ven
19
fév
2010
J'ai mis beaucoup de temps à lire les chroniques de MDA sur Libé : "K, histoires de crabe". Trop dur, trop cru, trop évocateur de souffrances de proches. Trop impudique ?
Et j'ai donc commencé par regarder les commentaires - presque toujours de femmes- qui m'ont bouleversé. Toutes ces femmes, souvent blessées, mutilées, désespérées, au bout du rouleau, trouvaient, paradoxalement, dans ces quelques lignes des raisons de lutter, de croire que le combat n'est jamais vain.
Parfois, un silence de quelques jours de la blogueuse, puis les retrouvailles et la joie des lectrices devant un signe de vie qui peu à peu ne devient qu'un souffle...
Le dernier post (18 février), dans lequel MDA annonce son admission en soin palliatif, dit ceci :
... «Et je t'écoute», dit le sténographe.
«Et nous voilà bien», lui répondis-je.
«Nous» étant respectivement Pierre Marcelle et moi-même, MDA, en direct de l'hôpital des Diaconesses, dans le 12e arrondissement de Paris. J'y étais transférée hier, de Saint-Louis, pour améliorer la prise en charge et la mise en place du traitement antidouleur. C'est au premier étage d'une unité de soins palliatifs, mais je ne suis pas encore morte.
Et tenais à vous le dire, haut et fort."
Voici un des 217 commentaires :
"Appel aux médecins qui soignent Marie-Dominique aux Diaconesses,
Faites tout ce qu'il faut pour que notre diamantaire puisse donner de ses nouvelles de temps en temps, qu'elle puisse lire les messages que nous lui adressons, et surtout qu'elle puise dans l'espace entre nos mots tout ce qui n'a pas de nom mais une profonde force d'existence.
S'il vous plaît, merci."
La recherche progresse, certes trop lentement, mais chaque jour de nouvelles molécules entrent dans la danse -hélas trop souvent encore macabre- Les mécanismes des processus de cancérisation sont de mieux en mieux connus, mais leur complexité, leur diversité, indiquent que le chemin est abrupt, semé d'embûches et que la fin de la course n'est pas encore en vue.
Un chercheur, que j'ai croisé quelques fois dans mon université (c'était aussi notre hôte lors des soirées du président, fin juillet, à la station marine de Sète qu'il dirige), vient de faire parler de lui. Refuser une prime de 15 000 euros pour un fonctionnaire du CNRS (cela représente à peu près 3 mois de salaire pour un chercheur émérite en fin de carrière), cela semble incongru dans un monde où un trader peut encaisser un demi million d'euros pour avoir boursicoté avec l’argent des autres !
Sa motivation, et celle de quelques autres, n'est certes pas de faire la une des media, mais de souligner que la distribution de prix et de primes pour certains (pour acheter leur silence ?) ne saurait faire oublier la précarisation qui s'amplifie pour les jeunes chercheurs brillants, qui commencent à s'exiler en masse... et désertent leur labos !
Pourquoi rester en France sur un emploi précaire quand, dans les mêmes conditions, on vous offre un salaire trois fois plus élevé aux USA, en Suisse, au Japon et ailleurs ! Evidemment c'est tout bénéfice pour ces pays là qui n'ont pas eu à former une main d'œuvre de haut niveau prête à l'emploi mais un appauvrissement pour la science et la culture de notre pays.
Dans le privé, c'est pire ! Total et Sanofi-Aventis, qui viennent d'annoncer des bénéfices record, licencient à tour de bras et suppriment des postes de chercheurs. Ces grosses boites préfèrent sous-traiter avec des labos publics ; ils profitent ainsi d'infrastructures lourdes à des prix défiants toute concurrence. Les labos universitaires dont les crédits récurrents (ministère plus INSERM, CNRS ou INRA...) sont dérisoires, sont trop heureux d'accepter des financements qui représentent pour les grosses unités plus des 2/3 de leur budget. La contrepartie implicite fut pendant quelque temps l'embauche des meilleurs éléments après la thèse, période révolue.
La bouffonnerie qui affecte ma Région autour de Georges Frêche et des élections régionales, me conforte dans mes sentiments de rejet vis à vis du personnel politique actuel et de la façon dont fonctionne notre démocratie. Mais s'agit-il encore d'une démocratie ?
Un équilibre délétère semble s'installer entre un pouvoir central de droite entièrement contrôlé par un autocrate mégalomane et quelques grands féodaux "de gauche" avant tout soucieux de leur baronnies.
Cela ressemble terriblement à l'époque prérévolutionnaire. La seule différence est que le pouvoir de l'un et des autres est légitimé par un vote.
Les Français sont-ils donc des cons à 90% comme l'affirme Georges Frêche ou tout au plus des veaux comme le disait le général De Gaulle, pour reconduire ces gens là, pour
accepter passivement ce système là ? Ou alors résignés, désabusés, dégoûtés,
désespérés, absorbés par leur quotidien, convaincus que le politique ne peut plus rien pour eux ?
Mais pour moi, à la Une du 19 février 2010, il y a les 50 ans de Marie ! Hier, à 50 ans, une femme était surtout une grand-mère ; aujourd’hui c’est une pin-up hyperactive qui est souvent en plus... grand-mère !
La science y est pour quelque chose. Bien entendu je ne parle pas de la chirurgie (in)esthétique !