Philosophie, Science, Politique : savoir poser les problèmes
Da Vinci, L'annonciation
Vers 20 ans, cursus scolaire achevé, que nous reste-t-il de ces monuments qui dominent, tels des géants de granit, l'histoire de l'humanité ?
Sans doute quelques repères :
Platon : le banquet (discours de Phédre : " d'abord, il y eut le chaos, puis la Terre et Éros..."), l'allégorie de la Caverne (Socrate dit à Glaucon : Représente-toi de la façon que voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance....
Aristote : la métaphysique (" Ainsi Etre se dit tantôt de ce qui est une substance réelle, tantôt de ce qui n'est qu'un attribut de la substance, tantôt de ce qui tend à devenir une réalité substantielle, tantôt des destructions, des négations, des propriétés de la substance, tantôt de ce qui la fait ou la produit ..." (Métaphysique, G, 2, 1003 b, 5-10), les 4 éléments ( la matière est continue et uniforme. Elle est composée de quatre éléments: terre, air, eau, feu. Les quatre caractéristiques fondamentales sont: froid, sec, chaud, humide. Le vide n'existe pas)...
Da Vinci : la Joconde, François premier « Tous [les rois] honorèrent les artistes. Mais François Ier les aima. », les objets insolites du Clos Lucé...
Pascal : le Triangle (le traité du triangle arithmétique (1654), les Pensées (le Moi est haïssable...), le jansénisme (les Provinciales)...
Newton : la pomme ("Pourquoi une pomme tombe-t-elle et pourquoi la Lune ne tombe-t-elle pas ?") , la gravitation universelle...
Freud : l'inconscient (nous assimilons donc le système de l'inconscient à une grande antichambre, dans laquelle les tendances psychiques se pressent, telles des êtres vivants...), la psychanalyse...
Marx : l'aliénation, le prolétariat (nous savons que les nouvelles forces de la société n'ont besoin, pour faire œuvre utile, que de nouveaux hommes. Ces hommes, ce sont les ouvriers.)...
Einstein : la relativité (une indication de temps n'a de sens que si on indique le corps de référence auquel elle se rapporte ). . .
Vers 30 ans, selon nos inclinaisons, nous avons peut-être pu approfondir tel ou tel aspect de l'œuvre de l'un ou de l'autre.
Pour un scientifique Newton et Einstein sont incontournables ; le travail de Pascal sur la mécanique des fluides ne l'aura pas laissé indifférent.
Si par chance ce scientifique se passionne pour l'histoire du XXème siècle et le mouvement des idées, Marx ne lui sera pas étranger : il aura au moins lu " Le Capital ".
Si à l'aube de la quarantaine, il s'interroge sur la nécessité d'une psychanalyse, alors il lira Freud (avec Foucault, Lacan...).
Ayant parcouru Marcuse, il voudra savoir si Freud est "marxo compatible" (ou vice versa).
Un peu dépassé par la physique moderne, sans doute cherchera-t-il à confronter à nouveau Newton et Einstein et à décoder les notions de temps absolu et de temps relatif.
Cet homme curieux, arrivé dans la seconde partie de son existence, est alors convaincu que si sa trajectoire a un sens, il trouvera le fil conducteur dans l'évolution de la pensée, de la science, des idées, des arts... Alors il approfondira sa connaissance de Socrate et Platon et s'émerveillera devant Léonard.
Pour mesurer le chemin parcouru sans doute reviendra-t-il à Aristote pour découvrir que finalement tous les problèmes fondamentaux étaient déjà posés il y a près de deux millénaires et demi.
Et il songera que le plus important ce n'est pas de donner la réponse, c'est de savoir poser le problème.
" Un problème sans solution est un problème mal posé "
Albert Einstein...
... en écho à Gaston Bachelard :
« Toute frontière absolue proposée à la science est la marque d'un problème mal posé..."
" Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ;
c’est celui qui pose les vraies questions. "
Claude Lévi-Strauss, Le cru et le cuit
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« Platon naquit en 428 av. J.C., vers la fin d'une période où les fondements de la spiritualité furent conçus par Lao-Tseu (fin VIe-début Ve siècle avant J.-C.), Confucius (v. 551-497 av. J.-C.), Bouddha(v. 550-480 av. J.-C.) et Socrate (v. 469-399 av. J.-C.)".
