ven
27
nov
2009
Le NouvelObs.com organise un débat sur son site : faut-il avoir peur d'Internet ?
La Toile n'a pas bonne presse actuellement !
Esope, le génial fabuliste grec, fut acheté sur un marché d’esclave, à Samos, par le philosophe Xantu(o)s. Jean de la Fontaine raconte :
Un certain jour de marché, Xantus, qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur, et rien autre chose. "Je t'apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t'en remettre à la discrétion d'un esclave." Il n'acheta que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces, l'entrée, le second, l'entremets, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d'abord le choix de ces mets; à la fin ils s'en dégoûtèrent. "Ne t'ai-je pas commandé, dit Xantus, d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur? - Et qu'y a-t-il de meilleur que la langue? reprit Ésope. C'est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police; on instruit; on persuade; on règne dans les assemblées; on s'acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux. - Eh bien (dit Xantus, qui prétendait l'attraper), achète-moi demain ce qui est de pire: ces mêmes personnes viendront chez moi, et je veux diversifier." Le lendemain, Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde: "C'est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si l'on dit qu'elle est l'organe de la vérité, c'est aussi celui de l'erreur et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d'un côté elle loue les Dieux, de l'autre, elle profère des blasphèmes contre leur puissance."
Envoi de Jean de la Fontaine à Monseigneur le Dauphin
Il en est ainsi de la Toile, où le pire (actuellement par exemple une image de Michelle Obama à face simiesque, une multitude de forums pseudo scientifiques, modérés par des charlatans, à propos des vaccins…) côtoie le meilleur (les bilans climatiques convergents à l’approche du sommet de Copenhague, le débat sur la liberté de la presse ici et ailleurs)…
Les adeptes du ciseau voudraient couper le fil ou à tout le moins le contrôler. Aucune censure n’a empêché hier les libelles, les rumeurs, les calomnies. Aux éducateurs aujourd’hui à prendre en compte l’outil formidable qu’est Internet et à apprendre à nos jeunes à démêler le vrai du faux, le meilleur du pire.