Identité, altérité, communauté...inclusion, exclusion

 

« La France se nomme diversité » Fernand Braudel

 

« Je ne veux pas que l'autre soit le même, je veux que l'autre soit autre » Charles Péguy

 

Les journaux rapportent que le chef de l’état [N. Sarkozy], dans un discours récent, le 13 janvier à Nîmes, a prononcé 30 fois le terme identité. Le 24 janvier, sentant venir l’orage qui éclatera demain, il ajoutait un nouveau chapitre à son registre en exaltant l’identité ouvrière.

 

Ce matraquage n’est pas innocent ; ses paroles sont du miel pour les nostalgiques de Barrès ("Que Dreyfus ait trahi, je le conclus de sa race"), de Maurras, de Pétain (1)… et pour les anciens amis de Le Pen !

Car on peut accoler n’importe quel adjectif au vocable identité, pour les enfants de Déroulède et autres chantres de la nation et du drapeau, il n’y a qu’une identité : l’identité nationale !

 

Notre nation ("la nation est le seul bien des pauvres" Jaurès), s’est forgée dans l’exaltation de valeurs républicaines autour de l’école, de la langue, de la laïcité, grâce à un jacobinisme parfois excessif, mais nécessaire, au moment où il fallait rassembler des territoires et des citoyens d’origines diverses : occitans, bretons, alsaciens, savoyards…

 

Les premières vagues d’immigration de la misère (italiens, polonais, espagnols...) ont certes déclenché des réactions xénophobes, mais cette immigration d’origine judéo-chrétienne, relativement modeste en nombre, n’a pas posé de problèmes d’intégration puis d’assimilation.

 

En est-il de même avec l’immigration africaine et asiatique ?

 

La colonisation a eu pour conséquence un flux migratoire important (fortement sollicité jusqu’en 1973) de populations d’identités culturelles, religieuses... très différentes. La phase de rejet, plus longue et plus ardue du fait de ces différences plus marquées, a aussi été rendue plus violente par la crise économique.

 

Faut-il donc aller, comme le souhaite le président de la République, vers le communautarisme et la célébration perpétuelle des identités ?

 

Le vocabulaire identitaire a constamment été utilisé par la droite pour marquer sa défiance et son rejet des étrangers, de l’Autre, perçu comme une menace (2).

 

Mais quel que soit le domaine considéré, l’identité d’un groupe s’affirme toujours par opposition aux autres.

 

Le dialogue véritable suppose la reconnaissance de l'autre, à la fois dans son identité et dans son altérité« Car je est un autre », Arthur Rimbaud).


Aussi ce qui me paraît fondamental, plus que la ghettoïsation de notre société, c’est l’attention portée à l’identité de l’Autre, au respect de ses valeurs, qui doivent être enseignées, expliquées, bien au-delà des caricatures médiatiques.

 

Plus que jamais je crois aux vertus de notre école républicaine pour réaliser l’unité dans la diversité et assurer le respect de l’identité de chacun, ce qui ne peut se faire dans le cadre de communautés qui s’ignorent ou pire s’affrontent.

 

 

(1) La boucherie de la première guerre, qui avait pour ressort profond l’affirmation de l’identité nationale allemande, a débouché sur un regain de cette quête d’identitéMaurras, les Croix-de-feu, Pétain, Doriot… ont prospéré sur un terreau fertile qui nous a conduit à nouveau au désastre de 40.

 

" Le nationalisme c'est la guerre ". F. Mitterrand, discours au parlement européen (1995)

 

(2) Tiens ! c’est encore un transfuge de la gauche, Eric Besson, qui va maintenant piloter le ministère de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale. L’histoire montre que dans ce domaine ce type de transfuge a toujours été redoutable !

 

NB : j'ai réussi à caser 15 fois le mot identité (en voila 16 !) dans ce petit texte. C'est mon petit Nicolas qui va être content !

 

Ci-dessous, illustration sonore "Les autres"

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