Il était issu d'une famille de la plus haute aristocratie d'Athènes. Les origines de son père remontent à Codrus, dernier roi
d'Athènes. Un ancêtre de sa mère était un frère de Solon, le grand homme d'État et le législateur
d'Athènes.
Il étudie les lettres, les mathématiques, la musique et la gymnastique.
Sa rencontre avec Socrate, fils d'un tailleur de pierre et d'une sage-femme, en 408, est décisive et l'amène à renoncer aux arts pour s'adonner à la philosophie, mais toute son oeuvre gardera de cette première formation une très forte imprégnation poétique. Toute sa vie, il conservera pour son maître une grande admiration. Qu'Athènes puisse accuser d'impiété et condamner à mort l'homme le plus éminent de son époque le marquera pour toujours et déterminera l'orientation de sa pratique philosophique.
Déçu par la démocratie, profondément affecté par la mort du maître, Platon s’exilera et voyagera beaucoup avant de revenir à Athènes, en 387, pour fonder l'Académie.
Aristote est né en 384 av. J.-C., en Macédoine (nord de la Grèce), à Stagire, d'où son surnom: le Stagirite. Il perdit très tôt son père, Nicomaque, qui était médecin de Philippe, roi de Macédoine, et qui écrivit sans doute plusieurs livres de médecine. A 17 ans, Aristote vint à Athènes et suivit les cours de Platon à l'Académie pendant vingt ans.
En 343, Philippe II de Macédoine le choisit comme précepteur de son fils, le futur Alexandre le Grand.
Par la suite, vers 335-336, Aristote fonda à Athènes sa propre école, appelée le Lycée ou Peripatos (promenade, conversation philosophique en se promenant), d'où le nom donné à ses disciples, les Péripatéticiens.
Leonardo Da Vinci naquit en 1452 près de Florence au château de Vinci , d’une relation hors mariage de Messer Piero Fruosino di Antonio da Vinci, notaire, chancelier et ambassadeur de la République florentine et descendant d’une riche famille de notables italien, et de Caterina, une humble fille de paysans. Il reçoit une instruction basique : lecture, écriture arithmétique (mais pas le latin).
Remarqué pour ses dessins, Léonard est placé comme élève apprenti, à partir de 1469, dans un des plus prestigieux ateliers d’art (peinture, tisseranderie, fonderie en métaux et orfèvrerie) de la Renaissance, à Florence sous le patronage d’Andrea del Verrocchio , où il côtoie d’autres artistes comme Sandro Botticelli, Le Pérugin.
Appelé à Milan par Ludovic le More, il y institua une académie des sciences.
Après la chute de Ludovic le More, il exerça son activité principalement à Florence et à Rome
Blaise Pascal naît le 19 juin 1623 à Clermont, en Auvergne. Etienne Pascal, son père est président en la Cour des aides, charge qui confère la noblesse ; il a épousé la fille d’un marchand local, Antoinette Begon. Ils ont quatre enfants, dont trois seulement survivent, Gilberte (1620), Blaise (1623) et Jacqueline (1625). Antoinette Begon meurt en 1626.
En 1631, les Pascal quittent Clermont pour Paris. Étienne trouve à Paris un milieu savant dans lequel sa réputation est vite faite. A partir de 1634, Etienne participe à une commission désignée par Richelieu pour évaluer la méthode de détermination des longitudes mise au point par Jean-Baptiste Morin. Il est admis dans l’académie du Père Marin Mersenne (« toute mathématique ») ; elle compte plusieurs membres brillants dont de Roberval… Étienne Pascal est ainsi amené à intervenir dans les polémiques entre Descartes et Fermat sur la méthode de détermination des maxima et des minima des fonctions, et sur la géostatique.
Cas rare à cette époque, Étienne Pascal assure lui-même l’éducation de ses enfants, ce qui explique sans doute l’admiration que son fils lui a toujours vouée. Encore plus exceptionnel : il donne à ses filles la même éducation qu'à son fils.
