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«Tenir le point de l'amour est grandement éducatif sur la mutilation qu'impose à l'existence humaine la prétendue souveraineté de l'individu. L'amour enseigne en effet que l'individu comme tel n'est que vacuité et insignifiance. À soi seul, cet enseignement mérite de considérer l'amour comme une noble et difficile cause des temps contemporains.»

 

Alain Badiou "De quoi Sarkozy est-il le nom ?"

Cité par Catherine Clément dans ses "Mémoires"

 

  Quand je vois aujourd’hui l’attention portée aux ados, je me dis que nous avons bien changé d’époque !

Mai 68, cause aujourd’hui de tous nos maux, selon les ex de la gauche prolétarienne, maoïstes d’opérettes, devenus philosophes de pacotille,  à la mode dans les beaux quartiers, maintenant admirateurs du veau d’or et de Sarkozy…

Mai 68, grâce aux étudiants a libéré la parole cadenassée par les séquelles de la guerre et de la reconstruction, mis en cause la vision purement économiste de l’activité humaine et ouvert une parenthèse de quelques années, où l’aspiration au bonheur, à l’épanouissement personnel n’étaient plus l’apanage d’une poignée de privilégiés.

 

Si avec mes enfants, mais aussi mes étudiants, je n’ai rien lâché sur les exigences de rigueur, si j’ai exercé sans faiblir une autorité sans partage sur leur éducation, jamais ils n’ont pu douter de l’amour que j’avais pour eux, de ce qu’ils étaient  l’essentiel de ma vie, qu’à tout moment j’étais disponibles pour eux. Que jamais je ne serai sourd à leur mal être.

 

Note 1 : oblativité

 

L'amour peut être perçu essentiellement comme la quête d'un manque, lorsque la notion oblative ne s'est pas développée.

(Oblativité : conduite altruiste dans laquelle le sujet cherche à satisfaire son prochain sans demande de contrepartie)

L’amour que l’on porte à une personne ou un objet naîtrait par ce qu'il nous apporte ou est susceptible de nous apporter. "Aimer" ne serait autre qu'une façon inconsciente d'avouer sa propre impuissance à l'autonomie pour un besoin particulier à un moment donné. Besoin d’aimer ou besoin de se sentir aimé ne serait autre qu'un besoin égoïste, qu'une attente de la personne qui pourrait combler les ‘manques’ immatériels ou matériels que nous ne serions pas capables de satisfaire par nous-mêmes.  Wiki

 

Note 2 : confusion !

 

Molière, Tartuffe, acte V, scène 3

 

VALÈRE: Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait faire: l'Amour.
HARPAGON:
L'amour?
VALÈRE: Oui.
HARPAGON: Bel amour, bel amour, ma foi! L'amour de mes louis d'or.

 

 

(1) Sans doute faudrait-il aussi parler des idées (radicales !) sur l'éducation développées par Ivan Illich dans les années 60-70... mais cela mériterait une dizaine de pages. Dans un de ses ouvrages majeurs, Une société sans école (1971), Illich écrit « Dans le monde entier, l’école nuit à l’éducation parce qu’on la considère comme seule capable de s’en charger. »

 

Illich dessine une théorie des institutions modernes qui tend à démontrer que « passé un certain seuil, l’outil, de serviteur devient despote. Passé un certain seuil, la société devient une école, un hôpital, une prison. »

Toute institution devient alors « contre-productive » et ne vise plus que sa propre conservation, y compris au détriment des services qu’elle prétend assurer. Illich parle d’« institutionnalisation » des valeurs, puisque les besoins fondamentaux (l’éducation, la santé, la sécurité...) sont confondus avec les services institutionnalisés (l’école, l’hôpital, la police...) qui les détournent "au profit de leur emprise totalitaire".

 

Pour Illich, l’école est à cet égard le paradigme de l’institution fourvoyée, peut-être la plus sournoise et la plus menaçante de toutes : « Nous sommes tous prisonniers du système scolaire, si bien qu’une croyance superstitieuse nous aveugle, nous persuade que le savoir n’a de valeur que s’il nous est imposé, puis nous l’imposerons à d’autres.

 

« Institution de consommation », l’école est également institution productrice « qui fabrique l’adhésion à un ordre économique », une institution qui apprend que « l’accroissement des capacités cognitives passent par la consommation de services revêtant une forme industrielle, planifiée, professionnelle »

 

 

 

Herbert Marcuse : le philosophe de 1968 oublié ?

 

A partir de 1968 et jusqu'à la fin du mouvement Peace and Love, Marcuse fut l'idole des campus américains, allemands, français...

On minimise beaucoup aujourd'hui son travail de philosophe alors qu'il fût, sur certains points, un visionnaire.

 

Marcuse est né à Berlin en  1898. Après des études de philosophie, il devient l'assistant à Fribourg de Martin Heidegger et rédige une thèse sur Hegel. Mais il entre vite en désaccord avec Heidegger et part pour Francfort.

 Dès la prise de pouvoir par les nazis en 1933, il émigre avec sa famille, d'abord en Suisse puis aux États-Unis.

A partir de 1951, il enseigne dans diverses universités américaines. En 1955, il adopte dans Eros et civilisation une lecture marxienne de Freud et critique le révisionnisme néo-freudien. Il forge le concept de « sublimation non répressive » et dénonce le caractère déshumanisant et irrationnel du principe de rendement. L'espoir d'une libération se trouve dans la transformation de la sexualité en Eros et l'abolition du travail aliéné.

