«Tenir le point de l'amour est grandement éducatif sur la mutilation qu'impose à l'existence humaine la prétendue souveraineté de l'individu. L'amour enseigne en effet que l'individu comme tel n'est que vacuité et insignifiance. À soi seul, cet enseignement mérite de considérer l'amour comme une noble et difficile cause des temps contemporains.»

 

Alain Badiou "De quoi Sarkozy est-il le nom ?"

Cité par Catherine Clément dans ses "Mémoires"

 

  Quand je vois aujourd’hui l’attention portée aux ados, je me dis que nous avons bien changé d’époque !

Mai 68, cause aujourd’hui de tous nos maux, selon les ex de la gauche prolétarienne, maoïstes d’opérettes, devenus philosophes de pacotille,  à la mode dans les beaux quartiers, maintenant admirateurs du veau d’or et de Sarkozy…

Mai 68, grâce aux étudiants a libéré la parole cadenassée par les séquelles de la guerre et de la reconstruction, mis en cause la vision purement économiste de l’activité humaine et ouvert une parenthèse de quelques années, où l’aspiration au bonheur, à l’épanouissement personnel n’étaient plus l’apanage d’une poignée de privilégiés.

 

Si avec mes enfants, mais aussi mes étudiants, je n’ai rien lâché sur les exigences de rigueur, si j’ai exercé sans faiblir une autorité sans partage sur leur éducation, jamais ils n’ont pu douter de l’amour que j’avais pour eux, de ce qu’ils étaient  l’essentiel de ma vie, qu’à tout moment j’étais disponibles pour eux. Que jamais je ne serai sourd à leur mal être.

 

Note 1 : oblativité

 

L'amour peut être perçu essentiellement comme la quête d'un manque, lorsque la notion oblative ne s'est pas développée.

(Oblativité : conduite altruiste dans laquelle le sujet cherche à satisfaire son prochain sans demande de contrepartie)

L’amour que l’on porte à une personne ou un objet naîtrait par ce qu'il nous apporte ou est susceptible de nous apporter. "Aimer" ne serait autre qu'une façon inconsciente d'avouer sa propre impuissance à l'autonomie pour un besoin particulier à un moment donné. Besoin d’aimer ou besoin de se sentir aimé ne serait autre qu'un besoin égoïste, qu'une attente de la personne qui pourrait combler les ‘manques’ immatériels ou matériels que nous ne serions pas capables de satisfaire par nous-mêmes.  Wiki

 

Note 2 : confusion !

 

Molière, Tartuffe, acte V, scène 3

 

VALÈRE: Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait faire: l'Amour.
HARPAGON:
L'amour?
VALÈRE: Oui.
HARPAGON: Bel amour, bel amour, ma foi! L'amour de mes louis d'or.

 

 

(1) Sans doute faudrait-il aussi parler des idées (radicales !) sur l'éducation développées par Ivan Illich dans les années 60-70... mais cela mériterait une dizaine de pages. Dans un de ses ouvrages majeurs, Une société sans école (1971), Illich écrit « Dans le monde entier, l’école nuit à l’éducation parce qu’on la considère comme seule capable de s’en charger. »

 

Illich dessine une théorie des institutions modernes qui tend à démontrer que « passé un certain seuil, l’outil, de serviteur devient despote. Passé un certain seuil, la société devient une école, un hôpital, une prison. »

Toute institution devient alors « contre-productive » et ne vise plus que sa propre conservation, y compris au détriment des services qu’elle prétend assurer. Illich parle d’« institutionnalisation » des valeurs, puisque les besoins fondamentaux (l’éducation, la santé, la sécurité...) sont confondus avec les services institutionnalisés (l’école, l’hôpital, la police...) qui les détournent "au profit de leur emprise totalitaire".

 

Pour Illich, l’école est à cet égard le paradigme de l’institution fourvoyée, peut-être la plus sournoise et la plus menaçante de toutes : « Nous sommes tous prisonniers du système scolaire, si bien qu’une croyance superstitieuse nous aveugle, nous persuade que le savoir n’a de valeur que s’il nous est imposé, puis nous l’imposerons à d’autres.

 

« Institution de consommation », l’école est également institution productrice « qui fabrique l’adhésion à un ordre économique », une institution qui apprend que « l’accroissement des capacités cognitives passent par la consommation de services revêtant une forme industrielle, planifiée, professionnelle »

 

 

 

Herbert Marcuse : le philosophe de 1968 oublié ?

