De A. à Z. en passant par K.

 

J'ai connu A. il y a déjà bien longtemps ; tous les deux nous apprenions à lire et à écrire, le soir, à des manœuvres, à des maçons... venus d'outre-méditérannée.


Certes nous avions des divergences : mon support de travail était plutôt "Le journal de Mohamed ", le sien, des livres de lecture de ses enfants. Mais souvent le samedi nous animions ensemble les soirées couscous et musique et le dimanche les sorties au bord de l'Hérault.

 

 

A. était ingénieur agronome, il sillonnait l'Afrique, il me fit découvrir l'ouvrage de René Dumont "L'Afrique est mal partie".

Plus patient, plus courageux, plus convaincu que moi des bienfaits du bénévolat, il poursuivit sa route. Dix ans plus tard je le retrouvais par hasard ; il avait créé une petite association qui développait des mini projets au Mali, au Niger.... Une année des puits, une autre des éoliennes... Son financement impliquait les jeunes écoliers et collégiens des villages alentour qui récoltaient des fonds en cherchant des sponsors pour une course à pied ou en vélo.

 

Mes enfants allaient donc sonner chez les voisins :


- "Voila je vais courir pour un puits, tu me donnes combien au kilomètre ?

- Tu penses en faire combien ?

- 5 maximun !

- Bon je te donnerai 10 F du kilomètre"


Le plus souvent ils en faisaient 10 mais personne ne mégotait les termes du contrat, même pas les petites vieilles à la retraite famélique.

 

C'était une idée géniale : mobilisation des jeunes, sensibilisation des adultes, journée de fête dédiée à l’Afrique et action concrète sur le terrain. 

 

J'ai connu Z. beaucoup plus tard, sur son fauteuil de dentiste. Lui aussi connaissait l'Afrique, il y était né.


Z. recyclait les fauteuils de son cabinet à Madagascar. Il convoyait lui-même son matériel, le plus souvent à ses frais. Sur place il soignait bénévolement les autochtones et formait des générations de dentistes malgaches. Il utilisait ainsi ses congés.

 

Il y a en France des centaines de A. et de Z.. Dans ce qui suit A. et Z. seront les héraults de cette armée de bénévoles qui inlassablement offrent leur temps, leurs moyens et parfois leur vie pour soulager les damnés de notre terre.

 

A. et Z. avaient entendu parler, dans la presse et à la radio de K.. K. lui faisait les choses en grand, il prônait l'exposition médiatique maximale. Il devint ministre ; ils y virent la reconnaissance de l'action humanitaire.

 

Certes ils tiquèrent un peu lors de l'épisode du sac de riz porté sur l'épaule face à la caméra... posé sitôt les lumières éteintes.


Certes ils s'interrogèrent sur ses diverses prises de position : sur le Kosovo, l'Irak...


Certes les convictions politiques fluctuantes de K. les dérangea... mais ils avaient, depuis bien longtemps, appris à se méfier des étiquettes, des estampilles...  ils avaient compris que trop souvent il y avait tromperie sur la marchandise !

 

Non K. avait fait du bon boulot... même si l'âge aidant, il y avait eu quelques arrangements avec l'éthique.

 

Depuis quelques jours pourtant le ciel leur tombe sur la tête !

 

Ils apprennent que K. a réalisé en 2003 un rapport pour Total destiné à exonérer la compagnie des accusations de trafic avec la junte birmane, de travail forcé, d'utilisation de main-d’œuvre enfantine. Qu'il a mystifié la résistante Aung San Suu Kyi (prix Nobel de la Paix).

 

Pire, ils découvrent que leur ex idole a fricoté, par l'intermédiaire de sa société de consultant, avec les fleurons de la francafrique, qu'il a travaillé pour Omar Bongo, l'un des dirigeants les plus corrompus de la planète : un de ces Monsieur 20% qui confondent  leur cassette et les deniers de l'Etat (1). 

 

Il y a beaucoup d’autres accusations dans le livre qui démystifie K. et ce n’est pas devant des journalistes complaisants qu'il devrait défendre son honneur, mais devant un tribunal qualifié.

 

Je n'ai rien fait d'illégal clame K. C'est possible, mais tous les Monsieur A. et Monsieur Z., malgré leur cuir tanné, vont désormais raser les murs à Bamako, Niamey et Antanarivo.

 

Quant aux enfants, ils sont devenus grands et ils ne croient pas plus aux Monsieur K. qu’au père Noël… !

 

(1) En janvier 2008, le journal Le Monde a donné la liste des biens mal acquis supposés en France du président gabonais et de sa famille ... plus de 33 appartements et hôtels particuliers équivalent à plus de 150 millions d'euros. Ces informations sont issues de l'enquête de la police française qui faisait suite à la plainte déposée en mars 2007 par trois associations françaises (Survie, Sherpa et la Fédération des Congolais de la Diaspora) pour recel de détournements de fonds publics).

 

 

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Commentaires : 2
  • #1

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