Le soleil qui naît, une humidité qui s’attarde, des montagnes au loin qui surgissent lentement des brumes, toute une transparente poésie enfin se balance dans l’air sonore et cristallin. De ces moments sourd une espèce d’éternité faite à notre mesure. Derrière la vitre qu’est la nature, apparaît lentement l’espèce d’une seconde, un fantôme d’éternité. De ce fantôme nous nous satisfaisons. Il devrait nous désespérer, (…). A ces moments le monde paraît laisser échapper comme par mégarde, un peu de son secret.
Albert CAMUS, Critique d’un tableau de Boucherle (1934)
«Je trouve, Ibben, la providence admirable dans la manière dont elle a distribué les richesses : si elle ne les avait accordées qu'aux gens de bien, on ne les aurait pas assez distinguées de la vertu, et on n'en aurait plus senti tout le néant. Mais quand on examine qui sont les gens qui en sont les plus chargés, à force de mépriser les riches, on en vient enfin à mépriser les richesses.»
Montequieu, Lettres Persannes
HOMMAGE A Missak MANOUCHIAN
...
Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant...
Louis Aragon
Un charmant petit enfant
A songé toute une nuit durant
Qu’il fera à l’aube pourpre et douce
Des bouquets de roses.
Missak Manouchian, Premiers vers
Dans le champ d’à côté un souffle de vent a fait s’envoler deux feuilles mortes. Elles ont tourbillonné, se sont frôlées, esquivées. Elles s’amusaient ! Un flirt mélancolique. Elles sont retombées. De longs nuages gris chargés d’hiver descendaient du nord.
« Culture et savoir diminuent en tout homme qui les possède la possibilité d’être dupe des mots, d’être crédule aux mensonges. Culture et savoir augmentent en tout homme le pouvoir de comprendre la réalité où il vit. (...) La conscience de cette réalité a une valeur explosive : elle ne peut qu’entraîner à la volonté de la transformer. (...) La bourgeoisie doit donc abaisser la culture, la conscience des gens qu’elle domine »
Paul NIZAN
"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques"
Jean JAURES
(Juillet 1903)
Dialogue d'outre-tombe
Quand N. Sarkozy s'est incliné devant la plaque qui honore Césaire, on a entendu le grand poète martiniquais murmurer
: " EH BIEN LE NEGRE, IL T'EMMERDE !"
Allez, troupeau jadis heureux, chèvres mes chèvres
Vous ne me verrez plus, couché dans l'ombre verte,
Au loin, à quelque roche épineuse accrochées.
Vous ne m'entendrez plus, vous brouterez sans moi
Les cytises en fleurs et les saules amers.
VIRGILE, traduit par Paul Valéry