A onze ans, le jeune Pascal compose un petit traité expérimental sur les sons. Etienne qui a perçu l'étendue des capacités de son fils, mais aussi sa fragilité, veut attendre que Blaise ait seize ans pour aborder les mathématiques. Pour respecter ce plan pédagogique, Étienne n’a donné à Blaise qu’une définition générale de la géométrie… mais un beau jour, il le surprend très absorbé à démontrer en cachette l’équivalent de la XXXIIe proposition d’Euclide sur la somme des angles d’un triangle.
L’enfant, il a 12 ans, explique qu’il en est arrivé là par diverses étapes qui ressemblent beaucoup aux axiomes et démonstrations des géomètres. Il lui permet alors de l’accompagner aux réunions de l’académie. Début 1640, Pascal fait imprimer son propre Essai pour les coniques ; il a 17 ans ! Il met au point une machine à calculer à 18 ans... Blaise Pascal est le seul de nos 8 génies à avoir été un enfant prodige.
En 1639 la famille s'était installée à Rouen. En janvier 1646 survient un évènement déteminant dans la vie de Blaise Pascal. Le curé de Rouville, disciple de Saint-Cyran (le confesseur de Port-Royal et ami de Jansenius) qui exerce une forte influence dans la région, entraine la conversion de plusieurs familles à la spiritualité augustinienne. Toute la famille Pascal bascule.
Etienne Pascal meurt en 1651, avec sans aucun doute le sentiment du devoir accompli. Blaise lui rend hommage... en regrettant qu'il ne soit pas resté auprès de lui 10 ans de plus !
Isaac Newton est né à Woolsthorpe [Angleterre] le 25 décembre 1642 , année de la mort de Galilée. Ses parents sont fermiers, mais son père décède deux mois avant sa naissance. Sa mère se remarie, et il semble que l'enfance de Newton, envoyé chez sa grand-mère, ne soit pas très heureuse. A l'école publique de Grantham, Newton est un élève peu attentif. Vers 16 ans, il est rappelé par sa mère pour s'occuper du domaine familial, mais ce travail ne lui convient guère, et il retourne à l'école pour préparer son entrée à l'Université. Stokes est le premier à déceler chez Newton un talent prometteur, et il l'aide à entrer au Trinity College de Cambridge en 1661. Là-bas, en dehors des cours de philosophie cartésienne, Newton s'intéresse personnellement à l'astronomie, et donc aux mathématiques car il lui manque de nombreuses notions géométriques pour comprendre les travaux de Halley.
A l'été 1665, la peste s'abat sur l'Angleterre, et Newton doit retourner dans sa région natale. C'est pendant cette période de deux ans que l'on situe ses premières avancées spectaculaires en mathématiques, physique, et plus particulièrement en optique : Newton comprend que la lumière blanche n'est pas une entité, mais est la somme de lumières colorées. A son retour à Cambridge, son génie est détecté par Barrow, qui fait connaitre ses travaux, l'aide à réussir ses derniers examens universitaires, et en 1669 l'élève succède au maître à la chaire de mathématiques
Karl Marx, issu d'une famille de la bourgeoisie d'origine juive convertie au protestantisme, naquit à Trèves le 5 mai 1818 et fit ses études de philosophie et de droit aux universités de Bonn, de Berlin et de Iéna. En 1842, peu après la parution de son premier article dans le journal de Cologne, Rheinische Zeitung (la Gazette rhénane), de tendance démocratique révolutionnaire, Marx devint rédacteur en chef de ce journal. Membre du cercle des hégéliens de gauche, ses opinions politiques étaient alors plutôt radicales, mais il n'était pas encore communiste. Ses critiques sur les conditions politiques et sociales de l'époque, publiées dans Rheinische Zeitung, lui valurent les foudres des autorités prussiennes, qui firent interdire le journal et poussèrent Marx à quitter le pays. Il partit alors pour Paris où, après avoir étudié de manière approfondie la philosophie, l'histoire et les sciences politiques, il adopta l'idéologie communiste. Profondément influencé par le saint-simonisme et par les premières formes d'idéologie politique du prolétariat qui virent le jour en France (blanquisme, socialisme et communisme utopique de Fourier, Proudhon, etc.), il fréquenta assidûment les cercles d'ouvriers socialistes français et allemands émigrés (la Ligue des justes). En 1844, lors d'une visite de Engels, les deux hommes se rendirent compte qu'ils étaient tous deux arrivés à la même conclusion sur la nature des problèmes révolutionnaires : le communisme, forme la plus radicale de l'idéologie révolutionnaire leur apparut alors non plus comme un idéal d'égalitarisme mais comme «la forme nécessaire et le principe énergétique du futur prochain». Ils entreprirent alors de collaborer pour expliquer systématiquement les principes théoriques du communisme scientifique et organiser un mouvement international de la classe ouvrière tournée vers ces mêmes principes. Leur collaboration dura tout le temps que vécut Karl Marx.
