CHIMIES...

Guillaume François Rouelle

 

Un des fondateurs de la chimie française : Guillaume-François Rouelle (1703-1770).

 

 Il s’est rendu célèbre par les cours publics qu’il a donnés dans son laboratoire à partir de 1738 et auxquels assistaient de très nombreux membres de l’élite intellectuelle, dont Diderot, Lavoisier et Parmentier.

Rouelle, qui est aussi apothicaire (pharmacien) écrit :

 

"On distingue mal à propos la pharmacie en Galénique et Chimique. Sans cette dernière, l'autre ne fait que des combinaisons à l'aventure et des mélanges qui, loin d'arriver au but qu'on se propose, sont souvent très funestes. C'est la chimie qui pose les fondements de toute bonne pharmacie. C'est de la connaissance exacte de l'analyse que se déduisent les principes." (G. F. Rouelle, Cours de Pharmacie , manuscrit en 1 volume in 4°, p.4).

 

Rouelle est aussi connu pour avoir introduit le terme chimique de base, substance qui réagit avec un acide pour conduire à un sel.

 

Le cours de Guillaume François Rouelle, dont la première page est représentée ci-contre, est disponible ICI.

 

Malheureusement, Rouelle est resté attaché à la fameuse (fumeuse ?) théorie des 4 éléments d'Empédocle et Aristote :

 

"Nous appelons principes ou bien éléments des corps simples, homogènes, indivisibles, immuables et insensibles, plus ou moins mobiles selon leurs différentes figures, leur stature, leur masse, qui diffèrent entre eux par leur volume, leur figure particulière. Il est impossible de les apercevoir seuls et séparés des autres, à moins qu'ils ne soient réunis en très grande quantité numérique; aussi ignore-t-on leur figure particulière et il serait très ridicule de prétendre la déterminer, comme ont fait plusieurs physiciens. Ce qu'on peut assurer, c'est qu'ils sont en très petit nombre et que cependant leurs différentes combinaisons suffisent pour former tous les corps de la Nature. Nous admettons quatre principes ou éléments: la phlogistique ou le feu, la terre, l'eau et l'air." (G. F. Rouelle, Cours de Chymie, pp. 27-28).

 


Antoine-Laurent de Lavoisier

Dans l'article Chymie de la grande Encyclopédie, François Venel, médecin à Montpellier, écrit : "Il est clair que la révolution qui placerait la chimie dans le rang qu'elle mérite, qui la mettrait au moins à côté de la physique calculée, que cette révolution, dis-je, ne peut être opérée que par un chimiste habile, enthousiaste et hardi, qui, se trouvant dans une position favorable, et profitant habilement de quelques circonstances heureuses, saurait réveiller l'attention des savants, d'abord par une ostentation bruyante, par un ton décidé et affirmatif, et ensuite par des raisons, si ses premières armes avaient entamé le préjugé." (Encyclopédie ou dictionnaires raisonné des sciences, des arts et des métiers..., de Diderot - d'Alembert, Paris 1753, tome III, p. 409.)


Antoine-Laurent de Lavoisier (1743-1794) sera celui-là.

 

Les 3 principes de Lavoisier sont célèbres :


  1- Toute réaction chimique est une équation; cette égalité est de nature quantitative; elle se vérifie par la pesée des corps à l'entrée de la réaction et celle des nouveaux composés à la sortie.

2- La validité d'une analyse chimique doit être confirmée par une synthèse reconstituant exactement le corps originel à partir des éléments définis par l'analyse.

3- Le principe de conservation de la matière est une loi mathématique de valeur générale, applicable à toutes les sciences et non pas un simple concept philosophique. En chimie, elle se vérifie par l'usage systématique de la balance.


En fait,  Anaxagore de Clazomène, contemporain de Zénon, écrivait déjà en 450 av. J. C.:

 

"Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau."