 

 En 1964, il écrit L’homme unidimensionnel (One Dimensional Man) qui paraît en France en 1968 et devient un peu l’incarnation théorique de la nouvelle révolte étudiante. En 1968, il voyage en Europe et tient de multiples conférences et discussions avec les étudiants. Il devient alors une sorte d'interprète théorique de la formation des mouvements étudiants en Europe et aux Etats-Unis

 

 Il affirme que la tolérance concerne toutes les opinions sauf les opinions "qui perpétuent la servitude", malmènent l'autonomie au profit du statu quo répressif et protègent "la machine de discrimination qui est déjà en service" (Herbert Marcuse, Tolérance répressive, Homnisphères, 2008).

Marcuse oppose la vraie tolérance qui est nécessairement émancipatrice à une perversion opportuniste de l'idée de tolérance qu'il qualifie de "tolérance répressive". Selon Marcuse, c'est la "tolérance répressive" qui a autorisé la prise du pouvoir par le parti nazi en Allemagne

Il meurt en 1979, il repose près de la tombe d'Hegel.

 

Marcuse est également important pour les mouvements écologistes aujourd'hui car il fut l'un des seuls à penser qu'une société non-répressive impliquait aussi un changement dans les techniques, là où Marx pensait qu'un changement dans les rapports de production était suffisant.

 

voir ICI un extrait d'un entretien avec Herbert Marcuse

 

 

 

Transmettre : une vocation, un besoin, un métier ...une passion !

 

 

       Vers 10 ans je faisais déjà "la classe", le jeudi, à mes jeunes sœurs. C’était un jeu. Après deux ou trois heures de foot, je m’installais avec elles, sur la table de la salle à manger et j’enchaînais dictées, opérations, calcul mental… Je donnais des notes (souvent contestées !)…

 

 L’envie de transmettre chez moi fut une vocation qui s’éveilla dès cet âge là, au moment où l’envie d’apprendre me faisait admirer mes maîtres d’école. En fait je n’ai jamais dissocié apprendre et transmettre. J’ai toujours eu l’impérieux besoin de transmettre ce que j’apprenais, dans tous les domaines. Au début, sans toujours prendre le temps de comprendre tous les tenants et aboutissants de ce que j’apprenais. Ce n’est qu’après mes premières expériences d’enseignant,  comme moniteur à l’université de Toulouse, que j’ai pris véritablement conscience de la nécessité du recul, d’une analyse critique, de la lente digestion entre l’apprentissage et la transmission. Le premier travail du pédagogue est dans l’analyse du savoir, dans sa mise en perspective, dans le tri entre l’essentiel et l’accessoire, qui varie évidemment selon les interlocuteurs.

 

Cette démarche s’applique à tous les domaines de la connaissance. Pour un scientifique, quel que soit son niveau d’intervention, elle nécessite une connaissance -au moins sommaire- de l’histoire des sciences et une sensibilisation aux problématiques actuelles de tout le champ scientifique…ou presque ! Et même au dela, un scientifique, plus que tout autre pédagogue,  doit être à l’écoute de son temps, suivre l’évolution de la pensée, être attentif aux mouvements d’idées et avoir des repères dans l’histoire de l’humanité.

 

Car la Science forcement l’interpelle sur l’ensemble de son environnement, sur les comportements, l’évolution des sociétés, les religions, les philosophies … La démarche scientifique n’est pas le pur produit de la raison et de l’expérience ; elle est tributaire des cultures et de toutes les imprégnations... bien que ses avancées les plus remarquables résultent de ruptures, de rebellions contre des dogmes établis.

 

La remise en question, le doute, sont le propre de toute démarche scientifique.

 

Je ne connais pas un grand savant confiné sa vie durant  face à ses équations  ou ses observations expérimentales : tous ont au moins essayé de donner un sens à leurs découvertes dans le contexte philosophique, religieux, sociologique de leur temps. On pense bien sûr à tous les philosophes, scientifiques, médecins, penseurs grecs : Thalès de Milet, Pythagore, Démocrite, Aristote, Archimède, Ératosthène, Euclide…. puis arabes : Al-Khwarizmi, Ibn Rushd (Averroès), Avicenne (Ibn Sina)…. On retrouve la même exigence avec les scientifiques du XVIIème siècle : Pascal, Newton, les philosophes des Lumières... Enfin il est passionnant de lire les contemporains, d’Einstein à Heisenberg en passant par Oppenheimer, Monod (« le Hasard et la Nécessité ») ... ou d’écouter une conférence de Charpak ; tous cherchent à situer leurs travaux par rapport aux grands courants de pensée contemporains.

 

Transmettre, enseigner, est une expérience redoutable aujourd’hui car le maître est confronté à des populations formées –ou déformées- par une culture visuelle, standardisée -télévision, Internet- qui simplifie tout et caricature beaucoup. L’image est fugace, fulgurante, elle abolit la distance, modèle facilement les jeunes cerveaux ! Le temps de la réflexion est trop souvent considéré comme du temps perdu, la rigueur comme une exigence désuète, le doute comme presque un aveu de faiblesse.

 

Le temps de la Science est-il dépassé ? Les foudroyants progrès technologiques pourraient faire penser le contraire. Cependant certaines applications qui nous émerveillent aujourd’hui résultent de découvertes datant de 30 ou 40 ans, les recherches sur la fusion nucléaire, les piles à combustible sont restées presque en l’état depuis 20 ans, le paludisme tue toujours des millions d’individus en Afrique faute d’un vaccin ou de traitements pourtant à portée de main.

Le profit, l’appât du gain rapide, pollue trop souvent la recherche qui paie un lourd tribu sur l’autel de la rentabilité.

L’argent qui incite aussi de brillants bacheliers scientifiques à se destiner à la finance ou au marketing plutôt qu’au développement de leurs capacités de création, d’innovation, au service de la Science ! Les déboires récents des marchés financiers les ramèneront peut-être vers les amphis et les laboratoires qui ont tellement besoin d’eux.

 

 

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