jeu

14

jan

2010

Virus H1N1 : premières leçons à propos de la pandémie

 

Selon le Dr Thierry Blanchon du réseau Sentinelles Inserm, le nombre de cas de grippe A  est «passé sous le seuil épidémique depuis deux semaines». La semaine dernière, l’incidence des syndromes grippaux vus en consultation de médecine générale a été estimée à 130 cas pour 100 000 habitants, en dessous du seuil épidémique (182 cas pour 100 000). Le nombre de cas de grippe A était d'environ 144 000 la semaine passée.

 

Il est donc temps de tirer les premières leçons scientifiques (et non uniquement politiques comme on le fait en France) de cette pandémie. C'est ce que fait fort bien la plus sérieuse et la plus prestigieuse revue scientifique -Nature- dans l'éditorial de sa dernière livraison (Lessons from a pandemic : Vol 463 | Issue no. 7278 | 14 January 2010). J'en extrais les principaux points :

 

1 - Ce qui est positif

 

- l'administration de la santé publique au Mexique a le mérite d'avoir promptement alerté le monde, dès l'apparition des premiers foyers, et d'avoir agit pour ralentir la propagation de la maladie en dépit des effets économiques catastrophiques pour le tourisme,

 

- les chercheurs du monde entier ont librement partagé et ont publié des données dans les domaines de la génétique, de la virologie et de l'épidémiologie du virus H1N1. La plupart des agences de santé nationales et internationales ont réagi vite et communiquaient en direct avec les médias et le public, presque en temps réel. La transparence de l'US Centers for Disease Control and Prevention (CDC) à Atlanta, en Géorgie mérite aussi d'être soulignée.

 

- Informer le public sur la nature et la gravité de la maladie
a été un énorme défi à relever
, en particulier lorsqu'il s'agissait d'expliquer
les incertitudes entourant la gravité de l'épidémie et la pathologie
du virus,  dans l'ensemble cela a été correctement réalisé,

- dans ce contexte pandémique il était difficile de ne pas dramatiser la menace et de démystifier les individus et organisations qui cherchaient à semer le doute (sans fondement) à propos du vaccin. Dans l'ensemble le grand public a bien réagi.

 

NDLR : la nécessité d'une éducation de masse à propos de la santé et des pandémies est une évidence.

 

2 - Les points inquiétants

 

- les prévisions concernant la disponibilité des vaccins étaient beaucoup trop optimistes. Cela met en évidence une carence technologique importante : le recours à un petit nombre des fournisseurs, utilisant la même méthode de culture du virus dans des œufs ; un processus qui prend environ six mois pour arriver à une production de masse.
La propagation de la grippe H1N1 à l'échelle mondiale était une affaire de semaines. Ceci souligne la nécessité de développer des vaccins innovants, permettant des délais d'exécution plus brefs.
Des mesures gouvernementales incitant les laboratoires à mettre au point une alternative à la production à base d'œuf, sont nécessaires (*).

 

- plus inquiétant : l'analyse du virus H1N1 suggère que cette nouvelle souche circulait chez les porcs depuis près d'une décennie, et avait sans doute affecté l'homme bien des mois avant qu'elle ne soit virulente au Mexique. Que le repérage n'est pas été fait plus tôt est inacceptable. Les autorités sanitaires doivent accroître la surveillance pour les nouvelles maladies à potentiel pandémique.


- le danger est maintenant que cette pandémie, relativement modérée, crée
un faux sentiment de sécurité.
La réalité est que la prochaine
fois nous pourrions ne pas être aussi chanceux - d'autant qu'une fois de plus
la population des pays en développement,  n'avait accès ni aux vaccins ni aux médicaments antiviraux
.

 

En conclusion les gouvernements et les scientifiques feraient bien de redoubler d'efforts pour renforcer nos dispositifs de défense et se préparer à une pandémie plus grave.

 

Si l'on devait résumer l'article de Nature on pourrait donc dire que dans l'ensemble la communauté scientifique, les politiques et le grand public ont bien réagi dans le cadre d'une pandémie modérée -pour l'instant- mais qu'il est impératif de se préparer à une pandémie beaucoup plus grave (sans doute inéluctable) car dans ce domaine de la santé l'anticipation est fondamentale.

 

Sur le plan politicien franco-français, je pense que le gouvernement Sarkozy, qui peut être accablé sur bien des sujets, n'a pas fait pire que beaucoup d'autres (à l'exception peut-être de la mise à l'écart des médecins généralistes). En matière de santé, d'environnement... le principe de précaution est fondamental.

 

Quant à l'aspect financier sous-jacent, il est surtout lié au modèle économique dans lequel nous vivons, qui laisse les Etats à la merci de grands groupes industriels... y compris en matière de santé publique.

 

(*) Le laboratoire Baxter est le seul à avoir utilisé une technologie de culture sur cellules Vero (Celvapan® : vaccin inactivé, virion entier, cultivé sur cellule Vero, sans adjuvant), alors que les autres laboratoires utilisaient les œufs embryonnés pour cultiver le virus.


« Cette technique de culture sur cellule Vero – il s’agit d’un procédé breveté qui utilise des cellules de rein de singe vert africain – permet de travailler sur des souches virales entières. Aucun besoin de les transformer. Cette technologie permet de multiplier en laboratoire la souche virale A(H1N1), sans ajout de sérum animal. Le rendement de production est ainsi plus élevé. »

 

 

 

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