 

A partir de 1968 et jusqu'à la fin du mouvement Peace and Love, Marcuse fut l'idole des campus américains, allemands, français...

On minimise beaucoup aujourd'hui son travail de philosophe alors qu'il fût, sur certains points, un visionnaire.

 

Marcuse est né à Berlin en  1898. Après des études de philosophie, il devient l'assistant à Fribourg de Martin Heidegger et rédige une thèse sur Hegel. Mais il entre vite en désaccord avec Heidegger et part pour Francfort.

 Dès la prise de pouvoir par les nazis en 1933, il émigre avec sa famille, d'abord en Suisse puis aux États-Unis.

A partir de 1951, il enseigne dans diverses universités américaines. En 1955, il adopte dans Eros et civilisation une lecture marxienne de Freud et critique le révisionnisme néo-freudien. Il forge le concept de « sublimation non répressive » et dénonce le caractère déshumanisant et irrationnel du principe de rendement. L'espoir d'une libération se trouve dans la transformation de la sexualité en Eros et l'abolition du travail aliéné.

 

 En 1964, il écrit L’homme unidimensionnel (One Dimensional Man) qui paraît en France en 1968 et devient un peu l’incarnation théorique de la nouvelle révolte étudiante. En 1968, il voyage en Europe et tient de multiples conférences et discussions avec les étudiants. Il devient alors une sorte d'interprète théorique de la formation des mouvements étudiants en Europe et aux Etats-Unis

 

 Il affirme que la tolérance concerne toutes les opinions sauf les opinions "qui perpétuent la servitude", malmènent l'autonomie au profit du statu quo répressif et protègent "la machine de discrimination qui est déjà en service" (Herbert Marcuse, Tolérance répressive, Homnisphères, 2008).

Marcuse oppose la vraie tolérance qui est nécessairement émancipatrice à une perversion opportuniste de l'idée de tolérance qu'il qualifie de "tolérance répressive". Selon Marcuse, c'est la "tolérance répressive" qui a autorisé la prise du pouvoir par le parti nazi en Allemagne

Il meurt en 1979, il repose près de la tombe d'Hegel.

 

Marcuse est également important pour les mouvements écologistes aujourd'hui car il fut l'un des seuls à penser qu'une société non-répressive impliquait aussi un changement dans les techniques, là où Marx pensait qu'un changement dans les rapports de production était suffisant.

 

voir ICI un extrait d'un entretien avec Herbert Marcuse

 

 

 

Transmettre : une vocation, un besoin, un métier ...une passion !

 

 

       Vers 10 ans je faisais déjà "la classe", le jeudi, à mes jeunes sœurs. C’était un jeu. Après deux ou trois heures de foot, je m’installais avec elles, sur la table de la salle à manger et j’enchaînais dictées, opérations, calcul mental… Je donnais des notes (souvent contestées !)…

 

 L’envie de transmettre chez moi fut une vocation qui s’éveilla dès cet âge là, au moment où l’envie d’apprendre me faisait admirer mes maîtres d’école. En fait je n’ai jamais dissocié apprendre et transmettre. J’ai toujours eu l’impérieux besoin de transmettre ce que j’apprenais, dans tous les domaines. Au début, sans toujours prendre le temps de comprendre tous les tenants et aboutissants de ce que j’apprenais. Ce n’est qu’après mes premières expériences d’enseignant,  comme moniteur à l’université de Toulouse, que j’ai pris véritablement conscience de la nécessité du recul, d’une analyse critique, de la lente digestion entre l’apprentissage et la transmission. Le premier travail du pédagogue est dans l’analyse du savoir, dans sa mise en perspective, dans le tri entre l’essentiel et l’accessoire, qui varie évidemment selon les interlocuteurs.

 

Cette démarche s’applique à tous les domaines de la connaissance. Pour un scientifique, quel que soit son niveau d’intervention, elle nécessite une connaissance -au moins sommaire- de l’histoire des sciences et une sensibilisation aux problématiques actuelles de tout le champ scientifique…ou presque ! Et même au dela, un scientifique, plus que tout autre pédagogue,  doit être à l’écoute de son temps, suivre l’évolution de la pensée, être attentif aux mouvements d’idées et avoir des repères dans l’histoire de l’humanité.

 

Car la Science forcement l’interpelle sur l’ensemble de son environnement, sur les comportements, l’évolution des sociétés, les religions, les philosophies … La démarche scientifique n’est pas le pur produit de la raison et de l’expérience ; elle est tributaire des cultures et de toutes les imprégnations... bien que ses avancées les plus remarquables résultent de ruptures, de rebellions contre des dogmes établis.

