La dépression peut être définie comme un trouble psychologique caractérisé par une baisse de l'humeur en rupture avec l'état et le fonctionnement antérieurs du patient. La dépression est synonyme de détresse émotionnelle accompagnée de perte d'intérêt et de plaisir. Elle peut en outre induire des symptômes physiques plus ou moins importants. L'image de la dépression a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. En effet, elle est passée du statut de maladie honteuse (maladie des faibles, des fainéants, des fous ...!), voire niée, à celui d'une priorité de santé publique pour l'Organisation Mondiale de la Santé. La maladie dépressive est désormais bien connue par les médecins de même que la nécessité de sa prise en charge structurée et le handicap qu'elle génère.
Le soir de Noël dans cette chambre aseptisée toute ma famille s'est donnée rendez-vous. On ne parle pas de mon mal, comme si j'avais attrapé une maladie honteuse. On évoque le surmenage de mes années d'étudiants sans plus chercher à comprendre. D'ailleurs j'écoute à peine. Abruti par les drogues j'ai du mal à suivre les conversations. Alors je me retire dans ma coquille, je vogue sur des flots tumultueux qui m'emportent vers des paysages torturés éclairés par des flashes de lumière violemment colorée.
Les bouchons de champagne sautent, les rires fusent, les conversations s'animent, mais tandis que j'effleure de mes lèvres la mousse qui pétille une irrésistible angoisse m'étreint, la coupe m'échappe et se brise. J'étouffe. Ma sœur rayonnante se penche vers moi.
- Çà va?
- Oui, je vais aux toilettes.
Et face au lavabo, cassé en deux, j'essaie de vomir. Je m’affale sur la cuvette des W-C, je suis en nage, je tremble, mon souffle est court. La peur de mourir m'a soudain investie, elle m'a pris à la gorge et une panique folle s'empare de moi. Mon cœur bat à tout rompre, mes jambes se dérobent. Cela dure une éternité, puis le malaise passe et je reprends lentement mes esprits. Je n'ai plus qu'un désir mettre tout ce monde dehors et dormir. On ne me comprend pas mais on m'obéit. Je suis seul et des larmes coulent sans que je puisse les maîtriser. Je prends 3 valiums et je m'endors.
Les différents types de dépression
Plusieurs types de dépressions ont été individualisés :
- Dépression névrotique / dépression psychotique : La dépression névrotique est une forme atténuée ou mineure par rapport à la dépression psychotique dans laquelle le contact
avec la réalité est gravement altéré, jusqu'à l'émergence d'idées délirantes.
- Dépression psychogène / dépression endogène : la première est liée à des aspects psychologiques individuels préalables alors que la seconde est supposée imputable à des
facteurs biologiques (en l'absence de facteur psychologique déclenchant).
- Dépression réactionnelle / dépression autonome : la première apparaît en réaction à un événement extérieur alors que la dépression autonome ne semble pas avoir de facteur
déclenchant précis.
L’anxiété
Il n'y a pas d'humeur dépressive sans anxiété et réciproquement. L'anxiété est une sensation de tension intérieure, de danger imminent. Elle peut être paralysante ou au contraire susciter de
l'agitation (incapacité à rester en place, ...). Elle peut se cristalliser sur une situation particulière ou un objet : peur nouvelle d'un contexte social avec incapacité à l'affronter
(changement de travail par exemple), préoccupations excessives sur son état de santé,... L'anxiété devient "angoisse" lorsque des symptômes somatiques s'associent à ces peurs :
oppression thoracique, palpitations, sueurs, tremblements, gorge serrée, difficulté à déglutir, ...
On peut distinguer, dans l'ordre d'apparition, quatre famille d'antidépresseurs ;
fluoxetine (prozac)
« Notre parole, en archipel, vous offre, après la douleur et le désastre, des fraises qu’elle rapporte des landes de la mort, ainsi que ses doigts chauds de les avoir cherchées… »
René Char (1962), La parole en archipel, Paris, Gallimard,...
« C’est la parole, source de bonheur, comme de nos peines qui nous fait vivre dans un mélange subtil de réel, d’imaginaire et de symbolique. Pour savourer le goût de vivre, sachons ensemble retrouver la parole perdue, car nous avons encore tant de chose à nous dire… »
Pr Edouard Zarifian
« Une chape de béton… La douleur physique insupportable... Plus que le vide, le plus terrible, c’était la douleur.
Chercher, fouiller, essayer de comprendre était impossible. La douleur était là, incontrôlable. Je ne voulais que dormir, ne pas souffrir.
