jeu

21

jan

2010

Les retraites : vu de gauche

 

Le tollé (d'une partie de la gauche) et les bravos (de la droite) qui ont suivi la déclaration de Martine Aubry à propos du décalage de l'âge légal permettant à un salarié de faire valoir ses droits à la retraite (62 ans contre 60 actuellement) sont bien l'illustration de cette politique des postures dont je parlais précédemment.

 

Des faits(sources INSEE, CNAV, CFDT retraités) :

 

- l'espérance de vie moyenne des français est d'environ 80 ans pour une femme et de 78 ans pour un homme,

 

- actuellement l'âge moyen de départ à la retraite est de 61,3 ans pour un homme et 60,7 ans pour une femme (pratiquement 60 ans pour les deux sexes dans la fonction publique),

 

- la durée de vie active a baissé de sept ans depuis 1970…  l’espérance de vie a augmenté de sept ans. Nous entrons quatre ans plus tard sur le marché du travail et nous partons trois ans plus tôt,

 

- la durée moyenne des pensions était de 18,15 ans en 2008, avec un avantage de 3,23 ans pour les femmes,

 

- À 35 ans, un ouvrier a neuf ans d’espérance de vie de moins qu’un cadre,

 

- 20 % de jeunes de 16 à 25 ans sont au chômage. Ce sont essentiellement les moins qualifiés sans maîtrise des savoirs de base et des codes sociaux indispensables,

 

- les jeunes commencent tardivement leur vie professionnelle. Dans les années soixante-dix  ils s’intégraient quatre ans plus tôt,

 

- le montant  moyen des pensions (tout compris) était de 585,03 euros en 2008 (le niveau de vie médian se situe aujourd'hui à 1470 euros -*- . (Source : Inégalités de niveau de vie et mesures de la pauvreté en 2006, Insee.)

 

Les retraites du privé se paupérisent, elles perdent un demi-point par an. Un cadre perçoit aujourd’hui en moyenne 65 % de son dernier salaire brut ; d’après les projections, ce serait plutôt 40 % en 2040.

 

Des observations :

 

- les entreprises régulent leurs effectifs par les préretraites... en reportant les coûts sur la collectivité ,

- elles marginalisent leurs "seniors", ne les envoyant plus en formation après 45 ans, jugeant  l’investissement non rentable,

 - nous sommes le pays d’Europe où l’activité cesse le plus tôt,

 

 

Le fait de vouloir à tout prix maintenir l'âge de la retraite à 60 ans pour tous comme de vouloir systématiquement l'augmenter, sont deux postures également hypocrites qui ne tiennent pas compte des faits et des observations rapportées ci-dessus, qui sont connues de tous les experts.

 

Je ne pense donc pas qu'un point de vue de gauche à propos des retraites, consiste simplement à s'arc-bouter sur un chiffre qui ne veut plus rien dire et qui est au contraire porteur de beaucoup d'inégalités.

 

Ce que devrait obtenir en priorité l'opposition de gauche dans les négociations qui vont suivre ce sont deux garanties :

 

- que chaque retraité du public comme du privé puisse obtenir une retraite décente c'est à dire au moins égale au SMIC,

 

- que la durée des cotisations soit fonction de la pénibilité du travail accompli. Il existe des bonifications pour les années passées à l'étranger (j'en ai bénéficié), il devrait y avoir des bonifications pour les années travaillées dans des conditions difficiles (le critère pourrait être l'espérance de vie dans les différentes catégories ou branches de salariés).

 

Comment atteindre ces deux objectifs ? Je pose des questions naïves :

 

- les grandes entreprises qui peuvent offrir des salaires faramineux à leurs dirigeants (voir EDF/Veolia, Danone, L'Oréal, Total, Renault, Michelin... où les salaires sont supérieurs à 2 millions d'euros) ne pourraient elles pas prendre en charge les retraites de leurs salariés ?

 

- Ne pourrait-on interdire le licenciement des cadres de plus de 55 ans (sauf bien sûr pour faute professionnelle), au seul motif de l'âge (ne s'agit-il pas d'ailleurs d'une discrimination punie par la loi) ?

 

- Ne pourrait-on pas imposer un taux minimum de salariés de plus de 50 ans dans toute entreprise de plus de 100 salariés ?

 

- Pour les jeunes, toutes les années de stage et de formation, à partir de 16 ans, dans le secteur public et le secteur privé, ne pourraient elles pas être incluses à taux plein comme années travaillées et les cotisations correspondantes prises en charge par les formateurs ?

 

Enfin une remarque fondamentale : dans le domaine de la formation tout au long de la vie, de la reconnaissance et de la validation des acquis de l'expérience nous sommes mauvais, voire très mauvais. Par exemple combien de formations bidons payées à prix d'or à des entreprises qui se contentent de mettre leurs stagiaires à la photocopieuse. J'ai des exemples.

 

Les entreprises et l'Etat patron doivent être bien davantage mis à contribution pour assurer des formations tout au long des carrières permettant à la fois au salarié de progresser au niveau de la  rémunération, de se réorienter - donc de rester plus longtemps en activité- et finalement de bénéficier de meilleures retraites.

 

Certes il doit exister un âge limite, variable en fonction des branches (pourquoi pas 55 ans pour un maçon, 60 ans pour un professeur du secondaire et 68 ans... pour un employé des eaux et forêts !) au delà duquel l'arrêt de l'activité doit être possible avec une retraite à taux plein. Mais quoi sert d'exiger le maintien "des 60 ans" pour tous si cela conduit à une paupérisation généralisée des retraités !

 

Etre de gauche ce n'est pas se gargariser de slogans et bercer d'illusion ses concitoyens, c'est avant tout défendre un principe d'égalité -donc d'équité -en faisant en sorte que la collectivité assure à tous -séniors compris- des ressources décentes.

 

-*- : niveau de vie = revenu global de la famille/nombre d'UC (unité de consommation). Décompte des UC : premier adulte = 1 ; 0,5 pour les membres de la famille de 14 ans et plus, 0,3 pour tous les autres. Ainsi un couple qui gagne 3000 euros par mois avec un enfant de plus de 14 ans et un enfant de moins de 14 ans à un niveau de vie de 3000/2,3 = 1304 euros. Il se situe en dessous du niveau de vie médian.