 

La remise en question, le doute, sont le propre de toute démarche scientifique.

 

Je ne connais pas un grand savant confiné sa vie durant  face à ses équations  ou ses observations expérimentales : tous ont au moins essayé de donner un sens à leurs découvertes dans le contexte philosophique, religieux, sociologique de leur temps. On pense bien sûr à tous les philosophes, scientifiques, médecins, penseurs grecs : Thalès de Milet, Pythagore, Démocrite, Aristote, Archimède, Ératosthène, Euclide…. puis arabes : Al-Khwarizmi, Ibn Rushd (Averroès), Avicenne (Ibn Sina)…. On retrouve la même exigence avec les scientifiques du XVIIème siècle : Pascal, Newton, les philosophes des Lumières... Enfin il est passionnant de lire les contemporains, d’Einstein à Heisenberg en passant par Oppenheimer, Monod (« le Hasard et la Nécessité ») ... ou d’écouter une conférence de Charpak ; tous cherchent à situer leurs travaux par rapport aux grands courants de pensée contemporains.

 

Transmettre, enseigner, est une expérience redoutable aujourd’hui car le maître est confronté à des populations formées –ou déformées- par une culture visuelle, standardisée -télévision, Internet- qui simplifie tout et caricature beaucoup. L’image est fugace, fulgurante, elle abolit la distance, modèle facilement les jeunes cerveaux ! Le temps de la réflexion est trop souvent considéré comme du temps perdu, la rigueur comme une exigence désuète, le doute comme presque un aveu de faiblesse.

 

Le temps de la Science est-il dépassé ? Les foudroyants progrès technologiques pourraient faire penser le contraire. Cependant certaines applications qui nous émerveillent aujourd’hui résultent de découvertes datant de 30 ou 40 ans, les recherches sur la fusion nucléaire, les piles à combustible sont restées presque en l’état depuis 20 ans, le paludisme tue toujours des millions d’individus en Afrique faute d’un vaccin ou de traitements pourtant à portée de main.

Le profit, l’appât du gain rapide, pollue trop souvent la recherche qui paie un lourd tribu sur l’autel de la rentabilité.

L’argent qui incite aussi de brillants bacheliers scientifiques à se destiner à la finance ou au marketing plutôt qu’au développement de leurs capacités de création, d’innovation, au service de la Science ! Les déboires récents des marchés financiers les ramèneront peut-être vers les amphis et les laboratoires qui ont tellement besoin d’eux.

 

 

8 mai 1998 à Saint-Clément-de-Rivière : UNE CÉRÉMONIE RÉPUBLICAINE

 

À l'appel du comité d'organisation que je présidais, un grand rassemblement - le plus important jamais vu à Saint-Clément pour une cérémonie au Monument aux Morts - a rassemblé les républicains et les démocrates saint-clémentois émus par les alliances municipales et régionales du maire de cette commune.

 

Cette cérémonie a impressionné les participants par sa dignité, par l'émotion visible chez chacun à l'évocation de ces années terribles.

 

Le comité tient à remercier tous les participants. En premier lieu bien sûr les résistants et déportés présents à cette cérémonie, dont notre concitoyenne Mme Suzanne Orts, déportée à Ravensbrück.

 

Les anciennes familles de notre village, qui étaient presque toutes représentées. Les délégations républicaines des villages voisins: Prades, Saint-Gély, Montferrier, Le Triadou, Les Matelles, Saint-Vincent, Combaillaux, Vailhauques, Clapiers.

 

Merci aussi à tous ceux qui nous ont témoigné leur sympathie, dont Gérard Saumade, député de la circonscription, Hélène Colas représentant la ville de Montpellier et tous les anonymes de droite comme de gauche qui nous ont assuré de leur soutien.

 

Nous relatons dans son intégralité, avec toutes les interventions, le déroulement de cette cérémonie.

 

Jean-Pierre LAVERGNE

 

 



 


À 10h10, le 8 mai 1998 au Monument aux Morts de Saint-Clément-de-Rivière, 146 personnes étant présentes, Jean-Pierre Lavergne déclare la cérémonie ouverte.


Mesdames, Messieurs,

Cette cérémonie est dédiée à la mémoire de tous ceux qui sont tombés face au nazisme: gaullistes, communistes, socialistes, démocrates-chrétiens, sans-parti... de toutes confessions: juifs, chrétiens, musulmans ou athées...

