ven
25
jun
2010
Mon billet du 7 avril, à propos de la vulgarité du chef de l'état, m'a valu quelques courriels de lecteurs de droite et de gauche qui disaient en gros la même chose : vous attachez beaucoup trop d'importance à la forme. Ceux de droite soulignaient que si les attaques se concentraient sur les comportements du président, c'était évidemment que sa politique ne devait pas être si mauvaise. Ceux de gauche pensaient qu'il était beaucoup plus important de parler économie, retraite, chômage (ce que je fais d'ailleurs régulièrement ici et ailleurs)...
Loin d'être convaincu, je remets le couvert. Ce qui m'y incite est la mascarade qui a entouré la prestation des bleus en AfSud. Le côté sportif est secondaire dans cette affaire : nous avons une équipe de petit niveau, avec un entraineur incohérent et une fédération dirigé par de joyeux retraités peu compétents.
La question essentielle est celle du comportement de ces joueurs sur le terrain, dans les vestiaires et devant les media.
Si l'on en croit le philosophe raciste Alain Finkielkraut (qui ridiculisait déjà il y a 4 ans notre équipe blacks-blacks-blacks) : l'équipe de France est une bande de voyous qui ne connaît qu'une seule morale, celle de la mafia (...). Aujourd'hui on a envie de vomir avec la génération caillera.
«L’esprit des cités contre l’esprit de la Cité», dit aussi Finkielkraut, plus enclin à absoudre le «casse-toi, pôv’ con !» du Président que le «Va te faire enculer !» du footballeur, remarque Pierre Marcelle dans Libé.
Finkie, qui a une peur bleue de tout ce qui n'est pas blanc, n'est que le porte-parole de responsables politiques en faillite, de Français en souffrance -chômeurs, travailleurs pauvres, classes moyennes en débandades-... tous en manque de boucs-émissaires.
Anelka, Evra, Abidal et consorts ont certes été de pitoyables représentants du sport français (mais la main de Thierry Henry qui nous qualifie, n'était-elle pas encore plus indécente ?) et le journal L'Equipe a eu raison de provoquer la crise en citant les propos de vestiaires.
Mais qui les a préparé à ce rôle ? Quand on passe, à 16 ou 17 ans, d'une cité de banlieue à un confortable cottage près de Londres, Madrid ou Milan, avec 100 000 ou 500 000 euros par mois, que très rapidement on monte dans sa Porsche pour aller à l'entraînement, on a évidemment manqué quelques étapes dans sa formation d' adulte. Cette remarque élémentaire aurait dû conduire la fédération et le staff technique à considérer l'aspect éducatif, psychologique et même civique comme le demande Rama Yade, pour la préparation de ces joueurs.
Ces cadors aux pieds d'argent et à la cervelle de moineaux, leur prétention, leur vulgarité, me choquent donc, mais il ne s'agit que de footballeurs d'une petite trentaine d'années à qui l'on donne une place très exagérée.
Le président de la République, en recevant Thierry Henry dès sa descente d'avion (alors que des millions de français contestaient dans la rue sa réforme des retraites) -pour une opération de communication qui risque fort de faire flop- a révélé une nouvelle fois de surprenantes priorités. En tout cas pas celles que l'on attend d'un chef d'Etat en période de crise... Au sens étymologique il a été très vulgaire !