Voici les biographies de quelques "rebelles" répondant à MA définition :
- qui doute,
- qui veut remettre en cause l'ordre établi (social, moral, politique, religieux, artistique, scientifique...), quel que soit son mode d'action et sa finalité.
Eve, Socrate, Antigone, Spartacus, Giotto, Erasme, Copernic, Thomas More, Don Juan, les Encyclopédistes (Diderot), Mandrin, Marat, Abbé Grégoire, Simon Bolivar, Hugo, Darwin, Bakounine, Courbet, les Impressionnistes, Louise Michel, Zola, Klimt, Gandhi, Picasso, les Surréalistes, Mandela, Luther King, Aung San Suu Kyi, Alexander Grothendieck
Quelques liens ci-dessous pour une recherche plus rapide.
Adam et Eve selon A. Dürer
EVE
Dieu avait interdit la consommation du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, mais le Serpent (Nahash en hébreu) tenta Ève qui mangea du fruit défendu puis en fit manger à Adam. Ce que certains courants du christianisme nomment péché originel est cette faute commise par ces premiers humains, faute qui cause leur expulsion de l'Éden.
La première rebelle est une femme
La mort de Socrate selon David
SOCRATE (-470, Athènes - -399)
Socrate naquit en -470. Vers -435 il commença à enseigner, dans la rue, dans les gymnases, les stades, les échoppes, au gré des rencontres. Vivant pauvrement, n’exerçant aucun métier, il parcourait les rues d’Athènes vêtu plus que simplement et sans chaussures, dialoguant avec tous, en cherchant à les rendre plus sages par la connaissance de leur ignorance : « Je sais que je ne sais rien » (« Ἓν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα »). Il enseignait, ou plus exactement questionnait, gratuitement — contrairement aux sophistes, qui enseignaient la rhétorique moyennant une forte rétribution. Cette mission faisait de lui à ses yeux le seul citoyen véritable. c’est-à-dire le seul qui s’interroge sérieusement sur la vie politique.
L'année -420 reste très importante puisque la Pythie de Delphes avait répondu à son ami d'enfance Chéréphon : "De tous les hommes Socrate est le plus sage". Cette mission divine s’exprime également par le démon de Socrate, un signe divinatoire, une sorte de voix intérieure qui lui révèle les actes dont il faut s’abstenir.
Lors de la guerre du Péloponnèse, en -414, il sauva Xénophon, à la bataille de Délion, contre les thébains. C'est vers ces années-là (-407) que Platon devint son disciple. Sous la tyrannie des Trente, qui dura huit mois, il lui fut interdit d’enseigner. On lui intima l'ordre de procéder à l'arrestation d'un citoyen, Léon, qu'il considérait comme innocent. Il refusa de se soumettre à cet acte inique.
Socrate mourut en mai ou juin 399 av. J.-C., condamné à boire la ciguë, après avoir été accusé d'impiété et de corruption de la jeunesse, comme le rapporte Xénophon dans les Mémorables : « Je me suis souvent demandé par quels arguments les accusateurs de Socrate ont persuadé les Athéniens qu'il méritait la mort comme criminel d'État. L'accusation portée contre lui était à peu près ainsi conçue : Socrate est coupable de ne pas reconnaître les dieux reconnus par l'État et d'introduire des divinités nouvelles.
ANTIGONE
Dans la mythologie grecque, Antigone est la fille d'Œdipe, roi de Thèbes, et de la reine Jocaste.
Elle est ainsi la sœur d'Étéocle, de Polynice et d'Ismène.
Créon, son oncle est le père de son fiancé Hémon.
Polynice est venu avec les armées d'Argos pour reprendre le trône de Thèbes à son frère Étéocle qui refusait l'alternance prévue. Les deux hommes s'entretuent lors d'un combat singulier (voir guerre des sept chefs). Le nouveau roi, leur oncle Créon le déclare « traître à la patrie » et interdit toute sépulture sous peine de mort , condamnant ainsi l'âme de Polynice à l'errance.
Antigone s'oppose, seule, à cette décision. Elle s'en va jeter quelques poignées de terre sur le corps de Polynice. Prise en flagrant délit, elle affronte Créon : elle se réclame de la loi des dieux qui est au-dessus de celle des hommes . Créon lui dénie, en tant que femme, le droit de faire la loi et fait appliquer la sentence capitale. Emmurée vivante dans une grotte, Antigone met fin à ses jours par pendaison.
Le Serment de Spartacus, Tuileries, Paris
SPARTACUS ( ?, Thrace - -71, Italie)
Voici le texte d'Appien, tiré de son ouvrage
"Histoire des Guerres civiles", concernant Spartacus.
"A cette même époque, parmi les gladiateurs entretenus à Capoue par les Romains et destinés aux jeux du cirque, se trouvait un Thrace, nommé Spartacus, qui avait autrefois servi dans l'armée, et
avait été fait prisonnier et vendu. Il persuada 70 de ses camarades de braver la mort pour recouvrer la liberté, plutôt que de se voir réduit à servir de spectacle dans les arènes des Romains ;
et, forçant ensemble la garde chargée de veiller sur eux, ils s'échappèrent. Spartacus et sa bande s'armèrent avec les armes de tout genre dont ils dépouillèrent quelques voyageurs, et se
retirèrent sur le mont Vésuve. Là, plusieurs esclaves fugitifs et quelques hommes libres des campagnes vinrent se joindre à lui. La justice rigoureuse qu'il mit dans la distribution et dans le
partage du butin lui attira rapidement beaucoup de monde.
... Les Romains ne pensaient pas que ce dût être une guerre dans toutes les formes. Ils croyaient qu'il suffirait contre ces brigands d'entrer en campagne. Varinius Glaber et Publius Valerius
furent successivement vaincus. Après ces succès, le nombre des adhérents de Spartacus s'accrut encore davantage, et déjà il était à la tête d'une armée de 70 000 hommes. Alors, il se mit à
fabriquer des armes et à prendre des dispositions militaires dans toutes les règles.
Rome, de son côté, fit marcher les consuls avec deux légions... Spartacus les attaqua tour à tour, les vainquit l'un après l'autre et ils furent obligés tous les deux de reculer en désordre.
Spartacus immola... 300 prisonniers romains; et son armée se montant à 120.000 fantassins, il prit rapidement la route de Rome, après avoir brûlé tous les bagages dont il n'avait pas besoin, fait
passer au fil de l'épée tous les prisonniers et tuer toutes les bêtes. de somme, pour ne pas ralentir sa marche. Beaucoup d'autres esclaves prirent son parti, et vinrent grossir son armée, mais
il ne voulut plus admettre personne. Les consuls retournèrent à la charge contre lui dans le pays des Picènes... il furent vaincus encore une fois.. Malgré ce succès, Spartacus renonça à son
projet initial de marcher sur Rome, parce qu'il sentit qu'il n'était pas assez habile dans le métier des armes, et que ses troupes n'étaient pas convenablement armées, car nulle cité ne le
secondait. Toutes ses forces consistaient en esclaves fugitifs et en aventuriers...
Il y avait déjà trois ans que durait cette guerre, dont on s'était moqué d'abord ; dont on ne parlait qu'avec mépris comme d'une guerre de gladiateurs ; mais quand il fut question de confier le
commandement à d'autres chefs, nul ne se mit sur les rangs, sauf Crassus... Il marcha contre Spartacus
à la tête de six nouvelles légions. A son arrivée au camp, il fit décimer les deux légions qui avaient fait la campagne précédente, pour les punir de s'être si souvent laissé vaincre...
Spartacus fut enfin blessé à la cuisse par une flèche. Le reste de son armée, en désordre, fut mis en pièces. Le nombre des morts du côté des gladiateurs fut incalculable. Il y périt environ
1.000 Romains. Il fut impossible de retrouver le corps de Spartacus. Les nombreux fuyards cherchèrent asile dans les montagnes. Crassus les y poursuivit. Ils se partagèrent en quatre bandes,
luttant alternativement jusqu'à extermination complète, à l'exception de 6.000 d'entre eux, qui, faits prisonniers, furent mis en croix le long de la route de Capoue à Rome."
Florence, Galerie des Offices
GIOTTO di Bondone ( 1267, Romagne - 1337, Florence)
Peintre, sculpteur et architecte du Trecento, Giotto, né dans une petite ville près de Florence, est l’un des peintres à l'origine du renouveau de la peinture occidentale. Architecte, il dessine également les plans de l’élégant campanile de Florence (1334-1357).
C'est l'influence de sa peinture qui va provoquer le vaste mouvement de la Renaissance à partir du
siècle suivant.Dans la dernière décennie du XIIIe siècle, Giotto réalise les fresques de la basilique San Francesco d’Assise, sur le thème de la vie de saint François. Ces fresques révèlent une
nouvelle manière de peindre, basée sur l’observation de la nature, le respect de la perspective et la précision des expressions. L’artiste, dont la réputation est grandissante et le talent loué
par Dante lui-même, se rend en 1298 à Rome à l'appel du neveu du pape Boniface VIII pour exécuter plusieurs œuvres pour la basilique
Saint-Pierre-de-Rome.
Mais plus encore qu’à Assise, les fresques de la chapelle des Scrovegni, à Padoue (1304-1313), sont une œuvre charnière dans l’histoire de l’art.
Giotto, né dans une petite ville près de Florence, a alors pleinement assimilé les leçons de ses aînés, notamment de Cimabue, qui l’a formé, tout en en évacuant les maladresses. Tout l’art de Giotto consiste à conférer à chaque scène peinte une simplicité et une cohérence définitives. Pour ce faire, il procède à l’élimination de tout ce qui n’est pas nécessaire. Dans les scènes de la vie du Christ représentées à Padoue, le peintre rend avec limpidité les événements du Nouveau Testament, rendant ainsi l’emphase et la caricature inutiles. Par ailleurs, les volumes et le dessin sont, si ce n’est naturels, crédibles, et les proportions relativement respectées : Giotto est le père du «réalisme» en peinture.
Giotto est le premier artiste dont la pensée et la nouvelle vision du monde aidèrent à construire ce mouvement, l'humanisme, qui place l'homme à la place centrale de l'univers et le rend maître de son propre destin.
Giotto, Chapelle Scrovegni
Giotto, Vierge à l'Enfant, peinture sur bois
ERASME (Rotterdam 1466?-Bâle 1536)
Figure majeure de l'humanisme chrétien, Erasme fut un inlassable défenseur des libertés, militant de la paix et porteur d'une vision de l'Europe de la culture qu'il tenta vainement d'imposer dans un contexte marqué par le bellicisme et les troubles réformistes.
"Desiderius Erasmus Roterodamus" est probablement né en 1466 des amours d'un prêtre et d'une fille de médecin. L'éveil de sa soif de connaissances coïncide avec son
passage à l'école des frères de la Vie commune de Deventer (1478-1483). Ce lieu de l'humanisme hollandais naissant fournit à Erasme ses premiers contacts avec des textes de l'antiquité païenne.
Très tôt orphelin, c'est contre sa volonté que ses tuteurs désireux de le voir poursuivre une vie religieuse le placent à l'école de Bois-le-Duc (1483-1486) puis auprès des chanoines augustins (1487-1492) de Steyn où il prononcera ses voeux (1488).
L'imposante et éclectique bibliothèque de Steyn est un véritable trésor où Erasme où il découvre Térence Juvénal, Ovide, Cicéron, Virgile, Horace, mais aussi quelques auteurs modernes tels que Valla, Le Pogge, Phidelphe. De cette période date son aversion pour la scolastique trop étroite qui dédaigne tous ces auteurs païens qui donnent à Erasme le goût de la poésie, le sens du style, l'amour de la pensée fine et subtile.
Ordonné prêtre le 25 avril 1492 ; il occupe le poste de secrétaire de l'évêque de Cambrai Henri de Berghes (1492-1494). Il met à profit ce court épisode de sa vie pour observer attentivement la vie dissolue et mesquine menée par la noblesse de cour. Parallèlement, il approfondit ses critiques à l'égard de la glose scolastique en se frottant à la Doctrine chrétienne de Saint-Augustin.
Erasme va suivre ensuite des cours de théologie à Paris en vue d'obtenir le doctorat (1495-1499). Les quelques cours qu'il suit à la Sorbonne, où règne en maîtresse despotique la puissance
scolastique, achèvent de nourrir sa critique des tares de l'enseignement universitaire.
Invité par l'un de ses élèves (Lord Mountjoy) à Londres puis Oxford ; il est reçu dans un climat de chaleureuse confiance par les plus grands exégètes modernes avec qui il a des débats cordiaux
et constructifs. Il se lie d'amitié avec Thomas More et avec l'illustre théologien Colet qui lui fait découvrir le platonisme de Marsile Ficin (une influence capitale pour l'évolution spirituelle
d'Erasme).
Les longues années de la maturation sont achevées. C'est en théologie avec son Manuel du soldat chrétien (1504) qu'Erasme devient une figure de proue de l'humanisme. L'exposé des préceptes
pour vivre chrétiennement est un véritable bréviaire évangélique où se trouve célébré le retour à la bible et à ses sources. La jonction de la critique humaniste et de la théologie chrétienne est
en marche et Erasme est son prophète.
Un Citoyen du monde
Sa notoriété nouvelle fait d'Erasme le point de convergence de toutes les sollicitations des grands d'Europe. Mais Erasme défend rigoureusement ce qui constitue ses
plus grandes richesses : l'indépendance d'esprit et la liberté de mouvement. Refusant de s'inféoder à une personne, un pays ou un mouvement, Erasme illustre brillamment l'humaniste
chrétien qui se reconnaît pour seule patrie celle des belles lettres et de la foi chrétienne. Il se donne à tous mais n'appartient à personne. Aussi le voit-on parcourir une partie de l'Europe ;
découvrant l'Italie (1406-1409), séjournant à plusieurs reprises au Pays-Bas (1504 et 1514-1517) et en Angleterre (1505-1506 et 1509-1514), revenant à l'occasion en France ou en Suisse.
Cette période de productivité intellectuelle intense voit l'humanisme chrétien d'Erasme prendre sa forme définitive à travers trois oeuvres majeures incarnant les trois grands combats d'Erasme. Sa version latine du Nouveau testament et des oeuvres de Saint Jérome (1516) traduit son souci d'un dépoussiérage de la théologie par le recours au plumeau philologique : l'étude des sources grecques et hébraïques afin de restituer le message chrétien débarrassées des impuretés scolastiques. Son Education du Prince (1516) adressée à Charles Quint développe son souhait d'un prince partisan de la paix et abreuvé de belles lettres antiques. Enfin, sa complainte de la paix persécutée (1517) caractérise son obsession d'une concorde universelle.
Paix, piété, belles lettres. Les trois traits majeurs de la pensée érasmienne fusionnent magistralement dans l'insolite Eloge à la
Folie (1511) qui deviendra au fil des siècles l’œuvre la plus connue. Revêtant astucieusement le masque du bouffon, Erasme prononce un féroce réquisitoire contre les abus de toute sorte et
les déviations de l'Eglise.
Lorsqu'en 1517, il prend en main les destinées du collège des trois langues de Louvain (promotion du latin, grec, hébreux), Erasme est à son apogée et rêve d'une Europe réconciliée
avec elle-même. Les succès de ses oeuvres, efficacement diffusées par un puissant réseau "érasmien" depuis son centre névralgique de Bâle (l'imprimerie de son ami Forben) entretiennent cet
espoir...
Humanisme/Réforme ; Erasme/Luther
L'irruption du bouillant Luther est d'abord accueilli avec bienveillance par Erasme qui apprécie sa
volonté de retour au texte et le rejet de la glose scolastique. Mais il note avec effroi les excès du personnage, sa fougue qui le pousse au rejet de la hiérarchie ecclésiastique et à la rupture
totale avec l'Eglise romaine. Cependant il ne condamne pas Luther, craignant d'être récupéré à son insu par cette Eglise romaine dont il a toujours critiqué les déviances. Cette position devient
impossible. Les catholiques lui reprochent d'avoir permis le réformisme, d'être celui qui a pondu l’œuf que Luther a couvé. Les protestants considèrent son refus de s'engager comme une preuve de
son obédience à la hiérarchie romaine.
Les années 1524 et 1525 figent les positions et révèlent toute l'ambiguïté du rapport Humanisme/Réforme. Au Libre-Arbitre (1524) d'Erasme a répondu le serf arbitre (1525) de Luther. Ces deux oeuvres permettent de dresser l'inventaire des désaccords fondamentaux sur la notion de liberté de l'homme par rapport à Dieu, sur les hiérarchies romaines et la tradition, sur les questions de la grâce et du mérite. Les accords sur les déviances de Rome, l'exégèse moderne, le nécessaire ressourcement de la piété ne suffisent pas à fondre les deux grands mouvements de la Renaissance en un seul.
La propagation triomphale de la Réforme sonne le glas du beau rêve érasmien de l'unité spirituelle de l'Europe. Sur un autre front, celui du pacifisme, Erasme connaît également l'échec. Ses Paraphrases (1522-1523) adressées aux quatre grands (Charles Quint, François Ier, Henri VIII et Ferdinand d'Autriche et susceptibles de contrarier par le rappel du message évangélique leurs penchants hégémoniques et belliqueux ne suffisent pas à empêcher les conflits.
En 1529, lorsqu'il fuit Bâle -devenue trop réformiste- pour Fribourg, Erasme aspire au repos. Ses dernières années le voient survivre par l'esprit et agoniser par le corps (dysenterie, gravelle). Ce combattant de l'esprit trouve encore la force d'abattre encore un gigantesque travail.
Un ultime refus -la pourpre de cardinal que lui propose le pape Paul III- rappelle au monde sa dignité d'homme libre entravé par aucune soumission.
Erasme meurt à Bâle dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536.
Érasme s'était choisi comme devise « Nulli concedo » (« Je ne fais de concessions à personne »)
Copernic
Nicolas COPERNIC
est né le 19 février 1473 à Toruń, mort le 24 mai 1543 à Frombork.– est un chanoine polonais, médecin et astronome. Il est l'auteur célèbre de la théorie selon laquelle le Soleil se trouve au centre de l'Univers (héliocentrisme) et la Terre - que l'on croyait auparavant centrale - tourne autour de lui. Les conséquences de cette théorie - dans le changement profond de point de vue scientifique, philosophique et social qu'elle imposa - sont parfois baptisées Révolution copernicienne.
Après des études à Cracovie puis en Italie (notamment à l’université de Padoue fréquentée un siècle plus tard par Galilée) en droit canonique, médecine et astronomie, il devient professeur et conférencier sur l’astronomie.
En 1503 il fait construire un observatoire à Frombork, où il entame ses recherches en astronomie. Il passe sept années de sa vie pour écrire De Hypothesibus Motuum Coelestium a se Contitutis Commentariolus (connu sous le titre de Commentariolus), un court traité d'astronomie qu'il termine vers 1515.
Ce traité ne sera toutefois pas publié avant le XIXe siècle. C'est dans cet ouvrage, qu'il énonce pour la première fois les principes de l'astronomie héliocentrique, ce qui bouleversera énormément la communauté scientifique de son temps.
C'est à la même période que Copernic participe au Ve concile du Latran sur la réforme du calendrier. Son œuvre principale De Revolutionibus Orbium Coelestium, Des révolutions des sphères célestes, est achevée vers 1530. Cette œuvre magistrale ne sera publiée, par un imprimeur luthérien de Nuremberg, que le 24 mai 1543, peu de temps avant sa mort.
Avant Copernic, la façon de voir le cosmos reposait sur la thèse aristotélicienne que la Terre est au centre de l'univers et que tout tourne autour d'elle : « l'univers géocentrique ». Cette thèse (le géocentrisme) demeura la doctrine établie jusqu’à la Renaissance.
Le système de Copernic repose sur l'observation que la Terre tourne sur elle-même et fait un tour sur son axe en une journée, ce qui explique dans un premier temps le mouvement diurne de la sphère céleste en un jour.
Il prétend également que la Terre fait le tour du Soleil (révolution), et non l'inverse, en un an.
Il affirme de plus que les autres planètes, comme la Terre, tournent toutes autour du Soleil. Copernic avance également le fait que l'axe de la terre oscille comme celui d'une toupie, ce qui explique la précession.
La théorie de Copernic contredit la théorie de Ptolémée : Copernic conserve toutefois certains éléments de l'ancien système : ainsi l'idée des sphères solides, ou la sphère des fixes physique, est-elle conservée par Copernic.
Le nouveau système proposé par Copernic a certains avantages sur celui de son prédécesseur. Il explique, entre autres, le mouvement journalier du soleil et des étoiles par la rotation terrestre. Le mouvement du soleil au cours de l'année est aussi expliqué par le nouveau système.
Au XVIe siècle, on croit fermement que la Terre est immobile, et la théorie du géocentrisme est la règle universelle. On accepte mal que la terre soit mobile. Les chercheurs et scientifiques du XVIe siècle acceptent certains éléments de la théorie, en revanche la base de l'héliocentrisme est rejetée.
Il faut attendre la fin du XVIIe siècle pour voir se réconcilier la plupart des savants de l'Europe, grâce à la mise en place de la mécanique céleste d'Isaac Newton. Mis à part la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas et le Danemark, le reste de l'Europe garde sa position anti-copernicienne pendant encore un siècle.
Ce n’est dans les années 1820-1830 que l'Église accepte définitivement et complètement l'idée que la Terre tourne autour du Soleil.
Copernic sut libérer les scientifiques et chercheurs de leurs préjugés. Il amena aussi par la suite les théologiens à s'interroger sur l'interprétation des textes sacrés. Il fallut attendre le XIXe siècle pour que les théologiens prennent une certaine distance vis-à-vis de l'interprétation trop littérale des textes sacrés, ce qui nécessita tout de même un renouvellement des études bibliques (exégèse et herméneutique).
L'influence de Copernic se fit sentir jusque dans le domaine philosophique : Descartes, qui avait rédigé un traité du monde et de la lumière, fut étonné de la décision de l'Inquisition lorsqu'il apprit la condamnation de Galilée (procopernicien) en 1633. C'est la raison pour laquelle Descartes s'orienta vers la philosophie et rédigea le fameux discours de la méthode et quelques autres ouvrages philosophiques qui constituaient un projet de recherche d'une science universelle.
Ce n'est pas sans raison que l'on parle de révolution copernicienne, car l'influence du système de Copernic se fit sentir profondément dans tous les domaines de la connaissance humaine. (source wiki)
Thomas More, 1527
Thomas MORE (1478, Angleterre - 1535)
Savant, juriste, théologien et homme d'État anglais (1478-1535), ami d'Erasme.
«Un homme tel que, depuis des siècles, le soleil n'en a pas vu de plus loyal, de plus franc, de plus dévoué, de plus sage.»