 

Elle sera présentée et ordonnancée par notre concitoyen Raymond Guillaume (principal honoraire du collège du Pic Saint-Loup, commandeur dans l'ordre des Palmes Académiques).

 

Raymond Guillaume :


Mesdames, Messieurs, chers amis,

Pour ce 8 mai 1998, nous avions prévu, nous aurions voulu, souhaité, une manifestation unitaire, exemplaire et consensuelle pour commémorer la victoire sur le nazisme.

Mais il y a eu le vendredi noir. Trois présidents de région, à qui l'histoire n'a véritablement rien appris, ou qui font fi de ses leçons, ont accepté d'être élus grâce aux voix du parti aux thèses haineuses, xénophobes et racistes. Le pas qui vient d'être franchi est plus que symbolique. Rien ne peut plus jamais être comme avant et nous ne pouvons rester insensibles. Nous avons au contraire le droit et le devoir imprescriptibles de parler, de dénoncer et de proposer.

 

Notre pays n'est pas à l'abri de l'arrivée au pouvoir de la droite la plus extrême, celle du mépris, de l'exclusion et de l'intolérance, celle du refus de la culture, celle de l'agression contre les droits sociaux et celle de la force brutale.

L'élément nouveau et gravissime c'est que certains acceptent ignominieusement de faire la courte échelle de la honte, afin de garder titres et avantages et pensent-ils, gloire et honneur

 

Nous devons travailler pour que soient résolus les problèmes qui se posent à notre société, aux plus démunis, aux exclus. Le rôle de l'école est essentiel, parce que lieu premier de la tolérance, de l'acceptation de l'autre et du respect mutuel; lieu de citoyenneté, lieu de l'acquisition du savoir, des savoirs.

 

Parce que nous croyons en l'homme et en sa capacité de réaction, nous voulons espérer que suite à ces événements, notre pays, dans sa profondeur, saura trouver les ressources nécessaires pour la riposte et qu'émergera un projet authentiquement républicain pour nos enfants.

 

Tel est le sens de notre présence aujourd'hui devant ce monument.


Je donne maintenant la parole à Tony Lattes.

 

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Tony Lattes :


Chers concitoyens, chers amis,

Nous sommes réunis pour marquer et célébrer le 53e anniversaire de la capitulation nazie du 8 mai 1945, avec dignité et sans passion.

Rappelons quelques faits:

Après l'annexion de l'Autriche (mars 1938) et du territoire des Sudètes (septembre 1938), entérinée par la conférence de Munich, Hitler occupe la Tchéchoslovaquie puis signe le 23 août 1939 avec Staline un pacte de non-agression réciproque qui permet à l'Allemagne et à l'URSS de se partager la Pologne. C'est cette attaque de la Pologne, le 1er septembre 1939 qui déclenche la déclaration de guerre à l'Allemagne de la part de l'Angleterre et de la France. On connaît la suite

Nous sommes réunis pour célébrer la mémoire :
­ - de tous ceux, combattants et civils, qui sont morts, qui ont souffert dans leur chair, qui ont perdu les leurs à l'occasion de ce conflit;
­ - de tous ceux, héros en uniforme en 1940, ou plus tard sous l'uniforme des Forces Françaises Libres, qui sont tombés au champ d'honneur;
­ - de tous ceux, résistants ou civils, qui sont tombés, ont été torturés, pendus, déportés Les uns parce qu'ils avaient été pris les armes à la main, d'autres parce qu'ils avaient été pris, chez eux ou dans la rue, comme otages;
­ - de tous ceux qui ont été déportés pour délit de faciès ou d'identité, dans une odieuse entreprise d'extermination systématique.

 

Souvenons-nous de la grande crise économique, de son cortège de chômeurs, de la crise politique en Allemagne, du chancelier Brüning, du chancelier von Papen, qui accepta de relégaliser les SA.

 

C'est dans les couloirs et les salons, en dehors de toute procédure démocratique, que l'ancien chancelier von Papen rêvant de reconquête du pouvoir fait alliance avec Hitler, au moment même où le parti nazi est en perte de vitesse.

 

Le 30 janvier 1933, Hitler prête serment comme nouveau chancelier. Le 1er février il dissout le parlement. Tout ensuite s'enchaîne très vite: atteinte à la liberté de la presse, à la liberté de réunion, incendie du Reichstag, et en mars 1933 le parti nazi obtient 43,9% des suffrages. En juillet 1933 tous les partis sont dissous à l'exception du parti nazi.

