sam.

11

avril

2009

Sans fard

 

 

Parce que, par Castor, une femme sent vraiment bon quand elle ne sent rien. Car ces vieilles qui s'enduisent de parfums, qui essaient de se rajeunir, décrépites, édentées, qui cachent les défauts de leur corps par du fard, quand la sueur se mélange aux parfums, aussitôt elles sentent comme si un cuisinier avait mélangé des sauces : tu ne sais ce qu'elles sentent, sinon que tu t'aperçois d'une seule chose : elles sentent mauvais.

PLAUTE, Mostellaria, 273-278

 

Que dirait Plaute aujourd'hui devant les miracles de la chirurgie esthétique, les exploits cosmétiques, les retouches de "photoshop"... ce que nous voyons sur le papier glacé de nos magazines ou sur nos écrans, bien souvent ce n'est que l'apparence trompeuse d'un visage, d'un corps remodelé.

 

L'eternelle jeunesse est à portée de mains (sinon à portée de bourses) ; on ne vend plus son âme au diable comme Faust, on confie son corps à la science et aux techniques. Mais pour quelques réussites combien de désastres, une Catherine Deneuve au rictus figé pour l'éternité, une Adjani poupée de cire qui a perdu 20 ans d'un coup (mais qui reste une remarquable actrice)... pour ne citer que les moins pires !

 

C'est la reflexion qui m'est venue à l'esprit en regardant le beau film de Stephen Frears, adapté du roman de Colette : "Chéri". Rien ne nous est épargné des rides de la sublime Michelle Pfeiffer, courtisane qui, une dernière fois, tente de séduire ce jeune homme qui pourrait être son fils.

A cette occasion sans doute, le magazine Elle, publie les photos de 8 stars dépourvues d'artifices (Monica Bellucci, Karine Viard, Charlotte Rampling, Sophie Marceau...). Cela rassurera sans doute beaucoup de femmes...

 

L'industrie cosmétique fait un tabac ; le manque à gagner lié à l'apparition des médicaments génériques a été plus que compensé par l'explosion des ventes de la parapharmacie. Evidemment cette industrie présente des poudres de perlimpinpin avec le fameux label "nature", le cosmétique "bio" en quelque sorte. Attention, si parfois on nous vend du vent, on peut aussi nous faire utiliser des produits qui font dresser les cheveux sur la tête des dermatologues !

 

 Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage,
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.

 

Racine, Athalie, Acte II

 

La lutte conte le vieillissement passe par des pistes plus sérieuses :  les sirtuines, enzymes qui influencent le vieillissement cellulaire en

interagissant avec divers facteurs de régulation génétique qui inhibent les effets de l'igf-1 (Insulin-like growth factor).

 

Fin 2008, l'équipe de David Sinclair, à Harvard, a montré que, chez la souris, une des sirtuines, sirt1, participe à la réparation de l'adn et à la stabilité de l'expression des gènes, deux mécanismes potentiellement altérés lors du vieillissement. On sait, par ailleurs, que cette sirtuine intervient dans l'organisation de l'adn dans le noyau cellulaire.

 

De ces travaux ressort une hypothèse : les sirtuines joueraient un rôle de médiateur dans le dialogue moléculaire entre le métabolisme et l'expression du génome au cours du vieillissement.

 

Les chercheurs ont analysé les effets du blocage dans le cerveau de l'hormone, l'igf-1, impliquée dans la croissance et la régulation du métabolisme.  Une équipe californienne a mis en évidence une altération génétique du récepteur de l'igf-1 notablement plus fréquente dans un groupe de 384 centenaires, en comparaison d'un groupe témoin.

 

Ces travaux peuvent être rapprochés de ceux qui mettent en avant le rôle positif d'une restriction alimentaire prolongée ou d'un jeûne intermittent sur la durée de vie des organismes, rôle démontré chez plusieurs espèces modèles.

La théorie expliquant cet effet implique le métabolisme : il stimulerait la dégradation de l'adn et perturberait l'expression de certains gènes ; la restriction calorique et le jeûne intermittent, en freinant le métabolisme, limiteraient ces effets délétères. Or des études ont montré que la réduction calorique réduit la concentration sanguine d'igf-1. En outre il faut noter que les sirtuines, sont davantage synthétisées en cas de restriction calorique.

 

voir  Pour la Science N°376 - fevrier 2009

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