Plasmodium falciparum : tueur en série chez les pauvres

On a pu voir mardi à la télé, sur France 5, un documentaire : "Les faucheurs de palu", diffusé à l'occasion de la Journée mondiale contre le paludisme (le 25 avril).

 

Dans sa présentation de l'émission, Télérama écrit : "Observer les lieux où il [le paludisme] sévit, c'est dessiner une carte de la misère dans le monde..."

 

Le continent africain paye en effet encore une fois un très lourd tribut (90% des cas !) : l'OMS estime qu'un enfant meurt de la maladie toutes les 30 secondes en Afrique subsaharienne et que 2 à 3 millions de personnes décèdent chaque année victimes du paludisme (ou malaria). Rappelons que dans cette même région du monde, le VIH est responsable d'environ 2,2 millions de morts chaque année et que  la tuberculose (qui progresse de façon spectaculaire) est "créditée" de 500 000 morts par an.

 

L'origine de la maladie est connue depuis 1880 et son fonctionnement  a fait l'objet de multiples publications dès le début du 20ème siècle (prix Nobel 1902 pour Ronald Ross).

 

Ce sont des parasites du genre Plasmodium, transmis par la piqure de la femelle d'un moustique -l'anophèle- qui sont responsables de la maladie chez l’homme.


Plasmodium falciparum est l’espèce la plus pathogène et responsable des cas mortels. Elle est présente dans les zones tropicales d’Afrique (où elle est dominante), d’Amérique Latine et d’Asie.

 

Les moyens de lutte existants sont les médicaments antipaludiques (dont les plus connus sont la chloroquine ou la quinine) et la lutte contre les moustiques vecteurs du parasite Plasmodium. Mais la situation est d'autant plus préoccupante que depuis plusieurs années, les parasites développent de plus en plus de résistances aux médicaments, et que les moustiques développent des résistances aux insecticides. Aucun vaccin n'est aujourd'hui disponible.

 

L'absence de "solvabilité" de la population concernée n'est sans doute pas étrangère à la lenteur des progrès de la recherche dans ce domaine, même si l'action des ONG (comme la Fondation Bill Gates) et de quelques institutions, comme l'Europe (signalons le projet BiomalPar - "Biology and Pathology of Malaria Parasite"- piloté par l'Institut Pasteur - Paris), donne actuellement quelques espoirs dans le domaine thérapeutique et vaccinal. De même certains grands laboratoires pharmaceutiques, comme Sanofi Aventis, s'engagent maintenant résolument dans des partenariats au sein de grands projets existant.

 

Le vaccin 

 

A l’Institut Pasteur, plusieurs équipes travaillent à l’élaboration de vaccins contre le paludisme et plusieurs candidats sont à l’étude.

 

Une des difficultés majeures dans la mise au point d’un vaccin contre  le paludisme vient du fait que le parasite passe successivement par plusieurs stades  avec des phases d’intense multiplication asexuée chez l’homme (dans les cellules du foie - phase hépatique - puis dans les globules rouges du sang - phase érythrocytaire -) et une phase de reproduction sexuée suivie de multiplication, chez l’insecte. Chaque stade se termine par la libération d’un parasite d’une forme différente, donc porteur d’antigènes différents et induisant des réponses immunitaires différentes, ce qui complique d’autant la recherche d’un vaccin.

 

Néanmoins le laboratoire pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline vient de publier des résultats très positifs  sur son vaccin expérimental.


Ainsi, selon des études rendues publiques dans le New England Journal of Medicine de décembre dernier, ce vaccin aurait permis d'abaisser de 65% à 53% les manifestations et les épisodes de la maladie sur les enfants et après une période de suivie de 8 mois, sans effets secondaires. Les essais phase III viennent de commencer.

 

Traitements : une alternative efficace à la chloroquine ; l'artemisinine

 

En phytothérapie les Chinois utilisent une Armoise annuelle (Artemisia annua) depuis des milliers d'années pour soigner le paludisme.

De récentes études ont prouvé effectivement la grande efficacité de l'armoise annuelle. La molécule active de cette plante se nomme artémisinine. Cette molécule est souvent combinée avec d'autres traitements pour soigner le paludisme et limiter les résistances.

 

En 1993, des chercheurs de l’université du Michigan ont découvert le mécanisme d’action de l’artémisinine. Cette lactone sesquiterpénique porte en effet un groupe peroxyde. Ce groupe peroxyde réagit avec le fer des globules rouges pour créer des radicaux libres qui détruisent les membranes du parasite et le tue. Les candidats médicaments actuels ciblent souvent la destruction de cette membrane (ou son inhibition).

 

Actuellement les deux principaux dérivés de l’artémisinine utilisés sont l’artéméther et l’artésunate. L’utilisation de ces dérivés en monothérapie n’est pas recommandée. En Europe, la principale association synergique commercialisée est le couple artéméther-luméfantrine (benflumétol).

 

 Les candidats médicaments 

 

Actuellement de nombreuses équipes françaises et européennes sont sur le point de proposer de nouveaux types de médicaments.

 

Ainsi le groupe Sanofi Aventis vient d'apporter son appui (c'est un signe !) à Medicines for Malaria Venture (MMV), un organisme à but non lucratif dédié à la recherche et au développement de nouveaux médicaments contre le paludisme. Parmi les molécules en developpement qui vont bénéficier de ces soutiens : la ferroquine (Université des Sciences et Technologies de Lille), une trioxaquine (Palumed, Université Toulouse III) et des bis-thiazolium  (Centre National pour la Recherche Scientifique, Université Montpellier II).

 

On peut également citer les travaux de l’équipe mixte CNRS/INSERM coordonnée par Mohamed-Ali Hakimi (Université Joseph Fourier, Grenoble), publiés tout récemment dans The Journal of Experimental Medicines. L'équipe du Dr Hakimi s'est intéressée aux parasites Apicomplexa, dont font partie Plasmodium falciparum et Toxoplasma gondii (pour la toxoplasmose). « Nous avons constaté que la molécule FR235222 (produite par un champignon filamenteux n.d.l.r.) permettait de limiter, voire d’inhiber la prolifération de ces parasites »  .

 

La nouvelle molécule réprimerait l’expression de certains gènes parasitaires, responsables de la prolifération de P. falciparum.

 

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