J’ai essayé de parler, de m’interroger : rien à faire, la douleur persistait.
J’ai pris des anxiolytiques en grande quantité, plusieurs fois par jour. La douleur s’est estompée et, doucement, doucement, a disparu.
Je voyais le psychiatre une fois par semaine. On parlait. Pas une thérapie, juste une discussion hebdomadaire. Mais ni les projets ni les envies ne revenaient.
Alors j’ai pris un peu de Prozac et là… “la lumière fut” ! J’ai pu parler. Parler de mon père, qui venait de mourir, de sa maison, que j’ai dû casser pour pouvoir la reconstruire, bref, parler du temps qui passe et de ma peur de la mort, pour retrouver en moi l’envie de vivre. »
Valérie, 52 ans, cadre supérieur dans Prozac ou thérapie ?
Je me souviens des polémiques au moment de la mise sur le marché du célèbre Prozac® (chlorhydrate de fluoxetine) par la firme américaine Lilly, au milieu des années 80. Premier inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (ISRS) pour le traitement de la dépression, ce produit a été une véritable révolution thérapeutique ; c’est la première molécule à stimuler la libération de sérotonine dans le cerveau.
Que reprochait-on au Prozac ? En gros d’évacuer la souffrance du déprimé, de l’empêcher d’analyser l’origine de son mal être. Pour les journaux de la gauche intellectuelle (NouvelObs en tête), cette pilule du bonheur allait tout simplement annihiler chez les exploités, les opprimés, la volonté de révolte, occulter le sentiment d’injustice… Bref une aubaine pour les patrons… : la machine est fatiguée ? Un Prozac et ça repart en quelque sorte !
Ignorance crasse des ravages du mal ? Société judéo-chrétienne convaincue que la souffrance accompagne nécessairement toute élévation morale, sociale, culturelle ?
Un peu de tout cela dans ces articles qui me faisaient bondir.
Pour les (mauvais) lecteurs de Freud, de Lacan et de quelques autres, seule la parole était salvatrice.
Un éminent psychiatre et psychothérapeute, le Pr Zarifian que je cite plus haut, a lui aussi mis en avant cette puissance des mots pour survivre ou guérir.
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« Édouard Zarifian décédé en février 2007, « occupa une place centrale dans les débats qu’opposaient les partisans de l’approche psychique à ceux de l’approche cérébrale, soutenant que la croyance en un psychisme sans cerveau était aussi erronée que la conception scientiste d’un cerveau sans psyché ». Et Édouard Zarifian savait de quoi il parlait. Ce psychisme qui organise le corps subtil de la parole dans sa physiologie même comme dans l’alchimie de ses effets thérapeutiques et iatrogènes, Édouard Zarifian en a arpenté tous les territoires et fouillé tous les reliefs. D’abord par l’excavation médicale, ensuite avec le socle de la neuropharmacologie et enfin avec l’obstination de l’archéologue et ses drôles d’outils que sont la phénoménologie et la psychanalyse. »
Élisabeth Roudinesco, article paru dans Le Monde 23 février 2007
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Encore faut-il pouvoir avoir la force d’extirper du fond de soi ces paroles étouffées par la douleur insupportable qui taraude le déprimé.
Le témoignage de Valérie que je reproduis, fait écho aux paroles du poète et du thérapeute et pourrait être décliné en des millions d’exemplaires.
Je me revois assis sur la méridienne du psychanalyste installé derrière moi, je suis face à la rue ; triple vitrage oblige aucun son ne me parvient. Dans la pénombre, je compte les livres de la première rangée de la bibliothèque Louis XVI, je m’écoute parler de la pluie et du beau temps, puis me taire car la douleur est là, elle me taraude, elle m'obsède... faire le chèque, revenir deux fois, être à chaque fois plus mal… et passer à autre chose.
Il faut bien sûr verbaliser sa souffrance, mais pour cela l’avoir rendue physiquement acceptable, ce que trop de psychothérapeutes ne comprennent pas, faute d’une formation médicale suffisante.
Certes, je pense que comme l’écrit le Dr Zarifian, il n’est pas bon de « médicaliser l’existence »,
mais les cliniciens psychothérapeutes qui refusent d'intégrer l’aspect organique de la souffrance psychique et voient seulement dans le médicament une intrusion, une substance qui agit malgré le sujet, ont provoqué bien des catastrophes.
Le Prozac et sa famille, les ISRS, doivent leur succès à leur efficacité (variable cependant d’un individu à l’autre comme tous les antidépresseurs) et à des effets secondaires limités du fait de leur sélectivité.