Sigmund Freud est né à Freiberg en Moravie dans une famille de marchand de textile, et fut le fils aîné du troisième mariage de son père, qui, pour des raisons d’affaires, décida de s’installer à Vienne en 1860. Il entame des études de médecine en 1873 à Vienne, qui le conduiront à Berlin et à Trieste, obtient son diplôme en 1882, se fiance et exerce d’abord comme médecin, à l’hôpital de Vienne. Nommé Maître de Conférence en neurologie au milieu des années 1880, il continue ses recherches à Paris, où il rencontre J. Charcot et H. Bernheim, qui l’initient à l’hystérie et à l’hypnose. Puis à Berlin, il rencontre W. Fliess, qui mène des recherches sur la sexualité. S’installant dans son cabinet privé, S. Freud soigne les femmes de la grande bourgeoisie viennoise atteintes de maladies nerveuses, d’abord par les thérapies classiques de l’époque, massage et hydrothérapie, puis par l’hypnose. Tentant d’édifier une théorie générale des maladies nerveuses, Freud attribue les causes de la maladie à des traumatismes sexuels dont le souvenir reste enfouie dans l’inconscient. Il publie alors ses Études sur l’hystérie, avec J. Breuer en 1895. C’est cependant, en abandonnant l’hypnose et la théorie du traumatisme, qu’il invente véritablement la psychanalyse. À partir de ce moment, en effet, S. Freud commence à saisir l’Inconscient de manière dynamique, et prend véritablement en compte les mécanismes de défense et les résistances que ses patients mettent en œuvre afin de tenter d’échapper à ses interprétations essentiellement basées sur la sexualité inconsciente du sujet et la révélation de ce fantasme sexuel. En 1900, Freud publie L’interprétation des rêves. Au tout début du XXe siècle, la psychanalyse est née.
Albert Einstein est né le 14 mars 1879 à Ulm, une vieille ville de Souabe dans l'Allemagne du sud-ouest. Aussi loin que remonte la mémoire d'Einstein, ses ancêtres paternels et maternels y ont vécu. Ses parents lui transmettent leur amour de la musique et de la nature, leur ouverture d'esprit et la tolérance typique des Souabes. De là remonte l'aversion d'Einstein pour le militarisme prussien et pour l'apprentissage mécanisé.
Einstein passe son enfance à Munich. Dès son plus jeune âge, il préfére se plonger dans ses rêveries plutôt que de jouer comme les autres enfants. De 10 à 18 ans, il étudie au Luitpold Gymnasium, à Munich. Il abandonne ses études et va rejoindre sa famille en Suisse, où l'art, la musique et la logique occupe une grande place.
Einstein doit poursuivre ses études. Après une année passée à l'école cantonale de la ville d'Aarau, en Suisse, il obtient le diplôme lui permettant d'entrer à l'École Polytechnique de Zurich, école qui occupe une grande place dans son cheminement intellectuel. C'est là que naît son intérêt pour la physique.
Il devient citoyen suisse en 1901. Peu après, il décroche un emploi au Bureau des Brevets à Berne, où il développe cette exceptionnelle faculté de saisir immédiatement la conséquence maîtresse de chaque nouvelle hypothèse. En 1905, alors qu'il occupe encore cet emploi, il publie le premier mémoire d'une longue série où il formule sa théorie de la relativité. Il révolutionne la pensée physique et s'éloigne, du même coup, de la physique newtonienne.