ÉRASME
«Sir Thomas More – ou plus exactement saint Thomas More, puisqu'il a été béatifié par l'Église catholique en 1886 et canonisé en 1935 – a été présenté tour à tour comme "la figure la plus
séduisante du début du XVIe siècle", "la voix de la conscience" de la première Réforme anglaise et "l'une des trois plus grandes figures de la Renaissance anglaise". Savant, juriste, théologien,
homme d'État et finalement martyr, son influence s'est moins exercée sur l'évolution de la Réforme en Angleterre que sur la création d'un genre littéraire particulier: la description futuriste
d'une société idéale. Le titre de son oeuvre la plus célèbre, L'utopie, a fini par devenir un mot de la langue courante; et «utopique» se dit souvent d'un projet idéaliste dont la réalisation
serait très souhaitable, mais qui est complètement irréaliste et impraticable. Dans le domaine de la théorie politique, les libéraux comme les socialistes attribuent à Thomas More la paternité de
quelques-unes de leurs idées.»
KEITH WATSON, "Sir Thomas More (1478-1535)", Perspectives, vol. XXIV, n° 1-2, 1994, p. 189)
"Tout dans la vie de More, comme dans celle de Socrate, s’ordonne autour d’une mort à laquelle l’un et l’autre auraient pu facilement échapper s’ils avaient attaché moins d’importance à la voix de leur conscience. Cette voix les incita à marcher vers la mort, incompris même de leurs proches. La mort du premier fut la condamnation du tribunal démocratique d’Athènes; la mort du second mit le protestantisme anglais naissant en contradiction avec lui-même." L'Agora
Don Juan : un mythe européen
DON JUAN
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Don Juan est avant tout un mythe. Les efforts d'identification à un personnage réel sont vains.
Le séducteur mythique apparaît en 1630 sous la plume de Tirso de Molina. Il sera repris et recréé par de nombreux écrivains dont Molière, Lorenzo Da Ponte (auteur du livret
Don Giovani pour Mozart), Byron, Hoffmann, Musset, Mérimée et Dumas.
Don Juan est défini par cette œuvre comme un personnage défiant les autorités et la société de son temps en refusant de se soumettre aux codes moraux qui sévissent alors et en remettant à plus tard son repentir. Personnage empli d’une sensualité souveraine, non pas athée mais peu intéressé par la religion catholique, il poursuit et trompe de nombreuses femmes avant de se repentir devant les flammes de l’enfer. Il symbolise un déchaînement érotique qui s’oppose au discours galant de l’amoureux transi. Don Juan ne peut naître que dans une société qui tente de régir l’amour et de restreindre toute sensualité. Don Juan s’oppose fondamentalement à la charité que prône l’église catholique et aux devoirs qu’impose la vie sociale. Il place l’individu au-dessus du général, de la société.
Don Juan chez Tirso de Molina (Wiki)
La plus importante version du mythe de Don Juan depuis sa création, est celle de Molière, qui parut en 1665. Dom Juan devient, à travers la pièce de Molière un libertin athée, grand seigneur hypocrite. Dom Juan est un personnage cynique et froid qui ne recherche plus la simple jouissance de la vie mais désire manipuler les hommes qui l’entourent, déshonorer les femmes qui passent à sa portée et affirmer sa supériorité. Sa fierté s’appuie sur sa haute naissance. Plus que sa nature intrinsèquement sensuelle qui, chez le Don Juan de Tirso, séduisait immédiatement, le Dom Juan de Molière met en œuvre une rhétorique de la séduction pour attirer la femme qu’il désire. Il utilise aussi la promesse du mariage. On voit donc que le mythe subit une transformation importante car le personnage de Dom Juan n’exerce plus une séduction immédiate mais il doit utiliser des moyens qui ne relèvent pas de sa nature propre.
Don Juan chez Molière (Wiki)
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Louis MANDRIN (1725, Isère - 1755)
Le 26 mai 1755, Louis Mandrin (30 ans) est roué vif à Valence (Dauphiné).
Le condamné subit d'abord la torture des brodequins. Puis il est conduit à l'échafaud, sur la place du Présidial. Le bourreau brise ses membres à coups de barre.
Le contrebandier supporte ce supplice sans mot dire. Enfin le bourreau l'étrangle à la demande de l'évêque. Plusieurs milliers de personnes assistent à la scène. Très vite va se répandre la légende du bandit magnanime puni pour avoir volé les collecteurs d'impôts.
La brève épopée de Mandrin est symbolique des iniquités fiscales dans les décennies précédant la Révolution française.
Né à Saint-Étienne de Geoirs, dans le Dauphiné, Louis Mandrin est l'aîné d'une famille de neuf enfants. Il a 17 ans quand meurt son père, un maréchal-ferrant prospère. Il signe en 1748 un contrat avec les collecteurs de taxes de la Ferme générale en vue de ravitailler l'armée française qui guerroie en Italie.
À la fin de sa mission, ayant perdu la plupart de ses 97 mulets dans la traversée des Alpes, la Ferme générale refuse de le payer.
Devenu hors-la-loi, il prend la tête d'une bande de contrebandiers et déclare la guerre à la Ferme générale, non sans afficher son dévouement au roi !
Mandrin, qui a la fibre militaire, organise ses troupes comme une armée, avec solde, grades et discipline. En 1754, en l'espace d'une année, il organise six «campagnes». Au début de chaque campagne, il achète du tabac et quelques autres marchandises en Suisse et dans le duché indépendant de Savoie.
Ensuite, il pénètre en territoire français avec quelques dizaines de complices, investit une ville ou une autre et vend ses marchandises au vu et au su de chacun, pour la plus grande satisfaction des habitants, ravis de l'aubaine. Les fermiers généraux ripostent en obtenant dès le printemps 1754 des lois contre les personnes qui achèteraient quoi que ce soit aux contrebandiers.
Louis Mandrin a l'idée, lors d'une campagne, à Rodez, de «vendre» ses marchandises aux employés locaux de la Ferme sous la menace des armes. En d'autres termes, il pille les caisses de l'institution.
Le régiment de chasseurs du capitaine Jean-Chrétien Fischer intervient lorsque Mandrin lance sa sixième campagne, à Autun et Beaune, le 19 décembre 1754. Les contrebandiers sont pris en chasse alors qu'ils quittent Autun. C'est le massacre. Mais Mandrin arrive in extremis à s'enfuir en Savoie.
Le capitaine des troupes de la Ferme générale, Alexis de la Morlière, déguise 500 de ses hommes en paysans et les fait pénétrer en toute illégalité sur le territoire du duché.
Louis Mandrin, est trahi par deux membres de sa bande. Il est pris avec trois comparses au château de Rochefort et ramené en France, à Valence.
Le duc Charles-Emmanuel III de Savoie demande à son neveu Louis XV la restitution du prisonnier. Comme le roi de France s'apprête à lui céder, la Ferme générale accélère les formalités de jugement de son ennemi juré. La condamnation tombe le 24 mai 1755 et elle est exécutée deux jours plus tard.
Denis Diderot
L'encyclopédie, les encyclopédistes, Diderot (1713, Langres - 1784, Paris) (voir aussi Lumières)
L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers est une encyclopédie française, éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot et D’Alembert.
Il s’agit d’un ouvrage majeur du XVIIIe siècle. D’abord parce qu’elle est la première encyclopédie française. Ensuite, par la synthèse des connaissances du temps qu’elle contient, elle représente un travail rédactionnel et éditorial considérable pour l’époque. Enfin, au-delà des savoirs qu’elle compile, le travail qu’elle représente et les finalités dont la chargent ses auteurs deviennent un symbole de l’œuvre des Lumières, une arme politique et, à ce titre, l’objet de nombreux rapports de force entre les éditeurs, les rédacteurs, le pouvoir séculier et ecclésiastique.
| Texte ci-dessous extrait des travaux du groupe "Diderot", Université Paris VII (j'ai souligné les points essentiels |
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Diderot philosophe
Diderot philosophe n’a laissé son nom comme signature incontestable à aucun grand système rationaliste… Il nous apparaît avant tout comme un touche-à-tout des sciences, de l’art et des techniques, le laborieux directeur d’un ouvrage monumental, l’Encyclopédie, qui lui coûta le plus clair de son temps et de son énergie. C’est un libertin, jugé vulgaire par le dix-neuvième siècle, auteur d’une œuvre littéraire dont l’originalité est incontestée … Mais un philosophe ? Certainement, et même un de ceux dont la libido sciendi, ce désir de savoir qui n’ignore ni ne dissimule rien de sa nature passionnelle, a porté sur le plus grand nombre possible d’objets. C’est pourquoi son activité philosophique se présente sous tant de formes diverses. Qui plus est, Diderot philosophe se prend lui-même comme objet d’étude, s’exposant ainsi littéralement aux regards de la postérité, et nous ouvre par là l’accès à un monde intime. La rencontre avec Diderot est donc dans un premier temps la découverte d’une grande philosophie matérialiste athée, intimement liée à la naissance et au progrès de ce qu’on appelle les sciences de la vie, préoccupé de comprendre ce que sont la nature animée et inanimée, l’homme, sa morale comme ses vices, sa société, ses productions techniques et artistiques. Mais c’est aussi la rencontre avec un individu qui voulut, en homme des Lumières débarrassé de la superstition et aidé des sciences, comprendre la vie dans tous ses états. La majeure partie de son œuvre ne fut connue que tardivement : les feuilles manuscrites que Diderot a laissées n’ont été scientifiquement répertoriées qu’en 1951 par le savant H. Dieckmann, ou indirectement par des copies. . L’édition scientifique de l’intégralité des œuvres et manuscrits de Diderot est en cours, on ne peut se la procurer qu’en bibliothèque.
I. Diderot et l’Encyclopédie
Envers et contre tout, et souvent même contre ses propres envies, Diderot est l’homme de l’Encyclopédie. Lorsqu’il signe en 1748 un contrat pour une traduction de la Cyclopaedia de l’Anglais Chambers, il ne sait pas qu’il s’engage dans une aventure qui va durer vingt ans, et offrira au public en 1772 dix-sept volumes de texte (les « discours ») et onze volumes de planches. Le Prospectus présente le projet et vise à convaincre d’éventuels souscripteurs de participer à son financement. Il est diffusé à 800 exemplaires en octobre 1750. Un premier arrêt frappe l’ouvrage collectif en 1752, puis en 1759 sa vente est interdite et il perd l’accord de la censure royale (son « privilège »), l’Eglise l’inscrit sur la liste des ouvrages interdits (« l’Index »). La publication reprend cependant, et les derniers volumes, des planches, paraissent en 1772. Un dernier procès pour plagiat dure jusqu’en 1778. Diderot a alors soixante-cinq ans, il s’est battu toute sa vie pour l’existence de l’Encyclopédie, alors que de son propre aveu il aurait préféré écrire des pièces de théâtre ...
1. Le projet de l’Encyclopédie L’Encyclopédie se veut la description des arts, des sciences et des métiers de son époque. Dans la langue du dix-huitième siècle, l’art désigne tout ce qui est le résultat de l’action humaine et non d’une production spontanée de la nature. Par conséquent, les « arts » sont toutes les activités humaines : celles qui font appel au travail manuel ou à celui des machines (les arts mécaniques, dont la science de la mécanique et tous les métiers) ; celles qui privilégient le travail de l’esprit (arts libéraux, comme l’astronomie, la musique, la logique) ; enfin celles qui privilégient l’imagination (les beaux-arts). Par là, l’Encyclopédie entend d’abord être un bilan, détaillé et inédit. Ce bilan, personne ne l’a encore établi : les techniques des arts mécaniques comme celles des beaux-arts se transmettent dans le secret des ateliers, dans la relation du maître à son apprenti, et les innovations restent confidentielles. Les progrès des sciences ne sont encore que ceux des savants. La diffusion à grande échelle d’une description de l’état des connaissances dans tous les domaines serait déjà une entreprise inédite et révolutionnaire. Inédite, car jusqu’ici on n’avait encore jamais mis à contribution, dans le même ouvrage et à dignité égale, les philosophes et les détenteurs d’un savoir proprement technique. Les dessinateurs des planches de l’Encyclopédie vont pénétrer dans les ateliers, sur les champs et les chantiers, et reproduire les outils et les procédés de fabrication de tout ce qui se produit. Révolutionnaire, car non seulement on sous-entend par là une subversion de la hiérarchie traditionnelle des connaissances, mais on procède de fait à la promotion des techniques au rang de savoir : les techniques ne sont plus seulement des savoir-faire transmissibles seulement par l’apprentissage. Par là, les Encyclopédistes tentent d’ouvrir en grand les portes de l’art : autrement dit, il n’est plus nécessaire désormais d’être introduit, parrainé, pour avoir accès au savoir, quel que soit son objet. L’Encyclopédie révolutionne les procédures habituelles de transmission des savoirs, dépossédant ainsi les « maîtres » de toutes sortes de leur pouvoir. Pour les philosophes du dix-huitième siècle, toute science peut être reconstruite à partir de ses « éléments » : ce sont les quelques propositions fondamentales que l’on combine entre elles, celles dont on tire les conséquences les plus éloignées, et que l’on applique à des objets multiples. l’Encyclopédie n’est pas qu’un projet de description statique, c’est aussi un projet dynamique qui, par une présentation ordonnée des savoirs (du plus simple au plus complexe ; du plus général au plus particulier ; du plus abstrait, c’est-à-dire du plus commun, au plus particulier et divers), contribue au mouvement historique du progrès des connaissances humaines. De ce point de vue, le progrès ne la rend pas caduque aux yeux de ses auteurs : les sciences et les techniques progressent, à partir des éléments tels qu’on les trouvera dans le texte. L’entreprise menée par Diderot est donc un inventaire dynamique et une organisation du savoir synonyme de progrès. C’est un point important : dans toute son œuvre philosophique, Diderot va travailler à partir de cette idée du progrès des individus et des sociétés, dans son lien à l’organisation du savoir et au développement des sciences.
2. Savoir et bonheur On comprendra aisément avec ce qui précède que l’Encyclopédie est une œuvre profondément pédagogique, à visée éducative. C’est une première manière de tisser le lien entre elle et la société, un lien fondé sur la conviction que les hommes apprennent, donc qu’ils progressent, et que leur société peut alors être dite éclairée. Enseigner aux hommes les éléments des sciences signifie contribuer à leur progrès, donc à celui des Lumières et du bonheur. Il faut remarquer que l’ouvrage procède à un recentrage du savoir autour de l’homme. Si tout peut à première vue être appelé un savoir, en réalité seul ce qui sert l’homme, et qui lui sert, a de l’intérêt. Il faut donc classer les connaissances non pas en fonction de l’objet dont elles traitent, mais en fonction de la faculté humaine qui saisit cet objet. L’homme est donc le centre qui produit le savoir et aussi celui vers lequel tout savoir doit être dirigé, le critère selon lequel on mesure le degré d’avancement des Lumières. En d’autres termes, ce qui est bien, c’est ce que l’homme produit selon un ordre raisonné, susceptible de progrès, à l’usage de l’homme : l’utile. L’anthropocentrisme de l’Encyclopédie ne contredit pas la science physique nouvelle, celle de Newton, qui exile l’homme aux marges et non plus au centre de l’univers. L’Encyclopédie utilise cet anthropocentrisme uniquement comme un principe pour classer nos connaissances, et ne prétend pas que l’homme soit le centre de l’univers, ni même celui de la terre. Mais il faut classer nos connaissances pour pouvoir en produire toujours de nouvelles, et ainsi accéder à une civilisation plus heureuse. On peut dire que toute la philosophie de Diderot demeure toujours dans cette conviction que le bonheur et le progrès du savoir sont intimement liés. C’est là aussi ce qu’on appellera l’optimisme des Lumières.
II. La nature et l’expérience
Dès 1749, Diderot publie un premier ouvrage philosophique, qui lui vaut trois mois d’emprisonnement à Vincennes : la Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient. Diderot y examine les points de départ de sa philosophie.
1. L’empirisme L’Encyclopédie se plaçait sous la tutelle de trois penseurs : Bacon, Locke, Newton. Tout en les prenant à son tour comme modèles, Diderot va discuter leur héritage. Bacon d’abord, est celui qui a indiqué qu’il fallait classer les connaissances en fonction des facultés. Mais il est également l’auteur d’une théorie de l’expérience et de la mise à l’épreuve, systématique et ordonnée selon une méthode, des données de cette même expérience, pour construire la science. Newton est celui qui a su recentrer les interrogations de la physique, du « pourquoi ? » (la Terre tourne-t-elle de telle manière, par exemple) vers le « comment ? ». En d’autres termes, Diderot comprend la démarche newtonienne comme une démarche elle aussi expérimentale : constater les faits et s’y tenir, sans « forger d’hypothèse », selon l’expression de Newton lui-même, sur ce que la physique des corps ne saurait résoudre. Locke, enfin et surtout, élabore une théorie de la connaissance qui redonne un contenu à l’axiome antique selon lequel « il n’y a rien dans l’entendement qui n’ait été d’abord dans le sens » : un empirisme. En d’autres termes, toutes nos idées naissent de l’expérience sensible, de l’exercice des sens ; ou plus précisément toutes celles qui ont un contenu réel. Qu’en est-il des autres (par exemple celle de Dieu, dont je n’ai jamais fait l’expérience sensible), à quoi correspondent-elles ? Il faut alors une théorie des idées fausses, sans contenu, qui sont de purs êtres de langage auxquels rien ne correspond dans la réalité. Locke est celui qui a compris que toute question doit être rapportée à celle de l’origine des idées. Les trois figures tutélaires se rejoignent donc sous un commun mot d’ordre : l’expérience. C’est cette notion qui est fondamentale pour toute la théorie de la connaissance du dix-huitième siècle : nous ne connaissons que ce dont nous faisons l’expérience, toutes nos idées sont des transformations, des combinaisons, des abstractions, à partir de sensations physiques. Mais il ne suffit pas de dire « expérience » pour s’entendre ni pour dire la même chose. Diderot va dans un premier temps affronter les difficultés qu’offre une telle théorie de la connaissance ; puis en donner son interprétation propre, dans le sens du matérialisme. Le personnage du mathématicien aveugle Saunderson est celui qui remet en question le bel ensemble de ceux qui s’écrient sans savoir ce qu’ils disent : « l’expérience ! ». Si toutes nos idées vraies naissent des sens, il faut que même les plus « intellectuelles », comme le dit Diderot, soient comptables d’une genèse sensible. D’où nous viennent nos idées de bien, de beau, nos idées mathématiques, comment s’élève-t-on à leur niveau d’abstraction ? Mais auparavant, une question se pose : si telle idée naît de l’usage de tel sens, par exemple si l’idée de beauté est tirée de la vue du spectacle de la nature, alors faut-il penser que quand le sens est grossier, voire inapte, il n’y a pas d’accès possible à l’idée ? Par exemple, les aveugles peuvent-ils avoir l’idée du beau, alors qu’ils n’ont pas accès au spectacle de la nature ? Ou encore, sont-ils sensibles à la pitié, alors qu’ils ne voient pas non plus le spectacle de la douleur d’autrui ? Ce sont ces questions que Diderot pose, et auxquelles il tente de répondre dans la Lettre sur les aveugles. Le personnage de l’aveugle permet en outre à Diderot de donner un fondement expérimental aux deux idées qui caractérisent sa doctrine philosophique : l’anti-finalisme, qui est une expression du matérialisme, et l’athéisme.
2. Une nature matérielle, sans Dieu et sans but Diderot combat, on le sait assez, la conception chrétienne de la nature et de la nature humaine. Le problème des thèses chrétiennes sur l’homme et la nature est qu’elles ne permettent de comprendre ni l’homme, ni la nature. Diderot reconnaît qu’il serait plus consolant de voir dans la nature un beau spectacle, créé pour notre plaisir, et dans l’homme un être libre et volontaire … Mais sa raison lui démontre, par mille et une difficultés que la philosophie chrétienne ne résout pas, qu’il s’agit là d’une vision illusoire, imaginaire, destinée à nous plaire et nous consoler. Elle conduit nécessairement à des contradictions entre la vie et la théorie, contradictions qui nous déchirent et nous rendent malheureux. Par exemple, la philosophie chrétienne exige de moi que je respecte et tente de pratiquer l’abstinence sexuelle. Selon elle, je le peux, puisque je suis un être libre qui décide de ce qu’il veut et dirige librement sa vie. Or, Diderot constate que cette prescription morale nous rend malheureux : ceux qui parviennent à être chastes se brident eux-mêmes, et sont malheureux tout en rendant d’autres malheureux, et ceux qui n’y parviennent pas aussi, parce qu’ils s’en prennent à eux-mêmes, à leur soi-disant manque de volonté. Cette philosophie de l’homme libre et volontaire est donc certainement une mauvaise compréhension de l’homme, une erreur intellectuelle, qui a des conséquences réelles. Il est plus conforme à ce qu’est vraiment l’homme de dire qu’il est un être sensible qui cherche le bonheur, qu’il est naturellement porté vers l’autre sexe, en raison de son instinct de conservation et de plaisir. Il n’y a là ni pure liberté ni pure volonté : ceux que leur corps pousse à se multiplier auront tendance à obéir à leur nature, de la même manière que ceux dont le corps désire naturellement moins. Il ne faut donc ni se glorifier ni se dévaloriser à propos d’actions qui ne dépendent pas entièrement d’une illusoire liberté. Il faut confronter cette nouvelle théorie du corps sans âme à son adversaire. Pour les théologiens, l’homme est un composé de deux substances : un corps, qui est une substance matérielle, et une âme, qui est une substance spirituelle. Le premier serait passif, inerte, étendu, déterminé par des causes ; la seconde serait active, en mouvement, n’occuperait aucun lieu matériellement déterminé et serait libre. Si je veux me mettre à marcher par exemple, ma volonté, faculté active qui caractérise l’âme, en donne librement l’ordre à un corps qui lui obéit passivement dans tous ses membres. Ce que dit Diderot, suivant en cela toute la tradition matérialiste, c’est que l’union de l’âme et du corps est proprement incompréhensible et nous promène de difficulté en difficulté. Pour Diderot, il est clair que l’idée de l’âme est une idée vide de correspondant réel ; elle n’existe pas ailleurs que dans notre imagination. C’est donc le corps qui commande le corps. La théorie matérialiste doit donc s’attacher à montrer comment le corps, c’est-à-dire la matière, prise ici dans une de ses organisations particulières, suffit pour expliquer toutes ses propres actions, sentiments et productions. Il faut une théorie matérialiste de l’action, des passions, de la connaissance, de l’art, de la morale et de la politique. Il faut même une science matérialiste : le matérialisme dit que la matière suffit à expliquer la vie sous toutes ses formes, qu’elles soient minérales, animales ou végétales. L’affirmation matérialiste (tout est, en dernière analyse, matière, et cette substance seule suffit à tout expliquer, du minéral à l’œuvre d’art) contredit aussi radicalement la vision chrétienne de la nature. Pour les théologiens, la nature est finalisée, c’est-à-dire qu’elle est construite selon un plan dirigé par une volonté, une fin : la coexistence ordonnée des créatures. La thèse finaliste affirme que si nous avons un cerveau, c’est parce que Dieu a voulu que nous soyons des créatures pensantes. Le matérialisme renverse l’affirmation : nous sommes des créatures pensantes parce que, dans l’histoire sans volonté ni dessein de la nature, c’est-à-dire dans toutes les formes que la matière a prises dans l’histoire de ses productions au hasard, il s’est trouvé une formation animale dotée d’un cerveau tel, qu’il a permis la naissance de la pensée. Les formations viables (les espèces subsistantes) se reproduisent entre elles, et ainsi se perpétuent. Les formations monstrueuses sont stériles et disparaissent, comme celles qui ne sont pas adaptées à leur environnement. La nature et la nature humaine existent sans Dieu, elles n’ont pas besoin de lui ni comme créateur ni comme conservateur ; et elles sont sans but autre que de persévérer dans leur être, se conserver. Nous voilà désormais en possession des principes fondateurs de la philosophie de Diderot. Munis d’une théorie de la connaissance empiriste, de la conviction matérialiste, et débarrassés des hypothèses confuses de Dieu et de l’âme volontaire libre, parvient-on à rendre compte de tout ce qui est ? Si ce n’était pas le cas, il faudrait revenir à l’ancienne philosophie chrétienne. Diderot ne s’affirme athée, matérialiste et empiriste que si cela lui permet de mieux comprendre (c’est-à-dire avec moins de peine) plus de choses. C’est pourquoi il n’est jamais dogmatique, pourquoi encore il n’écrit pas de ces grands traités que les philosophes affectionnent : un traité sur la matière, un sur la nature animée et inanimée, un sur les passions, etc. On ne sait pas encore ce qu’est la matière, écrit Diderot à la fin de la Lettre sur les aveugles, mais on sait que jusqu’ici elle explique mieux les phénomènes que la volonté divine. Toute l’œuvre philosophique de Diderot est un essai, au sens où il teste continûment ce qu’il nomme ses « conjectures ». Elle est incontestablement philosophique dans sa volonté de comprendre, c’est-à-dire, dans le vocabulaire de Diderot, « d’interpréter ».