Les risques de dépendance physiologique sont également bien moindres que ceux observés vis-à-vis des anxiolytiques, consommés très abusivement dans notre pays.
La firme Lilly, qui commercialise le Prozac, affirmait il y a quelques années, qu’aux USA son seul concurrent était… l’Eglise de scientologie ! : La scientologie vise à récupérer des individus en détresse psychologique, or les effets fabuleux du Prozac ruinent ces tentatives. Ils sont donc concurrents sur ce marché de la souffrance psychique !
On pourrait dire la même chose de toutes les sectes et de quelques églises...
Alors bien évidemment dans un pays grand consommateur de médicaments, le Prozac d'abord, puis les autres inhibiteurs sélectifs de la sérotonine ont fait un malheur, les médecins généralistes ont prescrit à tour de bras, des labos ont fait fortune. C'est le revers de la médaille.
De nombreuses études ont cherché à comparer l’efficacité respective des médicaments et des psychothérapies, en particulier dans le traitement des états dépressifs. D’après le Pr Widlöcher, éminent psychiatre (analysé par Lacan), " les médicaments sont plus efficaces sur les symptômes, tandis que les psychothérapies ont des effets plus visibles sur l’adaptation sociale : dans un cas, on souffre moins, mais le problème de fond demeure et nous empêche de mener nos projets ; dans l’autre, on vit sa vie sans faire l’économie de sa souffrance. "
Après la cure (qui peut durer des mois ou des années), la fameuse peur d’arrêter peut être d’autant plus prégnante que la souffrance a été violente.
C’est sans doute à ce moment là qu’il faut se tourner vers le psychothérapeute : « et, dans une véritable relation psychothérapeutique, on peut parler de la dépendance, l’élucider et s’en défaire. »
Le mode d'action des antidépresseurs
Le mécanisme d’action des antidépresseurs est principalement centré sur l’impact synaptique de ces molécules. (Voir les 3 épisodes sur la chimie du cerveau).
Lors d’épisodes dépressifs, la neurotransmission aminergique (essentiellement noradrénergique et sérotoninergique) est affectée. La principale voie d'inactivation de la sérotonine mais aussi des autres monoamines, noradrénaline et dopamine, est la désamination oxydative assurée par les monoamines oxydases ou MAO.
La sérotonine n’est donc pas le seul neurotransmetteur impliqué dans la dépression. On connaît par exemple les liens étroits qui relient le système sérotoninergique au système noradrénergique dans le système nerveux central. La noradrénaline, sur laquelle agissent d’ailleurs plusieurs antidépresseurs, est aussi impliquée dans la dépression.
D’autres grands systèmes de neurotransmission sont également en cause, à des degrés divers, dans la dépression, comme le système cholinergique, le système GABA-ergique, le système dopaminergique, les récepteurs N-méthyl-D-aspartate (NMDA)...
La biologie de la dépression n’est pas simple et tous les mécanismes d’action des antidépresseurs ne sont pas encore élucidés.
" Ecoute-moi, toi mon semblable, mon frère. Tu as peur parce que tu te crois faible, parce que tu penses que l'avenir est sans issue et la vie sans espoir. (...) Pourtant, tu as d'authentiques paradis dans la tête. Ce ne sont pas des paradis chimiques "
Edouard Zarifian
« J’ai connu le bonheur, mais ce n’est pas ce qui m’a rendu le plus heureux »
Jules Renard
Si le défaut de sérotonine est si handicapant, pourquoi ne pas l’administrer directement ? Tout simplement parce qu'ingérée oralement la sérotonine ne peut pas traverser la barrière hémato-encéphalique (sang-cerveau) et n'aura donc aucun effet sur les fonctions cérébrales.
Voila pourquoi les antidépresseurs ne font en quelque sorte que limiter « les pertes » de la précieuse molécule
D’où vient la sérotonine ?
La sérotonine -5-hydroxytryptamine- est produite par un groupe de neurones qu'on appelle neurones sérotoninergiques.
Dans le système nerveux central, le corps cellulaire des neurones sérotoninergiques sont localisés dans les noyaux du raphé du tronc cérébral d’où ils se projettent dans l’ensemble du cerveau et de la moelle épinière
Il semble établi que le taux de sérotonine est fonction de facteurs génétiques (voir ICI une
sélection de publications spécialisées) mais aussi de la qualité des soins reçus dans la petite enfance.
