qu’elle avoit parlé rarement. Elle savoit huit langues ; elle avoit été disciple & amie de Descartes qui mourut à Stockholm dans son palais, après n’avoir pu obtenir seulement une pension en France, où ses ouvrages furent même proscrits pour les seules bonnes choses qui y fussent. Elle avoit attiré en Suede tous ceux qui pouvoient l’éclairer. Le chagrin de n’en trouver aucun parmi ses sujets, l’avoit dégoûtée de regner sur un peuple qui n’étoit que soldat. Elle crut qu’il valoit mieux vivre avec des hommes qui pensent, que de commander à des hommes sans lettres ou sans génie. Elle avoit cultivé tous les arts dans un climat où ils étoient alors inconnus. Son dessein étoit d’aller se retirer au milieu d’eux en Italie. Elle ne vint en France que pour y passer, parce que ces arts ne commençoient qu’à y naître.

 

Son goût la fixoit à Rome. Dans cette vûe elle avoit quitté la religion luthérienne pour la catholique ; indifférente pour l’une & pour l’autre, elle ne fit point scrupule de se conformer en apparence aux sentimens du peuple chez lequel elle vouloit passer sa vie. Elle avoit quitté son royaume, en 1654, & fait publiquement à Inspruck la cérémonie de son abjuration. Elle plut assez peu à la Cour de France, parce qu’il ne s’y trouva pas une femme dont le génie pût atteindre au sien. Le roi la vit, & lui fit de grands honneurs, mais il lui parla à peine.

 

La plûpart des femmes & des courtisans n’observerent autre chose dans cette reine philosophe, sinon qu’elle n’étoit pas coëffée à la françoise, & qu’elle dansoit mal. Les sages ne condamnerent en elle que le meurtre de Monasdelchison écuyer, qu’elle fit assassiner à Fontainebleau dans un second voyage. De quelque faute qu’il fût coupable envers elle, ayant renoncé à la royauté, elle devoit demander justice, & non se la faire. Ce n’étoit pas une reine qui punissoit un sujet, c’étoit une femme qui terminoit une galanterie par un meurtre ; c’étoit un italien qui en faisoit assassiner un autre par l’ordre d’une suédoise, dans un palais d’un roi de France. Nul ne doit être mis à mort que par les lois. Christine en Suede n’auroit eû le droit de faire assassiner personne ; & certes ce qui eût été un crime à Stockholm, n’étoit pas permis à Fontainebleau.

Cette honte & cette cruauté ternissent prodigieusement la philosophie de Christine qui lui avoit fait quitter un trone. Elle eût été punie en Angleterre ; mais la France ferma les yeux à cet attentat contre l’autorité du roi, contre le droit des nations, & contre l’humanité.

Christine se rendit à Rome, où elle mourut en 1689, à l’âge de 63 ans. Essai sur l’hist. universelle. (Le Chevalier de Jaucourt.)