3. L’interprétation de la nature Selon Diderot, la méthode à suivre pour produire la connaissance de ce qui nous entoure porte le nom d’interprétation de la nature. Les Pensées sur l’interprétation de la nature en donnent le mode d’emploi. Observation, conjecture et expérimentation sont les trois étapes de la connaissance. La conjecture est plus spécialement la tâche du philosophe : elle est la supposition, l’hypothèse, formulée comme d’instinct (mais elle résulte en réalité d’une longue série d’expériences manquées ou réussies), à l’aide de laquelle on va tenter de comprendre. Les expérimentations qui doivent la suivre ont pour but de mettre à l’épreuve la validité de l’hypothèse. Or ces conjectures peuvent être de tous ordres : scientifique, moral, etc. La grande hypothèse de Diderot, c’est celle de la matière sensible. De la pierre à l’homme pensant, tout est constitué par des molécules de matière qui peuvent sentir : il suffit qu’elles se trouvent dans des organisations telles que leur sensibilité peut s’exprimer. Dans la pierre, la sensibilité est empêchée. Mais si on brise une statue, qu’on l’incorpore à de la terre, qui nourrit une plante, si cette plante est mangée par un animal et cet animal par nous ; alors dans le processus de la digestion nous allons nous régénérer grâce à ses molécules, en faire notre propre chair. Or, sous forme de pierre ou de chair humaine, ce sont toujours les mêmes molécules. On ne les a pas rendues sensibles, elles l’étaient déjà, mais empêchées. Le rêve de d’Alembert décrit sur le mode onirique toutes les possibilités qu’offre une telle hypothèse : on pourrait comprendre la production des monstres, l’apparition et la disparition des espèces, la formation de la conscience de l’être pensant, etc. C’est cette hypothèse philosophique qui permet à Diderot, qui pourtant ne croit pas à l’éternité de l’âme, d’espérer presser ses molécules éparses sur celles de sa bien-aimée Sophie (Volland), par-delà la mort : « Ceux qui se sont aimés pendant leur vie et qui se font inhumer l’un à côté de l’autre ne sont peut-être pas si fous qu’on pense. Peut-être leurs cendres se pressent, se mêlent et s’unissent. (...) O ma Sophie, il me resterait donc un espoir de vous toucher, de vous sentir, de vous aimer, de vous chercher, de m’unir, de me confondre avec vous, quand nous ne serons plus ! » (Lettre à Sophie Volland, 171-172). On est loin ici de l’Encyclopédie, en apparence. Mais il s’agit toujours du même projet : comprendre, et savoir, faire progresser les sciences et la philosophie, pour être plus heureux. La méthode à suivre est désormais éclaircie. La philosophie matérialiste de Diderot en effet, dans sa tentative perpétuelle de comprendre la « nature », en d’autres termes de comprendre ce qui est, offre une interprétation possible de ces phénomènes humains que sont la société et la morale. Aidés de cette compréhension peut-être plus proche de la vérité, nous pourrons déterminer ce qu’elles doivent être, et cesser de souffrir d’une morale qui n’est pas adaptée à la vérité de notre vie, ainsi que d’un régime politique qui est fondé sur une fausse idée de l’autorité légitime.
III. Politique et morale du corps humain
Si nous n’avons pas d’âme, c’est donc le corps qui pense, c’est le corps qui produit la philosophie. Mais surtout, si c’est la nature humaine que nous voulons connaître, pour lui offrir une morale et une politique qui lui conviennent, il faut se pencher sur ce que l’expérience quotidienne nous offre comme réalité sensible de cette nature humaine : un corps humain, corps qui se meut, qui souffre, qui jouit, qui pense, qui fabrique, et qui en a conscience. Cette réalité incontestable constitue les faits auxquels il faut se tenir. Or que nous apprend ce corps ? Avant tout, il montre qu’en tant que chose physique il est soumis à des effets (effets des autres choses comme obstacles, de la température, de la nourriture, etc.), et qu’il peut être cause. Nous sommes donc partie prenante de la grande chaîne des causes et des effets, et ne sommes pas une « cause première », c’est-à-dire une cause qui n’est elle-même causée par rien. Nos volontés ne sont que les effets de déterminations si complexes que nous les prenons pour des volontés libres. Nos choix sont déterminés par notre constitution physique, notre éducation, notre histoire personnelle. Ensuite, l’expérience quotidienne atteste du lien plus qu’étroit entre la pensée et le corps : lorsque nous sommes malades, notre pensée est brouillée en même temps que notre estomac, écrit Diderot : « bonne ou mauvaise santé fait notre philosophie » (Lettre à Vialet, tome V, p. 642). De là à supposer que la pensée est une des fonctions du corps parmi d’autres, et qu’elle peut être saine ou malade, il n’y a qu’un pas. Un pas de plus encore, et on peut envisager que, de même qu’il y a des corps naturellement plus résistants que d’autres à la maladie ou la fatigue, ou des organes qui fonctionnent plus ou moins bien, il y a peut-être une capacité naturelle à l’exercice intellectuel différente dans chaque individu. Certains cerveaux sont plus rapides que d’autres, comme certaines jambes ... Voici une nouvelle hypothèse à vérifier, ce que Diderot fait chaque fois qu’il tente de faire la part du donné en nous, celle de l’éducation, et celle de l’histoire. On voit donc que le corps peut être considéré à la fois comme le sujet et l’objet de la philosophie de la nature humaine. Il est philosophe et philosophique. Mais on peut peut-être aller plus loin encore, et trouver dans la physiologie humaine les normes de la morale et de la politique. Si nous sommes des corps en effet, même des corps très complexes et raffinés, capables de produire des œuvres d’art ou des machines, capables même de se conduire selon une morale, alors c’est dans ce corps que nous sommes qu’il faut trouver l’ultime norme de la morale. Il nous faut retrouver ce que Diderot appelle le « code naturel », les exigences de notre nature qu’on ne saurait contredire sans se rendre malheureux. Sera dit bon tout ce qui sert ce code naturel, ou du moins ne le contredit pas. Le code naturel tient en une phrase : nous voulons être et rester heureux. L’éducation des hommes doit donc être une éducation sensible en vue du bien, puisque l’expérience nous enseigne qu’il vaut toujours mieux se conduire dans le sens de la justice et du bien général (pour Diderot, c’est une vérité d’expérience qui est aussi rationnellement démontrable). Il faut, dans les termes de Diderot, « se hâter de rendre la philosophie populaire » : « Si nous voulons que les philosophes marchent en avant, approchons le peuple du point où en sont les philosophes. » (Pensées sur l’interprétation de la nature, § 40).
IV. Les Lumières de la philosophie populaire
Rendre la philosophie populaire, cela signifie pour Diderot faire en sorte que chacun devienne lui-même philosophe. Par conséquent, le personnage social du philosophe, tel Diderot lui-même, disparaîtra. Si tout le monde a accès à la connaissance de ce qui est bien : vivre en société selon la justice ; de ce qui est vrai : nous sommes des êtres matériels déterminés, et nous pouvons jouer de ces déterminations que sont la physiologie individuelle, l’éducation, le régime politique, etc., pour faire advenir une société plus heureuse ; alors le philosophe ne sert plus à rien. Et tant mieux, nous dit Diderot, si c’est la conséquence d’une société vraiment éclairée. Pour rendre la philosophie populaire, le philosophe doit se faire le conseiller des princes, en sachant bien qu’un despote même éclairé est surtout un despote, et aider à la construction de systèmes d’éducation nationale. C’est ce que fit Diderot auprès de l’Impératrice Catherine II de Russie. Il doit se faire encyclopédiste pour répandre le savoir et offrir à tous l’accès aux moyens techniques et philosophiques d’augmenter son bien-être - comme Diderot, là encore. Il doit aussi se faire auteur d’opéras ou de pièces de théâtre, car le théâtre est le meilleur lieu d’éducation des foules. Par le spectacle du vice humilié et de la vertu récompensée, on touche chacun dans sa sensibilité physique au bien. C’est le projet de Diderot lorsqu’il écrit des drames. Pour Diderot, « le peuple se sert mieux de ses yeux que de son entendement. Les images prêchent, prêchent, prêchent sans cesse, et ne blessent point l’amour-propre. Ce n’est pas sans dessein ni sans fruit que les temples sont décorés de peintures qui nous montrent ici la bonté ; là le courroux des dieux. » (Essai sur les règnes de Claude et de Néron). En d’autres termes, les peintres, les écrivains, les comédiens qui nous font aimer la vertu par le spectacle qu’ils en donnent sont au moins aussi indispensables que les philosophes ... Mais les philosophes doivent tout de même, en attendant le temps où ils disparaîtront, agir pour le progrès de la manière qu’on a dite : « Le philosophe est un homme estimable partout, mais plus au sénat que dans l’école, plus dans un tribunal que dans une bibliothèque » (Idem, p. 1207). Le philosophe ouvre ses yeux et les nôtres sur une nature qu’il découvre matérielle, et sans but. Pourtant le monde n’est pas condamné à l’absurdité : au cœur de cette nature et obéissant à ses lois, il y a l’homme : « Si l’on bannit l’homme ou l’être pensant et contemplateur de dessus la surface de la terre, ce spectacle pathétique et sublime de la nature n’est plus qu’une scène triste et muette. L’univers se tait ; (...) tout se change en une vaste solitude où les phénomènes inobservés se passent d’une manière obscure et sourde. C’est la présence de l’homme qui rend l’existence des êtres intéressante. » (article ENCYCLOPEDIE). C’est par l’homme qu’il y a du sens dans la vie, qui n’est en elle-même que le résultat des productions hasardeuses de la nature. C’est pour lui et pour son bonheur qu’il faut travailler à construire un monde plus vrai, fondé sur une vraie connaissance de lui-même. A la fois rien et tout, simple effet sans liberté et sans éternité, mais qui en est conscient et peut agir sur certaines des causes qui le déterminent. Ce second temps, celui du travail, de la réforme de l’ordre social, est aussi celui de la philosophie, qui est interprétation de la nature. Mais le philosophe est appelé à disparaître, quand la philosophie sera, enfin, populaire. Il ne peut s’agir que d’un temps républicain, c’est-à-dire libre, et éclairé, c’est -à-dire aussi instruit. C’est cette sagesse que le philosophe, athée et matérialiste, nous propose : « Il n’y a qu’une vertu, la justice ; qu’un devoir, de se rendre heureux ; qu’un corollaire, de ne pas se surfaire la vie, et de ne pas craindre la mort » (Eléments de physiologie). Tout en sachant que nous ne sommes « qu’ombres parmi les ombres », que nous devons notre existence au hasard, que nous ne sommes pas plus libres que les autres êtres naturels, Diderot nous invite à travailler à notre bonheur, parce qu’il n’y a qu’une vie et qu’elle vaut la peine d’être vécue sous le signe du bonheur et du plaisir. Sa philosophie est une recherche de la sagesse qui exhorte à jouir ; un désir de vérité qui reconnaît son désir d’être trompé et consolé par les fictions religieuses de l’âme et de la liberté ; une revendication de l’homme comme valeur ultime, alors même qu’on s’attache à le descendre au même niveau que les autres vivants naturels. Diderot sentait assez combien une telle philosophie était paradoxale. Paradoxale, mais peut-être vraie … Dernier avertissement du corps-philosophe qui ne croyait pas en Dieu : « Il faut souvent donner à la sagesse l’air de la folie afin de lui procurer ses entrées. J’aime mieux qu’on dise : Mais cela n’est pas si insensé qu’on croirait bien, que de dire : Ecoutez-moi, voici des choses très sages. » (Lettre à Sophie Volland du 31 août 1769).
Sophie Audidière
Chronologie biographique indicative Pour plus de précisions, on se reportera au tableau biographique établi par L. Versini dans l’édition Laffont des Oeuvres de Diderot, qui indique en regard les événements littéraires et historiques marquants, ou à la biographie de A. Wilson. 1713 : Naissance le 5 octobre à Langres de Denis Diderot, fils de Didier, maître-coutelier. 1723-1728 : Etudes à Langres chez les Jésuites, brillantes. Diderot raconte avec émotion la fierté de son père à le voir revenir de l’école couvert de prix. 1728-1732 : Diderot vient poursuivre ses études à Paris. 1732-1743 : Années de bohème. Diderot exerce différents métiers : précepteur de mathématiques, de musique, clerc de notaire, etc. Il fréquente les cafés, se lie d’amitié avec Rousseau, courtise avec succès Antoinette Champion, lingère. 1743 : Le père de Diderot, opposé à son mariage avec Antoinette, le fait enfermer dans un couvent. Diderot s’échappe et épouse Antoinette. Il publie sa traduction de l’Histoire de la Grèce, de Temple Stanyan. 1745 : Publication de sa traduction de l’Essai sur le mérité et la vertu de Shaftesbury. 1746 : Pensées philosophiques, condamnées au feu par le Parlement de Paris. 1747-1748 : La promenade du sceptique (inédit). Diderot prend, avec d’Alembert, la direction de l’Encyclopédie pour le libraire-éditeur Le Breton. 1748 : Les bijoux indiscrets, roman libertin et philosophique. Mémoires sur différents sujets de mathématiques. 1749 : Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient. Le 24 juillet, il est arrêté et emprisonné à Vincennes, pour avoir écrit les Pensées, les Bijoux et la Lettre. Il signe une lettre de soumission, et se promet de ne plus jamais mettre en danger sa liberté ni la publication de l’Encyclopédie, visée à travers lui. 1750 : Prospectus de l’Encyclopédie. 1751 : Lettre sur les sourds et muets à l’usage de ceux qui entendent et qui parlent. Le premier tome de l’Encyclopédie paraît. 1752 : Interdiction de l’Encyclopédie, jusqu’en 1753. 1753 : Pensées sur l’interprétation de la nature. Marie-Angélique, dite Angélique, la seule des quatre enfants de Diderot qui survivra, naît. Elle porte le même nom qu’une des sœurs de Diderot, morte folle au couvent (expérience qui pèse sans doute dans la rédaction du roman La Religieuse). Son père lui sera très profondément attaché, dès qu’elle dépasse les sept ans et semble devoir vivre encore. Son éducation est un sujet de réflexion constant chez le philosophe : il abandonne à sa femme l’éducation religieuse, s’oppose fermement à ce qu’elle aille au couvent, et s’occupe de la partie " anatomique " et des dons de musicienne d’Angélique. 1757 et 1758: Le fils naturel, et Le père de famille, drames, suivis du Discours sur la poésie dramatique. Diderot attend beaucoup de ces pièces. 1759 : Malgré la pluie de condamnations sur l’Encyclopédie, les libraires-éditeurs décident de poursuivre clandestinement son édition : elle a déjà coûté trop cher pour s’arrêter. Le père de Diderot meurt. Diderot commence à se rapprocher de sa chère sœur Denise, et à se quereller avec son frère, un abbé grondeur et superstitieux très anti-philosophe. Pour la première fois, il devient chroniqueur des Salons de peinture pour la Correspondance littéraire, le journal de son ami Grimm. 1760-1761 : On commence à jouer les drames de Diderot, avec beaucoup de succès. Le père de famille entame une carrière qui le mènera jusqu’en Italie, où il sera monté à Naples devant le Roi en 1773. 1764 : Diderot découvre la traîtrise de Le Breton : il a " caviardé " les dix derniers volumes de l’Encyclopédie (amputés d’une partie de leur texte). Il décide cependant de continuer. 1765 : L’Impératrice Catherine II de Russie achète sa bibliothèque à Diderot : en échange d’une pension dont il a grand besoin, Diderot se charge de l’achat de livres pour constituer une bibliothèque dont Catherine héritera à sa mort. Il se fait également acheteur en son nom de collections de peinture d’un goût très sûr. C’est le début d’une relation que Diderot désire autant qu’il la rejette : elle le fait vivre, et l’Impératrice semble éclairée, donc attentive aux suggestions des philosophes, économistes, etc. En même temps, elle lui donne des obligations, et fait de lui un serviteur d’une despote. 1769-1772 : L’activité d’écrivain de Diderot est à son comble, maintenant que l’Encyclopédie est achevée. Mais on n’en saura rien pendant longtemps : fidèle à sa promesse, il ne publie aucun texte qui lui ferait courir des risques en raison de leurs positions (athéisme, matérialisme, dénonciation des couvents, des colonisations, etc.). Donc, il ne publie rien ... Sur son bureau, on trouverait les esquisses plus ou moins avancées du Rêve de d’Alembert, de l’Entretien d’un père avec ses enfants, des Deux amis de Bourbonne, des Principes philosophiques sur la matière et le mouvement, une version du roman Jacques le fataliste et du Paradoxe sur le comédien, etc. Il commence également le Supplément au voyage de Bougainville. Certains de ces textes ne seront connus qu’un siècle plus tard. Mais ses amis ne s’y trompent pas, et on l’appelle désormais " Le Philosophe " ou " Le Roi Denis ". Enfin, sa fille s’est mariée, et Diderot tente de compenser son absence par une activité littéraire redoublée. 1773-1774 : Diderot se résout au voyage tant redouté : devant l’insistance de Catherine II, il part pour Saint-Pétersbourg, malgré son aversion des voyages. Là, il s’entretient tous les jours avec l’Impératrice sur tous les sujets qui peuvent préoccuper un monarque : le commerce (monopoles, circulation des biens et des personnes), les impôts, l’éducation nationale et le recrutement des serviteurs de l’Etat. Tous ces entretiens sont consignés, sous le titre de Mélanges politiques, etc. 1774-1784 : De retour en France, Diderot se livre de nouveau intensément à l’écriture : Réfutation de l’ouvrage d’Helvétius intitulé De l’Homme, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de ***, Politique des souverains (fortement anti-despotique), Eléments de physiologie, ... Catherine II lui commande un Plan d’une Université. 1782 : Parution de la dernière œuvre publiée de Diderot, l’Essai sur les règne de Claude et de Néron, qui est une version augmentée de moitié de l’Essai sur Sénèque, publié en 1778. Diderot prépare, avec son disciple et ami Naigeon, un plan de ses œuvres complètes. 1784 : Le 31 juillet, mort de Diderot, à l’âge de 71 ans. Sophie Volland est morte en février, sa petite-fille en avril : pour ménager sa santé défaillante, on l’a sans doute caché au philosophe.
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JEAN-PAUL MARAT (1743, Neuchâtel - 1793, Paris)
Marat n'est pas uniquement le révolutionnaire ivre de sang qui appelait sans cesse les sans-culottes à se débarasser des ennemis de la révolution dans son journal "L'ami du Peuple". C'était un homme cultivé, féru de sciences (plusieurs de ses mémoires ont été lus à l'Académie des Sciences de Paris), grand admirateur de Newton.
Wiki le présente ainsi : Jean-Paul Marat, né à Boudry (principauté de Neuchâtel prussienne à l’époque, aujourd’hui canton de Neuchâtel, en Suisse), le 24 mai 1743 et mort assassiné à Paris, le 13 juillet 1793, est un médecin, journaliste et homme politique, député montagnard à la Convention à l’époque de la Révolution.
En 1789, Marat a 45 ans. Il a derrière lui une carrière de médecin et de physicien et a publié une quinzaine d’ouvrages. Dans son livre central de théorie politique, écrit en Angleterre, The Chains of Slavery (1774), la thèse principale est que le pouvoir émane du peuple en tant que souverain, mais qu’à travers les âges et sous tous les régimes, les exécutifs se sont attachés à retourner ce pouvoir contre ceux qui lui avaient fait l’honneur de le lui confier.
Pendant la période de bouleversements qui s’ouvre, où le peuple cherche à rentrer dans ce rôle de « souverain », Marat va suivre pas à pas événements et protagonistes, surveillant en permanence les tentatives de récupération, de reprise en main de cette souveraineté.
Fin décembre 1788, il écrit l’Offrande à la Patrie, où il développe la réalité complexe du tiers état avant même la convocation des États généraux.
Marat a été un acteur important dans le débat sur la rédaction de la première constitution, publiant une feuille, Le Moniteur patriote, tout entière consacrée à la critique du projet de Constitution présenté par Mounier, critique nourrie, entre autres, par son expérience anglaise. Marat est un admirateur de l’Angleterre où il a passé de nombreuses années et où il conservé des amis.
Son texte « Projet de leurrer le peuple et d’empêcher la Révolution » est à contre-courant du triomphalisme qui entoure la soi-disant « abolition de tous les privilèges » de la fameuse nuit du 4 août. Fin août, il publie La Constitution, ou projet de Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, suivi d’un plan de Constitution juste, sage et libre. Se référant à Rousseau, l’écrit s’enracine aussi dans son Éloge de Montesquieu (1785).
Le 9 septembre 1792, Marat est élu député de Paris à la Convention. À la Convention, Marat intervient avec énergie, le plus souvent à contre-courant, dans un climat de luttes acharnées. À la continuité du journal s’ajoute désormais celle des Discours, dont son intervention mémorable du 25 septembre reste un modèle.
Au lendemain de la mort du roi, Marat prend l’offensive contre la faction dite des « Hommes d’État » et contre ceux qui en sont les agents volontaires ou inconscients : « Les Enragés » ou « Les Dindons patriotes ». Cette lutte-ci, il la mène avec pondération, invitant les députés égarés à voter, avec la Montagne, les grandes mesures de salut public et à s’opposer à ceux qui veulent empêcher le bon fonctionnement de la Convention. C’est au moment où il joue un rôle de pointe à la Montagne et où il vient d’être élu président de la Société des Jacobins que Marat est mis en accusation. Avec Louis XVI, il sera le seul homme de la Révolution à faire l’objet d’un vote nominal motivé. Acquitté, il est reconduit en triomphe à la Convention.