 

Que le passé nous aide à regarder avec confiance, avec espoir mais sans compromission, vers l'avenir, à l'heure où la construction européenne rend plus improbable sur le sol du continent de telles tueries.

 

Souvenons-nous de ce que la folie et la sottise des hommes peuvent engendrer. Nous devons tirer de ce passé une leçon de mémoire et une leçon de vigilance.

 

Nous montrons par notre présence à cette cérémonie que nous savons tirer leçon de ce passé.

 

Je donne la parole à Christine Rouot pour la lecture d'un passage des Mémoires de Guerre du général de Gaulle et d'un extrait de Lettre ouverte à un jeune homme d'André Maurois (1966).

 

 

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Christine Rouot :


«J'espérais qu'allaient me rejoindre les têtes des grandes administrations, des Églises et des états-majors. Ceux qui avaient un mandat et se trouvaient à Londres, je les ai vus reprendre le bateau un à un. Et puis j'ai vu arriver les pauvres types, les sans-grades, les marins de Dunkerque et les pêcheurs de l'île de Sein, les petites gens. Finalement, j'ai pu bâtir la France libre avec eux, et quelques autres il est vrai, mais d'abord avec le peuple

Charles de Gaulle

 

« Il vous arrivera d'être tenté par la démagogie. C'est une politique qui fait appel aux passions populaires et promet, pour triompher, tout ce que tout le monde souhaite, encore que le démagogue se sache incapable de réaliser ce qu'il annonce. De tels mensonges peuvent assurer des succès temporaires, mais sont suivis de pénibles réveils qui entraînent soit une réaction, soit, si le démagogue veut se maintenir malgré ses échecs, une dictature. Que je vous déconseille toute démagogie ne vous étonnera pas. Elle procure parfois des succès personnels; ils sont éphémères. . Tôt ou tard des promesses mensongères engendrent mécontentement et contrecoups. En dernière analyse seule la franchise assure des victoires durables.»

André Maurois



Raymond Guillaume :


Je donne la parole à notre concitoyenne Jacqueline Laurier, qui nous livre son témoignage.

 

Jacqueline Laurier :

C'est la seconde fois de ma vie que je suis présente à une cérémonie autour du Monument aux Morts. La première, c'était en 1934, j'avais 12 ans. Avec mon frère, je déposais une gerbe d'Anciens Combattants pacifistes. Nos pères voulaient montrer que les Croix de feu n'avaient pas le monopole du Monument aux Morts.

 

Je ne suis pas ou si peu Je suis là pour témoigner pour eux car je les ai fréquentés et vus à l'uvre, de Pâques 1941 à l'été 1944.

 

À Pâques 1941, je me trouvais dans un rassemblement de jeunes venant du Midi surtout. Une équipière de la CIMADE, mouvement créé par Madeleine Barrot pour venir en aide aux réfugiés alsaciens en 1939, est venue témoigner de ce qui se passait au camp d'internement de Gurs, au sud de Pau. Elle nous a donné le menu des : de l'eau noire le matin, de l'eau verte à midi et le soir, la dysenterie la nuit et la chute mortelle sur le verglas de la piste qui menait aux toilettes.

 

Si vous allez à Gurs, vous verrez le monument dédié aux brigades internationales. Vous savez que Staline les a récupérés et mis au Goulag, ils n'ont donc pas de tombes à Gurs, par contre vous verrez des pierres gravées, un prénom espagnol, 24 jours, 3 mois. Vous verrez aussi les tombes que l'alliance israélite plus tard a élevées sur les fosses communes des vieillards raflés dans un asile en Allemagne avec leur infirmière. Ils sont presque tous morts sur place, ces vieux. Ils avaient été envoyés en France car ils constituaient le trop-plein, pas encore crémable, du complexe industriel exterminateur nazi.

 

À Pâques 1942, à La Chalp en Queyras, Hautes-Alpes, je rencontrais deux équipiers de la CIMADE travaillant au camp du Récébédou près de Toulouse. L'un d'eux y est mort d'une péritonite mal soignée, la fille est partie à Grenoble. Elle parlait couramment l'allemand; elle s'est fait embaucher comme secrétaire à la Kommandantur. La nuit, elle allait révéler aux réseaux de résistance la liste des gens qui devaient être raflés. Tout ce réseau a été arrêté et a disparu en déportation. Elle est allée comme équipière de la CIMADE à Nexon près de Limoges. Toujours des juifs allemands et d'Europe centrale et dans un bloc spécial des communistes allemands. Elle les a fait évader. Elle n'a jamais eu la médaille de la Résistance.