L'application experimentale de ces trois principes permettra à Lavoisier d'opérer une véritable révolution chimique.

 
Evidemment elle le conduira à contester la théorie des quatre éléments d'Aristote et à redéfinir la notion d'élément ; il montre ainsi que l'air atmosphérique est un mélange d'oxygène et d'azote et que l'eau est un corps composé, formé d'oxygène et d'hydrogène. Il met en outre évidence le rôle de l'oxygène dans les combustions, les calcinations, les oxydations, la formation des acides.

 

Lavoisier ouvrira bien d'autres chantiers ; grâce à lui et à quelques autres l'aventure de la chimie pouvait vraiment commencer.


Malheureusement Lavoisier avait aussi un poste -fort rémunérateur- de fermier général qui le conduisit directement à l'échafaud le 8 mai 1794. On connait la réponse du président du tribunal révolutionnaire à qui il demandait un sursis pour achever une expérience :


 « La République n'a pas besoin de savants ni de chimistes ; le cours de la justice ne peut être suspendu. » A ce moment là de l'histoire, la république avait surtout besoin d'argent ! 


.. Pour rendre les hommes moins méchants il faut d'abord commencer par les rendre plus instruits ; voilà ce qu'auraient dû se dire les amis et collègues de Lavoisier...


Friedrich Wöhler

 

Jusqu'au début du XIXème on pensait que la matière organique ne pouvait s'organiser et se développer que grâce à une ‘‘force vitale’’que le chimiste ne pouvait évidemment mettre en œuvre. C'était la théorie du fluide vital, énoncée vers 1600.


 Pour Buffon (1707–1788) par exemple, par essence, la matière organique n’a rien à voir avec la matière minérale.

Il l’écrit dans son Histoire des animaux, ‘‘il existe une matière organique animée, universellement répandue dans toutes les substances animales ou végétales, qui sert également à leur nutrition, à leur développement et à leur reproduction’’


La synthèse (accidentelle) de l'urée que Friedrich Wöhler (1800-1882) réalise à partir du cyanate d'ammonium en 1828,  montrait qu'il était possible de produire en laboratoire,  à partir de composés inorganiques, un composé connu pour être seulement produit par des organismes biologiques. C'était le début de la fin du vitalisme.

 

 

 

Marcelin Berthelot

 

Marcelin Berthelot, chimiste positiviste, fut sans doute celui qui dans son laboratoire donna le coup de grâce au vitalisme.

En 1860 il a l’idée de faire passer un courant d’hydrogène entre les électrodes, en charbon rigoureusement pur, d’une lampe à arc électrique  qu’il baptise ‘‘œuf électrique’’(encore visible au Collège de France). Le produit obtenu est un hydrogène carboné, (un hydrocarbure), que Berthelot n’a aucune peine à identifier : il s'agit de l’acétylène (C2H2). Par hydrogénation ménagée de l’acétylène, on sait préparer une oléfine (l'éthylène), qui hydraté donnera l'éthanol. La boucle est bouclée ; en utilisant exclusivement des produits dits minéraux (carbone, hydrogène, eau et acide sulfurique) Berthelot réalise la synthèse d'un alcool, composé strictement organique.

 

Il pourra dès lors écrire :

 

On peut donc affirmer que la chimie organique est désormais assise sur les mêmes bases expérimentales que la chimie minérale. Dans ces deux sciences, la synthèse aussi bien que l’analyse résultent du jeu des mêmes forces appliquées aux mêmes éléments.

 

Contre l'avis de Pasteur (pour qui les fermentations procèdent d’une ‘‘action vitale’’), Berthelot obtint la première chaire de chimie organique au Collège de France en 1865. Il l'occupa pendant... 42 ans !

 

 


Marcelin Berthelot dans son laboratoire

 

Nous voici partis pour un feuilleton en 52 épisodes au cœur DES CHIMIES. 

Le Site de Jean-Pierre Lavergne

 

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