Il suffit de voir la voute ornée de la grotte de Lascaux (la chapelle Sixtine de la préhistoire) pour comprendre que l'artiste qui sévissait en Dordogne il y a près de 20 000 ans était notre semblable. Homo sapiens a 200 000 ans ; ce n'est rien dans l'histoire de l'humanité qui compte environ 7 millions d'années. Lucy ( Australopithecus afarensis... mais pas vraiment Homo !) a 3 millions d'années ; Tautavel (Homo erectus), 450 000 ans .
D'ailleurs on ne dit plus homme de Cro-Magnon, mais homme moderne.
En fait, l'art "contemporain" débute il y a moins de 80 000 ans. C'était hier...
On a retrouvé en Afrique du Sud des pierres gravées et colorées aux motifs géométriques, associées à des objets de parure en coquillage, qui datent de plus de 75 000 ans (fin du Paléolithique moyen). Elles constituent l'une des plus anciennes formes d'expression artistique humaine.
Durant le Paléolithique supérieur, l'art est déjà très diversifié, tant au niveau des thématiques que des techniques. Homo sapiens est le principal acteur de cette révolution, même si des chercheurs pensent aujourd'hui que certaines œuvres peuvent être attribuées à l'homme de Néandertal.
La Grotte Chauvet, est l'une des plus anciennes grottes ornées connues (à partir de - 32 000 ans), un grand nombre de techniques (gravure, peinture, tracés digitaux, empreintes, etc.) a été employé pour réaliser des figurations animales parfois très réalistes. La grotte Cosquer a 27 000 ans; Lascaux 17 000 ans...
Un retour en Périgord m'a incité à regarder de plus près ce que disait la science aujourd'hui sur deux énigmes : l'origine et la signification de cet art préhistorique d'une part et le "cousinage", ou la cohabitation, entre Cro-Magnon et l'homme de Néandertal d'autre part.
Sur le premier point (voir absolument ce site) statu quo depuis 20 ans : aucune des hypothèses émises n'a pu être validée :
- une activité à vocation purement esthétique, mais alors pourquoi l’art paléolithique pariétal était-il localisé dans la profondeur des grottes (voir Rouffignac par exemple), loin des campements ?
- des représentations d'animaux destinées à assurer une chasse fructueuse en conjurant "le mauvais sort" (thèse de l'envoutement), mais alors pourquoi si peu de rennes représentés dans de nombreux sites, pourquoi si peu d'animaux blessés... ?
- le chamanisme : la grotte serait un lieu de passage vers un autre monde et les peintures ou gravures œuvres post transes de chamanes...
Des structuralistes ont aussi voulu démontrer qu'il existerait une structuration de la grotte dans son ensemble avec des figures d’entrée et de fond, une organisation des panneaux avec des figures centrales et périphériques, et surtout une dualité fondamentale femelle/mâle représentée par le couple symbolique bison-aurochs/cheval, à la fois opposé et complémentaire. Une cinquantaine d’années s’est maintenant écoulée sans que la structure tant cherchée n’ait pu être mise en évidence de manière évidente.
Le mystère demeure donc... Continuons d'admirer l'artiste : devant ses œuvres, au fond des grottes, l'émotion l'emporte sur la réflexion
En ce qui concerne la deuxième question, à propos de la cohabitation et du cousinage entre Homo sapiens (homme moderne) et Homo neanderthalensis (homme de Néandertal), les progrès de la science avec en particulier tout le travail sur l'ADN mitochondrial (qui échappe au brassage génétique puisqu’il est transmis seulement par la mère) ont permis des avancées spectaculaires.
Je commence par le résultat le plus récent : le 12 février 2009, Svante Pääbo a présenté
ses derniers résultats lors d'une conférence de l'AAAS (American Association for the Advancement of Science). Son équipe (l'institut Max Planck à Leipzig) et une société américaine
spécialisée dans le séquençage -454 Life Sciences- ont décodé plus de trois milliards de paires de base, soit environ 60% du génome complet de Néandertal.