Le 3 juin, il suspend volontairement son activité à la Convention puis doit prendre une retraite forcée en raison d’un nouvel accès d’une maladie inflammatoire sans doute héréditaire dont il a déjà eu plusieurs attaques. Le Publiciste de la République française n’en est d’ailleurs pas interrompu pour autant. Il ne le sera que par l’assassinat de Marat, le 13 juillet, par Charlotte Corday. Le dernier numéro du journal date donc du 14 juillet 1793.
L'abbé Grégoire
Né à Vého près de Lunéville le 4 décembre 1750, mort à Paris le 26 mai 1831, Henri Grégoire est le fils d’un artisan lorrain. De 1763 à 1768 il poursuit ses études chez les Jésuites de Nancy qui le conduisent tout naturellement au Séminaire de Metz. Ordonné prêtre en 1775, il devient professeur au collège de Pont à Mousson et va chercher à améliorer la situation des pauvres grâce à l’instruction. Il commence à se faire connaître en tant que poète et publie un éloge de la poésie qui lui vaut une première récompense venant de l’Académie de Nancy.
Henri Grégoire devient curé du village lorrain d’Embermesnil en 1782. En 1788, grâce à ses voyages en Suisse et en Allemagne il acquiert des connaissance qui le poussent à réclamer pour les juifs un statut assurant leur dignité dans son « Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs ». Cet essai lui vaut une nouvelle palme académique à Metz.
Après avoir été élu député aux Etats Généraux, l’abbé Grégoire se joint au Tiers Etat le 14 juin 1789. Il est à noter qu’il est l’un des premiers membres de son ordre à accomplir cette action. Il prête serment à la constitution civile le 27 décembre 1790. Il prend la présidence de la « Société des amis des Noirs » de Brissot de Warville, qui milite pour la suppression de l’esclavage dans les colonies en début 1790. Toujours fidèle à sa ligne de conduite il réussit à faire admettre le principe de l’égalité civile pour les juifs en septembre 1791. La même année il est nommé évêque constitutionnel de Blois puis, il est élu à la Convention qu’il présidera en novembre 1792. Membre des Jacobins aux côtés de Maximilien Robespierre, Antoine Barnave, Pétion de Villeneuve il combat les révolutionnaires un peu trop frigides.
Henri Grégoire est en mission en Savoie lors du procès de Louis XVI fin 1792 début 1793. Il fait savoir à la Convention qu’il est pour la condamnation du roi. Néanmoins, du fait de ses convictions religieuses, il refuse de voter la mort. Il n’en sera pas moins accusé de régicide durant la Restauration. Toujours fidèle au catholicisme, en 1793, il refuse de renier sa foi malgré la pression de la Commune. C’est encore grâce lui qu’est votée l’abolition de l’esclavage le 4 février 1794. Membre de la Société épiscopale qui est à forte tendance janséniste, il demande à la Convention la liberté des cultes et obtient satisfaction en mai 1795.
L’abbé Grégoire contribue à la fondation du Conservatoire des arts et métiers le 29 septembre 1794, du Bureau des longitudes le 25 juin 1795 et de l’Institut de France le 25 octobre 1795. Il fait supprimer les académies « gangrenées d’une incurable aristocratie », selon ses propres termes , et notamment l’Académie française. Membre du Conseil des Cinq-Cents de 1795 à 1798, puis du corps législatif en 1800, il devient sénateur en 1801.
Il refuse le Concordat parce que Napoléon veut transformer le Consulat en Empire. Pourtant ce dernier lui accorde le titre de comte d’Empire et le nomme au grade de commandeur dans la Légion d’honneur mais il y renonce publiquement en 1828. L’abbé est obligé de démissionner de son évêché et doit jusqu’à sa mort faire suivre son nom de la mention « évêque constitutionnel de Blois ». Il se réfugie dans l’opposition à l’Institut de France. Henri Grégoire milite pour la liberté des hommes de couleur et c’est au Congrès de Vienne en 1815 qu’aura lieu son fameux appel anti-esclavagiste. Henri Grégoire est exclu de l’Institut de France en 1816 lors de la Restauration monarchique. Elu député de l’Isère en 1819 il ne peut siéger en raison de l’opposition des ultras.
Aux derniers jours de sa vie, l’abbé Grégoire demande l’assistance d’un prêtre. L’archevêque de Paris accepte à condition qu’Henri renonce au serment qu’il avait prêté à la constitution civile du clergé. C’était trop demander à ce républicain convaincu. Les autorités religieuse lui refusèrent alors les secours de la religion et interdirent l’église à sa dépouille. Malgré les ordres donnés par sa hiérarchie, l’abbé Guillon lui donna les derniers sacrements. C’est plusieurs milliers de personnes rassemblées autour de La Fayette qui conduisent la dépouille de l’abbé Grégoire au cimetière Montparnasse.
Le transfert des cendres de l’abbé Grégoire au Panthéon a eu lieu le 12 décembre 1989. Une fois de plus l’Église (véto de Mr Lustiger, archevèque de Paris) a refusé de s’associer à l’hommage rendu par la République.
Citation : L'histoire en ligne
Simon Bolivar
Simon BOLIVAR (1783, Caracas - 1830, Colombie)
Simon Bolivar est né à Caracas, capitale du Venezuela, le 24 juillet 1783. Il est issu d’une riche famille espagnole. Il sera orphelin à 9 ans.
Simon a appris à lire, écrire et compter avec différents précepteurs. Il va à l'Ecole Publique, dirigée par Simon Rodriguez, un homme original et progressiste, admirateur de Rousseau et autres philosophes français.
En 1799, il voyage pour la première fois en Espagne. Puis il se rend en France. Il s'installe à Paris au printemps 1804.
En France, il retrouve son maître Simon Rodriguez. La même passion du savoir les anime. Ensemble ils voyagent en Italie, en 1805. A Rome, au mois d'août, ils font l'ascension du Mont Sacré où Bolivar, jure de jamais laisser son âme en repos ni son bras tant que l'Amérique hispanophone ne sera pas libre de la domination espagnole.
Le moment arrive quand, le 19 avril 1810, commence à Caracas la révolution d'indépendance. Bolivar devenu Colonel, est commissionné par la Junte de Caracas, pour voyager à Londres, et exposer devant le gouvernement britannique les souhaits du Venezuela.
Le 26 Mars 1812, alors qu'un tremblement de terre cause d'énormes dégâts et de nombreuse pertes humaines à Caracas et aux environs, Bolivar, sur la Place de San Jacinto, juché sur un tas de ruines, lance cette fameuse déclaration: "Si la nature s'oppose à nos desseins nous lutterons contre elle et ferons en sorte qu'elle nous obéisse".
C’est en mai 1813 qu'il commence la libération du Venezuela. Il entre à Caracas, le 6 août. Peu de temps auparavant, dans la ville de Merida, la population l'avait proclamé Libertador, titre qu'il reçoit solennellement, en octobre 1813, à Caracas et avec lequel il passera dans l'histoire.
Au milieu de l'année 1819, l'armée républicaine, Bolivar en tête, traverse les Andes et défait l'armée royaliste de Nouvelle Grenade dans les Marais de Vargas et à Boyaca. Son armée entre
triomphalement dans la ville de Bogota.
En décembre 1819, devant l'insistance de Bolivar, le Congrès de Angostura crée la République de Colombie, qui comprend le Venezuela, la Colombie actuelle, Panama et l'Equateur.
En 1832, le général Sucre marche sur Quito depuis Guayaquil, qui s'était soulevé contre les royalistes, tandis que Bolivar attaque par le nord depuis Popayan. La bataille de Bombona, remportée par Bolivar en avril ébranle les royalistes, tandis celle de Pichincha, gagnée par Sucre, le 24 mai, offre la liberté définitive à l'Equateur.
En 1823, le Pérou appelle le Libertador à son secours car les républicains sont divisés et une puissante armée royaliste menace de détruire l'oeuvre commencée par San Martin. Bolivar débarque à Callao en septembre 1823, et se rend immédiatement à Lima, où le Congrès lui accorde des pouvoirs exceptionnels. Il est nommé Dictateur (comme dans l'ancienne Rome), pour sauver le Pérou.
En décembre, la bataille de Ayacucho remportée par le général Antonio José de Sucre, met fin à la Guerre d'Indépendance.
La veille de Ayacucho, le 7 décembre 1824, Bolivar avait convoqué depuis Lima le Congrès de Panama (lequel se réunira en 1826), pour que les nations hispano américaines s'unissent et fixent une position commune face aux autres puissances mondiales et à l'Espagne. Le Congrès de Panama représente le premier pas dans la voie de l'intégration latino-américaine. Pour Bolivar, les nations hispano-américaines, auxquelles se joint le Brésil, doivent se présenter unie comme des pays frères.
Mais les forces de la désunion dominent celles de l'unité. Les partis politiques sont en total désaccord et rien ne semble fonctionner correctement.
Bolivar est proclamé Dictateur à Bogota. Il accepte le mandat pour tenter de sauver son oeuvre. Le 25 septembre 1828, il est victime d'un attentat auquel il échappe.
Bolivar, découragé, écrit à un ami pour lui confier ses états d'âme. Il dit notamment : « celui qui sert une révolution laboure la mer » puis, prophétiquement : « ce pays
tombera infailliblement entre les mains de petits tyrans..."
La mort va le surprendre à San Pedro Alejandrino, une hacienda proche de Santa Marta, le 17 décembre 1830.
Victor Hugo par Rodin
Victor HUGO (1802, Besançon - 1885, Paris)
Bien que couvert d'honneur par trois régimes successifs, élu à l’Académie française, pair de France, véritable statue du commandeur à la fin de sa vie, objet de funérailles nationales, panthéonisé,…Hugo est avant tout un rebelle même s’il est un rebelle consacré de son vivant et s'il fallut attendre 1849 pour qu'il se rallie à la République et s'oppose au futur Napoléon III. Cela le conduira à l'exil pour vingt ans.
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Il laisse une œuvre colossale marqué du sceau de la rupture en tant que dramaturge, romancier inclassable, poète classique puis romantique, embrassant tous les thèmes : le monde contemporain, l'Histoire, Dieu, la religion, la Nature, l’Amour, la Mort, le rôle du poète…
L’homme engagé
Mais Victor Hugo est aussi un homme de son siècle profondément engagé dans le tourbillon politique qui part de la restauration et s’achève avec l’avènement de la IIIème république. Élevé par sa mère vendéenne dans l'esprit du royalisme, il se laisse peu à peu convaincre de l'intérêt de la démocratie (« J'ai grandi », écrit-il dans un poème où il s'en justifie). Son idée est que « quand tous ont accès aux lumières du savoir, alors le temps est venu de la démocratie ».
Au début de la Révolution de 1848, il est élu député de la deuxième République et siège parmi les conservateurs. Il soutient la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte élu Président de la République en décembre, avec qui il rompt en 1849 .
Réformiste, il souhaite changer la société. S'il justifie l'enrichissement, il dénonce violemment le système d'inégalité sociale. Il est contre les riches qui capitalisent leurs gains sans les réinjecter dans la production. L'élite bourgeoise ne le lui pardonnera pas. De même, il s'oppose à la violence si celle-ci s'exerce contre un pouvoir démocratique mais il la justifie (conformément d'ailleurs à la déclaration des droits de l'homme) contre un pouvoir illégitime. C'est ainsi qu'en 1851, il lance un appel aux armes « Charger son fusil et se tenir prêt » — qui n'est pas entendu. Il maintient cette position jusqu'en 1870. Quand éclate la guerre franco-allemande, Hugo la condamne : guerre de « caprice » et non de liberté. Puis, l'Empire est renversé et la guerre continue, contre la République ; le plaidoyer de Hugo en faveur de la fraternisation reste sans réponse. Alors, le 17 septembre, le patriote prend le pas sur le pacifiste : il publie cette fois un appel à la levée en masse et à la résistance. Les républicains modérés sont horrifiés : pour ceux-ci en effet, mieux vaut Bismarck que les « partageux » ! Le peuple de Paris, quant à lui, se mobilise et l'on s'arrache les Châtiments.
En accord avec lui-même, Hugo ne sera pas communard :
« Ce que représente la Commune est immense, elle pourrait faire de grandes choses, elle n'en fait que des petites. Et des petites choses qui sont des choses odieuses, c'est lamentable. Entendons-nous, je suis un homme de révolution. J'accepte donc les grandes nécessités, à une seule condition : c'est qu'elles soient la confirmation des principes et non leur ébranlement. Toute ma pensée oscille entre ces deux pôles : « civilisation-révolution ». La construction d'une société égalitaire ne saurait découler que d'une recomposition de la société libérale elle-même. »
Victor Hugo défend cependant la grâce du jeune officier protestant devenu Ministre de la guerre de la Commune Louis-Nathaniel Rossel face à Adolphe Thiers.
Victor Hugo a pris des positions sociales très tranchées, et très en avance sur son époque. Son chef d'œuvre, Les Misérables est une dénonciation de la misère et de l’injustice. Dénonçant jusqu'à la fin la ségrégation sociale, Hugo déclare lors de la dernière réunion publique qu'il préside : « La question sociale reste. Elle est terrible, mais elle est simple, c'est la question de ceux qui ont et de ceux qui n'ont pas ! ».
Hugo est aussi un farouche abolitionniste. Dans son enfance, il a assisté à des exécutions capitales et toute sa vie, il luttera contre la peine de mort. Le dernier jour d'un condamné1829) et Claude Gueux (1834), deux romans de jeunesse, soulignent à la fois la cruauté, l'injustice et l'inefficacité du châtiment suprême. Mais la littérature ne suffit pas, Hugo le sait. Chambre des Pairs, Assemblée, Sénat : Victor Hugo saisira toutes les tribunes pour défendre l'abolition.
Victor Hugo combattra aussi la loi Falloux réorganisant l'enseignement en faveur de l'Église catholique, la loi qui
restreint le suffrage universel et la loi qui limite la liberté de la presse.
Après sa démission de l’assemblée législative il déclare :
« Abolition de la peine de mort.
Abolition des peines infamantes et afflictives.
Réforme de la magistrature.
Actes préparatoires des États-Unis d'Europe.
Instruction gratuite et obligatoire.
Droits de la femme…
Voila ce que ma démission m’a empêché d’obtenir… »
Victor Hugo est né à Besançon en 1802 d'un père, Léopold Hugo, colonel, général d'empire puis gouverneur et d'une mère vendéenne Sophie Trébuchet. À quatorze ans, le futur poète écrivit sur un
cahier d'écolier: «Je veux être Chateaubriand ou rien».
À vingt ans, il publie un recueil d' Odes (1822), encore classique par sa forme mais plein d'audace, qui lui vaut une pension royale. Il le remaniera plus tard, sous le titre Odes et Ballades
(1828).
Le dramaturge
C'est avec Cromwell, publié en 1827, qu'il fera éclat. Dans la préface de ce drame, Victor Hugo s'oppose aux
conventions classiques, en particulier à l'unité de temps et à l'unité de lieu.
Le 25 février 1830, Hernani, donne à Hugo l'occasion de mettre lui-même en pratique ses principes. Cette œuvre est la cause d'un affrontement littéraire fondateur entre anciens et modernes, ces
derniers, au premier rang desquels Théophile Gautier, s'enthousiasmant pour cette œuvre romantique —
combat qui restera dans l'histoire de la littérature sous le nom de « bataille
d'Hernani.
Hugo illustre ses théories au théâtre, avec des drames passionnés comme Le roi s'amuse (1832), interdit par la censure, Lucrèce Borgia (1833) ou Ruy Blas (1838).
L'éclatante révélation de Hugo comme poète romantique commence en 1829 avec le recueil des Orientales, nourri d'images de la Grèce en flammes et de visions de villes espagnoles.
Hugo n'a jamais vu l'Orient, mais il lit les récits des voyageurs.
Dans les Feuilles d'automne (1831) et les Rayons et les Ombres (1840), s'affirment les thèmes majeurs de la poésie hugolienne: la nature, l'amour, le droit du rêve. Dans les Voix intérieures
(1837) apparaît le personnage d'Olympio, double et interlocuteur du poète.
Elu à l'Académie française en 1841, Victor Hugo est affecté, en 1843, par l'échec de son drame, les Burgraves, signe de la décadence du théâtre romantique, et surtout par la mort tragique de sa
fille Léopoldine, noyée dans la Seine avec son mari.
Le poète compose les Contemplations (1856), mais les événements politiques lui réservent d'autres
tourments.
Poèmes de l'exil, les Châtiments (1853), qu'il consacre à «Napoléon le Petit», circulent d'abord en contrebande en France. Poème de 6200 vers, organisés en sept parties dont chacune a pour titre
une des formules utilisées par Napoléon III pour justifier son coup d'État. Le recueil s'ouvre sur un poème Nox «nuit» qui fait allusion aux ténèbres qui enveloppent le temps présent auquel
répond un autre poème, Lux «lumière, jour», l'espérance d'un avenir meilleur.
Dans les Contemplations (1856) il se lance, à l'assaut de tous les domaines de la connaissance, la nature, le moi, l'univers. L'oeuvre s'articule autour de la terrible épreuve que fut la mort de
sa fille, les poèmes «Autrefois» et «Aujourd'hui» y évoquent Léopoldine.
La Légende des siècles (1859) est le projet d'une épopée qui embrasse la
totalité de l'histoire et dont les poèmes illustrent la suite des âges.
Hugo a laissé neuf romans. Le premier, Bug-Jargal a été écrit à seize ans ; le dernier, Quatrevingt-treize, à soixante-douze. L'œuvre romanesque a traversé tous les âges de l'écrivain, toutes les modes et tous les courants littéraires de son temps sans jamais se confondre totalement avec aucun. En effet, on trouve toujours chez Hugo une volonté de parodie et de décalage : Han d'Islande en 1823, Bug-Jargal publié en 1826, Notre-Dame de Paris en 1831 ressemblent aux romans historiques en vogue au début du XIXe siècle mais chez Hugo les temps modernes pointent toujours derrière l'Histoire.
Le Dernier Jour d'un condamné en 1829 et Claude Gueux en 1834 ne sont pas plus aisés à définir. Ce sont des romans à la fois historiques et sociaux qui sont, surtout, engagés dans un combat — l'abolition de la peine de mort — qui dépasse de loin le cadre de la fiction. On pourrait en dire autant des Misérables qui paraît en 1862, en pleine période réaliste, mais qui lui emprunte peu de caractéristiques. Ce succès populaire phénoménal embarrassera d'ailleurs la critique car il louvoie constamment entre mélodrame populaire, tableau réaliste et essai didactique…
De la même façon, dans Les Travailleurs de la mer (1866) et dans L'Homme qui rit1869), Hugo se rapproche davantage de l'esthétique romantique du début du siècle, avec ses personnages difformes, ses monstres et sa Nature effrayante.
Enfin, en 1874, Quatrevingt-treize signe la concrétisation romanesque d'un vieux thème hugolien : le rôle fondateur de la Révolution française dans la conscience littéraire, politique, sociale et morale du XIXe siècle.
Le roman hugolien n'est pas un « divertissement » : il est presque toujours au service du débat d'idées. On l'a vu avec les romans abolitionnistes de sa jeunesse, on le voit encore dans sa maturité à travers de nombreuses et parfois envahissantes digressions sur la misère matérielle et morale dans Les Misérables . Toutefois, dans ce dernier roman commencé en 1845 et 1848, on détecte l'influence de Balzac, notamment celle du Curé de village avec lequel Monseigneur Myriel a des points communs. Et la parenté entre Vautrin et Jean Valjean (le second étant l'envers positif de l'autre) est assez évidente (voir : Hugo lecteur de Balzac). Ses héros sont, comme les héros de tragédie (le dramaturge n'est pas loin), aux prises avec les contraintes extérieures et une implacable fatalité tantôt imputable à la société (Jean Valjean ; Claude Gueux ; le héros du Dernier jour d'un condamné), tantôt à l'Histoire (Quatrevingt-treize) ou bien à leur naissance (Quasimodo). C'est que le goût de l'épopée, des hommes aux prises avec les forces de la Nature, de la Société, de la fatalité, n'a jamais quitté Hugo ; l'écrivain a toujours trouvé son public sans jamais céder aux caprices de la mode : qui s'étonnera qu'il ait pu devenir un classique de son vivant?
Hugo devient alors une sorte de patriarche national des lettres. Il décède, le 22 mai 1885. Un cortège de plusieurs centaines de milliers de personnes suivra, depuis l'Étoile jusqu'au
Panthéon, le «corbillard des pauvres» qu'il avait réclamé. «Je donne cinquante mille francs aux pauvres et je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l'oraison de
toutes les Églises. Je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu» : ce furent là ses dernières volontés.
DARWIN (1809, Angleterre - 1882)
(extraits du texte de Patrick Tort in Futura-Santé, biographie résumée de Martin Godon, Collège du Vieux-Montréal)
« Un homme de science qui ne s'adresse qu'à ses pairs est comme un facteur qui ne distribuerait le courrier qu'aux employés de la Poste. »
Patrick TORT, Directeur de l'Institut Charles Darwin International
L'évolution jouit du privilège de l'actualité permanente. Beaucoup d'erreurs cependant ont gêné la compréhension de la théorie de Darwin. Son nom, fondateur illustre mais peu lu, a été malheureusement associé à des doctrines qui lui étaient contemporaines (« darwinisme social », néo-malthusianisme, eugénisme, expansionnisme colonial, esclavagisme, racisme « scientifique »), mais qu'il a expressément combattues. Face à ces déformations, dont certaines eurent de graves conséquences, il était du devoir des spécialistes de restituer enfin la vérité des textes, l'intégrité des logiques scientifiques et l'état contemporain des connaissances positives en matière d'histoire évolutive du vivant.
Il n’est pas habituel de considérer Charles Darwin comme un philosophe. Sa théorie de l’évolution interprète des faits strictement biologiques. Cependant, le développement de la philosophie a été profondément marqué par cette théorie. Puis la religion, l’histoire, la psychologie et, finalement, toutes les sciences sociales ont ressenti les effets importants provoqués par la découverte du naturaliste anglais. Bien qu’elle ne conduise pas directement à un développement technologique, sa théorie constitue néanmoins une des révolutions scientifiques les plus importantes de l’époque moderne.
D’un point de vue philosophique, la découverte de Darwin va complètement bouleverser notre image de l’humain. Bref, sa théorie s’oppose radicalement au récit biblique selon lequel nous aurions été fabriqués par Dieu au sixième jour de la Création il y a environ 5 000 ans. Charles Darwin nous apprend plutôt que l’apparition de l’être humain sur Terre est la conséquence de diverses métamorphoses qui ont affecté le corps des singes dans un lointain passé.Depuis Darwin, on ne peut donc plus prétendre scientifiquement que Dieu a créé directement l’être humain.
Sa vie
Né en 1809, Charles Darwin est le fils du médecin Robert Darwin et le petit fils d’Erasmus Darwin, un naturaliste. Le petit Darwin est âgé de 8 ans à la mort de sa mère, Suzanne Wedgwood.