La sérotonine est synthétisée à partir de l’un des 20 aminoacides protéinogéniques : le L-tryptophane. Le L-tryptophane est un aminoacide essentiel qui doit être apporté par notre alimentation.
Tryptophane
La production de sérotonine est donc directement liée au transport du tryptophane dans le cerveau au travers de la barrière hémato-encéphalique. Elle dépend des variations circadiennes de la concentration de cette molécule dans le sang et de la concentration sanguine d’autres aminoacides (leucine, isoleucine, valine, tyrosine, phénylalanine) qui entrent en compétition avec le tryptophane au niveau du transporteur.
Ces concentrations varient en fonction des quantités de glucides et de protéines consommées.
Une alimentation riche en protéines, qui augmente en même temps l'ingestion des cinq acides aminés qui entrent en compétition avec le tryptophane pour traverser la barrière hémato-cérébrale, n'est donc pas favorable à la production de sérotonine.
En fait, le seul moyen d’augmenter l’apport en tryptophane au niveau du cerveau est de suivre une alimentation riche en hydrates de carbone. La consommation de sucre a pour effet d'augmenter la sécrètion d’insuline pour abaisser l’élévation de glucose qu’elle a provoquée.
L'insuline favorise la captation musculaire des aminoacides en compétition avec le tryptophane et donc indirectement la concentration cérébrale de ce dernier.
Evidemment cette surproduction a un prix car elle accroît le stockage de graisses corporelles et peut conduire à l'obésité !
Enfin, il faut savoir que le tryptophane est surtout utilisé dans la synthèse des protéines et qu'il est aussi transformé en kynurénine, précurseur notamment de l'acide xanthurénique et de l'acide nicotinique.
(On pourra lire les fiches de Passeport Santé concernant les vitamines B3 et B6).
De l'intérêt d'apports supplémentaires en tryptophane
Certains pensent qu'une alimentation riche en tryptophane, ou l'apport direct de la molécule, pourrait induire une hausse de la production de sérotonine ( j'ai noté avec intérêt que le chocolat, est riche en tryptophane...).
Remarquons que la quantité de tryptophane ingérée quotidiennement est comprise entre 0,5 et 1g ; l'apport minimum nécessaire serait de l'ordre de 200 mg/jour dont seule une faible partie est transformée en sérotonine.
D'une façon générale je suis dubitatif à propos des compléments et régimes alimentaires pour lesquels on peut lire tout et n’importe quoi. Consulter un service d’endocrinologie avant de consommer me parait sage !
A noter aussi que la pratique régulière d'un sport augmente la sécrétion naturelle de sérotonine…
A propos des nutriments voir CECI. Les sportifs peuvent aussi regarder ICI.
La sérotonine et le sommeil
La sérotonine a bien d’autres effets physiologiques.
Elle joue notamment un rôle prépondérant dans l’ensemble des mécanismes de synchronisation de l’horloge biologique centrale ; dans le cycle veille-sommeil. On sait que l'on provoque une insomnie totale, avec suppression du sommeil paradoxal, par inhibition de synthèse de la sérotonine.
La sérotonine est enfin le précurseur de la mélatonine (voir schéma plus haut).
La mélatonine sécrétée pendant la nuit par la glande pinéale , est le pivot de la
régulation de notre horloge biologique.
La mélatonine, prise le soir au coucher, a été proposée depuis de très nombreuses années comme correcteur de divers troubles, en particulier celui du sommeil. Comme elle a une courte
durée d'action, des préparations à libération prolongée ont été mises au point. On trouve donc des préparations de mélatonine standard et des préparations à libération prolongée
LP.
Les avis sont pour le moins partagés sur les résultats obtenus. Lire ICI un article critique avec des commentaires parfois
favorables… Voir aussi la fiche de Passeport Santé sur les effets de la mélatonine, ICI.
Il semble bien qu’en fait notre horloge biologique centrale soit programmée très tôt et qu’il soit très difficile de remettre cette pendule à l’heure : de nombreux travaux ont mis en évidence le rôle déterminant des premières années de la vie dans la régulation du sommeil.
Joëlle Adrien (Directeur de recherches à INSERM, UMPC Paris) et son équipe, ont en particulier montré que cette période était essentielle pour assurer un bon fonctionnement du système sérotoninergique. Le traitement d’un très jeune souriceau par un inhibiteur de la recapture de la sérotonine, pendant 15 jours, induit à l’âge adulte des troubles du sommeil qui persisteront toute la vie. Ces effets ne sont plus observés lorsque l’expérience est réalisée après la puberté.
