ven.

04

sept.

2009

Taxe carbone (2) : démagogues et populistes

 

Quelques courriels vigoureux me rappellent à l'ordre : on ne traite pas sur le mode de la dérision un sujet aussi sérieux que l'écologie ! Certains me rangent illico dans la catégorie infamante des populistes, des démagogues, et -tant qu'à faire- des complices des fossoyeurs de la planète.

 

Évidemment je ne retire pas un mot de mon article précédent et je vais même aggraver mon cas.

 

D'abord qu'est ce qu'un "populiste" ? Voici ce que dit Wikipedia :

 

Le populisme désigne un type de discours et de courants politiques, critiquant les élites et prônant le recours au peuple (d’où son nom), s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique. Il suppose l'existence d'une démocratie représentative qu’il critique. C'est pourquoi ses manifestations ont réapparu avec l'émergence des démocraties modernes, après avoir connu selon certains historiens une première existence sous la République romaine.

 

plus précisément :

 

Les populistes critiquent généralement les milieux d'argent ou une minorité quelconque (ethnique, politique, administrative etc.), censés avoir accaparé le pouvoir ; ils leur opposent une majorité, qu'ils prétendent représenter. S'ils accèdent au pouvoir, il peut leur arriver de supprimer les formes traditionnelles de la démocratie, au profit d'institutions autoritaires, présentées comme servant plus authentiquement «le peuple».

Des comportements populistes peuvent affecter toutes les activités de la société. Elles peuvent montrer paradoxalement un certain mépris pour le peuple, le vulgus latin, pensé comme la populace, la foule, les masses, le troupeau.

 

Cela me fait froid dans le dos... dans le même sac qu'un Mussolini, un Hitler, un Le Pen... quelle horreur !

 

Et qu'est-ce qu'un démagogue ? Wikipedia encore :

 

La démagogie (du grec demos «le peuple» et ago : «conduire») est une notion politique et rhétorique désignant l'art de mener le peuple en s'attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et dénaturant la réalité.

Le discours du démagogue sort généralement du champ du rationnel pour s'adresser aux passions, aux frustrations de l'électeur. Il recourt en outre à la satisfaction des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but unique de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique est délibérément simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes et immédiates.

Le terme «démagogie» aujourd'hui est largement perçu avec une connotation péjorative. En effet, l’étymologie du mot grec traduit plutôt le terme «démagogue» comme celui qui éduque, qui conduit le peuple.

La démagogie, même si elle est inhérente à toute démocratie, fausse le jeu d'une conception idéalisée de la démocratie produisant bien souvent des effets contraires à l’intérêt général.

 

Je comprends mieux pourquoi j'ai horreur de la démagogie !

 

Revenons à la taxe carbone. Suite à l'immense succès d'un film remarquable Home (pour lequel j'ai avoué ici mon enthousiasme) et au bon score d'une liste "écolo" aux élections européennes, le pouvoir en place décide d'ajouter un peu de vert à l'arc en ciel de son "programme" (futures élections obligent). Il diligente la mission Rocard (en fait une opération politicienne de débauchage) alors que depuis des années des experts scientifiques de très haut niveau, de différentes spécialités, de tous les horizons, ont établi des simulations éloquentes et irréfutables qui évaluent, à partir de plusieurs modèles de développement, l'impact des activités anthropiques sur la planète.

 

La solution proposée est une nouvelle taxe (qui épargne de très gros pollueurs, comme EDF par exemple) -dite aujourd'hui de "redistribution"- que le pouvoir envisage de fixer à 14 euros la tonne de CO2 émis... quand les experts estiment que pour obtenir un impact réel,  il faudrait multiplier ce chiffre par 4 ou 5. Du sérum physiologique pour traiter un cancer !

 

Au passage, signalons qu'il aurait été important de déterminer si la taxe carbone doit peser sur l'énergie en tant que produit consommé ou sur les objets de consommation produits avec un dégagement, direct ou indirect, de CO2. Car il y a là une une ambiguïté majeure.

 

Bref encore un  bricolage, de type "populiste" (on préfère écouter les représentants incompétents du "bon peuple" plutôt que les experts)  et purement démagogique.

 

Les populistes et les démagogues sont donc ceux qui proposent cette taxe (en fait un impôt injuste sur le principe, irréalisable dans les faits et totalement inefficace), qui va renvoyer aux calendes grecques toute possibilité de réforme profonde de notre mode de consommation, qui consisterait non pas à frapper le consommateur (parfois exsangue), mais à imaginer un modèle de développement radicalement différent.

 

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