Bien que n’étant pas un écolier particulièrement doué, il se montrait curieux des sciences naturelles et de la poésie. Il a fait des études de médecine à l’université d’Édimbourg et des études en théologie à Cambridge. Dans les deux cas, Darwin abandonne car il a l’impression de perdre son temps. On peut donc dire que le naturaliste Charles Darwin a une formation d’autodidacte. Son œuvre témoigne tout de même d’une véritable maîtrise de l’univers biologique tel qu’il est connu à son époque.
En décembre 1831, Darwin va s’embarquer pour une expédition autour du monde à bord du bateau " Beagle " en tant qu’accompagnateur du capitaine Fitzroy. Une excursion autour du monde est certainement une affaire hautement captivante à cette époque. Il faut cependant se rappeler que le danger est toujours présent. Plus le voyage avance et plus Darwin se sent préoccupé par ses observations zoologiques, botaniques et géologiques. Il semble qu’il ait eu sa première " rencontre " avec l’évolution dans la région de Montevideo en Uruguay, en novembre 1832. Il trouve alors des fossiles de grands tatous, un animal disparu qui serait l’ancêtre des petits tatous qu’on rencontre fréquemment à l’époque dans cette région de l’Amérique du Sud.
En 1835, l’exploration des îles Galápagos (un archipel situé dans l’océan Pacifique) est peut-être le moment scientifique le plus intense du périple de Darwin. Enfin, il est de retour en Angleterre en octobre 1836. Ce voyage a joué un rôle déterminant dans le développement de la théorie de l’évolution. C’est durant cette longue aventure que les idées de Charles Darwin se sont éloignées de certains préjugés communs à cette époque et l’ont amené à inventer sa célèbre théorie.
De 1838 à 1859, Darwin va peaufiner les divers aspects de sa théorie dans le secret de sa demeure dans la banlieue de Londres. Durant cette période, il va minutieusement collectionner une montagne d’informations se rapportant à la diversité des espèces vivantes. La théorie de Darwin est moins l’invention glorieuse d’un génie inspiré que le fruit d’un labeur quotidien et méthodique d’observation et de comparaison.
Durant l’hiver de 1858, Darwin apprend que le naturaliste Alfred Wallace (1823 – 1913) a conçu une hypothèse qui ressemble beaucoup à sa théorie. Cela va inciter Darwin à publier son livre sans plus attendre. Le premier juillet 1858, les deux naturalistes vont présenter ensemble leur théorie à la Société linnéenne de Londres. Cependant, Wallace va toujours reconnaître magnanimement la priorité de Darwin.
Le livre de Darwin, L’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, est publié le 24 octobre 1859. À partir de ce moment, jusqu’à sa mort, il va devoir défendre sa théorie contre les attaques mesquines de ceux qui ne comprennent pas sa doctrine. La critique ironique mais injuste de monseigneur Wilberforce, évêque d’Oxford, mérite par-dessus tout d’être rappelée : " Est-il vraiment croyable que des variétés favorisées de navets aient tendance à devenir des hommes? "
En 1871, il va montrer comment l’être humain est lui aussi le résultat du processus d’évolution dans La descendance de l’homme et la sélection sexuelle. L’année suivante, il va revenir sur le sujet dans une recherche sur L’expression des émotions chez l’homme et les animaux.
Néanmoins, vers la fin de sa vie, Charles Darwin va connaître le bonheur de voir sa théorie acceptée par la plupart des biologistes sérieux, partout dans le monde. Sa réputation universelle et la satisfaction d’un travail bien fait vont réconforter les jours maladifs de sa vieillesse. Le père de la théorie de l’évolution est mort le 19 avril 1882. On a déposé sa tombe juste à côté de celle d’Isaac Newton.
Que dit Darwin ?
Un schéma logique en dix points résume l'exposé didactique de la thèse darwinienne :
The Descent of Man and Selection in Relation to Sex, troisième grand ouvrage de synthèse de Darwin après The Origin et The Variation, a été introduit en France à travers la traduction de Jean-Jacques Moulinié (1872), où Descent (qui signifie le fait de « descendre de », d'être issu d'une souche ou d'une lignée, de provenir d'une origine, de procéder d'une série d'ancêtres, de représenter le point d'aboutissement actuel d'une généalogie, bref, d'avoir une ascendance) est rendu par « descendance », dont l'usage en français, dans un tel emploi, est rare et contesté. Des raisons sémantiques précises nous font aujourd'hui préférer pour cette traduction le terme de « filiation » pris dans son acception juridique - établir la filiation de quelqu'un consistant à authentifier son ascendance en remontant le long du lien (de descendance) qui unit jusqu'à lui des individus directement issus les uns des autres par un acte de génération. L'usage s'étant toutefois largement imposé, dans le cas présent, du terme de « descendance », nous le maintenons ici, en tenant compte toutefois de cette mise au point, dans les emplois où il n'entraîne pas de confusion conceptuelle.
Si l'on mesure dans toute son ampleur le choc produit dans les consciences par L'Origine des espèces, déjà amplement diffusée à ce moment aux États-Unis et sur le continent européen, on pourra évaluer l'intérêt que pouvait susciter en 1871 un ouvrage attendu et présenté comme l'extension à l'Homme de la théorie de la descendance avec modifications, et donc comme l'émancipation définitive du discours naturaliste par rapport au plus résistant des interdits théologiques, celui qui tendait à préserver ultimement l'Homme de son inscription au sein de la série animale. L'enjeu scientifique d'un tel livre apparaissait alors comme indissociable d'enjeux philosophiques et politiques déterminants au cœur d'une époque d'expansion et de consolidation des emprises coloniales, et dans une société en restructuration qui était le théâtre d'un conflit non seulement entre conservatisme et libéralisme, mais aussi bien entre différentes versions du libéralisme conquérant.
L'effet réversif de l'évolution
Darwin se livre donc dans La Filiation à un essai - inévitable du point de vue de la cohérence et de la portée de sa théorie - d'unification de l'ensemble des phénomènes biologiques et humains sous l'opération d'un seul principe d'explication du devenir : ce dernier dérive très normalement des sciences naturelles qui viennent d'être énumérées, Darwin parcourant leurs différents domaines pour aboutir sans heurt au champ de ce que l'on nommerait aujourd'hui l'anthropologie sociale, ainsi qu'à des observations psychosociologiques et éthiques qui, pour être spécifiquement humaines, n'en sont pas moins évolutivement liées à des données et à des conduites dont l'analyse tend à faire apparaître l'origine au sein des groupes animaux.
Or, contrairement aux interprétations qui ont dominé pendant plus d'un siècle la lecture (en réalité, dans la plupart des cas, la non-lecture) du texte de La Filiation de l'Homme, ce continuisme ne fonde ni ce que l'on a appelé d'une manière expéditive le « darwinisme social », présent au contraire chez Spencer et Haeckel, ni, sous le motif de la « poursuite de la sélection », aucune forme ultérieure d'inégalitarisme social ou racial. En effet, La Filiation établit qu'un renversement s'est opéré, chez l'Homme, à mesure que s'avançait le processus civilisationnel. La marche conjointe du progrès (sélectionné) de la rationalité, et du développement (également sélectionné) des instincts sociaux, l'accroissement corrélatif du sentiment de sympathie, l'essor des sentiments moraux en général et de l'ensemble des conduites et des institutions qui caractérisent la vie individuelle et l'organisation communautaire dans une nation civilisée permettent à Darwin de constater que la sélection naturelle n'est plus, à ce stade de l'évolution, la force principale qui gouverne le devenir des groupes humains, mais qu'elle a laissé place dans ce rôle à l'éducation. Or cette dernière dote les individus et la nation de principes et de comportements qui s'opposent, précisément, aux effets anciennement éliminatoires de la sélection naturelle, et qui orientent à l'inverse une partie de l'activité sociale vers la protection et la sauvegarde des faibles de corps et d'esprit, aussi bien que vers l'assistance aux déshérités. La sélection naturelle a ainsi sélectionné les instincts sociaux, qui à leur tour ont développé des comportements et favorisé des dispositions éthiques ainsi que des dispositifs institutionnels et légaux Ce faisant, la sélection naturelle a travaillé à son propre déclin (sous la forme éliminatoire qu'elle revêtait dans la sphère infra-civilisationnelle), en suivant le modèle même de l'évolution sélective - le dépérissement de l'ancienne forme et le développement substitué d'une forme nouvelle : en l'occurrence, une compétition dont les fins sont de plus en plus la moralité, l'altruisme et les valeurs de l'intelligence et de l'éducation. Sans rupture, Darwin, à travers cette dialectique évolutive qui passe par un renversement progressif que nous avons nommé l'effet réversif de l'évolution, installe toutefois dans le devenir, entre biologie et civilisation, un effet de rupture qui interdit que l'on puisse rendre son anthropologie responsable d'une quelconque dérive en direction des désastreuses « sociologies biologiques ». Il s'oppose ainsi expressément au racisme, au malthusianisme et à l'eugénisme, contrairement à l'erreur courante qui lui attribue la justification de ces trois systèmes de prescriptions éliminatoires. Cette remarquable dialectique du biologique et du social, qui se construit pour l'essentiel entre les chapitres III, IV, V et XXI de La Filiation et qui, en plus de s'opposer à toutes les conduites oppressives, préserve l'indépendance des sciences sociales en même temps qu'elle autorise et même requiert le matérialisme éthique déductible d'une généalogie scientifique de la morale, n'a été reconnue dans toute sa force logique qu'à partir du début des années 1980 (P. Tort, La Pensée hiérarchique et l'évolution, Paris, Aubier, 1983, en particulier le chapitre intitulé « L'effet réversif et sa logique : la morale de Darwin », p. 165-197). Le continuum biologico-social darwinien, dont une bonne métaphore didactique est l'image topologique de la torsion du ruban de Möbius (voir P. Tort, « L'effet réversif de l'évolution. Fondements de l'anthropologie darwinienne », dans Darwinisme et société, Paris, PUF, 1992, p. 13-46), est un continuum réversif, impliquant donc un passage progressif au revers de la forme antérieure de l'action sélective - la sélection naturelle, en tant que mécanisme en évolution, se soumettant elle-même, de ce fait, à sa propre loi. Il faudra sans doute revenir longtemps sur l'explication de ce concept qui rend caduque la prétention ordinaire de la plupart des philosophies à déclarer inconcevable la possibilité même d'un matérialisme intégral englobant l'éthique. anti-sélectifs et anti-éliminatoires.
Ecrivain, révolutionnaire russe, fondateur de l'anarchisme. D'origine noble, Mikhaïl Bakounine est d'abord officier d'artillerie, puis quitte l’armée pour apprendre la philosophie à l’Université
de Moscou. Il s'intéresse à Kant, à Fichte, et surtout à Schelling, à la recherche d'une synthèse philosophique des sciences analytiques. Puis il se rend en
Allemagne pour étudier la philosophie de Hegel. Bakounine y rencontre Arnold Hüge qui lui fait découvrir la politique active. Il considère ainsi avoir trouvé sa voie en quittant le monde
artificiel des concepts pour s'engager dans la voie révolutionnaire.
Contraint de s’exiler à Paris en 1842, Bakounine rencontre Marx, Engels, Proudhon et Herzen. Il participe avec enthousiasme à la Révolution de 1848 à Paris et aux émeutes de Prague et de Dresde.
Arrêté et condamné à mort par les Allemands, il est gracié et livré à la police politique russe. Il s'évade d'un camp de déportation de Sibérie en 1861, puis après un périple via le Japon et les
Etats-Unis, s'installe en Angleterre où il se rallie à la Première Internationale.
Durant cette période, Bakounine, séduit par les idées de Proudhon, élabore une nouvelle théorie politique, l'anarchisme. Il fonde une société secrète, la Fraternité Internationale, puis
l'Alliance Internationale de la démocratie socialiste, mouvement qui adhère à l’AIT (Association Internationale des Travailleurs), dirigée par Karl Marx. Bakounine participe aux côtés de ce
dernier à de multiples congrès révolutionnaires. Il réclame la révolution mondiale immédiate et la suppression de toutes formes d'autorité étatique. Considéré comme un utopiste, Bakounine ne
parvient pas à imposer ses vues au mouvement ouvrier et s’oppose à Karl Marx qu’il juge trop autoritaire. Il s'installe en Suisse en 1867 et se retire progressivement de la vie politique pour se
consacrer à ses oeuvres littéraires. Il participe néanmoins en 1871 à la Commune de Lyon et à des tentatives de soulèvement populaire en Italie. En désaccord avec l'étatisme prôné par Marx, il
rompt définitivement avec lui en 1872 lors du congrès de La Haye où l’AIT donne raison à l’auteur du Capital.
Avec le socialisme, le fédéralisme et l'antimilitarisme, l'athéisme est une des composantes de l'anarchisme que Bakounine professe dans "Fédéralisme, socialisme et antithéologisme", véritable
profession de foi. Dans "Dieu et l'État", il plaide pour le matérialisme, le rationalisme et la démocratie, tout en mettant en garde contre le risque d’une dictature de savants cautionnée par la
science. Pour lui, à travers Dieu (*), c’est l’autorité, la hiérarchie et, au bout du compte, l’Etat qui sont sacralisés,
permettant ainsi de justifier toutes formes d’oppression.
citation L'Homme debout
(*) « Dieu est, donc l'homme est esclave. L'homme est libre, donc il n'y a point de Dieu. Je défie qui que ce soit de sortir de ce cercle, et maintenant, choisissons. »
Gustave COURBET ( 1819, Franche-Comté - 1877, Suisse)
Gustave Courbet est un artiste peintre né en Franche Conté, à Ornans, en 1819 ; mort en exil en Suisse en 1877). Il s'installera à Paris en 1839.
Le peintre rebelle
Courbet est considèreécomme un théoricien du réalisme en peinture ; ses maîtres à penser sont la nature, la réalité, le peuple...
Après avoir vu ses oeuvres refusées, il loue un pavillon et expose ses oeuvres lui même. Courbet va initier la pratique où l'artiste choisit de créer lui même ses conditions d'expositions. En 1855, il expose ses oeuvres ("Le pavillon du réalisme"), créé le mouvement réaliste et écrit son manifeste.
Les artistes qui ont cherché à se défaire de la tyrannie des écoles sont le noyau de la modernité. Tous ceux qui ont à un moment donné essayer de provoquer un écart entre eux et les écoles sont la définition de la modernité.
" Un enterrement à Ornans." (1850)
Précédemment, on critiquait les oeuvres, mais on ne se basait que sur le savoir faire, sur la technique, mais pas sur le niveau fondamental de la position de l'oeuvre.
En cette seconde moitié de XIXe siècle, selon la tradition académique, les tableaux de grand format sont réservés aux sujets historiques, bibliques, mythologiques ou allégoriques. Courbet maltraite cette convention en peignant un monde familier, domestique, sur de très grandes toiles. Il estime que l'histoire contemporaine, fût-elle celle des gens du peuple, mérite ces grands formats. En affirmant que "L'art historique est par essence contemporain", Courbet exprime son désir de réformer la peinture d'histoire. Le titre original de l'Enterrement, Tableau historique d'un enterrement à Ornans, est de ce point de vue emblématique.
Il y a pas moins de 42 personnages sur cette oeuvre, et ceux-ci sont tous individualisés. A l'arrière plan, un paysage très sobre, très délavé, et qui finalement est complètement plat. Cette oeuvre a très peu de perspective, aucun effort particulier n'est fait pour en créer, le seul élément qui peut permettre la mise en perspective est la fosse au premier plan.
On peut interpréter cette oeuvre en considérant que ce qui est mort, c'est la vieille peinture.
" L'atelier du peintre" (1855)
Cette période trouve son apogée dans L'Atelier du peintre (1854-1855), véritable tableau-manifeste dans lequel Courbet affirme ses choix artistiques et politiques. Courbet donne d'ailleurs à cette oeuvre de près de
quatre mètres sur six le sous-titre évocateur de Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique et morale.
Le jury du Salon de 1855 accepte plus d'une dizaine de toiles de Courbet, mais refuse son Atelier, à cause de la taille de l'oeuvre. Cette décision incite
Courbet à organiser une exposition particulière, en marge de l'Exposition universelle, dans un bâtiment édifié à ses frais et qu'il nomme le "pavillon du Réalisme".
On trouve une mention en dessous de la peinture : « C'est par erreur que dans les livres du palais des beaux arts il m'est assigné un maître... » (Courbet explique ensuite que son seul maître est la nature).Cette peinture une nouvelle fois monumentale, a provoqué un choc entre plus grand que le précédent : une une femme est nue au milieu d'hommes habillés. Cette femme n'est pas traitée comme une muse : elle a trop de chair, pourtant c'est son inspiratrice. On voit ici le rapport de Courbet à son travail : quels sont ses amis, quelles sont ses inspirations...Il est en train de peindre un extérieur alors qu'il est dans son atelier. Son atelier est gigantesque, le mur du fond est plat est une nouvelle fois n'indique aucun effet de perspective. Le tableau seul au premier plan créé la perspective.
"L'origine du monde" (1866)
Le XIXe siècle connut dans la représentation du nu les prémices d’une révolution picturale dont les acteurs principaux furent Courbet et Manet. Courbet rejetait la peinture académique et ses nus lisses, idéalisés, mais s’attaquait aussi directement à la bienséance hypocrite du Second Empire, où l’érotisme voire la pornographie étaient tolérés lorsqu’il s’agissait de peinture mythologique ou onirique.
Le réalisme de Courbet, qui se targua plus tard de n’avoir jamais menti dans sa peinture, repoussait toujours plus loin les limites du présentable. Avec L’Origine du monde, il exhiba en quelque sorte la partie cachée de l’Olympia de Manet. Maxime du Camp, dans une sévère diatribe, relata sa visite chez le commanditaire de l’œuvre et sa vision d’un tableau « donnant le dernier mot du réalisme ».
Dans le livre "Trois dîners avec Gambetta ", Ludovic Halévy, ( l'ouvrage a été publié et annoté par son fils Daniel en 1929, chez Grasset ) Ludovic Halévy, reprend le récit fait par Gamnetta ( en substance sauf pour les propos de Courbet ): "C'était chez Khalil Bey,...Devant le tableau, on s'épuisait en phrases enthousiastes... Courbet alors de dire avec sa grosse voix grasseyante et traînante; " Vous trouvez cela beau...et vous avez raison...Oui cela est très beau, et tenez, Titien, Véronèse, LEUR Raphaël, MOI-MËME n'avons jamais rien fait de plus beau ".
Le communard
A la chute du Second Empire, Courbet est élu Président de la Fédération des artistes. Alors que Paris subit le siège des armées prussiennes et que beaucoup fuient la capitale, Courbet reste sur place. Lui qui avait déjà suivi avec intérêt les événements de 1848 garde sans doute à l'esprit le souvenir de son grand-père, sans-culotte en 1789.
En février 1871, son engagement se confirme : il se présente aux élections législatives, sans succès. En avril 1871, la commission exécutive de la Commune de Paris le charge de rouvrir les musées
parisiens et d'organiser le Salon.
Elu au Conseil de la Commune, Gustave Courbet n'est cependant pas garde national et ne participe donc pas aux combats. Arrêté par les versaillais le 7 juin, le peintre est condamné en septembre à
6 mois de prison et 500 francs d'amende auxquels s'ajoutent 6 850 francs de frais de procédure. La sentence est plutôt clémente au regard des peines de mort et de déportation qui frappent
d'autres communards... mais ce n'est que le début des ennuis judiciaires.
En 1873, à la suite d'un nouveau procès, Courbet est jugé responsable. On le condamne à rembourser les frais de reconstruction de la colonne Vendôme (dont on lui impute la responsabilité de la démolition) s'élevant à 323 091 francs. Courbet perd une grande partie de sa fortune et part s'installer en Suisse de peur d'être à nouveau emprisonné.
Durant son exil, l'Etat saisit ses biens, surveille ses amis et sa famille.
« [...] Quand je serai mort, il faudra qu'on dise de moi : celui-là n'a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime si ce n'est le régime de la liberté. »
Lettre de Gustave Courbet à Maurice Richard, Ministre des Beaux Arts, le 23 juin 1870, publié dans Le Siècle le même jour.
Jules Vallès rend hommage au peintre et à «l'homme de paix» :
« [...] Il a eu la vie plus belle que ceux qui sentent, dès la jeunesse et jusqu'à la mort, l'odeur des ministères, le moisi des commandes. Il a traversé les grands courants, il a plongé dans l'océan des foules, il a entendu battre comme des coups de canon le cœur d'un peuple, et il a fini en pleine nature, au milieu des arbres, en respirant les parfums qui avaient enivré sa jeunesse, sous un ciel que n'a pas terni la vapeur des grands massacres, mais, qui, ce soir peut-être, embrasé par le soleil couchant, s'étendra sur la maison du mort, comme un grand drapeau rouge. »
L'origine du monde
Un enterrement à Ornans
L'atelier du peintre
Manet, autoportait
Les impressionnistes
Edouard Manet ( 1832, Paris - 1883, Paris)
La révolution de l’impressionnisme et des peintres impressionnistes débute en 1863 : Edouard Manet présente au Salon des Refusés Le Déjeuner sur l’herbe. C’est un véritable choc pour une jeune génération de peintres tels que Claude Monet, qui décident alors de suivre la voie d’un art non plus descriptif, mais sensitif. La peinture impressionniste était née, qui allait préfigurer la naissance de l’art moderne.
Au début du XIXe siècle, la peinture a atteint la plus grande perfection technique grâce à des artistes tels David ou Ingres. Quelques décennies plus tard, une poignée d’artistes français posera les fondements de l’art moderne en substituant à la notion d’imitation, dogme adopté depuis la Renaissance, celle de sensation révélée par l’œuvre d’art.
L’impressionnisme n’est pas une école : il désigne plutôt une attitude commune, même si les résultats différent, et résulte d’une longue évolution de la peinture de paysage vers le pleinairisme et la quête de la sensation, où la perception de la lumière a un rôle fondamental. A côté d’un courant « plastique » (Claude Monet, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Paul Cézanne) coexiste un impressionnisme plus « social », proche du réalisme et influencé par Emile Zola, qui s’attache à montrer la réalité moins idéale de la vie quotidienne (Edgar Degas).
Sans le vouloir, Manet est l’élément déclencheur de cette révolution, développée et poussée par Monet à son terme extrême, aux limites de l’abstraction. Issus du réalisme, Monet, Renoir, Bazille, Degas, Pissarro, Sisley, Cézanne et d’autres, chacun à leur manière, vont, en peignant la « vie moderne », comme le souhaitait Charles Baudelaire, être les héros d’une certaine démocratisation de l’art.
S'il fallut trente ans pour que les yeux de leurs contemporains s'habituent à leur peinture, c'est bien parce que celle-ci remettait en cause des siècles de peinture académique et codifiée. Les peintres impressionnistes, tout en maintenant le lien avec la peinture du monde réel, se sont totalement affranchis du carcan du passé, d'abord par le choix des thèmes qu'ils abordent, pris dans la vie quotidien de tout un chacun, ensuite par un mode de représentation pictural entièrement nouveau.
