lun

01

fév

2010

L'ogre de Montpellier

 

L'affaire Frêche illustre de façon caricaturale ce qu'est aujourd'hui un grand parti politique « de gouvernement » en France : un conglomérat de féodalités, un ensemble de fiefs de plus ou moins grande importances, tenus par quelques seigneurs et leurs vassaux.

 

Plus le seigneur est puissant en terme de postes à pourvoir au sein de collectivités, de services publics, d'associations diverses... plus les affidés sont nombreux, plus les « militants » à l'affut de quelques prébendes, se bousculent.

 

Frêche est un Defferre à la puissance 10 qui n'a pas tiré sa légitimité de la Résistance mais d'une réussite exceptionnelle dans la construction d'une métropole régionale, Montpellier, qui n'était qu'une petite ville de province endormie quand il mit fin au règne de la droite locale, fortement marquée par les séquelles de la guerre d'Algérie.

 

L'habileté de Frêche fut de prendre la ville avec l'appui de la gauche la plus radicale, parfois engagée dans la lutte pour l'indépendance de l'Algérie... tout en cherchant l'appui des pieds-noirs et des harkis fort nombreux à Montpellier. Un ancien membre de l'OAS figurait d'ailleurs sur sa liste lors de la première campagne, en 1977.

 

Sur le plan politique la méthode Frêche était exposée dès l'entrée en matière : le PS comme bras armé, des réseaux souterrains constitués sans état d'âme de l'ensemble du spectre des notables locaux : gaullistes de gauche, francs-maçons, communauté juive, pieds-noirs, harkis, universitaires, grands commerçants... utilisés comme forces d'appoints lors d'élections jamais gagnées d'avance.

 

Car si la brillante réussite de Georges à Montpellier lui permit de faciles réélections à la mairie, il perdit plusieurs batailles législatives et régionales face à deux adversaires pugnaces : un socialiste rural à l'ancienne, Gilbert Saumade, et un filou de la droite populiste allié au FN, Jacques Blanc, le Napoléon de La Canourgue.

 

Gilbert Saumade, président du conseil général, avait l'appui de François Mitterrand qu'il recevait à chacune de ses escales à Montpellier. Le président se méfiait comme de la peste de G. Frêche, qui n'eut jamais le maroquin qu'il escomptait. Le maire de Montpellier a la rancune tenace : aujourd'hui à l'hôtel de Région, une sorte de placard porte le nom de l'ancien président !

 

Mitterand disparu, Frêche finit par se débarrasser de Saumade, sans aucun doute plus populaire et plus avenant, mais plus âgé et moins combatif. On vit alors les troupes du perdant, qui la veille encore abreuvaient d'injures le seigneur de Montpellier, rallier le vainqueur avec armes et bagages. Non par fidélité à un drapeau comme le confiaient certains, mais souvent pour conserver un poste, continuer à placer un fils, un cousin, une maitresse, un ami, un ami d'ami....

 

Les soi-disant militants PS de l'Hérault sont en grande partie des obligés de Georges et de ses amis. Certes il existe des purs qui au soir de chaque scrutin interne ne peuvent que constater les multiples tripatouillages, validés par un premier secrétaire homme de main de l'ogre de Montpellier. Quand la fédération de l'Hérault parle d'un plébiscite en faveur de Frêche pour la candidature aux élections régionales (avec 50% de votants avoués, combien en réalité ??) cela ne fait plus sourire personne.

 

Le cercle de ceux qui doivent tout à Georges Frêche s'est donc singulièrement étendu depuis son élection à la Région. Aujourd'hui des anciens Verts et des communistes sont sur sa liste (dont l'ancien ministre Gayssot)... Certains diront que la soupe est bonne !

 

Georges Frêche est un homme à la culture encyclopédique, extrêmement intelligent, d'une vivacité d'esprit étonnante, qui méprise la plus part de ses serviteurs et estime que les français sont non seulement des veaux mais « à 90%, des cons ».

De fait, il a éliminé tous ceux ceux qui pouvaient lui faire de l'ombre, à commencer par son premier premier adjoint, le gendre de Gilbert Sénès, homme de gauche authentique et courageux (il fût plastiqué par l'OAS). Christine Lazerges, Professeur de Droit à Montpellier puis à la Sorbonne, représentante typique de la bourgeoisie protestante locale, aux antipodes du seigneur local, qui fit un séjour remarqué, mais bref, à l'assemblée nationale, fut rapidement liquidée.

 

André Vezinhet et Hélène Mandroux, militants irréprochables du PS, respectivement, président du conseil général et maire de Montpellier par le bon vouloir du prince, lassés des sarcasmes et foucades de leur mentor, sont entrés en dissidence. Leurs fauteuils respectifs sont maintenant menacés.

 

Hélène Mandroux, qui n'a certes pas l'envergure d'un Frêche, a néanmoins surpris en étant brillamment élue à la mairie de Montpellier où elle est devenue très populaire. Son parcours militant et professionnel au sein de la cité de la Paillade lui vaut le respect de beaucoup de montpelliérains. Cette popularité ne pèse pas lourd pour l'instant face au rouleau compresseur frêchiste et son engagement au nom du parti dans les élections régionales contre le sortant, lui a valu aussitôt une mise en minorité à la mairie. Cependant cette femme est têtue et courageuse, les humiliations subies l'ont confortée dans sa volonté d'en découdre. Elle a peu de chances de détrôner l'ogre, mais elle peut le faire perdre avec l'aide des écologistes et du Front de Gauche de Mélenchon et Buffet.

 

Ainsi, hélas, va la politique. Si le cas Frêche peut sembler caricatural il n'est en fait que l'image, à peine déformée, de ce qu'est devenu le PS : un parti sans doctrine, sans autorité, sans patron, incapable de mettre un terme à des pratiques digne de la IIIème république, qui nuisent non seulement à la crédibilité de ce parti, mais aussi à toute la gauche et à l'action politique en général.

Il est très facile de traiter de populistes ceux qui dénoncent les comportements des hommes politiques, il est apparemment plus délicat de se débarrasser des potentats locaux qui bafouent les principes qui sont censés fonder leur engagement.

 

 

 

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