dim.
17
juil.
2011
De Fillon à Ségolène, de Marine à Martine (*), c’est haro sur Éva !
Qu’une « demi-Française » ose remettre en cause la parade de militaires astiqués, pomponnés, rasés de près, mentons levés, armes au poing, prêts à donner leur vie (pour qui ?) voila de quoi alimenter la chronique de l’anti-France, ouverte depuis plus d’un siècle par ceux qui, plus tard, se réfugieront dans un lâche pétainisme.
Citoyens, circulez y a rien à voir... écolos continuez à compter... fleurettes et OGM ; l'armée, les défilés à la soviétique, les drapeaux qui recouvrent les cercueils de malheureux jeunes,
morts pour rien... c'est le cœur de la Nation... n'y touchez pas, c'est sacré !
D’ailleurs, dans ma commune, ne vient-on pas d’inaugurer une rue Marcel Bigeard du nom de l’un des principaux responsables de l'organisation de la torture en Algérie (**) et cela ne choque pas grand monde.
Il était si beau mon légionnaire... et il sentait si bon le sable chaud !
Pourtant même le Figaro, dans son édition en ligne du 15 juillet, remarque que nous sommes pratiquement le seul pays démocratique à organiser de telles démonstrations de force :
« L'Espagne et le Portugal ont ainsi fortement réduit le nombre des militaires présents lors des célébrations de la fête nationale... La Grèce a supprimé son défilé. Quant à l'Italie, un
défilé a bien lieu le 2 juin, mais dans l'indifférence.
Le Royaume-Uni n'a lui pas de fête nationale à proprement parler, mais l'anniversaire de la Reine joue en quelque sorte ce rôle. En Allemagne, la fête nationale, fixée à l'anniversaire de la
réunification, ne donne pas lieu à un défilé militaire, ni à une fête populaire.
L'Europe du Nord n'est pas très portée sur les défilés militaires. »
Inutile de préciser que les USA ne font pas défiler leurs troupes !
Je ne suis pas un antimilitariste primaire ; le 11 novembre et le 8 mai, j’ai même une pensée pour tous ces jeunes morts sous notre drapeau et pour toutes les victimes des conflits déclenchés en Europe, au XXème siècle, par la bêtise ou la folie de quelques nationalistes exaltés.
Mais le 14 juillet, c’est la fête de tous les citoyens et des valeurs de notre république, et cela ne se résume pas aux claquements sur le pavé des pas cadencés d’une marche militaire.
D'ailleurs ce n'est qu'en 1880, 10 ans après le désastre de Sedan, qu'un défilé militaire fut organisé le 14 juillet, pour bomber le torse face à l'Allemagne unifiée. La première vraie célébration de la prise de la Bastille eut lieu le 14 juillet 1790, ce fut la Fête de la Fédération ou devant tous les députés, Louis XVI prêta serment " à la Nation et à la loi ".
C'était une fête républicaine ; les gardes nationaux promettaient notamment " de sacrifier nos fortunes et nos vies pour conserver à nos descendants cette liberté après laquelle nous soupirions depuis si longtemps. "
(*) Martine Aubry, en visite au forum Libération à Avignon, a écarté la proposition : «J’ai entendu ce qu’a dit Eva Joly. Bien évidemment, ce n’est pas acceptable, ça n’a même pas de sens.»
Mais si Martine, cela a justement beaucoup de sens !
(**) On peut lire ceci dans Wikipedia :
" Si la torture, les enlèvements et les exécution sommaires se généralisent, théorisées par l'armée et soutenues à la fois par l'état-major et les politiques, on confie néanmoins cette tâche en particulier à des unités spéciales: les paras de Massu et Bigeard "
Massu a reconnu les faits, pas Bigeard, malgré de multiples témoignages accablants.