« Ces travaux nous laissent fortement penser que les trois premières semaines de vie chez la souris sont une période critique pendant laquelle s’installe et se consolide l’impact du système sérotoninergique sur l’équilibre du sommeil et des comportements émotionnels. Une fois que ce système est mis en place, il semble que l’on ne puisse plus agir sur cet équilibre de façon persistante ». J. Adrien
Autres effets plus curieux de la sérotonine
Une très récente étude chinoise (mars 2011), publiée dans la revue Nature, a décrit l’impact (très spectaculaire) des taux de sérotonine sur l’orientation sexuelle des rats !
Je vais terminer sur une expérience encore plus curieuse qui établit une corrélation entre le taux de sérotonine et … le sens de l’équité !
Cette étude a été conduite conjointement en 2008 par des psychologues des Université de Cambridge (Royaume-Uni) et de Californie (Los Angeles).
Vingt volontaires ont participé à ce test. Il s’agissait de partager de façon équitable ou non une somme d’argent. Un participant se voit remettre cette somme avec obligation de la partager avec un partenaire. Celui-ci peut accepter ou refuser l’offre de partage. En cas de refus les deux joueurs ne reçoivent rien.
Les volontaires de cette expérience ont été divisés en deux groupes randomisés : les uns recevaient un placebo, les autres un traitement entraînant une baisse aiguë et courte de sérotonine.
Trois types de partage étaient proposés :
- juste (partage à au moins 45 % de la somme initiale),
- injuste (partage 30-70),
- très injuste (partage 20-80).
Crockett rapporte que le taux de sérotonine n’a eu aucune influence sur le partage juste, alors queplus ce taux était bas, moins les individus étaient susceptibles d’accepter les partages injustes.
Certes, on peut moduler l’interprétation de ce résultat en mettant par exemple en avant une possible désinhibition qui rend la contestation plus facile. Il est néanmoins troublant.
Il faut noter que cette expérience a donné des résultats semblables dans des pays pauvres !
" Béni soit celui qui a inventé le sommeil, manteau qui couvre toutes les humaines pensées, mets qui ôte la faim, eau qui chasse la soif, feu qui réchauffe la froidure, fraîcheur qui tempère la chaleur brûlante, finalement, monnaie universelle avec laquelle s’achète toute chose, et balance où s’égalisent le pâtre et le roi, le simple et le sage. Le sommeil n’a qu’une mauvaise chose, à ce que j’ai ouï dire ; c’est qu’il ressemble à la mort... "
M. de Cervantes, L’Ingénieux Hidalgo Don Quijote de la Mancha
Traiter la dépression par les plantes ?
Dans la rubrique suivante ("Médicaments aujourd'hui"), nous parlerons des médecines traditionnelles et des vertus -réelles ou controversées- de plantes médicinales).
En ce qui concerne la dépression des études sérieuses ont montré l'efficacité -comparable à celle de la molécule tricyclique la plus prescrite (l'imipramine ou tofranil)- du millepertuis vis à
vis de pathologies modérées. L'extrait de millepertuis ou Hypericum perforatum (en anglais Saint John's wort) a une activité antidépressive. On pensait que la molécule active du
millepertuis était l'hypericine mais il semblerait qu'il s'agisse de l'hyperforine (un phloroglucinol). Il a été montré que les extraits de millepertuis sont inhibiteurs non spécifiques de
la recapture de plusieurs amines biogènes et que l’hyperforine joue un rôle majeur dans cette inhibition ; cependant, d’autres composés sont actifs ou modulent l’activité de l’hyperforine.
L’hyperforine inhibe aussi bien la sérotonine, la noradrénaline que la dopamine, et son action sur ces trois systèmes la démarque des autres antidépresseurs. Elle agit aussi sur le GABA et plus
faiblement sur le L-glutamate.
L'extrait de millepertuis est par ailleurs un inducteur enzymatique du cytochrome CYP3A4 et peut abaisser la concentration d'autres médicaments métabolisés par le même cytochrome. Une
photosensiilité voire une phototoxicité ont été signalées. L'utilisation d'extraits du millepertuis n'est donc pas chose bénigne ce qui conduit à tempérer sérieusement la conclusion de l'article
ci-après :"le vague à l’âme de notre époque préférera l’alchimie de la fleur jaune aux chimères de la chimie". . Enfin
l'hyperforine s'oxyde très facilement et la teneur réelle de ce principe actif dans les extraits doit être controlée.
L'article ci-dessous décrit et commente ces travaux.