 

J'étais en Savoie, l'été 1942, au moment de la rafle du Vél d'hiv; nous encadrions un groupe d'étudiantes juives, la plupart de Montpellier. C'était des Polonaises venues en 1938. Averties de ce qui se passait, nous sommes parties deux à deux, dans la montagne, une Française, une Polonaise.

 

J'ai passé 3 mois comme équipière de la CIMADE, l'été 1943, dans un petit camp d'hébergement à Masseube dans le Gers. Des Juifs allemands, une famille espagnole de l'armée républicaine, comme à Gurs, un gitan d'Europe centrale. Le directeur m'a prêté Mein Kampf: il me disait nous avions su lire.

 

À Masseube les gens ne s'échappaient pas; ils étaient sans papiers, sans carte d'alimentation, ils ne parlaient pas français, ils ne savaient pas où aller; ils ne savaient pas que des Français de l'ombre les accueilleraient s'ils sonnaient, le soir, affamés, à la porte d'une ferme de la campagne méridionale.

 

J'ai guéri des 70 piqûres de punaises attrapées en bavardant avec les hébergés. Le directeur de la bibliothèque de Munich me montrait la photo de sa fille déportée dont on était sans nouvelle depuis 2 ans. Je n'ai pas guéri du souvenir du directeur de la bibliothèque de Munich et de sa femme; à l'automne un camion est venu et a rapporté la marchandise nach osten.

 

L'hiver 1943, j'habitais à la faculté de Théologie protestante de Montpellier. J'y ai vu mon professeur Théo Preiss, alsacien réfugié, converser avec deux officiers de la Wermacht, des aumôniers membres de la résistance allemande. Dans les caves, il y avait une officine de faux-papiers et de temps en temps apparaissait un jeune pasteur des Cévennes, chef de maquis.

 

En juillet 1944, mon frère, qui était agent de liaison d'un réseau toulousain de résistance, m'a fait venir à Vabre dans le Tarn. Le médecin du maquis m'a demandé d'organiser l'infirmerie de ce maquis caché plus haut dans la montagne. Ce médecin, c'est le professeur Nahas, que vous avez peut-être vu à la télé ou entendu à la radio.

 

Je savais que dans ce maquis se trouvait le PC de Pierre Dunoyer de Segonzac, ce général qui avait fondé l'École des cadres d'Uriage où l'on formait en particulier les futurs cadres de l'armée de libération. Dans ces montagnes il y avait un maquis israélite. Le père de Jean-Marc Levy-Leblond, le physicien des particules, y est mort.

 

Mon frère et le docteur Nahas ont suivi leur maquis avec la deuxième DB sur le front d'Alsace. Ils ont assisté à Constance à l'ouverture du camp de Buchenwald.

 

Mon dernier témoignage sera pour Pierre Laurier, mon mari qui est mort il y a juste un an. Quelques mois avant, il avait écrit Le Grand Jeu scout, ses mémoires d'éclaireur dans le maquis de la Drôme. Il avait 24 ans en 1944, pendant ces trois mois d'été où il était, sous le soleil, combattant de l'ombre.

 

 

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La parole est donnée à Jean-Pierre Lavergne qui cite Primo Levi :


 


" Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non,
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas:
Gravez ces mots dans votre cur.
Pensez-y chez vous, dans la rue
En vous couchant, en vous levant;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous."

Primo Levi

 

À l'issue de ces interventions, les participants écoutent dans le recueillement le Chant des Partisans joué par la Garde Républicaine.



Raymond Guillaume :


Un bouquet de fleurs va être déposé au Monument aux Morts par Jacqueline Laurier et Robert Alart, résistant des Corps-francs d'Auvergne, pris les armes à la main dans le maquis de Billon, déporté à Buchenwald puis Bergen-Belsen. Ils seront accompagnés par de jeunes enfants de notre commune.

 

Une minute de silence et de recueillement est ensuite observée par les participants qui écoutent enfin La Marseillaise jouée par la Garde Républicaine.

 

Raymond Guillaume :


Mesdames, Messieurs, je vous remercie et je vous demande de vous disperser dans le calme et la dignité

Le Site de Jean-Pierre Lavergne

 

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