Les peintres impressionnistes seront suivis par une génération d’artistes, dits post-impressionnistes, qui mettront la subjectivité au centre de leurs préoccupations : Paul Gauguin et Vincent Van Gogh sont les emblèmes singuliers de la réaction à l’impressionnisme, et guident les peintres vers les évolutions prochaines de l’avant-garde du début du XXe siècle.
Si aujourd'hui les impressionnistes sont au firmament de la peinture, il est important de rappeler à quel point leur peinture fut incomprise, rejetée et honnie à leur époque. Citons leur contemporain Théodore Duret (Critique d'art 1838-1927) dans son "Histoire des peintres impressionnistes" : "Il faut dire, à la louange de ces hommes, que le mépris, les opprobres, la pauvreté ne les ont à aucun moment amenés à dévier de leur voie. Ils se sont tenus à leur manière tant honnie, sans chercher un seul instant à la modifier en quoi que ce soit, pour se faire accepter du public. Ils ont attendu, pendant de longues années, tout le temps nécessaire, que le public vînt à eux et qu'un changement d'opinion se produisît, soutenus par la conviction qu'ils avaient de la justesse de leurs principes et de la valeur de leur art."
Manet, Déjeuner sur l'herbe
Claude Monet, Impression soleil levant
Jean-Captiste Corot, Ville d'Avray
Frédéric Bazille, Réunion de famille
Auguste renoir, Le déjeuner des canotiers
Alfred Sisley, Le canal Saint-Martin
Paul Cezanne, La maison du pendu
Louise Michel à Nouméa
LOUISE MICHEL (1830, Haute-Marne, 1905, Marseille)
Révolutionnaire, anarchiste, héroïne de la Commune, maitresse de Victor Hugo (?), adepte (?) de la franc-maçonnerie...mais surtout rebelle absolue, Louise Michel est inclassable. Elle n'a d'ailleurs jamais formellement appartenu à une quelconque organisation.
Institutrice, militante révolutionnaire et libertaire française.
Née au château de Vroncourt en Haut-Marne, Louise Michel est la fille née hors mariage du fils du châtelain, Laurent Demahis, et de la servante Marianne Michel. Elevée par ses grands-parents,
elle reçoit une bonne instruction et une éducation libérale, elle lit Voltaire et Rousseau et étudie la musique. Mais en 1850, après la mort de son père et de ses grands-parents, Louise Michel est chassée du
château et devient institutrice. Elle fonde une école libre où elle enseigne pendant trois ans selon les principes républicains.
Louise Michel s'installe à Paris. Pour satisfaire sa soif de connaissance, elle suit les cours du soir dans les domaines les plus modernes du savoir. A Paris, Louise Michel fait la connaissance
de Jules Vallès, Eugène Varlin, Rigault, Eudes, et surtout Théophile Ferré, qu'elle aime avec passion. Elle écrit pour des journaux d'opposition et rédige des poèmes qu'elle adresse à Victor Hugo. Elle entretient avec l’auteur des Misérables une longue correspondance de 1850 à 1879. Secrétaire de la Société
démocratique de moralisation, dont le but est d'aider les femmes à vivre par le travail, Louise Michel mène également une activité politique, qu'elle poursuivra jusqu'à sa mort.
En 1870, elle est élue présidente du Comité de vigilance des citoyennes du XVIIIe arrondissement de Paris. Très active pendant la Commune, Louise Michel fait partie de la frange révolutionnaire
la plus radicale et se porte même volontaire pour aller seule à Versailles tuer Adolphe Thiers. Sa mère ayant été arrêtée et menacée d’être exécutée pour faire pression sur elle, Louise Michel se
rend pour la faire libérer. Surnommée la Vierge Rouge, elle est condamnée à la déportation à vie et envoyée en Nouvelle Calédonie où elle reste jusqu'en 1880. C'est sans doute au contact de
Nathalie Lemel, une des animatrices de la Commune, déportée avec elle, que Louise Michel devient anarchiste.
Accueillie par la foule à Paris, Louise Michel reprend son activité militante. Elle donne des conférences, intervient dans des meetings, défend l'abolition de la peine de mort, les ouvriers et
les chômeurs. En 1888, Pierre Lucas, un extrémiste, attente à sa vie en la blessant à la tête, mais elle témoigne au procès de celui-ci pour qu’il n’aille pas en prison. Lassée par les calomnies
et le manque de liberté d’expression, elle s’installe à Londres en 1890 où elle gère une école libertaire. A la demande de Sébastien Faure, elle revient en France en 1895. Arrêtée à plusieurs
reprises lors de manifestations, elle est emprisonnée pendant trois ans avant d'être libérée sur l'intervention de Clemenceau. Elle meurt d’une pneumonie à Marseille au cours d’une tournée de
conférences dans le sud de la France. Une foule de 120 000 personnes l’accompagne lors de ses funérailles jusqu’au cimetière de Levallois.
Anticléricale et antireligieuse résolue, Louise Michel a été confortée par les travaux de Darwin dans un matérialisme niant l'immortalité après la mort.
citation : L'homme debout
Emile Zola
Emile ZOLA
Émile Zola, né à Paris le 2 avril 1840, mort à Paris le 29 septembre 1902, est un écrivain, journaliste et homme public français, considéré comme le chef de file du naturalisme.
C’est l'un des romanciers français les plus universellement populaires, l'un des plus publiés et traduits au monde. Sa vie et son œuvre ont fait l'objet de nombreuses études historiques. Sur le plan littéraire, il est principalement connu pour Les Rougon-Macquart, fresque romanesque en vingt volumes dépeignant la société française sous le Second Empire.
Les dernières années de sa vie ont été marquées par son engagement dans l'affaire Dreyfus qui lui a valu un procès pour diffamation et un exil à Londres. avec la publication en janvier 1898, dans le quotidien L'Aurore, de l'article intitulé « J’Accuse…! »
Emile Zola par Guy de Maupassant (extraits) ; publié en 1881
Il est des noms qui semblent destinés à la célébrité, qui sonnent et qui restent dans les mémoires. Peut-on oublier Balzac, Musset, Hugo, quand une fois on a entendu retentir ces mots courts et chantants ? Mais, de tous les noms littéraires, il n'en est point peut-être qui saute plus brusquement aux yeux et s'attache plus fortement au souvenir que celui de Zola. Il éclate comme deux notes de clairon, violent, tapageur, entre dans l'oreille, l'emplit de sa brusque et sonore gaieté. Zola ! quel appel au public !
Né à Paris, le 2 avril 1840, Émile Zola passa à Aix son enfance et ne revint à Paris qu'en février 1858. Il y termina ses études, échoua au baccalauréat, et commença alors la terrible lutte avec la vie. Elle fut acharnée cette lutte ; et pendant deux ans le futur auteur des Rougon-Macquart vécut au jour le jour, mangeant à l'occasion, errant à la recherche de la fuyante pièce de cent sous, fréquentant plus souvent le mont-de-piété que les restaurants, et, malgré tout, faisant des vers, des vers incolores, d'ailleurs, sans curiosité de forme ou d'inspiration, dont un certain nombre viennent d'être publiés par les soins de son ami Paul Alexis.
Puis il entra comme employé dans la maison Hachette. A partir de ce jour son existence fut assurée, et il cessa de faire des vers pour s'adonner à la prose.
Il publia un volume de nouvelles : les Contes à Ninon, d'un style travaillé, d'une bonne allure littéraire, d'un charme réel, mais où n'apparaissent que vaguement les qualités futures, et surtout l'extrême puissance qu'il devait déployer dans sa série des Rougon-Macquart.
Enfin il entreprit l'oeuvre qui devait soulever tant de bruit : les Rougon-Macquart, qui ont pour sous-titre : Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire.
La Curée, premier coup de canon tiré par Zola, et auquel devait répondre plus tard la formidable explosion de l'Assommoir. La Curée est un des plus remarquables romans du maître naturaliste, éclatant et fouillé, empoignant et vrai, écrit avec emportement, dans une langue colorée et forte, un peu surchargée d'images répétées, mais d'une incontestable énergie et d'une indiscutable beauté. C'est un vigoureux tableau des moeurs et des vices de l'Empire depuis le bas jusqu'au haut de ce que l'on appelle l'échelle sociale, depuis les valets jusqu'aux grandes dames.
Chose singulière : sa notoriété était plus étendue à l'étranger qu'en France ; en Russie surtout, on le lisait et on le discutait passionnément ; pour les Russes il était déjà et il est resté LE ROMANCIER français
Mais voici que le Bien public publie un nouveau roman d'Émile Zola, l'Assommoir. Un vrai scandale se produit. Songez donc, l'auteur emploie couramment les mots les plus crus de la langue, ne recule devant aucune audace, et ses personnages étant du peuple, il écrit lui-même dans la langue populaire, l'argot.
Tout de suite des protestations, des désabonnements arrivent [au Figaro ]; le directeur du journal s'inquiète, le feuilleton est interrompu, puis repris par une petite revue hebdomadaire, la République des Lettres.
Ce fut immédiatement un succès énorme et retentissant. L'Assommoir atteignit en fort peu de temps le plus haut chiffre de vente auquel soit jamais parvenu un volume pendant la même période.
Zola est, en littérature, un révolutionnaire, c'est-à-dire un ennemi féroce de ce qui vient d'exister.
Quiconque a l'intelligence vive, un ardent désir de nouveau, quiconque possède enfin les qualités actives de l'esprit est forcément un révolutionnaire, par lassitude de choses qu'il connaît trop.
Élevés dans le romantisme, imprégnés des chefs-d'oeuvre de cette école, tout secoués d'élans lyriques, nous traversons d'abord la période d'enthousiasme qui est la période d'initiation. Mais quelque belle qu'elle soit, une forme devient fatalement monotone. Alors un étrange besoin de changement naît en nous ; les plus grandes merveilles même, que nous admirions passionnément, nous écoeurent parce que nous connaissons trop les procédés de production, parce que nous sommes du bâtiment, comme on dit. Enfin nous cherchons autre chose, ou plutôt nous revenons à autre chose ; mais cet "autre chose" nous le prenons, nous le remanions, nous le complétons, nous le faisons nôtre ; et nous nous imaginons, de bonne foi parfois, l'avoir inventé.
C'est ainsi que les lettres vont de révolution en révolution, d'étape en étape, de réminiscence en réminiscence ; car rien maintenant ne peut être neuf. MM. Victor Hugo et Émile Zola n'ont rien découvert.
Ces révolutions littéraires ne se font pas toutefois sans grand bruit, car le public, accoutumé à ce qui existe, ne s'occupant de lettres que par passe-temps, peu initié aux secrets d'alcôve de l'art, indolent pour ce qui ne touche point ses intérêts immédiats, n'aime pas à être dérangé dans ses admirations établies, et redoute tout ce qui le force à un travail d'esprit autre que celui de ses affaires.
Il est d'ailleurs soutenu dans sa résistance par tout un parti de littérateurs sédentaires, l'armée de ceux qui suivent par instinct les sillons tracés, dont le talent manque d'initiative. Ceux-là ne peuvent jamais rien imaginer au delà de ce qui existe, et quand on leur parle des tentatives nouvelles, ils répondent doctoralement : "On ne fera pas mieux que ce qui est". Cette réponse est juste ; mais tout en admettant qu'on ne fera pas mieux, on peut bien convenir qu'on fera autrement. La source est la même, soit ; mais on changera le cours, et les circuits de l'art seront différents, ses accidents autrement variés.
Donc Zola est un révolutionnaire. Mais un révolutionnaire élevé dans l'admiration de ce qu'il veut démolir, comme un prêtre qui quitte l'autel, comme M. Renan soutenant en somme la Religion, dont bien des gens l'ont cru l'ennemi irréconciliable.
Ce qui a déchaîné, par exemple, contre Émile Zola les ennemis de tous les novateurs, c'est la hardiesse brutale de son style. Il a déchiré, crevé les conventions du "comme-il-faut" littéraire, passant au travers, ainsi qu'un clown musculeux dans un cerceau de papier. Il a eu l'audace du mot propre, du mot cru, revenant en cela aux traditions de la vigoureuse littérature du XVIe siècle ; et, plein d'un mépris hautain pour les périphrases polies, il semble s'être approprié le célèbre vers de Boileau :
J'appelle un chat un chat, etc.
Personne peut-être, dans les lettres, n'a excité plus de haines qu'Émile Zola. Il a cette gloire de plus de posséder des ennemis féroces, irréconciliables, qui, à toute occasion, tombent sur lui comme des forcenés, emploient toutes les armes, tandis que lui les reçoit avec des délicatesses de sanglier. Ses coups de boutoir sont légendaires.
Zola a aujourd'hui quarante et un ans. Sa personne répond à son talent. Il est de taille moyenne, un peu gros, d'aspect bonhomme mais obstiné. Sa tête, très semblable à celle qu'on retrouve dans beaucoup de vieux tableaux italiens, sans être belle, présente un grand caractère de puissance et d'intelligence. Les cheveux courts se redressent sur un front très développé, et le nez droit s'arrête, coupé net comme par un coup de ciseau trop brusque au-dessus de la lèvre supérieure ombragée d'une moustache noire assez épaisse. Tout le bas de cette figure grasse, mais énergique, est couvert de barbe taillée près de la peau. Le regard noir, myope, pénétrant, fouille, sourit, souvent méchant, souvent ironique, tandis qu'un pli très particulier retrousse la lèvre supérieure d'une façon drôle et moqueuse.
Guy de Maupassant
L’affaire DREYFUS
Le romancier intervient dans l'affaire Dreyfus à la fin de l'année 1897. Les campagnes de haine antisémite incitent Émile Zola à s'engager en faveur des juifs. Son premier article est publié dans Le Figaro ; il le conclut par la phrase prophétique, restée célèbre : « La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera ». Le véritable traître en lieu et place d'Alfred Dreyfus, le commandant Walsin Esterházy, est dénoncé puis jugé par un Conseil de guerre à Paris le 10 janvier 1898. Il est acquitté le lendemain. Après la condamnation d'un innocent, c'est l'acquittement du coupable, ce qui amène Zola à la réaction. Elle fut extrêmement énergique.
Émile Zola avait préparé depuis plusieurs semaines un résumé de l’affaire Dreyfus. Le Figaro ayant refusé ses derniers articles afin de conserver son lectorat le plus conservateur, l’écrivain se tourne vers L’Aurore. Il termine la rédaction de l’article dans les quarante-huit heures suivant le verdict. Initialement nommé « Lettre à M. Félix Faure, Président de la République », Ernest Vaughan (le directeur de L'Aurore) et Clemenceau lui trouvent un autre titre, plus ramassé et percutant : « J'Accuse...! » Le numéro du jeudi 13 janvier 1898 L'Aurore décuple son tirage. Les trois cent mille exemplaires s’arrachent en quelques heures. Cet article est un brûlot, mais aussi la première synthèse de l’affaire Dreyfus, que le public découvre enfin dans sa globalité. Le retentissement de l’article est considérable en France comme dans le monde. Zola s’expose personnellement à des poursuites judiciaires afin de relancer le débat et de ramener l’affaire au sein d’une enceinte judiciaire civile. La réaction du gouvernement ne se fait pas attendre, en assignant Émile Zola pour diffamation. de
De nombreux observateurs prennent conscience de la collusion entre le monde politique et les militaires. À l'évidence, la Cour a reçu des instructions pour que la substance même de l'erreur judiciaire ne soit pas évoquée. La phrase du président Delegorgue « la question ne sera pas posée », répétée des dizaines de foi, devient célèbre.
Zola est condamné à un an de prison et à 3 000 francs d'amende, la peine maximale. Le 2 avril, une demande de pourvoi en cassation reçoit une réponse favorable. L’affaire est déférée devant les assises de Seine-et-Oise à Versailles. Le 23 mai 1898, dès la première audience, Me Labori se pourvoit en cassation en raison du changement de juridiction. Le procès est ajourné et les débats sont repoussés au 18 juillet. Labori conseille à Zola de quitter la France pour l'Angleterre avant la fin du procès, ce que fait l'écrivain. Les accusés sont de nouveau condamnés.
On fait donc partir Zola immédiatement au soir du verdict, avant que celui-ci ne lui soit officiellement signifié et ne devienne exécutoire. À l'image de ceux d'Hugo, Voltaire ou Vallès, cet exil déclenche un important mouvement d'opinion.
Le suicide du lieutenant-colonel Henry, en août 1898, lui redonne l'espoir d'achever rapidement cet exil. Espoir vain, du fait des lenteurs de la justice. La procédure connaît de nombreux épisodes et s'étend sur tout le premier semestre 1899. La décision, positive, est rendue le 3 juin, et, le lendemain, l'écrivain rentre à Paris au terme de onze mois d'exil, avec Fécondité, son dernier roman achevé le 28 mai précédent.
Le jugement de 1894 est finalement cassé, le capitaine Dreyfus étant renvoyé devant un nouveau Conseil de guerre à Rennes
Un verdict de culpabilité, avec circonstances atténuantes, est rendu le 9 septembre. Nouvelle iniquité.
Le gouvernement décide finalement de gracier Dreyfus, du fait de son état de santé. Le dernier combat de Zola en faveur d'Alfred Dreyfus sera de contester la loi d'amnistie prévue par la Chambre des députés afin d'absoudre l'ensemble des acteurs de l'Affaire.
Les conséquences de l'engagement de Zola ont été à la fois positives et négatives pour l'écrivain. Il apparaît évident que « J'Accuse...! » a totalement relancé l'Affaire, et lui a donné une dimension sociale et politique qu'elle n'avait pas jusqu'alors. Zola sort donc de ses démêlés judiciaires avec une stature du justicier pour toute une frange de la population, de défenseur des valeurs de tolérance, justice et vérité. Mais cet engagement coûte très cher au romancier. Sur le plan financier, tout d'abord, la justice fait saisir ses biens et les revend aux enchères. Alors que le dreyfusisme s'exposait sous un jour immatériel pour les nationalistes anti-dreyfusards, ceux-ci trouvent en Zola leur tête de turc. Il concentre dès lors toutes les attaques et incarne à lui seul le traître à la patrie et à l'armée. C'est ainsi que dès 1898, l'écrivain est l'objet d'un torrent d'articles satyriques, de caricatures, de chansons et de livrets le traînant dans la boue, l'insultant, le diffamant. Dans certains journaux, il est même l'objet d'attaques quotidiennes. Jamais Zola n'a regretté son engagement, quel qu'en ait été le prix
Émile Zola a livré un unique combat pour les honneurs, celui qu'il a mené afin d'intégrer l'Académie française. Jeune, il l'avait qualifiée de « serre d'hivernage pour les médiocrités qui craignent la gelée». Vingt ans plus tard, il pose sa première candidature. Il affirme après son premier échec en 1890, « qu'il reste candidat et sera candidat toujours ». Jusqu'à sa dernière candidature le 23 août 1897, qui échoue en 1898, l'écrivain brigue dix-neuf fois le fauteuil d'Immortel. Le 28 mai 1896, il obtient son record de voix avec seize suffrages alors que la majorité est fixée à dix-sept voix. Comprenant que son engagement dans l'affaire Dreyfus lui ferme définitivement les portes de l'Académie française, il renonce ensuite à se présenter.
La mort d'Émile Zola est survenue dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902, causée par une asphyxie, issue d'émanations toxiques produites par sa cheminée. Immédiatement expliquée comme un accident, sa mort n'a cessé de soulever questions et controverses.
Gustave KLIMT (1862, Vienne - 1918)
Gustav Klimt est né le 14 juillet 1862 à Baumgarten dans la banlieue de Vienne en Autriche. Il est le second d'une famille de sept enfants.
En 1880, il crée un atelier de décoration avec son frère Ernst et un ami Frantz Matsch. Son habileté et la finesse de ses travaux sont rapidement reconnus et il se voit confier de nombreuses décoration de murs et de plafonds de villas, mais aussi de théâtres et édifices publics.
Avec certains de ses amis, il crée en 1897 un journal intitulé "Ver Sacrum" (Printemps Sacré), avec l'ambition de créer un édifice consacré aux arts. Il participe la même année à la fondation de l'Union des Artistes Figuratifs, appelée aussi la " Sécession", dont il devient le président. Il s'agit pour ces artistes de combler le fossé existant entre l'art et les arts dits mineurs, de rapprocher les objets utilitaires et les objets d'arts, de transformer le monde au moyen des arts. Les arts doivent éveiller les consciences et s'éloigner de toute compromission avec l'art et l'académisme établis.
Au cours de l'année 1900, lors de la septième exposition de la "Sécession", Klimt présente sa toile intitulée " La
Philosophie", qui est la première des trois toiles préparatoires avec "La Médecine " et "La Jurisprudence " qui lui avaient été commandées en 1896 pour illustrer les voûtes du plafond de
l'Aula Magna, le hall d'accueil de l'Université de Vienne. Il choisit de représenter la philosophie sous la forme d'une sphinge aux contours flous, la tête perdue dans les étoiles, tandis
qu'autour d'elle se déroule tous les cycles de la vie, de la naissance à la vieillesse, en passant par les étreintes de l'amour. A gauche, à l'avant plan, la "connaissance" revêt les traits d'une
femme fatale fixant de ses yeux froids et sombres le spectateur. Cette toile fait l'objet d'une critique sévère des autorités universitaires qui s'attendaient à une représentation classique du
sujet et qui considèrent alors cette allégorie comme une provocation au libertinage et une atteinte aux bonnes mœurs. La critique violente de la presse accuse Klimt d'outrager l'enseignement et
de vouloir pervertir la jeunesse.
Les compositions qui suivent, "La Médecine" et "La Jurisprudence" déchaînent et amplifient les critiques. La médecine est représentée par une femme qui 'offre son corps, au côté des représentations de la souffrance et de la mort. La jurisprudence quant à elle est représentée par un criminel en proie à ses instincts, tandis que la justice reste figée et impassible enchâssée dans une mosaïque d'inspiration byzantine.
A partir de 1908, il quitte avec plusieurs de ses amis la "Sécession" qui selon lui tend à se scléroser, et il se consacre à la peinture de paysages ou de scènes allégoriques très ornementées, de
plus en plus stylisées et aux couleurs vives qui le rapproche du pointillisme de Seurat, mais aussi de Van Gogh et de
Bonnard
Il meurt en 1918 d'une attaque d'apoplexie en laissant inachevées de nombreuses toiles.
Peintre dénigré pendant plus d'une dizaine d'années de sa vie, l’œuvre de Klimt aura été en permanence l'expression d'une référence à l'histoire de la peinture, à Moreau, Klinger, Hodler, Böcklin, Monet, Seurat, Matisse, ou Rodin, dans ses compositions extrêmement personnelles et originales faites de théâtralité, d'antinomies, d'hétérogénéité, tant du point de vue pictural et décoratif, que du point de vue des couleurs. Son oeuvre faite d'oppositions entre la figuration et l'abstraction, entre allégories et paysages, entre, stylisation et naturalisme, entre hédonisme et scepticisme, entre impressionnisme et symbolisme, lui confère une place très particulière dans l' histoire de l'art. Il semble avoir été le génial et prémonitoire précurseur de la crise générale des principes, des valeurs, des idées et du langage artistique qui fût caractéristique du XXème siècle.