Les scientifiques ont travaillé sur un certain nombre d'ossements dont la plupart provenaient de grotte de Vindija, en Croatie et dataient d'environ 38.000 ans. D'autres venaient d'Espagne (vieux de 43.000 ans) et de Russie (60 à 70.000 ans). Enfin, l'un des spécimens provenait du premier fossile d'homme de Neandertal, âgé de 40.000 ans, découvert en 1856 dans la vallée de Neander, qui a donné leur nom à nos "cousins".
En France, Catherine Hänni et son équipe du laboratoire Paléogénétique et évolution moléculaire (CNRS, École Normale Supérieure de Lyon) ont mis au point des techniques adaptées pour extraire de l'ADN fossile. En 2006, déjà, l'équipe de Catherine Hänni déchiffrait une séquence d'ADN mitochondrial d'un fossile de néandertalien datant de 100.000 ans.
La paléogénétique - paléontologie qui, au lieu d'examiner le passé à travers ses ossements, l'examine à travers ses gènes- fait presque des miracles puisque déja ces technologies ont permis le décodage complet du génome d'un mammouth en 2008.
Mais pourquoi donc Homo neanderthalensis a-t-il disparu ?
Soulignons d'abord que Néandertal n'était pas l'être frustre et primitif qui a été souvent décrit et que son physique était plus proche de celui d'Alain Delon que de Sébastien Chabal (j'exagère à peine !). Il a su lui aussi orner les grottes.
La réponse à cette question est donnée par les résultats du Projet Stage 3 piloté par Tjeerd van Andel (Université de Cambridge) qui regroupe une trentaine de scientifiques de disciplines différentes, archéologues, anthropologues, géologues, climatologues, et comprenant notamment les Français Jean-Pierre Bocquet (CNRS) et Pierre-Yves Demars (Université Bordeaux 1) :
L'Homme de Neandertal a disparu car il n'a pas su adapter sa façon de s'approvisionner en nourriture lors d'un refroidissement du climat. Si c'est bien son incapacité à s'adapter au changement climatique qui a conduit Neandertal à sa perte ce n'est pas directement en raison du froid, puisque comme l'Homme moderne, il possédait des vêtements tels que des manteaux de fourrure.
Dans la même étude il est montré que des "hommes modernes", les aurignaciens qui cohabitaient en Europe avec Néandertal, ont également disparu pour la même raison.
Pour ces auteurs, il y a environ 35 000 ans apparut un autre groupe d'Hommes modernes, appartenant à une culture différente, les Gravettiens (voir site de la Gravette en Dordogne, voir la Vénus de Willendorf) qui auraient survécu aux bouleversements climatiques grâce à une technologie supérieure (armes et outils plus légers) et à une organisation sociale plus complexe.
Alors cousins ?
D'après les estimations présentées par Svante Pääbo lors du congrès de février, humains et Néandertaliens auraient divergé sur la route de l'évolution il y a 800 000 ans.
Toutefois, comme on en connaît encore peu sur la diversité génétique néandertalienne, il est possible que le dernier ancêtre commun n'ait «que» 400 000 ans.
De cet ancêtre commun auraient émergé ceux qu'on appelle les Néandertaliens. Les plus anciens ossements pleinement attribués à cette espèce remontent à 130 000 ans, mais des squelettes de 350 000 ans présentant des caractéristiques « pré-néandertaliennes» ont été trouvés en Espagne et en Grande-Bretagne.
Le Néandertalien est déjà en déclin lorsque l'Homo sapiens met pied en Europe, il y a environ 50 000 ans. Sa zone d'occupation se rétrécit progressivement, jusqu'à ses derniers bastions connus, dans le Sud de l'Espagne (à Gibraltar), il y a 28 000 ans, alors que l'ère glaciaire approchait de son maximum.
Pour répondre à la question du cousinage il ne reste plus qu'à terminer le séquençage complet du génome de Néandertal et à comparer ses séquences à celles du génome humain... et du chimpanzé !
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