Le Monde des Arts.
Klimt, La médecine, détail
Klimt, La fresque Beethoven
Klimt, le baiser
GANDHI (1869, Inde - 1948, Dehli)
Une vie au service de la non-violence
Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 à Porbandar, dans une famille de riches commerçants du Gudjerat, au nord-ouest de l'Empire britannique des Indes. Il fait des études d'avocat à Londres puis, trop timide pour plaider en Inde, part en mai 1893 en Afrique du Sud où s'est établie une nombreuse communauté originaire des Indes.
Affecté par des vexations racistes de la part des Blancs, comme de devoir descendre d'un compartiment de train de première classe, il s'érige en défenseur des immigrants indiens et forge une doctrine originale fondée sur la non-violence, la maîtrise de soi et le respect de la vérité (la «satyagraha»).
Il préconise en vertu de cette doctrine la désobéissance passive et collective pour lutter contre les discriminations et remporte de spectaculaires succès face aux gouvernants britanniques. Mais c'est au prix de plusieurs séjours en prison.
À son retour en Inde en janvier 1915, Gandhi bénéficie déjà d'une solide réputation d'ascète et de héros qui lui vaut d'être surnommé par le grand poète indien Tagore Mahatma, d'après un mot hindi qui veut dire «Grande âme».
Gandhi accède à la présidence du parti du Congrès et mène dès lors la lutte pour l'autonomie du pays puis pour son indépendance tout en prônant l'autosuffisance économique, le retour aux techniques traditionnelle, mais aussi l'émancipation des femmes et des Intouchables (les hors-castes de l'hindouisme). Avec bienveillance, il surnomme ces derniers les Harijans ou gens de Dieu (les Intouchables récusent aujourd'hui ce terme paternaliste et lui préfèrent celui de Dalits ou opprimés).
Le Mahatma donne l'exemple de l'ascétisme en pratiquant la chasteté dans son ashram des environs d'Ahmedabad, au nord-ouest du pays, et en tissant le coton sur son rouet pour subvenir à ses besoins et fabriquer ses propres vêtements.
À Amritsar, une manifestation tourne au massacre et rompt les liens invisibles qui rapprochaient Indiens et Britanniques.
Gandhi poursuit son action avec encore plus de détermination, en s'appuyant sur le parti du Congrès. Il préconise la non-participation (refus des décorations, boycottage des produits anglais,...) et prescrit même la grève de l'impôt dans un district du Gudjerat.
Mais l'affaire tourne à l'émeute et Gandhi, par souci d'éviter les violences, interrompt le mouvement en février 1922. Lui-même entame une grève de la faim dans son ashram et met sa vie en danger pour convaincre ses compatriotes d'interrompre les violences. Il est emprisonné, ce qui lui vaut une aura internationale de martyr...
En 1930, la marche du sel lui vaut d'être à nouveau arrêté mais elle convainc les libéraux britanniques d'engager l'Inde dans la voie de l'indépendance. Dès l'année suivante, celui que Winston Churchill qualifie avec mépris de «fakir à moitié nu» est convié à Londres à une table ronde destinée à débattre d'une hypothétique indépendance de l'Inde.
Mais les discussions achoppent très vite sur les modalités de l'indépendance (faut-il accorder aux États princiers le droit de sécession ? quelle garantie pour la minorité musulmane, qui représente alors un quart des 350 millions d'Indiens ? quel statut pour les Intouchables ?...).
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, les Britanniques engagent l'Inde dans le conflit sans prendre la peine de consulter les représentants de la colonie. Tout au plus le Premier ministre Winston Churchill promet-il aux Indiens, à l'issue de la guerre, un statut de dominion similaire à celui du Canada ou de l'Australie.
Parmi les compagnons de Gandhi, certains comme Jawaharlal Nehru plaident pour ne rien faire qui favorise l'ennemi japonais et son allié allemand. Mais pour Gandhi lui-même, l'heure des compromis est terminée. Tout en condamnant la violence et, pire encore, l'alliance avec l'ennemi japonais dans laquelle se compromet l'ultra-nationaliste Bose, le Mahatma lance le 8 août 1942, à Bombay, un mot d'ordre radical à l'adresse des Britanniques : «Quit India !» (Quittez l'Inde !).
Quelques heures plus tard, plusieurs chefs du parti du Congrès sont arrêtés. Gandhi lui-même est une nouvelle fois incarcéré. Il ne sera libéré qu'en mai 1944. Mais entre temps, son mot d'ordre aura donné le signal de la désobéissance civile sous la forme de manifestations, boycotts et grèves...
Au terme de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques sont résignés à se retirer du sous-continent indien.
L'Union indienne célèbre son indépendance le 15 août 1947. Le vice-roi Mountbatten remet les pouvoirs au Premier ministre Nehru. Mais la fête est gravement ternie par sa scission d'avec le Pakistan, en bonne partie à cause de Mohammed Ali Jinnah, un avocat musulman chiite, qui dirige la Ligue musulmane et prône la création d'un État musulman indépendant.
Il s'ensuit une atroce guerre religieuse qui fait plus de 400.000 morts et entraîne le déplacement de part et d'autre des nouvelles frontières de près de vingt millions de personnes !
Le Mahatma entre au soir de sa vie dans son dernier combat en entamant une nouvelle et périlleuse grève de la faim pour convaincre hindous et musulmans de déposer les armes. C'est un échec. Gandhi meurt à Dehli en janvier 1948, victime d'un extrémiste qui souhaitait la création d'un État hindou, l'Hindoustan, au lieu de l'Inde laïque et multiconfessionnelle. Le vieillard meurt en prononçant : «Mon Dieu !». Son assassin sera jugé et pendu.
citation herodote.net
Gandhi a inspiré de nombreux mouvements de libérations et de droits civiques autour du monde et de nombreuses autres personnalités comme Albert Schweitzer, Martin Luther King, Steve Biko, le dalaï lama et Aung San Suu Kyi. Ses critiques importantes envers la modernité occidentale, les formes d'autorité et d'oppression (dont l'État), lui valurent aussi la réputation de critique du développement dont les idées ont influencé beaucoup de penseurs politiques.
Picasso par Juan Gris
Pablo Picasso (1881, Malaga - 1973,
Mougins)
Originaire d’Andalousie où il passe les premières années de sa vie, Pablo Ruiz Picasso grandit à Barcelone, son père ayant été nommé professeur à l’Ecole des beaux-arts. Picasso y est lui-même
admis en tant qu’élève à l’âge de 14 ans, comme il le sera deux ans plus tard, à l’Académie royale de Madrid.
Après cette période d’études classiques, il découvre la vie de bohème, notamment en fréquentant un cabaret artistique et littéraire de la vieille ville de Barcelone, Els Quatre Gats, où ses travaux sont exposés pour la première fois. À cette époque, il fréquente un Bordel du « Carrer D’Avinyo » qui lui inspirera l’un de ses plus célèbres tableaux, Les Demoiselles d’Avignon. Il noue aussi de solides amitiés, comme avec Casagemas, dont le suicide en 1901 le marquera profondément : c’est en représentant son ami mort qu’il découvre le potentiel émotionnel des peintures en camaïeu bleu.
À partir de 1904, il s’installe définitivement en France et emménage tout d’abord dans un misérable atelier de Montmartre, au « Bateau-Lavoir », nom donné par Max Jacob parce qu’on accède à la bâtisse par un pont. C’est devant cet atelier que Picasso rencontre en 1905 Fernande Olivier. Avec elle, il fréquente des artistes, des écrivains comme Gertrude Stein, des poètes, notamment Guillaume Apollinaire. Cette époque heureuse marque le début de sa période rose avec ses peintures de saltimbanques, aux couleurs adoucies.
En 1907, Picasso travaille à la composition des Demoiselles d’Avignon, quand est présentée à Paris la grande rétrospective Cézanne. C’est à partir de l’œuvre du peintre d’Aix-en-Provence qu’il se rapproche de Georges Braque. Ensemble, ils se consacrent à la formulation du cubisme. Mais la déclaration de guerre met un terme à leur collaboration car Braque doit rejoindre son régiment. À 34 ans, Picasso reste seul à Paris et encore quasiment inconnu.
C’est alors qu’en 1917 les Ballets russes lui proposent de travailler aux costumes et aux décors de leur prochain spectacle. Parti rejoindre la troupe en Italie, il rencontre
Olga, une des danseuses des Ballets, qu’il épouse l’année suivante. Leur fils Paul naît en 1921.
Durant cette période d’accalmie sentimentale et de prospérité, Picasso pratique un « retour à l’ordre », c’est-à-dire un retour à une forme d’art classique après les tentatives extrêmes
des avant-gardes. Mais, dès 1925, son travail se déchaîne à nouveau en se rapprochant de l’art surréaliste. Il renoue avec la recherche de formes inédites et se consacre de plus en plus à la
sculpture.
Le 27 avril 1937 un événement tragique vient bouleverser sa carrière : en Espagne, l'aviation allemande, au service des nationalistes franquistes, bombarde la petite ville basque de Guernica. En réaction, Picasso peint l’immense toile qui sera exposée un mois après au pavillon républicain de l’Exposition Internationale de Paris. Cette œuvre, conçue comme « un instrument de guerre », le rapproche du Parti communiste dont il devient membre.
À la fin des années 40, il s’installe à Vallauris en Provence où il entame une nouvelle carrière de céramiste. C’est dans cette région qu’il réalise ses dernières œuvres, aussi bien des peintures, des sculptures, que des terres cuites et autres objets hétérogènes. Il emménage alors successivement à la Villa Californie dans la baie de Cannes, au Château de Vauvenargues au pied de la Montagne Sainte-Victoire, et au mas de Notre-Dame de vie à Mougins, lieux que ses œuvres ont désormais rendus célèbres.
Le repas de l'aveugle
Picasso, période bleue
La période bleue correspond aux années 1901-1904 : ce nom vient du fait que le bleu est la teinte dominante de ses tableaux de cette époque, qui a débuté avec le suicide de son ami Carlos Casagemas, ce qui explique qu'elle soit marquée par les thèmes de la mort, de la vieillesse et de la pauvreté, mais ne l'empêche pas d'être satirique. Le premier tableau de cette période fut "la mort de Casagemas" inspiré de la mort de son ami espagnol. Les pauvres, les mendiants et les aveugles sont largement décrits dans les tableaux de cette époque : Dama en Eden Concert (1903), La Vida (1903), Las Dos hermanas (1904).
Deux nus
Picasso, période rose
À partir de 1905, il s'installe à Paris, au Bateau-Lavoir, dans l'atelier laissé par Paco Durrio. Là, il rencontre sa première compagne : Fernande Olivier. C'est le début de la période rose. Comme précédemment, c'est l'utilisation des teintes « rougées » qui explique cette dénomination. Les thèmes abordés sont la joie et l'inquiétude existentielle. Il reste mélancolique et dominé par l'amour ; on y trouve aussi de nombreuses références au monde du zoo et du cirque. Il peint des masques, arlequins, dompteurs et clowns. Picasso privilégia pendant cette période le travail sur le trait, le dessin, plutôt que sur la couleur... C'est aussi l'époque des maternités roses.
Les demoiselles d'Avignon
Picasso, cubisme
De 1907 à 1914, il réalise avec Georges Braque des peintures qui seront appelées «cubistes». Elles sont caractérisées par une recherche sur la géométrie et les formes représentées : tous les objets se retrouvent divisés et réduits en formes géométriques simples, souvent des carrés. Cela signifie en fait qu'un objet n'est pas représenté tel qu'il apparaît visiblement, mais par des codes correspondant à sa réalité connue. Le cubisme consiste aussi à représenter sur une toile en deux dimensions un objet de l'espace. Picasso décompose l'image en multiples facettes (ou cubes, d'où le nom de cubisme) et détruit les formes du réel pour plonger dans des figures parfois étranges (comme une figure représentée sur une moitié de face, et sur l'autre de côté ). Cette technique, initiée par Picasso et Braque, fit de nombreux émules tels que Juan Gris, Francis Picabia, Brancusi, les Delaunay, Albert Gleizes.
Le Minotaure
Picasso, surréalisme
L’année 1925 fut celle d’une rupture radicale dans la production du peintre. Il peignit des tableaux très violents montrant des créatures difformes, convulsives, prises dans les rets d’une rage hystérique : Femme dans un fauteuil (1926) et Baigneuse assise (1930). L’influence des poètes surréalistes fut indéniable dans cette volonté de dépeindre de l’intérieur l’enfer personnel. Cependant il adoptait une approche plus pragmatique que celle du « rêve calqué sur la toile » des surréalistes.
Guernica
Picasso, la guerre d'Espagne
À la suite du bombardement, le 26 avril 1937, de Guernica pendant la guerre civile espagnole, horrifié par ce crime, Picasso se lance dans la création d'une de ses œuvres les
plus célèbres : Guernica. Elle symbolise toute l'horreur de la guerre et la colère ressentie par Picasso à la mort de nombreuses victimes innocentes, causée par le bombardement des
avions nazis à la demande du général Franco.
Très opposé à la guerre, il peint la célèbre Colombe de la paix (1949) à l'occasion de son
adhésion au Conseil Mondial de la Paix. Il reçoit à ce titre un
prix international de la paix en 1955.
Picasso, chapelle de Vallauris
Picasso, Vallauris
Picasso s'installe à Vallauris en 1948 avec Françoise Gilot.
Le 25 août 1948, Picasso va au Congrès des Intellectuels pour la Paix à Wroclaw. Il revient à Vallauris à la mi-septembre. Il peint les deux versions de La Cuisine (l'une est actuellement au Musée Picasso de Paris et l'autre au Museum of Modern Art de New York).
En février 1949, La Colombe est choisie par Aragon pour l'affiche du Congrès de la Paix qui ouvre à Paris le 20 avril.
En 1952, il dessine La Guerre et la Paix pour la décoration de la chapelle de Vallauris, il écrit une seconde pièce de théâtre : Les Quatre Petites Filles.
En juin 1954, il rencontre Jacqueline Roque. C'est en décembre que débute la série des variations sur les Femmes d'Alger de Delacroix.
Max Ernst : André Breton
LES SURREALISTES (voir aussi Dada)
André Breton (1896, Orne - 1966, Paris)
Le surréalisme est un mouvement artistique qu'André Breton définit dans le premier Manifeste du Surréalisme comme « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ».
En fait, le surréalisme dépasse très largement cette définition de l'écriture automatique, Breton ayant pris grand soin de le distinguer d'une école littéraire. C'est dans la vie que le
surréalisme devait trouver son territoire en promouvant un nouveau regard sur les objets et sur les mots, qu'il a débarrassés de leur utilitarisme. Veillant à ne laisser échapper aucune
association mentale digne de contribuer à la libération de l'esprit, il a fourni aussi le modèle durable d'une insurrection générale contre tous les mots d'ordre de la société bourgeoise.
Profondément marqué enfin par la personnalité d'André Breton, le surréalisme est indissociable d'une morale dont les impératifs catégoriques - la poésie, l'amour, la liberté - ont été haut tenus,
malgré les vicissitudes du groupe et les tentatives de réduction.
Le surréalisme a d'abord entrepris la libération des mots, refusant de les cantonner à l'utilitarisme auquel on les condamne. Par ce biais, il a devancé les recherches des linguistes contemporains, attentifs à distinguer le pouvoir du signifiant de la chose signifiée. Oublieux du sens étroit indiqué par les dictionnaires, les surréalistes ont considéré les mots en soi et examiné leurs réactions les uns sur les autres.
Happé par le siècle, le surréalisme s'est constamment situé au cœur des événements. Mais sa position ne pouvait se satisfaire de l'appareil des partis, y compris de celui du Parti communiste, dont il a voulu un temps se sentir proche. C'est qu'aux impératifs de la Révolution sociale, les surréalistes ont toujours subordonné l'urgence majeure qui devait être la libération des modes de pensée : «"Transformer le monde" a dit Marx ; "changer la vie" a dit Rimbaud : ces deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un », affirme Breton (Position politique du surréalisme). Antonin Artaud formulera plus définitivement ces objections à l'égard d'une révolution qui n'aurait que l'économie pour domaine : « Je méprise trop la vie pour penser qu'un changement quel qu'il soit qui se développerait dans le cadre des apparences puisse rien changer à ma déplorable condition. » (A la grande nuit, ou le bluff surréaliste, 1927).
Citation d'Antonin Artaud (1896-1948) :
Eu égard à une fausse interprétation de notre tentative stupidement répandue dans le public,
Nous tenons à déclarer ce qui suit à toute l'ânonnante critique littéraire, dramatique, philosophique, exégétique et même théologique contemporaine :
1° Nous n'avons rien à voir avec la littérature,
Mais nous sommes très capables, au besoin, de nous en servir comme tout le monde.
2° Le SURRÉALISME n'est pas un moyen d'expression nouveau ou plus facile, ni même une métaphysique de la poésie;
Il est un moyen de libération totale de l'esprit
ET DE TOUT CE QUI LUI RESSEMBLE.
3° Nous sommes bien décidés à faire une Révolution.
4° Nous avons accolé le mot de SURRÉALISME au mot de RÉVOLUTION
5° Nous ne prétendons rien changer aux mœurs des hommes, mais nous pensons bien leur démontrer la fragilité de leurs pensées, et sur quelles assises mouvantes, sur quelles caves, ils ont
fixé leurs tremblantes maisons.
6° Nous lançons à la Société cet avertissement solennel :
Qu'elle fasse attention à ses écarts, à chacun des faux pas de son esprit nous ne la raterons pas.
7° A chacun des tournants de sa pensée, la Société nous retrouvera.
8° Nous sommes des spécialistes de la Révolte.
Il n'est pas de moyen d'action que nous ne soyons capables, au besoin, d'employer.
9° Nous disons plus spécialement au monde occidental : uniquement pour montrer le caractère désintéressé, détaché, et même tout à fait désespéré, de cette révolution.
LE SURRÉALISME EXISTE
- Mais qu'est-ce donc que ce nouvel isme qui s'accroche maintenant à nous ?
- Le SURRÉALISME n'est pas une forme poétique.
Il est un cri de l'esprit qui retourne vers lui-même et est bien décidé à broyer désespérément ses entraves,
et au besoin par des marteaux matériels.
L’amour et les surréalistes (voir aussi Eluard, Aragon…)
« La femme est l'être qui projette la plus grande ombre ou la plus grande lumière dans nos rêves » écrivait Baudelaire. A la lueur de cette étoile, les surréalistes ont magnifié la relation amoureuse, méritant ce qu' Albert Camus écrivait de Breton : « Dans la chiennerie de son temps, et ceci ne peut s'oublier, il est le seul à avoir parlé profondément de l'amour. L'amour est la morale en transes qui a servi de patrie à cet exilé. » (L'Homme révolté). L'amour est aussi pour les surréalistes cette révolution privée où s'autorisent toutes les transgressions. Ce discours amoureux, dont les fragments épars chez des auteurs pourtant divisés se répondent en échos harmonieux, est sans doute ce que le surréalisme aura laissé de plus vibrant pour attester de son énergie.
Extraits : site-magister.com/
Max Ernst : Au rendez-vous des amis
Nelson MANDELA (1918, Province du Cap -)
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Nelson Rolihlahla Mandela est né le 18 juillet 1918 dans la province du Transkei en Afrique du Sud. Son père, un conseiller en chef de la tribu des Thembus ; décède alors que son fils est âgé de 9 ans.
Mandela poursuit ses études au collège de Clarkebury, puis au lycée de Healdtown qui est à l’époque le plus grand lycée africain en dessous de l’Equateur (plus d’un millier de lycéens garçons et
filles). Il est admis à l’université de Fort Hare (qui resta l’unique établissement d’enseignement supérieur pour les Noirs d’Afrique du Sud jusqu’au début des années 60) qui compte 150 étudiants
à l’époque. Il étudie le droit. Au cours de sa seconde année d’études, à la suite de revendications des étudiants, Mandela est convoqué par le directeur qui suspend ses études à Fort Hare.
Ne voulant pas subir un mariage forcé, Mandela s’enfuit pour Johannesburg. Il travaille comme veilleur de nuit dans une mine, puis Lazar Sidelsky, avocat libéral blanc, accepte de prendre Mandela
comme stagiaire. Fin 42, Mandela obtient sa licence en droit.
Mandela entre en contact pour la première fois avec un mouvement politique appelé ANC,
"African National Congress" fondé en 1912. Début 43, Mandela s’inscrit à l’université de langue anglaise Witwatersrand pour préparer un LLB, diplôme menant au métier d’avocat.
Fin 1943 la proposition de la création d’une ligue des jeunes de l’ANC est adoptée. La ligue des jeunes prône la mobilisation et les actions de masse, prenant en modèle les
actions menées par Ghandi (le leader indien, avocat de formation a vécu 20 ans en Afrique du Sud avant de retourner en Inde). Sa philosophie influencera de nombreux membres de l’ANC parmi
lesquels Albert John Lutuli, président du parti de 1952 à 1967 et prix Nobel en 1960.
Après la seconde guerre mondiale, les élections générales blanches (les noirs n’ayant pas le droit de vote) de 1948 opposent l’United Party alors au pouvoir au National Party qui a publiquement
soutenu l’Allemagne néo-nazie pendant la seconde guerre mondiale (parmi les hommes qui allaient devenir des personnalités influentes du parti national et de l'Afrique du Sud après la
seconde guerre mondiale figuraient John Balthazar Voerster, membre de l'organisation terroriste pro-nazie Ossew Brandwag et Henrik Verwoerd, antisémite et pro-nazi convaincu, ce qui ne l'empêchera pas de devenir ministre des affaires étrangères de 1950 à 1958, puis premier ministre de 1958 à 1966).
Mandela était devenu le président des ligues de jeunesse de l’ANC en 1951 et fit campagne pour l’abolition des lois discriminatoires.
A la suite de son action dans la campagne de défi, contre les lois racistes du gouvernement pro apartheid, Mandela fut arrêté et condamné à une peine de prison avec sursis. Il obtint son diplôme d’avocat pendant cette période. Il créa ensuite en compagnie d’Oliver Tambo le premier cabinet d’avocats noirs de Johannesburg en août 1952.
Mandela fut l’un des leaders arrêté en compagnie de Luthuli et de 155 autres personnes lors du procès pour trahison en 1956. Il fut finalement acquitté ainsi que ses co-accusés
en 1961.
Mandela fut de nouveau arrêté pendant l’état d’urgence qui suivit le massacre de Sharpeville en 1960 (69 personnes furent tuées et plus d'une centaine d’autres blessées par la police à la suite
de manifestations pacifiques). Le congrès panafricain, qui avait organisé les manifestations à Sharpeville et l’ANC furent interdits à la suite des événements.
Après Sharpeville, il était devenu évident aux yeux de tous que la résistance non-violente n’était plus tenable. Mandela défendit la création d’une branche militaire au sein de
l’ANC.
La création d’Umkhonto we Sizwe marquait un tournant dans la politique de l’ANC car l’organisation avait
toujours refusé de recourir à la violence et à la lutte armée. Mandela fut l’organisateur d’une grève générale mi-mai 1961 et entra dans la clandestinité, puis voyagea dans le reste de
l’Afrique. Sa mission était de chercher de l’aide et de sensibiliser les dirigeants africains à la lutte anti-apartheid.
Il se rendit clandestinement en Ethiopie afin d’assister à la conférence d’Addis Abeba organisée par le Mouvement panafricain de Liberation de l’Afrique Orientale, centrale et australe. Il
eu l’occasion de rencontrer en Ethiopie Hailé Selassié. Il se rendit également en Tanzanie, au Maroc, au Senegal, en Angleterre et s’entretint au cours de ses voyages avec Kenneth Kaunda, Julius
Nyerere , Sekou Touré et Leopold Sedar Senghor.
A son retour en Afrique du Sud en 1962, il fut arrêté pour avoir quitté illégalement le pays et avoir incité les ouvriers noirs à faire grève. Il fut condamné à 5 ans de travaux forcés. En 1963,
lui et plusieurs dirigeants de l’ANC et de Umkhonto we Sizwe furent à nouveau arrêtés Mandela et ses compagnons furent accusés de comploter pour renverser le gouvernement de Pretoria par la
violence. La déclaration que Mandela fit lors de ce qui allait rester dans l’histoire sous le nom de procès de Rivonia (9 octobre 1963 au 12 juin 1964) reçut une publicité considérable dans la
presse locale et dans le monde.
"Au cours de ma vie, je me suis entièrement consacré à la lutte du peuple africain. J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a
été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. J’espère vivre assez longtemps pour l’atteindre. Mais si cela est nécessaire,
c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir".
Le 12 juin 1964, Nelson Mandela et sept autres accusés sont condamnés à la prison à perpétuité. De 1964 à 1982, Mandela est emprisonné à Robben Island, près de Cape Town. En 1982, il fut transféré à la prison de haute sécurité de de Pollsmoor où il fut maintenu en confinement solitaire pendant 6 ans. En 1972, le gouvernement pro-apartheid lui offrit la liberté conditionnelle en lui proposant de reconnaître l’indépendance du Transkei et la politique des Bantoustans, ce qu'il refusa de faire, réaffirmant son allégeance à l’ANC et la fidélité à ses idées. Le gouvernement lui proposa une seconde fois la libération, dans les années 80 à la condition que l’ANC renonce à la lutte armée, proposition qu'il refusa de nouveau.
Parallèlement, la situation en Afrique du Sud était devenue intenable pour le régime de Prétoria. La mobilisation de la jeunesse des Townships était apparue dans les années 70
grâce à l’émergence de mouvements comme le "Black Consciouness Movement" de Steve
Biko. La résistance à l’apartheid battait son plein à l’intérieur du pays, les manifestations anti-apartheid se multipliaient à l’extérieur (une campagne internationale en faveur de la
libération de Nelson Mandela avait été lancée au début des années 80 par Oliver Tambo alors président de l’ANC), les pressions diplomatiques et le boycott international s’intensifiaient, enfin la
fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin achevèrent d’isoler le régime de Pretoria. FW De Klerk alors
président de l’Afrique du Sud se décida à libérer Nelson Mandela afin d’avoir un interlocuteur avec qui négocier.
Le 11 février 1990, Nelson Mandela fut libéré, après 26 années passées de prison. En 1991, il assuma la présidence de l’ANC redevenue légale. Mandela et De Klerk entamèrent alors
des négociations. En effet, seul un compromis pouvait éviter une guerre civile désastreuse entre Noirs et Blancs en Afrique du Sud.
Cependant, après des négociations difficiles pour les deux camps, Mandela et De Klerk signèrent en septembre 1992 un accord créant une assemblée constitutionnelle qui devait rédiger une nouvelle
constitution et servir de gouvernement de transition. En 1993, Mandela et De Klerk obtinrent conjointement le prix Nobel de la paix. Les premières élections libres d’Afrique du Sud eurent
lieu le 27 avril 1994.
Mandela devint le premier président de la république sud africaine post-apartheid. Le 2 mai, célébrant la victoire de l’ANC en présence de Coretta Scott King, la veuve de Martin Luther King,
Nelson Mandela repris les mots du célèbre leader noir américain : "free at last, free at last..."
Mandela fut président de l’Afrique du Sud de 1994 à 1999 avant de passer le flambeau à Thabo Mbeki. Il s’est retiré de la vie politique et vit dans sa région natale, à Qunu dans la province du
Transkei.
NB : Nelson Mandela et son parti figurent encore sur les listes noires américaines. Pendant l’Apartheid, le parti, qui est au pouvoir aujourd’hui en Afrique du Sud, était considéré comme un mouvement terroriste. Une loi devrait très bientôt mettre fin à cette situation face à laquelle la secrétaire d’Etat américaine s’est dit « embarrassée ».
Sans commentaire !
Martin Luther King
Martin LUTHER KING (1929, Atlanta - 1968, Memphis)
Militant non-violent pour les droits civiques des noirs, Martin Luther King a joué un rôle majeur pour l’émancipation des Afro-américains et la prise de conscience de l’injustice de la
ségrégation aux Etats-Unis. « I have a Dream », titre de son discours appelant à la fraternité entre noirs et blancs, est devenu un véritable hymne à la
solidarité et à l’espoir d’entente entre toutes les communautés.
Né à Atlanta dans une famille de pasteurs, Martin Luther King bénéficie d’un statut social plus aisé que la majorité de ses concitoyens afro-américains. Bien qu’il soit au départ peu enthousiaste
pour cette voie, ce jeune étudiant brillant obtient une licence de théologie en Pennsylvanie, suivant ainsi les traces de son grand-père et son père. Après s’être marié à la pédagogue et
chanteuse Coretta Scott en juin 1953, il devient en 1954 pasteur dans une église baptiste de Montgomery, dans l’Alabama.
Le 1er décembre 1955, Rosa Parks refuse de céder sa place à un blanc dans un autobus de Montgomery et se fait interpeller par la police. L’interdiction faite aux noirs d’étudier dans les mêmes
écoles que les blancs a été jugée inconstitutionnelle par la Cour Suprême en 1954, mais dans de nombreux domaines, la ségrégation reste la règle.
C’est pour refuser cet état de fait que les personnalités noires de Montgomery lancent un appel au boycott de la compagnie de bus de la ville. Le soir même de ce premier jour d’action, une
organisation est créée et Martin Luther King est élu à sa tête. Pendant presque un an, le boycott se poursuivra malgré les tentatives d’intimidation concentrées sur Luther
King : attentat contre son domicile, emprisonnement. Enfin, la Cour Suprême donne tort à la compagnie de bus.
Fort de cette victoire au retentissement national, Luther King participe avec une dizaine de personnalités noires du sud des Etats-Unis à la fondation d’une organisation nationale : le SCLC
(conférence des leaders chrétiens du sud). Elu à la présidence, il décide d’étendre à l’ensemble du pays sa lutte non-violente pour les droits civiques des noirs. Luther King, en
admirateur de Gandhi, revendique l’influence de l’Indien sur sa pensée et voyage en 1958 sur ces traces où il rencontre Nehru. Par ailleurs, les actions se multiplient dans les Etats-Unis :
mouvement étudiant en 1960, campagne de Birmingham en 1963… Il rencontre également des personnalités éminentes tel que le président Eisenhower.
Mais Luther King doit aussi subir les attaques de ses adversaires. En l’espace de cinq ans, il doit faire face à une accusation de fraude fiscale, à un passage à tabac par la police, à une
tentative d’assassinat mais aussi à plusieurs séjours derrière les barreaux. Mais face à la prison, il reçoit le soutien de grandes personnalités politiques : ainsi Kennedy intervient en
faveur de sa libération en 1963.
Le 28 août 1963, Luther King est à la tête de la marche sur Washington pour le travail et la liberté. Devant 250 000 personnes, il prononce son célèbre discours connu sous le
nom « I have a dream » (« Je fais un rêve »). Il appelle de ses vœux un pays où chacun partagerait les mêmes droits dans la justice et la paix. Il sera ensuite reçu
par John Fitzgerald Kennedy. En 1964, il reçoit le prix Nobel de la paix après avoir rencontré Willy Brandt
et le Pape Paul VI. Il est alors une figure mondiale.
Pourtant, son influence tend à diminuer au sein de la communauté afro-américaine. Originaire du sud des Etats-Unis, il a toujours lutté pour l’égalité, la reconnaissance et l’intégration
d’une communauté issue de l’esclavage et plutôt rurale. Mais les idées plus radicales et plus violentes de Malcom X gagnent. Le rejet de la communauté noire a désormais un nouveau visage :
les banlieues extrêmement pauvres et violentes des grandes villes. Et l’assassinat de Kennedy, perçu comme un défenseur des noirs, donne peu de place à l’espoir. Ainsi Luther King paraît quelque
peu en retrait et impuissant face aux émeutes de Watt à Los Angeles. Toutefois, il est aux cotés du président Johnson en 1965 lorsque celui-ci signe le « Voting Rights Act » qui garantit l’égalité civique.
Face à de tels constats, il s’engage contre la guerre du Vietnam mais surtout il cherche à lutter contre la misère, nouveau moyen indirect de ségrégation qui touche durement les Afro-américains.
Alors qu’il prépare une nouvelle marche contre la pauvreté, il est assassiné sur le balcon de sa chambre d’hôtel à Memphis le 4 avril 1968.
Prix Nobel 1991
Fille du leader de la libération Aung San (assassiné en 1947), Suu Kyi est née à Rangoon en 1945, juste avant que la Birmanie ne se libère de la tutelle colonisatrice
de la Grande-Bretagne. Sa mère est diplomate et Suu Kyi est élevée en Inde et en Grande-Bretagne. Elle fait des études de philosophie, d’économie et de sciences politiques à Oxford. Elle poursuit une
carrière académique jusqu'à ce qu'elle rentre en Birmanie, en 1988, pour soigner sa mère malade.
En juillet 1988, le général Ne Win, à la tête d’une junte militaire depuis 1962, est obligé de démissionner. Les troubles qui suivent cet événement sont brutalement réprimés par l'armée.
Influencée par la philosophie et les idées du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King, Suu Kyi et ses amis politiques fondent, en 1988, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Son engagement, non violent, en faveur de la mise en place d'un régime démocratique lui vaut un grand succès auprès de la population. Ce succès va amener, en 1989, la junte militaire au pouvoir à assigner Suu Kyi à domicile afin de diminuer son influence, mais cette mesure ne va pas empêcher la LND de remporter presque 80% des sièges lors des élections de 1990. Les militaires au pouvoir vont refuser le résultat démocratique sorti des urnes et vont au contraire augmenter la répression et les persécutions vis-à-vis de l'opposition et des minorités ethniques.
Le 25 mai 2007, le régime militaire birman a une nouvelle fois prolongé d'un an l'assignation à résidence d'Aung San Suu Kyi. Le 22 septembre 2007, l'opposante birmane assignée à résidence depuis 2003, est exceptionnellement sortie brièvement en pleurs de sa maison à Rangoun pour saluer des moines bouddhistes qui manifestent contre la junte militaire, pour la cinquième journée consécutive. Le 24 septembre 2007, Aung San Suu Kyi a été enfermée à la prison d'Insein.
Malgré cela, Suu Kyi, appelée «la Dame», continue de résister.
Les universités belges, Université Libre de Bruxelles et l'Université catholique de Louvain (UCL) lui ont offert le titre de docteur honoris causa. Une pétition soutenue notamment par le 14e dalaï-lama a été lancée en Norvège.
Le 14 mai 2007, une lettre signée par une cinquantaine d'anciens dirigeants du monde entier (dont Bill Clinton, Jimmy Carter, Jacques Delors) appelle la Birmanie à libérer Aung San Suu Kyi.
Le 17 octobre 2007, Aung San Suu Kyi est fait citoyenne d'honneur du Canada.
Le 24 octobre 2007, Amnesty International publie un communiqué de presse à propos de Aung San Suu Kyi intitulé Myanmar. Douze ans en résidence surveillée.
Lire le texte du discours fait à Manille en 1994
Voici, pour clore cette liste personnelle, une biographie très synthétique d'un homme que j'ai pu côtoyer (de loin !), à Montpellier. En fait je ne l'ai approché que deux fois : dans un jury d'examen (qui m'a marqué, voir à la fin de l'article) et...au Palais de Justice où il comparaissait pour avoir hébergé des sans-papiers. Cela se passait à la fin des années 70.
Disons-le tout de suite, Grothendieck est - pour beaucoup - le plus grand mathématicien du XXème siècle (médaille Fields -l'équivalent du Prix Nobel pour les mathématiques- en 1966). Il refusera de se rendre à Moscou pour recevoir le prix pour protester contre les traitements infligés par les soviétiques aux écrivains Siniavski et Daniel. Première rébellion... il y en aura beaucoup d'autres !
C'est pour son apport au renouveau de la géométrie algébrique que Grothendieck
reçoit la médaille Fields. Son but a toujours été de trouver "le ferment universel", l'unité profonde des mathématiques.
C'est aussi un homme qui a souffert dans sa chair des pires turpitudes du XXème siècle, qui a fini par rejeter sa discipline, ses confères, ses
amis, ses élèves et par perdre la raison (?).
Cette rupture brutale, cette rébellion radicale, survient en 1970.
Ayant appris que l'IHES (où il travaillait depuis dix ans) recevait des subventions du ministère de la Défense,
Grothendieck démissionna sans autre forme de procès. Il se mit à prêcher la nécessité d'arrêter immédiatement toute recherche en mathématiques, car elles conduisaient inévitablement à des
applications militaires.
Toujours en 1970, au Congrès international de mathématiques qui avait lieu à Nice, il vint interpeller ses collègues (il fût expulsé manu militari!) et distribuer des exemplaires du bulletin
écologiste qu'il avait créé, Survivre et vivre.
On lui propose néanmoins un poste de professeur temporaire au Collège de France. Grothendieck prévient qu'il y fera aussi du prosélytisme écologiste : son contrat ne sera pas renouvelé. Petit à petit, Grothendieck se coupe des mathématiciens et surtout des mathématiques : il n'en fait quasiment plus.
Il est néanmoins nommé professeur à Montpellier en 1973. Avec sa jeune compagne il s'installe dans un village de l'arrière-pays montpelliérain, Olmet-et-Villecun, où il élève des chèvres et héberge des immigrés sans-papiers.
Il n'est bien sûr pas à l'aise dans son métier d'enseignant et souhaite rejoindre le CNRS, ce qu'il fait en 1984, après un premier échec (honte au corporatisme français, honte à ceux qui n'ont pas voulu d'un apatride qui n'était pas passé par la rue d'Ulm !). Il n'aura même pas droit au titre de Directeur de recherche !
Il avait rédigé, entre la fin des années 70 et le milieu des années 80, trois textes visionnaires (et quasiment encore non exploités ?) : A la poursuite des champs, la Longue Marche vers Galois et surtout Esquisse d'un programme, où il indique le chemin que les mathématiciens devraient emprunter pour continuer le mouvement de synthèse de la géométrie algébrique. Ce texte lui servira de dossier de candidature au CNRS !
En Avril 1988, l'Académie Royale des Sciences de Suède lui décerne le Prix Crafoord, avec l'un de ses anciens élèves, le belge Pierre Deligne. Mais dans une lettre, publiée par le journal "Le Monde" du 4 Mai de la même année, il annonce qu'il refuse ce prix, ainsi que les 270 000 dollars qui lui sont associés. Il justifie son refus par la dérive de la "science officielle" : "Je suis sensible à l'honneur, (...), je ne souhaite pas recevoir ce prix (ni d'ailleurs un autre), (...), mon salaire, (...), est beaucoup plus que suffisant pour mes besoins, (...). Dans les deux décennies écoulées, l'éthique du métier scientifique s'est dégradée... la fécondité se reconnaît par la progéniture, et non par les honneurs.".
Grothendieck est fatigué, seul et de plus en plus amer. Il vit isolé dans un petit village du Vaucluse, partageant son temps entre le soin à ses vignes et la rédaction d'un plaidoyer pour sa
réhabilitation intitulé Récoltes et Semailles, Réflexions et témoignage sur un passé de mathématicien.
Cette oeuvre de 1 600 pages mélange autobiographie et griefs contre ses anciens collègues et amis qu'il accuse de l'avoir trahi. La trahison est double : on lui a volé ses idées et on a abâtardi
les voies qu'il avait tracées pour les générations futures de mathématiciens. Personne ne veut le publier.
« Et puis, un jour, à l'occasion de la réimpression de ses ouvrages, on s'est
rendu compte qu'on avait totalement perdu sa trace », on était en 1991, Grothendieck avait 63 ans. Depuis, plus rien..."
Néanmoins, aujourd'hui, on recommence à parler d'Alexander (j'avoue qu'en commençant à préparer cet article j'ignorais cette actualité !)...
L'IHES a organisé, du 12 au 16 janvier 2009, un colloque consacré à un examen historique de l'influence mathématique d'Alexander Grothendieck et aux tendances vivantes des mathématiques qui s'inspirent directement de ses idées et de ses méthodes. Ce colloque s'est prolongé à Montpellier par un séminaire entre le 21 et le 23 janvier 2009.
Enfin Récoltes et Semailles est maintenant disponible sur Internet.
Un homme issu de l'enfer du XXème siècle
Son père, Alexander(Sasha ?) Schapiro, ukrainien de confession juive, était un militant anarchiste. Après avoir passé dix ans en prison pour sa participation à plusieurs soulèvements anti-tsaristes, il rejoint le général ukrainien anarchiste Nestor Makhno. Fait prisonnier par les bolchéviques, il réussit à s'évader.
Il s’exile à Berlin où il rencontre sa femme, Hanka Grothendieck, hambourgeoise de confession protestante.
Hanka et Sascha fréquentent les cercles radicaux.
En 1933, la montée du nazisme les contraint à quitter l'Allemagne pour l'Espagne où ils participent, en 1936, à la guerre civile au côté des républicains espagnols.
Alexander, qui a 5 ans, reste en Allemagne dans la famille d'un pasteur protestant, maître d'école près de Hambourg. Il rejoint ses parents en France en 1939 où ils sont arrêtés et déportés. Sascha est emprisonné au camp du Vernet dans l'Ariège, puis déporté via Drancy à Auschwitz où il meurt en 1942. Anka et Alexander sont emmenés au camp de Rieucros, en Lozère. Ensuite, de 1942 à 1944, Alexander est caché au Chambon-sur-Lignon, dans une célèbre maison d'enfants du Secours suisse, où étaient également cachés beaucoup d'autres jeunes juifs.
À la fin de la guerre, Alexander et sa mère s'installent près de Montpellier, où ils vivent modestement grâce à la bourse d'études d'Alexander. Il obtient sa licence à la faculté des sciences de Montpellier, puis passe une année, en 1948-1949, à l'École Normale Supérieure à Paris.
André Magnier, ancien inspecteur général de mathématiques, évoque ce jeune homme fraîchement débarqué de Montpellier qui cherchait une bourse pour poursuivre ses études de mathématiques à Paris « A l'époque, en 1948, je faisais partie de l'Entraide universitaire de France. Comme Grothendieck était dans une situation de dénuement total, nous lui avons proposé de présenter un projet d'études. Je le reçus chez moi. Je fus stupéfait. Au lieu d'un entretien de vingt minutes, il passa deux heures à m'expliquer comment il avait reconstruit, "avec les moyens du bord", des théories qui avaient mis des siècles à se construire. Je lui accordais immédiatement la bourse et le mis en contact avec Henri Cartan, qui l'admit à son cours de l'Ecole normale supérieure (ENS).
On le retrouve en 1949 à l'université de Nancy où il devient l'élève, en analyse fonctionnelle, de Laurent Schwartz (médaille Fields 1950) et Jean Dieudonné qui furent deux prodigieux mathématiciens français. Ce dernier le trouve un peu prétentieux, et lui propose de travailler sur des questions que ni Schwartz, ni lui n'ont su résoudre.
Voilà ce qu'en dit Schwartz dans son autobiographie :
"Dieudonné, avec l'agressivité (toujours passagère), dont il était capable, lui passa un savon mémorable, arguant qu'on, ne devait pas travailler de cette manière, en généralisant pour le plaisir de généraliser. [...]
L'article s'achevait sur 14 questions, des problèmes que nous n'avions pas su résoudre, Dieudonné et moi. Dieudonné lui [Grothendieck] proposa de réfléchir à certains d'entre eux qu'il choisirait. Nous ne le revîmes plus de quelques semaines. Lorsqu'il avait réapparu, il avait trouvé la solution de la moitié d'entre eux!".
Pour ceux qui le fréquentèrent entre 1950 et 1970, ce qui le caractérisait était son intuition géniale, sa puissance de travail, sa passion et son talent d'animateur. Il travaillait les mathématiques de seize à dix-huit heures par jour.
« Grothendieck avait une vision très forte qui en imposait, et un rythme infernal. Pour lui tout était lié dans les mathématiques, le chemin était donc aussi important que le but. La démonstration d'un théorème n'était qu'un sous-produit de la démarche suivie qui devait, elle, répondre à une vision globale et harmonieuse. Sa devise était : "Pas de concession, pas d'économie, pas de faux semblants, pas de raccourcis" ! »
Récit avec le concours des témoignages publiés par : Roman Ikonikoff, Pierre Cartier, Michel Demazure.
Pour aller plus loin avec Alexander Grothendieck voir le texte pdf. ci-dessous. Une biographie compléte est en cours.
Un jury avec A. Grothendieck
Il s’agissait je crois d’un jury de 2ème année en physique-chimie. A cette époque les jury se déroulaient en deux temps : après l’écrit, qui était éliminatoire, puis à l’issu des oraux et travaux pratiques.
A la première réunion Grothendieck est absent. Le président du jury, un autre matheux, signale que les notes de son épreuve –optionnelle- posent problème : tous les étudiants ont 20 sur 20. Un débat s’engage autour de l’homme, que je ne connaissais pas, sur le sens d’une note, sur la notion de mérite… Une heure après, un vote clôt le débat : large majorité pour affecter un coefficient réducteur aux notes de Grothendieck.
Deuxième acte, le jury final. Nous sommes presque tous assis et je vois arriver un homme au crâne rasé, en jean délavé, qui porte deux énormes sacs de Monoprix. Il s’installe sans dire un mot. Nous n’entendrons pas le son de sa voix… mais je me souviens encore du regard !
Pendant tout le jury, Alexander va sortir un à un les objets réalisés lors de son épreuve et les faire passer, sans commentaire, à ses voisins de droite et de gauche qui machinalement font circuler. J’ai rapidement en main un solide multicolore à 20 faces : un icosaèdre régulier. Je devine que l’épreuve devait consister à construire avec 20 triangles équilatéraux identiques (mais de couleurs différentes) ce solide de Platon et sans doute à réfléchir sur les problèmes de symétrie qu’il pose. En fait une épreuve loin d’être ridicule.
J’avoue que j’ai suivi ce jury la tête basse. Je n’étais pas le seul !
A propos d'icosaèdre voir virus et nucléocapside polyèdrique.